POURQUOI ? COMMENT ? 

DEMARRER

EN

PEDAGOGIE FREINET 

Par
Annie Blancas, Raymond Blancas,
André Dejaune, Didier Mur,
Annette Ramplon

 

COLLECTION
Les POURQUOI-COMMENT DE L'ÉCOLE MODERNE PÉDAGOGIE FREINET

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Plan Général 

·         POURQUOI ?
·         COMMENT ?
·         TEMOIGNAGES

Mots-clés

  • AUTONOMIE

  • EXPRESSION LIBRE

  • TRAVAIL INDIVIDUALISE

  • TATONNEMENT EXPERIMENTAL

  • METHODE NATURELLE

  • PART DE L'ADULTE


SOMMAIRE 

-           L'école est inadaptée tout le monde le sait et le dit, mais…

-           Mais POURQUOI est-elle inadaptée ?

o       Il est donc nécessaire de faire quelque chose mais pas n’importe quoi.

o       L'école doit répondre aux besoins des enfants et de la société

o      L’enseignant doit donc prendre conscience de quelques réalités

o       et donc devenir un éducateur

o       L'école doit devenir un vrai lieu de vie et de production, en prise sur la vie sociale et l'environnement immédiat.

-           Mais COMMENT introduire cette vie dans l'école ?

o       Quelques conseils préalables

o       Mais par où commencer ?

o       Une évolution progressive, maîtrisée mais résolue

o       Un nécessaire matérialisme

o       Aller vers l'individualisation du travail

o       Et pour l'éducateur, des garde-fous, une formation

-          TEMOIGNAGES


 L'école est inadaptée tout le monde le sait et le dit, mais… 

Notre système scolaire est inadapté. Le constat n'est pas nouveau mais c'est paradoxalement une des raisons pour lesquelles il est aujourd'hui très difficile de s'attaquer au problème.

Tout se passe en effet comme si ayant tenté maladroitement de multiples greffes sur un arbre malade, on s'obstinait aveuglément à faire le procès des greffons alors qu'il est plus urgent que jamais de traiter le mal à la racine. 

Mais POURQUOI est-elle inadaptée ?

parce qu'elle a renoncé à ses objectifs fondamentaux ?
ou parce qu'elle ne sait pas se donner les meilleurs moyens pour les atteindre ?

Si nous voulons changer l'école ce n'est pas parce que nous remettons en cause son rôle primordial de transmission des savoirs mais parce qu'il a été constaté, puis scientifiquement établi, qu'elle s'y prenait mal.

Les sciences de l'éducation, les chercheurs pédagogiques (I.N.R.P. Universitaires-psycho-sociologues-pédiatres) et l'expérience des praticiens ont montré que le discours n'est pas efficace pour l'appropriation du savoir.

Mais au contraire l'acte d'apprendre est un acte individuel qui se réalise dans la communication, l'expression, le tâtonnement, l'expérimentation, la vie sociale, tout ceci construit dans une rigueur certaine. 

En obligeant les enfants à travailler mécaniquement, sans cultiver les fonctions supérieures de synthèse et de décision, en négligeant les liaisons entre l'affectivité et l'action, l'école traditionnelle pratique journellement de véritables lobotomies pédagogiques.

Dr. Rosquelles, psychiatre

 

La moitié des enfants que nous traitons dans les centres, n'auraient jamais été inadaptés, s'ils avaient eu, en temps utile, la possibilité d'établir avec leur maître, des relations véritablement humaines.

Pr. Mauco - Centre Claude Bernard - Paris

 

Quand le désir naît du vécu, du milieu, le travail prend un sens.

 

ou bien dans sa réflexion, dans son fonctionnement ne se serait-elle pas éloignée simplement de la réalité ?
Ne se serait-elle pas construit ainsi un monde qui actuellement est tout à fait fictif et qui n'a plus aucune liaison avec la vie, la culture, le comportement des élèves.
 

AUTREFOIS, L'ENFANT ALLAIT A L'ÉCOLE POUR APPRENDRE QUELQUE CHOSE...

Cinéma, radio, télé, journaux, lui apportent aujourd'hui des connaissances et des informations qui l'encombrent plus qu'elles ne l'instruisent.

L'école pourrait aider à comprendre, à assimiler, à utiliser, à classer, cet apport souvent chaotique. Imperturbable, et coupée de l'actualité, elle continue à ajouter des connaissances sous forme de leçons. 

AUTREFOIS, L'ENFANT ALLAIT A L'ÉCOLE POUR APPRENDRE DES MÉCANISMES...

... dont il comprenait ou sentait confusément la nécessité dans la vie quotidienne. Au champ ou dans la rue, il jouait, observait, faisait des expériences banales (dont il ignorait du reste, la valeur éducative). Imperturbable, l'école accentue cette coupure d'avec la réalité, et continue d'enseigner des mécanismes et un vocabulaire dénués de sens (modernes ou anciens, le problème n'est pas là). L'écolier convertit des hectogrammes et des décagrammes, remplit des « ensembles vides » (de sens ?), avant d'avoir eu envie ou besoin de peser ou d'évaluer. 

AUTREFOIS, LA FAMILLE ÉDUQUAIT, L'ÉCOLE INSTRUISAIT...

L'Instruction Publique est devenue l'Éducation mais l'école est restée l'école. Elle pourrait être un refuge pour des enfants insécurisés que produisent en série, crise du logement, conditions de travail et de vie, chômage et misère. Or bien souvent, elle aggrave les difficultés, au lieu de jouer un rôle correcteur ou compensateur. 

Pourtant, on a rarement autant parlé d'aider l'enfant à s'adapter à l'Ecole. A quelle école ?

En 1980, plus de la moitié des enfants ont des difficultés (qui dans certains cas, ressemblent à des suicides scolaires). Statistiquement, il est donc devenu normal d'avoir des difficultés. Les dyslexies, dysorthographies, dyscalculies, etc. s'abattent en d'étranges épidémies. Le besoin de rééducateurs va croissant. Est-ce inéluctable ? Seuls les faux réalistes et les naïfs en sont persuadés. Les moyens nécessaires pour créer des écoles humaines, des maîtres formés à une pédagogie adaptée, et pour changer les habitudes, seraient moins grands que ceux nécessaires pour éponger les « estropiés scolaires ». 

