Un enfant dit " hyperactif " est dans la classe (CP/CE1). Une équipe éducative est en place. Son hyperactivité, ses troubles du comportement génèrent des questionnements chez les autres enfants : " pourquoi il est comme ça ? " " Pourquoi il ne comprend pas qu'il faut arrêter ? " " C'est une maladie ? " Pas facile de discuter ensemble, en vérité, des problèmes de cet enfant. L'enfant est suivi par un CMPP… une séance avec la psychiatre par mois ! et de la ritaline tous les jours !! Je suis demandeuse d'info sur la ritaline… Quelle marge avons-nous, instits, pour " influencer " sur les choix d'orientation " et de suivi (changer de CMPP… travailler avec un CMPP qui développe une autre démarche ? Hôpital de jour à temps partiel ?)

JP: nous sommes instits et pas prescripteurs médicaux; si on veut aider cet enfant, ce n'est pas en nous positionnant dans l'opposition par rapport à ce qui est mis en place par des professionnels qui ont leur cohérence même si on ne la partage pas. Peut-être l'as-tu déjà fait, mais je me demande s'il ne serait pas préférable d'établir des passerelles de communication avec les médicaux qui suivent cet enfant. Je sais bien que ce n'est pas toujours facile, parce que certains CMP ou CMPP ont une conception du secret professionnel assez peu communiquante; éventuellement, en lien avec le psy scolaire du réseau, ou avec le médecin scolaire, tu peux trouver des intermédiaires qui te permettront de débloquer des situations de difficile communication. Dans ce type de situation, je dois reconnaître qu'on ne pense pas toujours suffisamment au médecin scolaire qui est un interface appréciable: il est médecin, et il relève comme nous de l'Education Scolaire. Il ou elle peut nous aider en nous donnant le type de renseignements qui nous est nécessaire, eu égard à la situation médicale de l'enfant. Il peut aussi nous aider à la mise en place d'un projet d'accueil individualisé (je ne me souviens plus du nom exact des projets individualisés qui prennent en compte l'état de santé d'un enfant et les soins qui lui sont nécessaires).

Ch : Il me semble important de rendre à cet enfant une place de Sujet afin qu’il ne soit plus à cette place du mauvais objet, celui qu’on désigne comme malade , différent des autres mais ne sommes nous pas tous des " un dividu " , comme le dit A. Jacquart.

Cela me rappelle une fillette de 9 ans, hyperactive elle aussi et suivie en hôpital de Jour. Dans la classe, ce n’était vraiment pas simple. Un jour, j’ai posé un grand coussin dans un coin en lui signifiant que quand elle était trop énervée, c’était sur ce lieu qu’elle devait se calmer. Je lui ai dit que je comprenais que parfois c’était difficile pour elle de se calmer, que c’était plus fort qu’elle, mais que ce n’était pas simple pour nous de supporter cela. On ne pouvait pas toujours accepter cela. J’ai mis des mots sur ces moments difficiles qu’elle montrait. Au début elle ne voulait se réfugier dans ce lieu, elle promettait de se calmer mais je n’ai pas cédé, je lui ai imposé le cadre choisi, je l’y ai mise. Ensuite, elle a pu y aller quand je le lui demandais alors qu’elle était en crise. Elle se calmait et revenait nous rejoindre quand elle se sentait prête. Rapidement, elle n’en a plus eu besoin mais j’ai laissé ce coin disponible toute l’année. Je pense que l’existence de ce lieu amenait en elle une certaine sécurité.

Mais ceci est un exemple. A chaque enfant une réponse pensé pour lui et pour l’aider à se sentir plus en sécurité.

La ritaline n’est pas beaucoup appréciée dans le milieu hospitalier où je travaille. Les pédospychiatres évitent d’en prescrire. Les risques et effets indésirables semblent importants.

J : La " Ritaline " est un traitement de l’hyperactivité très répandu aux Etats-Unis et qui arrive aussi en France.

Y-a-t-il un contrat d’intégration pour cet enfant ? Ce contrat préciserait bien les temps de présence de l’enfant à l’école, au CMPP. Un projet pédagogique adapté serait à élaborer et à présenter aux membres de l’équipe éducative. La liaison avec le CMPP ferait partie intégrante de ce projet : mais sans doute pas avec le thérapeute qui accepte rarement mais avec quelqu’un d’autre. Dans la Sarthe, le directeur du CMPP vient aux équipes éducatives si on le lui demande, il fait le lien entre la thérapie et l’école.

Ce n’est pas aux enseignants d’influencer le choix des soins mais au fil des équipes éducatives, on peut voir que la forme retenue un moment ne porte pas ses fruits et qu’il faudrait peut-être envisager autre chose....

Secteur AIS de l'ICEM
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