Une gamine de CE1, victime d'attouchements l'année dernière (suffisamment sérieux pour provoquer un examen gynécologique.) est complètement bloquée en lecture (elle ne dépasse pas la reconnaissance de phonèmes simples ). J'ai du mal à localiser par où activer le levier qui débloquera Anais.(elle avait l'année dernière suivi un CP sans histoires.)
L: à part l’examen gynéco, y a-t-il eu une aide psy ?
JP: effectivement, une aide psychologique semble importante à mettre en place. Néanmoins, que veut dire "complètement bloquée en lecture"? S'agit-il uniquement d'un problème de décodage, ou de rapport à l'écrit, porteur de sens et qui permet de savoir? Que veut savoir cet enfant, ou que se permet-elle de savoir après les perturbations qu'elle a subies? Qu'en pensent les collègues du réseau? Quelle est sa relation aux autres enfants de la classe, aux adultes, aux autres apprentissages, aux autres savoirs? Que veut dire "suivre un CP sans histoire?" Quels apprentissages avait-elle faits alors? Dans quelles situations pédagogiques s'investit-elle? A quoi s'intéresse-t-elle? Où et quand dit-elle "je"?
J : Anaïs a besoin d’une aide psychologique et ce sera long de toute façon pour que des progrès soient sensibles. En attendant, il faut lui proposer tous les moyens d’expression possibles pour lui permettre d’évacuer une partie de ses tensions (voir réponse 2) et ne pas focaliser sur les apprentissages scolaires.
Ch : Attention à ne pas laisser l’enfant à cette place de victime. Attention à notre ressenti.
Si cette enfant a parlé de cela à son enseignant, on peut se poser la question suivante :
" Qu’est ce que la personne enfant a voulu signifier en présentant son symptôme et en ne s’adressant pas à n’importe qui, en s’adressant à la personne enseignant ? " " Sur quel terrain veut elle nous y emmener ? "
Si l’histoire de l’enfant est venue par le bouche à oreille entre adultes, c’est prendre le risque de l’enfermer dans une place d’enfant maltraitée. Mettre systématiquement en relation attouchement et arrêt lecture, c’est la laisser à une place où elle ne peut se vivre que comme mauvais objet. Je ne nie pas qu’il peut y avoir un lien entre les " deux affaires " mais il faut que l’enfant retrouve de la sécurité. Qu’elle soit comme neuve. Les psychologues sont là pour l’aider à résoudre ses peurs, ses angoisses, ses questions. L’enseignant est là pour aller la chercher là où elle en est sur le plan cognitif. Sur un temps donné T0 (Zéro) que sait –elle ? Jusqu’où peut-elle aller dans son apprentissage au temps T1 ? L’histoire de cette petite fille touche l’humain qu’est l’enseignant et c’est tout à fait normal, mais il doit reprendre sa place de pédagogue et redonner à l’enfant son statut d’élève. Il faut l’accompagner dans un désir d’apprendre pour soi , pas pour faire plaisir à l’autre.
|
Si tu peux nous aider à améliorer cette
réponse, ce serait gentil de nous envoyer un mail en cliquant sur
l'ourson facteur. Nous ferons paraître ta contribution ensuite sur
ce site.
|