Il est donc nécessaire de faire quelque chose mais pas n’importe quoi.

Le système étant grippé, une réaction simpliste, bien que de bonne foi, fait dire trop souvent à l'homme de la rue comme à l'universitaire distingué : « Serrez la vis » alors que ce qui s'impose c'est de huiler les rouages, d'ouvrir l'admission d'air.

L'école ne peut plus être coupée de la vie sociale de son environnement immédiat (famille, vie économique, évolution des techniques, apport des médias).

De ce fait, l'enseignant ne peut plus être seulement celui qui apporte un savoir mais celui qui met en place des formes et des moyens de travail qui permettront à chaque enfant d'aller le plus loin possible dans la construction de son savoir qui sera alors réellement intégré et pas seulement plaqué en surface.

L'école doit répondre aux besoins des enfants et de la société

Notre réflexion ne doit pas porter sur l'école mais sur les besoins des enfants. C'est en fonction de ces besoins que l'on définira une politique scolaire. On verra alors ce que l'école doit être mais aussi ce qu'elle ne doit pas être. Devrait être ainsi évité le piège dans lequel sont tombés tous les réformateurs, qui bâtissaient un système en apparence logique et cohérent mais prétendaient y faire entrer les enfants. C'est donc l'école qui doit s'adapter aux enfants et non les enfants à l'école.

On ne peut imposer à un maître un choix pédagogique précis, mais a-t-on le droit d'imposer aux enfants des pratiques que l'on sait nocives, a-t-on le droit de les priver de pratiques que l'on sait bénéfiques ? C'est donc, là encore, des enfants qu'il faut partir pour délimiter le champ dans lequel s'exerceront les choix pédagogiques des éducateurs. 

Permettre à chaque enfant d'arriver à son plein épanouissement d'individu autonome et d' « être social » responsable, co-détenteur et co-bâtisseur d'une culture.

Donc développer :

- Sens de la responsabilité - Sens coopératif - Vie sociale - Jugement personnel - Réflexion individuelle et collective - Création - Expression - Communication – Savoir-faire - Connaissances utiles.

Et s'efforcer de réduire le poids des inégalités socio-culturelles. 

Esprit dans lequel l'école doit essayer de réaliser ces objectifs. 

L'école doit assurer une véritable formation polytechnique de base qui ne privilégie pas l'intelligence verbo-conceptuelle mais qui lui permet de se développer sur des bases solides :

- Maîtrise progressive par tâtonnement des matériaux de l'environnement de l’enfant (objets, êtres vivants, phénomènes naturels, patrimoine culturel, structures sociales, techniques, outils...).

- Maîtrise progressive par tâtonnement de ses propres « composants » (son corps, ses facultés intellectuelles, ses déterminismes...). 

La progression n'y saurait être linéaire et graduée, encore moins normalisée. Elle sera concentrique, avec toutes les phases du tâtonnement expérimental (progression, palier, régression...). 

Il convient donc de respecter les rythmes individuels d'acquisition, de faire jouer à fond la dialectique groupe individu.

 

L'école ne prépare pas à la vie, elle est déjà un lieu et un moment de vie. Les enfants doivent y être en situation d'apprentissage à même la vie, c'est-à-dire qu'ils seront engagés dans des actions réelles et non dans des actions simulées ou ludiques seulement.

 

L’enseignant doit donc prendre conscience de quelques réalités 

Voici, brièvement, quelques notions de base à reconsidérer : 

VOS ENFANTS N'ONT PAS TOUS LES DÉFAUTS ET LES VICES DONT ON LES ACCABLE. 

Ces défauts et ces vices sont presque toujours de la faute de l'école :

- Si vos enfants ne s'intéressent pas à ce que vous leur imposez, c'est que vous n'avez pas su motiver leur travail.

- S'ils n'ont rien à dire, c'est qu'ils ont été trop longtemps condamnés à se taire.

- S'ils ne savent pas créer, c'est qu'ils ont été entraînés seulement à obéir, à copier et à imiter.

- S'ils trichent, c'est que votre système d'organisation et de contrôle est mal établi.

Nous pouvons vous apporter la preuve aujourd'hui qu'avec une autre façon de concevoir la classe, vous aurez obligatoirement des enfants plus curieux, plus chercheurs, plus créateurs, plus loyaux, plus aimables, plus soucieux d'une bonne conduite sociale. 

IL FAUT ABSOLUMENT VOUS DÉFAIRE AVEC LES ENFANTS, DE LA MANIE DE L'AUTORITÉ ET DE SES INSTRUMENTS : LA PUNITION ET LA RÉCOMPENSE. 

qui placent l'enfant dans l'obligation technique et morale de faire ce qu'ordonne le maître.

Vous êtes démocrates - un éducateur est toujours démocrate. Vous pensez très loyalement que les individus doivent se commander eux-mêmes. Vous approuvez dans le domaine politique l'autodétermination. Vous faites même grève pour affirmer vos droits. Et c'est fort bien. Mais vous ne reconnaissez aucun de ces droits à vos élèves. Vous êtes les maîtres ; ils sont les esclaves. Vous dites, peut-être pour vous justifier : ils sont trop jeunes pour se commander et agir librement. On disait de même des esclaves et on le dit encore.

Or, nous pouvons vous donner l'assurance expérimentale que les enfants sont au moins aussi aptes que les adultes à vivre en communauté.

Au début de vos essais, quand vous vous trouverez en présence d'enfants déformés par l'école, il vous arrivera d'avoir encore recours à la coercition pour maintenir l'ordre dont nous disons plus loin la nécessité. Seulement, vous le ferez à contrecœur, en pensant que vous y êtes forcés par la forme de l'école sans croire pour cela que l'enfant a besoin, pour s'éduquer, de votre poigne solide et intransigeante. 

VOUS VOUS CONSIDÉREZ COMME CELUI QUI SAIT ET QUI ENSEIGNE A CEUX QUI NE SAVENT PAS. 

