Tino : peu de scolarité maternelle, arrivé en cours de cP… immature, passif, ne rentre pas dans les apprentissages. " Déclaré " hémophile par sa maman. Je sollicite l'aide du RASED qui me dit, à juste titre, " au-delà de notre compétence ", voir un hôpital de jour. Et le " mot maudit " sort de la bouche de la maman : mon fils n'est pas " handicapé ". Les démarches traînent, Tino évolue doucement dans sa relation à la classe, il " trouve des choses à faire " mais ne rentre toujours pas dans les apprentissages. Après ces 4 mois " d'acclimatisation ", nous décidons un deuxième CP pour Tino. 2ème expérience également avec le RASED : nouvel échec car Tino prend de l'assurance et perturbe énormément les séances. Moi ? je déprime ! (enfin… j'exagère mais) Pas de RASED Pas d'autorisation de la maman pour un bilan psy ou suivi à l'extérieur. Tino ne rentre pas dans le travail. Je suis parallèlement une série de conférences pédagogiques sur l'intégration. Et " la question maudite " surgit en moi : " Tino est peut-être handicapé ? " Si c'est le cas, bizarrement, je sens que ça me fait déculpabiliser, je mets un nom sur sa difficulté, j'entends parler des difficultés de l'intégration, je me mets un peu du côté de ceux pour qui c'est difficile… et je me détends ! Suite des événements: autorisation de la maman pour un bilan psy; relève d'une orientation en CLIS; actuellement en " attente " de place. Mes questions, mes réflexions : J'ai eu besoin de mettre un nom sur les difficultés de Tino, de faire " quantifier son QI ", ça m'a fait drôle et pourtant il faut accepter de " baisser les bras " se dire que la difficulté nous dépasse, que l'enfant n'a plus sa place dans une classe traditionnelle. J'ai senti un vide entre l'aide " éducation nationale " ? les instits D et G dépassés par les difficultés de Tino et l'aide extérieure à l'école impossible sans l'autorisation de la maman.

L: réactions du RASED non acceptables. Ses membres peuvent servir de liens, de médiateurs entre les familles/instit/services de soins. Remplir ce vide justement Même si le travail direct avec l'enfant n'est pas forcément approprié.

J : Le cas de Tino illustre bien les difficultés de l’enseignant qui " découvre " au fil du temps le handicap intellectuel d’un enfant. Avant de savoir que l’enfant a une difficulté particulière, c’est l’enseignant, et peut-être de façon plus aiguë encore l’enseignant Freinet, qui se culpabilise. C’est pour cela que l’aide de " tiers ", en particulier les gens des RASED, peut être déterminante. Malheureusement, tu n’as pas trouvé de bons interlocuteurs. C’est dommage mais c’est ainsi ... C’est difficile sans doute d’accepter de ne pas pouvoir répondre à toutes les difficultés des enfants.

L’aide extérieure est effectivement impossible à mettre en place sans l’accord des parents. Même si à un moment donné les parents acceptent cette forme d’aide, ce n’est pas sûr que cela apporte une amélioration notable chez Tino, il faut que la famille soit demandeuse mais aussi qu’elle adhère réellement au projet et qu’elle accepte de se remettre en cause, ce qui n’est jamais facile.

Ch : L’aide peut se demander au RASED, mais aussi auprès d’un CMPP, de l’OCHS, avec bien sûr l’accord de la famille. C’est d’ailleurs la famille qui doit faire la démarche et adhérer au projet Mais on peut comprendre que ce soit extrêmement difficile d’entendre et d ‘accepter que son enfant soit différent des autres. Cela demande du temps...

Pour l’enseignante, il ne faut pas rester seule devant des difficultés qu’on éprouve par rapport à un enfant. En parler en équipe des maîtres ou de cycles, demander une équipe éducative pour ne pas rester seule à porter le problème ou se sentir responsable ou à prendre une décision.

Mettre des mots sur un comportement difficile peut rassurer l’enseignant, certes mais c’est aussi prendre le risque d’enfermer l’enfant dans une pathologie, dans un handicap. Or être reconnu handicapé, être reconnu malade mental ne signifie pas dire être dans l’incapacité d’apprendre.

L’enseignant devrait pouvoir avoir pour chacun de ses élèves un projet individualisé, tenant compte de là où il en est, de là où on veut l’amener, à son propre rythme et avec son propre tâtonnement.

Et c’est encore plus vrai avec des enfants qui nous montrent leur différence.

Secteur AIS de l'ICEM
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