C'était peut-être vrai autrefois, mais les enfants d'aujourd'hui connaissent, sur bien des thèmes, autant de choses que nous (si même ils les connaissent mal).

Vous ne pouvez pas négliger ces changements qui sont la conséquence des voyages, de la radio et de la télévision.

Il vous faut prendre les enfants tels qu'ils sont, différents de ce qu'ils étaient au temps des manuels et des leçons souveraines, partir de ce qu'ils savent déjà.

Pour cela évidemment, il vous faudra reconsidérer votre méthode de travail. 

NOS ENFANTS D'AUJOURD'HUI NE SONT PLUS DU TOUT COMME CEUX DU DÉBUT DU SIÈCLE. ILS VEULENT SAVOIR, ILS VEULENT COMPRENDRE, ILS VEULENT AGIR. 

Si vous les en empêchez en leur imposant ce qui ne les intéresse pas, ils se fermeront de plus en plus à votre enseignement, et ils chercheront vers d'autres voies une autre forme de culture. 

VOUS CROYEZ VOS LEÇONS INDISPENSABLES. ELLES VOUS DONNENT MAJESTÉ. 

Vos enfants ne comprennent pas ; vous allez leur expliquer, et leur expliquer encore sans prendre garde que vos explications sont neuf fois sur dix inutiles. Quand vos enfants comprennent, c'est qu'ils ont déjà compris avant que vous parliez.

Seules l'observation et l'expérience sont formatives. Tout le reste n'est qu'illusion. D'ailleurs la programmation qui est de plus en plus à la mode tend à supprimer leçons et explications. 

NOUS SOMMES AU SIÈCLE DE L'EFFICIENCE ET DU RENDEMENT. LES ENFANTS, COMME VOUS, N'AIMENT PAS TRAVAILLER POUR RIEN, POUR LA NOTE. ILS DEMANDENT UN VRAI TRAVAIL, DONC MOTIVE. 

Vous vous efforcerez de supprimer radicalement la scolastique, c'est-à-dire le travail qui ne sert à rien qu'à l'école et vous chercherez avec nous les nouvelles motivations. 

C. Freinet

(Éducateur n°5 - 1934)

 

et donc devenir un éducateur 

- qui possède des connaissances mais en connaît la relativité,

- qui sait que l'acquisition du savoir utile n'est pas une simple accumulation de connaissances mais une façon d'appréhender des situations (quelles qu'elles soient) de les analyser, de les communiquer,

- qui reconnaît que diverses démarches sont possibles,

- qui accepte chaque enfant tel qu'il est, reste attentif à ce qu'il fait, l'aide à se confronter avec les autres et à approfondir sa pensée personnelle sans se plier à une norme. 

Il ne doit pas être :

- celui qui régente...

- celui qui n'intervient pas...

Autoritarisme et laisser-faire rendant impossible un véritable apprentissage de la liberté au sein d'un groupe coopératif. 

Il doit être :

- celui qui aide la classe à s'organiser en cellule vivante faisant coopérativement l'apprentissage de la responsabilité,

- celui qui installe en classe un « milieu aidant » en installant des ateliers riches en matériel divers incitant à la recherche.

- celui qui est attentif aux apports de tous les enfants et qui accueille toutes les propositions même lorsqu'elles reflètent un conditionnement extérieur,

- celui qui favorise les confrontations, qui aide à l'analyse des situations, qui rappelle les acquis, les décisions antérieures, qui est le garant des lois de la classe,

- qui favorise l'auto-évaluation du travail de ses élèves, les faisant participer aux passages des brevets ou échelles. 

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Mais si je dois être celui qui veille à ce que cet échange démocratique ait lieu, je n'en dois pas devenir pour autant celui qui, tirant les ficelles, sera d'une part le seul référent et d'autre part, encore le maître.

Il ne s'agirait pas d'une éducation mais tout simplement d'un entraînement à la dynamique de groupe !

Je dois m'efforcer de m'effacer (et c'est difficile) pour que le groupe vive par lui-même, se crée ses propres règles (non issues de ma seule volonté) en veillant toutefois, et c'est mon rôle « de barrière », à ce qu'un leader ne prenne pas ma succession pour imposer à son tour !

Il serait vain de croire, qu'un petit peuple d'enfants, cellule artificielle de vie dans un groupe scolaire, acquiert cette façon de procéder, ces techniques de vie en un jour !

Toute cette éducation de la vie en société demande du temps et beaucoup de patience, de redites, d'attente, de mises au point, mais on y arrive !

Ma part se situe à deux niveaux bien difficilement « séparables » : une part affective et une part technique. Mon rôle (tel que je le conçois et que je m'efforce de le jouer) est d'inciter, de suivre, d'accueillir, d'aider, de retenir parfois, tout cela avec un dosage si particulier que nul ne peut en tirer une règle, tant les choses se font en fonction des conditions du vécu du moment et des individus.

Il est certain que je n'aborde pas tous les élèves de la même manière, mais ceci est tellement simple à comprendre que je ne m'étends pas, j'accorde seulement énormément de prix à l'écoute, à l'accueil, c'est, je crois, ce dont les enfants, les ados, et je sais aussi les adultes, ont le plus besoin !

Mais maintenant, je me garde d'agir seul de façon autoritaire, le suggère quand je sens qu'une situation est mûre afin que la réflexion du groupe fasse le chemin nécessaire à la réalisation.

C'est pour moi, maintenant je le constate, un gage de réussite et d'efficacité. J'essaie en effet de ne pas être ressenti malgré mon statut d'adulte que je revendique à part entière, comme celui qui doit décider.

Et c'est une attitude qu'il n'est pas toujours facile de tenir, surtout dans les moments de crise !

Ceci m'entraîne à aborder le côté social et « politique » (au sens large du terme) de notre action avec le groupe classe. 

Michel Vibert

 

- Vous êtes désarmés devant la passivité de vos élèves, leur distraction maladive, leur peu d'amour du travail. Mais vous n'osez pas modifier votre comportement. Vous avez trop peur d'échouer.

- D'autant plus qu'on vous a aimablement prévenus :

·         les techniques Freinet sont difficiles à pratiquer,

·         elles supposent une préparation particulière des maîtres,

·         il faut peu d'élèves, et votre classe est surchargée,

·         la liberté que les techniques Freinet supposent et préconisent, engendre le laisser-aller et la pagaille, or, le désordre ne saurait être favorable à l'éducation,

·         les enfants ne sont pas mûrs pour la liberté,

·         ils ne sa vent pas travailler seuls.

- Vous redoutez les échecs aux examens.

- Et vos supérieurs n'en sont peut-être pas partisans. 

Or, tout cela n'est que partiellement juste, et, en tous cas, rarement prohibitif. 

Il est pourtant exact qu'il faudrait que vous soyez normalement préparés théoriquement, psychiquement et techniquement à cette forme de classe, sinon vous risquez d'adapter seulement les techniques nouvelles à l'ancienne pédagogie, et il n'y aura rien de changé, comme si vous montiez un moteur neuf et puissant sur la carrosserie des chars à bancs et des diligences.

Comme il est exact que les enfants, comme les parents, sont habitués aux vieilles techniques, et qu'il est toujours très difficile de les entraîner au travail nouveau.

Mais, à même votre classe, vous pouvez cependant aujourd'hui, nous ne disons pas appliquer les techniques Freinet - ce sera l'aboutissement de vos efforts à venir de rénovation - mais améliorer votre travail selon les principes et avec l'apport de la pédagogie Freinet, et cela :

- sans rien bouleverser,

- sans nuire à l'ordre et à la discipline,

- sans fatigue supplémentaire,

- sans indisposer ni vos collègues, ni les parents, ni vos inspecteurs, dans l'ordre et l'efficience. 

Qui donc oserait contredire à cet effort de modernisation qui est le propre de toute entreprise qui ne veut pas dégénérer dans la sclérose et le vieillissement ?

C. Freinet

 

L'école doit devenir un vrai lieu de vie et de production, en prise sur la vie sociale et l'environnement immédiat.

Lieu de vie où les enfants peuvent s'exprimer et être entendus où ils agissent pour apprendre où ils font l'apprentissage de la démocratie par la vie coopérative 

en introduisant dans la classe des techniques nouvelles, des ateliers de création et d'expression, on se heurte très vite à des problèmes d'organisation que la classe coopérative se chargera de résoudre elle-même. (Des moments et des lieux seront prévus pour cela : le conseil).

L'organisation coopérative change radicalement les conditions de travail de la classe en mettant en place une priorité de responsabilités et de compétences et non pas des hiérarchies de personnes, en instaurant de nouvelles relations dans le travail.

D'où conséquences sur les enfants eux-mêmes :

- Le groupe est au service de chacun par la valorisation des réussites.

Il offre le maximum de possibilités d'identifications et d'oppositions.

- Les responsabilités, les métiers ont un rôle essentiel.

- L'enfant fait l'apprentissage de la liberté avec tout ce que cela comporte de frustrations, de limites et d'interdits.

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Mais COMMENT introduire cette vie dans l'école ? 

L'organisation coopérative s'impose pour que ce qui précède soit une réalité pleinement efficiente.

Pour certains les nécessités du travail vont conduire à la mettre en place peu à peu et elle se substituera progressivement aux rapports autoritaires maître-élève.

Pour d'autres, c'est dès le départ, la mise en place d'institutions qui installent cette vie coopérative.

Dans le premier cas, on introduit des techniques qui induisent une autre forme de travail scolaire (cf. Pourquoi-Comment correspondance, journal scolaire, audiovisuel) dont les nécessités vont conduire par la gestion du travail et de la vie à mettre en place une organisation coopérative.

Dans le second cas, les institutions sont introduites dès le départ, comme de nouvelles techniques du travail et au même titre qu'elles.

 

Quelle que soit la place faite aux institutions dans la vie d'une école ou d'une classe comme dans le processus de son évolution, ce qui compte c'est le but à atteindre, le projet initial : une éducation à la vie sociale allant de pair avec la construction individuelle d'acteurs sociaux à part entière, autonomes, actifs, responsables. On peut faire le parallèle avec l'usage que font divers pays de leurs institutions et la variété de celles-ci au service d'un même idéal de démocratie.

Guy Champagne

 

Il est une donnée importante dans le métier d'enseignant qu'il ne faut réduire, ni mépriser mais au contraire prendre en compte afin de lui donner toute sa dimension dynamisante et aussi pour mieux la contrôler. C'est la sensibilité de chaque enseignant à tel ou tel type de fonctionnement.

Il est évident qu'un modèle, qu'une technique permet de sauter, de rompre, d'ouvrir sa classe vers un nouveau fonctionnement permettant une meilleure valorisation des acquisitions suivant ses propres finalités éducatives.

Mais qu'à tous moments, l'adaptation du fonctionnement même des techniques, est modulée par la sensibilité de chacun sachant qu'il est important de ne pas les dénaturer, de ne pas les détourner.

Claude Cohen

 

Quelques conseils préalables 

NE COMMETTEZ PAS L'ERREUR D'ACCORDER SENTIMENTALEMENT TROP VITE ET TROP BRUSQUEMENT, LA LIBERTÉ A VOS ÉLÈVES. 

Non seulement parce qu'ils n'y sont pas habitués et risquent fort, en conséquence, d'en faire un mauvais usage, mais parce qu'il faut surtout éviter de considérer la liberté comme une sorte d'entité intellectuelle.

Or, cette liberté intellectuelle n'existe que dans les livres. On est libre de faire quelque chose ou de ne pas le faire. C'est dans le travail et la vie que l'enfant doit sentir et posséder la liberté. Instituer une liberté qui n'est pas l'émanation de la vie et du travail de la classe, c'est aller à un échec que vous devez à tout prix éviter. La liberté ne sera pas au début. Elle sera l'aboutissement de la nouvelle organisation du travail. Vous ne risquerez pas, alors, le désordre et l'indiscipline qui sont si souvent reprochés à celles de nos classes qui, sous prétexte de nouveauté, placent dangereusement la charrue avant les bœufs. 

NE VOUS PRESSEZ PAS DAVANTAGE POUR UNE ORGANISATION FORMELLE DE LA COOPÉRATIVE SCOLAIRE, TANT DU MOINS QUE VOUS N'EN SENTIREZ PAS LE BESOIN. 

Organisez d'abord le travail coopérativement, répartissez les divers services et surtout pratiquez le journal mural et la réunion coopérative du samedi. Vous pourrez passer alors au stade de l'organisation statutaire genre adultes. Mais là aussi, ne placez pas la charrue avant les bœufs. 

NE VOUS PRESSEZ PAS TROP DE SUPPRIMER LES MANUELS SCOLAIRES ET LES NOTES. 

Avant de supprimer les manuels, vous devrez vous être organisés pour les remplacer : par la lecture motivée, par le travail individualisé sur fiches, et surtout par les bandes enseignantes. Vous supprimerez les notes (dans la mesure où l'on vous y autorisera) quand vous n'aurez plus besoin d'une motivation fictive, quand le graphique du plan de travail parlera plus éloquemment que les notes, quand vos Brevets seront le plus vivant des contrôles.

Jusque-là achetez les manuels habituels qui donneront bonne conscience aux Inspecteurs et aux parents et vous faciliteront de ce fait le travail original que vous allez faire. Vous les utiliserez plus ou moins dans la mesure où vous pourrez les compléter puis les remplacer par nos techniques. Vous éviterez du moins les ennuis qui pourraient vous venir de ceux - parents ou Inspecteurs - qui gardent la nostalgie des fausses mesures que sont notes et classements.

Les solutions que nous recommandons ne sont jamais automatiques. Les résultats probants dont nous pouvons aujourd'hui nous prévaloir ne sont pas obtenus forcément au départ ; ils sont plutôt un aboutissant. Ne commettez pas l'erreur d'inverser les rôles. 

DESCENDEZ DE VOTRE CHAIRE. 

Au fur et à mesure que, dans la voie nouvelle, vous vous rapprochez de l'enfant et que vous cessez de pratiquer les leçons ex cathedra, l'estrade vous deviendra inutile. Vous l'enlèverez - si elle n'est pas scellée au plancher – et vous vous mettrez en permanence au niveau des enfants. C'est là plus qu'un geste symbolique, mais une réalité matérielle de coopération.

Vous romprez aussi dès que possible la traditionnelle régularité des tables de la classe auditorium-scriptorium. Le travail individualisé que vous allez entreprendre suppose un autre agencement, fonctionnel pourrions-nous dire. Et du coup, votre classe perdra cet aspect de conditionnement, de passivité et d'obéissance, auquel tant d'enfants sont aujourd'hui allergiques. 

C. Freinet

Les Techniques Freinet de l’École Moderne de C. Freinet,

143 p. 11,5 x 17,5. Éditions Bourrelier - A.Colin

Un guide pratique et le compte rendu de nombreuses expériences

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Mais par où commencer ?

Parmi les techniques présentées dans cet ouvrage, en introduire d'abord une, ou plusieurs, que l'on maîtrisera plus facilement, par goût personnel, affinités, capacités. 

Je me suis demandé ce qui, dans ma classe permet peu à peu aux enfants de parvenir à une certaine structure coopérative.

Lorsque les enfants arrivent dans nos classes, ils ont déjà la plupart du temps un vécu scolaire derrière eux et donc des habitudes : celles des enseignants qu'ils ont connus jusque-là. Par conséquent, pour leur donner de nouvelles habitudes (les nôtres) coopératives celles-là, il est plus facile de partir sur un terrain inconnu d'eux. C'est pour cette raison que la correspondance me paraît être un domaine privilégié. N'ayant aucun antécédent dans ce domaine, ils seront plus libres. On aura plus de facilité à leur faire établir leur propre méthode, à leur faire construire leur propre culture.

Et aussitôt cet état d'esprit déteindra sur les autres activités, chacune d'elles se retrouvant dans la correspondance. On ne fera plus des maths ou une enquête pour faire des maths ou une enquête mais pour communiquer ses découvertes à d'autres. On ne pourra plus faire comme avant. La machine sera lancée. 

Robert Besse

 

Une évolution progressive, maîtrisée

- Pendant longtemps encore iront de pair des pratiques traditionnelles et des pratiques nouvelles dans votre classe.

- Une nouvelle forme de travail suppose d'autres outils (pédagogiques) et d'autres techniques.

- Commencez par le texte libre (ne le scolarisez pas !)

- Conservez le manuel de lecture.

- Respectez de nouveaux rapports élèves-élèves, élèves-maître.

- Organisez au plus tôt la correspondance scolaire.

- Organisez au plus tôt le travail individualisé des élèves.

- Ne supprimez pas d'autorité notes et classements.

- Ne supprimez pas radicalement les leçons.

- Faites faire des conférences aux élèves.

- Peu à peu transformez votre classe en une classe atelier.

- « Ne vous lâchez pas des mains avant de toucher des pieds », ou procédez progressivement, à un rythme qui sera fonction de vos propres possibilités techniques et du milieu.

 

C. Freinet

 

mais résolue  

Si vous introduisez une technique d'école moderne dans votre classe ne le faites pas à moitié ou à contrecœur. Que le texte libre ne soit pas prétexte à leçons de grammaire, que la correspondance ne soit pas reléguée au rang des accessoires. Jouez le jeu !

 

UN EXEMPLE, LE TEXTE LIBRE 

Pratiquer l'expression libre, c'est donner la parole à l'enfant, lui donner des moyens de s'exprimer et de communiquer. C'est créer un milieu de vie (organisation coopérative) au sein duquel cette Parole sera accueillie, écoutée, discutée, valorisée.

Mais il ne faut pas croire qu'il suffit d'attendre pour que l'expression de l'enfant devienne libre et jaillisse spontanément !

LA PART DU MAITRE est primordiale et aidante pour créer un milieu sécurisant et établir les relations nécessaires à l'épanouissement de l'individu.

LE TEXTE LIBRE n'est qu'un aspect de l'expression libre des enfants et adolescents.

C'est une technique de vie et d'expression.

Ce n'est pas une institution.

C'est un texte écrit librement, en fonction du Désir de l'enfant, ce n'est pas une rédaction à sujet libre, ni un texte à sujet imposé.

C'est l'occasion d'un débat, d'une discussion, d'un dialogue.

Ce n'est pas un prétexte à des exercices de français (comme le prévoit la rénovation pédagogique).

C'est l'expression choisie par l'enfant pour communiquer SA pensée qui prévaut, même si elle ne correspond pas aux critères moraux et esthétiques de l'adulte. Ce n'est pas d'abord un « beau texte » avec des phrases bien structurées.

L'aboutissement logique du texte libre est le journal scolaire, mais cela n'écarte pas d'autres valorisations : recueil personnel de l'enfant, recueil de la classe, affichage, envoi au(x) correspondant(s).

Le texte libre peut aussi engendrer d'autres activités : débat, théâtre, dessin, enquête, musique, poésie, maths, etc. Il rejoint ainsi dans sa globalité, 1'organisation et la vie coopérative de la classe, véritable atomium.

 

Patrick Robo

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Un nécessaire matérialisme 

N'introduisez une technique que si vous disposez du matériel adéquat. Équipez progressivement votre classe pour ce vrai travail auquel les enfants aspirent.

Si l'on veut que les enfants fassent un travail sérieux, il faut leur donner un matériel fiable.

Pour les apprentissages, des fichiers autocorrectifs rigoureusement mis au point et testés dans les classes, à la rigueur quelques manuels.

Pour les recherches, une documentation de qualité, bien adaptée à leur âge mais non infantilisante.

Pour les expériences, le travail manuel, l'expression artistique, un matériel de qualité.

Pour diffuser leurs écrits, leur parole, leurs productions un minimum de moyens audiovisuels de qualité (duplicateurs, magnétophones, appareil photo, imprimerie, etc.). 

La Coopérative de l'Enseignement Laïc, créée par Célestin Freinet, produit et diffuse matériel, outils, publications nécessaires à la pratique de la pédagogie Freinet.

Ces matériels sont sélectionnés parmi les productions de divers éditeurs et fabricants, ou mis au point par les groupes de travail de l'I.C.E.M. et réalisés par la C.E. L.

Renseignements, catalogues, commandes à : C.E.L. - B.P. 109 - 06322 Cannes la Bocca Cedex - Tél. : (16).93.47.96.11.

Et à Paris : Librairie C.E.L. - Alpha du Marais - 13, rue du Temple - 75000 Paris Tél. : (16).1.271.84.42.

Une animation pédagogique y est assurée certains mercredis. Se renseigner.

Tenez compte des contraintes matérielles, des limites du milieu. Il n'est pas de travail sérieux possible sans une bonne gestion de l'espace et du temps.

Dans une classe aux dimensions restreintes on ne pourra pas toujours installer tous les ateliers que l'on souhaiterait y voir fonctionner.

Dans une journée, voire une semaine ou un mois, on ne peut mener à bien qu'un certain nombre de projets.

Les enfants et vous-mêmes devrez savoir faire des choix.

Par contre un peu d'imagination, la remise en cause de quelques routines peuvent lever des obstacles apparents.

 

Aller vers l'individualisation du travail 

Nous placerons tous nos efforts pratiques de modernisation sous le signe de l'individualisation de l'enseignement, ce qui n'exclut nullement nos efforts de recherche et de réalisation d'une pédagogie qui doit considérer sous tous ses aspects le comportement individuel et social des individus.

Dans nos critiques des manuels scolaires et des leçons nous avons toujours dit le faible rendement de l'enseignement collectif. L'enfant, comme l'adulte, ne travaille efficacement qu'individuellement ou en équipe réduite et homogène.

Avec l'ancienne méthode des devoirs et des leçons, tous les enfants doivent faire la même chose, et dans le même temps. Le maître doit, pour cela, freiner les élèves qui pourraient aller trop vite, attendre les retardataires et se régler en définitive sur une moyenne qui ne favorise qu'une petite fraction de la masse des élèves.

Avec le travail individualisé au contraire, chacun va à son pas, à son rythme. Le rendement est alors à 100 %. Le travail individualisé ne se satisfait d'ailleurs pas par lui-même ; il doit s'inscrire dans un ensemble logique et cohérent qui est la méthode générale de travail. 

Nous présenterons deux formes de travail individualisé. 

a) La première se fait soit par fiches autocorrectives, soit par cahiers autocorrectifs. Nous avons donné le branle en ce domaine comme en beaucoup d'autres en réalisant, dès 1930, les premiers fichiers autocorrectifs. Et vous pouvez vous-mêmes pour vous convaincre des vertus de cette technique, refaire notre expérience. 

Prenez un manuel de grammaire ou de calcul. Découpez les demandes d'exercices sur fiches carton 10,5 x 13,5 de couleur claire. Prenez le livre du maître correspondant et découpez les réponses que vous collez sur fiches cartonnées rouges. Classez les demandes dans une boite, les réponses (rouges) dans une autre. Vous avez un fichier autocorrectif qui, avec pourtant les mêmes exercices, intéressera beaucoup plus les élèves. 

Et cette pratique nous vaut même un résultat inattendu : pour la première fois on fait à l'enfant une certaine confiance à laquelle il est tout particulièrement sensible. Il se contrôle seul et se sent délivré de la surveillance obsédante et tâtillonne du maître. Le succès de cette initiative est une première conquête qui nous libère à notre tour du rôle de surveillant qui nous perturbe tout notre comportement. Nous avons réalisé coopérativement toute une batterie de fichiers autocorrectifs de calcul, de grammaire et d'orthographe, que les éducateurs pourront compléter par des fichiers qu'ils pourront toujours réaliser personnellement selon leurs besoins - ce qui nous vaut des possibilités d'adaptation que ne peut offrir aucune autre méthode. 

Les fichiers de calcul opératoire ont été traduits d'autre part en cahiers auto-correctifs, qui sont personnels à chaque élève et que ceux-ci peuvent réaliser en classe sans se déplacer, ou dans la famille. 

b) Nous avons prévu aussi une forme de travail individualisé, rarement auto-correctif, mais qui permet cependant de supprimer les leçons collectives ce sont les fiches-guides : en calcul, en histoire, géographie et surtout en sciences. Le rendement en est sans commune mesure avec celui des leçons. 

Une seule difficulté, dont nous avons prévu la solution : le travail individualisé est évidemment plus complexe. Ce n'est plus l'ordre apparent des manuels où il suffit de tourner les pages pour savoir où on en est.

Il nous faut, pour ce travail individualisé prévoir une autre forme d'organisation et de contrôle. Nous y parvenons par nos plans de travail et nos plannings. 

C. Freinet

 

L'école actuelle nie l'individualisation du travail dans la mesure où elle refuse de reconnaître les rythmes individuels des acquisitions et du développement.

Par contre elle nie tout autant sa socialisation car elle interdit la coopération des individus, elle enferme chacun dans sa solitude face à l'épreuve imposée à tous au même moment.

Nous réalisons exactement le contraire

- Individualisation du travail de renforcement des acquisitions (savoir-faire-savoirs).

- Socialisation du travail (on pourrait dire par et pour le travail), le groupe étant à la fois incitateur, aidant, exigeant, évaluateur.

Guy Champagne

 

Et pour l'éducateur, des garde-fous, une formation 

Confronter son expérience à celle des autres (pendant les réunions du Groupe Départemental par exemple).

Surtout ne pas crier sur les toits que l'on va « pratiquer la pédagogie Freinet ».

Faire partie du Groupe Départemental I.C.E.M. pour ne pas être isolé.

Ne pas rester seul et donc tâcher de garder un contact en permanence avec un praticien de la pédagogie Freinet qui pourra dépanner matériellement, moralement.

Ouvrir la classe aux parents (au moins les locaux).

Accueillir une réunion publique du Groupe Départemental dans sa classe.

Garder le plus possible de preuves, de traces de son travail et de celui des élèves.

Éviter de se couper de la vie du quartier, du village, de l'école (si possible).

Ne jamais oublier de composer en fonction de SA situation locale, ni de progresser à son propre rythme.

Savoir aussi que la mise en place de ces changements prend du temps (des années parfois), et que dans certaines conditions il y a des changements impossibles à réaliser seul.

une formation 

Une formation, et une réflexion complétées par une pratique personnelle deviennent indispensables pour un tel démarrage. Mais comment acquérir cette réflexion, cette formation ? Comment renforcer cette pratique pédagogique ? A ces questions, plusieurs réponses complémentaires :

- par la lecture de livres, dossiers, documents I.C.E.M.

- en participant régulièrement aux réunions organisées par le Groupe Départemental (G.D.),

- en participant régulièrement aux réunions organisées par le Groupe Départemental,

- en s'inscrivant à des circuits de réflexion et d'échanges pédagogiques organisés sur le plan local, départemental ou national,

- en travaillant dans sa classe en étroite collaboration avec un praticien de l'I.C.E.M. dans un système de parrainage / compagnonnage,

- en demandant à faire un stage de trois jours minimum dans la classe d'un praticien du G.D.,

- en s'abonnant à des bulletins, revues de l'I.C.E.M. 

N.B. : Pour tous renseignements sur l'I.C.E.M., ses activités, ses productions, écrire à : I.C.E.M., B.P. 109, 06322 Cannes la Bocca Cedex qui pourra vous faire parvenir également la liste des Délégués Départementaux. 

Le texte ci-dessus signé Patrick Robo est paru dans le bulletin « Chantiers » dans l'Education Spécialisée - Janvier 84. 

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Et ce dont il est important de parler aussi à ce moment c'est du maître qui, remis constamment en question dans sa réalité, doit lui aussi faire son propre tâtonnement. J'ai donc aussi vécu en suivant les idées d'un autre jusqu'au jour où je me suis engagé vraiment à rencontrer ces gens dits « Freinet », pendant un stage que je suis allé suivre, la même année, à Chambéry en 1968. Là, j'ai rencontré des gens normaux que j'ai eu tendance à prendre pour des gens formidables, extraordinaires, tout simplement parce qu'ils n'avaient pas l'allure de ceux que je rencontrais habituellement, ils « respiraient » autrement ! Ils savaient dire ce qu'ils vivaient avec tant de chaleur que c'en était contagieux, avec tant de simplicité aussi. Et j'ai appris d'eux beaucoup de modestie. J'ai appris d'eux l'absence de jugement péremptoire. J'ai beaucoup questionné. J’étais pris par le « virus ». 

L'année suivante j'ai recommencé mon « année scolaire » en la teintant encore plus de tout ce que j'avais vécu, assuré d'une aide, tant au niveau de mon collège où nous avons commencé à former une équipe, qu'au niveau départemental et national où je savais trouver quand j'en avais besoin une aide efficace, libérée du dogmatisme, sans ce pouvoir lié à la réglementation officielle. Et c'est, je crois, ce qui importe le plus quand on débute. Il faut pouvoir trouver ou savoir que l'on peut trouver près de soi (quand on est loin et c’est souvent le cas on s'écrit) des gens qui amicalement vont savoir recevoir ce que vous faites, savoir vous écouter et vous dire : « Bon, voilà ce que tu fais et qui ne va pas. Je ne juge pas que cela est « mauvais » mais as-tu pensé à ... Je fais ceci... essaie et tu me diras... » De toute façon je crois que si l'on a vis-à-vis des enfants qui nous sont confiés une attitude d'accueil, d'aide, d'écoute, d'exigence aussi, on est sur le « bon chemin » si l'on peut dire ! Et c'est à chacun de trouver les solutions qui sont possibles en fonction de ce qu'il vit. Mais l'aide du copain cela fait bigrement du bien quand cela ne va pas. 

Je ne me lasserai pas de dire combien est important ce compagnonnage entre les êtres, qui exclut le jugement, qui est autant écoute qu'apport, accueil que proposition. Et c'est tout simplement la « part du maître » des groupes Freinet vis-à-vis de ceux qui commencent, comme en classe le maître a sa part vis-à-vis du tâtonnement de ses élèves. Et j'ai discuté, et j'ai écrit de nombreuses lettres, dont j'ai toujours obtenu réponse, et j'ai suivi d'autres stages, rencontré d'autres personnes à qui j'ai toujours demandé beaucoup et qui n'ont jamais refusé. Un jour, j'ai eu à dire à mon tour ce que je vivais, ce que je tentais et c'est ainsi que j'ai pris un rôle d' « animateur » tout autant d'ailleurs que je suis toujours resté « animé » car même aujourd'hui où je pourrais dire : « Voilà, j'ai tant d'années de réflexion, de recherche derrière moi, je sais donc (comme un ancien combattant !) » Non je reste à l'écoute de tous mes camarades dont j'ai besoin et qui savent m'apporter encore beaucoup et toujours. C'est un principe de notre mouvement dans lequel il n'y a pas de maîtres mais des camarades qui travaillent dans le même sens pour que tout évolue. Et même et surtout près des « stagiaires » qui sont venus dans mes classes (car dès qu'on a un peu d'expérience, de « bouteille » les instances académiques savent fort bien vous utiliser et donc vous confier au niveau de la formation pédagogique de jeunes maîtres) donc, même près des stagiaires, j'apprends beaucoup car ils m'apportent toujours quelque chose par la réflexion qu'ils m'imposent, par le regard critique qu'ils posent sur ce que je fais, et par les discussions qui nous animent. Je sais que je n'ai pas fini mon tâtonnement, heureusement, que tous mes doutes par rapport à moi-même, par rapport à la vie, ne sont pas clos ! 

Je crois qu'il faut être très prudent et prendre conscience que tout est un facteur de temps. Impulser dans un groupe classe, une structure, une activité qui n'est pas ressentie comme un besoin, va le plus souvent à l'échec. J’en ai fait souvent l'expérience. Et je ne dirai jamais assez aux personnes qui viennent me voir ou que je rencontre dans les stages d'être prudentes, d'aller à leur propre rythme, de ne pas avoir en tête la volonté de reproduire un modèle, de considérer que ce qu'elles observent est un moment de mon cheminement et du cheminement de mes gamins, qu'il faut donc le situer ainsi et n'en pas faire une base de départ. 

Michel Vibert

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 TEMOIGNAGES 

La classe doit devenir un vrai lieu de vie par son organisation coopérative 

Donner la parole :
-           Quoi de neuf
-           Histoire d'une enquête
-           Texte libre
-           Atelier menuiserie
-           Dessin et peinture libres
-           Musique avec les 2-4 ans  

Donner le pouvoir :
-           Le conseil
-           La coopérative  

Agir pour apprendre :
-           Respect du tâtonnement expérimental
-           Individualisation du travail
-           Travail individualisé
-           L'audiovisuel
-           Apprendre à lire-écrire
-           Comment j'ai démarré en « méthode naturelle » de lecture
-           Pédagogie des maths
-           Les ateliers

En prise sur la vie sociale et l'environnement immédiat :
-           Le journal scolaire
-           La correspondance interscolaire  

La classe coopérative est souvent un élément de la vie coopérative d'un quartier, d'un village :
-           Fête exposition

-           Les radios libres
-           Les clubs informatique  

Quelques pistes d'organisation de la classe :
-           Repartir à zéro ou presque
-           Lettre à un ami brésilien
-           La rentrée
-           Mon emploi du temps commenté par A. Blancas
-           Mon emploi du temps commenté par P. Robo

Des objections et des réponses aux objections

Et maintenant...

Bibliographie


Donner la parole

Quoi de neuf ?

Appelé aussi entretien, communication, quoi de neuf, etc. ce moment de parlottes, d'échange n'a rien à voir avec un certain entretien du matin, prévu par les I.0., support de leçon de vocabulaire ou de morale : il ne s'agit pas de parler sur commande.

Partout, avant de se mettre au travail, on discute, on échange, on bavarde : de la couleur du temps aux ennuis de famille. Seule l'école bannit le bavardage, qu'il s'agit là finalement d'utiliser, pour arriver à des échanges plus précis. 

·         L'entretien est un moment important de la journée, permettant de lui donner sa « tonalité », son « climat ».

·         L'entretien est un moment nécessaire pour que se crée une conscience de groupe : « Nous sommes ensemble parce que nous pouvons (presque) tout nous dire, (presque) tout écouter, parce que nous voulons dépasser nos émotions premières, nous comprendre et comprendre les autres ».

·         L'entretien est le reflet de l'activité tout entière, sinon le moteur.

·         L'entretien a une nature diverse et complexe, parce qu'il n'est pas seulement le résultat de préceptes pédagogiques, mais qu'il est la résultante des individus qui forment ce groupe-ci, en ce lieu-ci.

·         L'entretien a pouvoir de permettre aux « paroles » d'émerger, donne pouvoir aux paroles de se transformer.

·         L'entretien permet peu à peu d'apprendre à se situer dans et par rapport à un groupe (acquisition des notions de distance, de choix, d'effort sur soi-même, de don aux autres...).

·         L'entretien a des structures, des limites, des lois que le groupe fonde peu à peu, que chacun apprend à reconnaître, à transgresser.

·         L'entretien est aussi pour le maître un apprentissage constant :

-mieux connaître, aimer et aider les enfants,

-être disponible

-se décentrer...

·         L’entretien enfin est un témoin - parfois cruel - de la vie et de l'évolution du groupe.

 

Extrait BTR n°37

 

Description

Assis en rond (c'est préférable), chacun va dire à tous ce qui est pour lui important : « Bonjour, quoi de neuf ? »

Un président assure un tour de parole, et permet l'écoute de chacun. L'adulte parle, aussi, mais surtout écoute... et apprend beaucoup de choses. Un rituel facile, permet d'animer : « La parole est à... Questions ?... on passe... »

Une loi garantit et protège l'échange, discutée (au conseil), elle est indiscutable

- on ne se moque pas,

- ce qui se dit ici, ne sort pas de la classe

- « gêneur deux fois : tu sors du cercle ».  

Arrivent donc, pêle-mêle et selon l'époque (au début il ne se dit que le bienséant puis...)

 De menus faits quotidiens, (hier j'ai joué...) des ennuis familiaux (mon père est parti...) des événements (ma soeur se marie...), de petits drames (mon chat est mort), des informations (c'est le frère de X qui a cassé les carreaux de l'école...) ... 

... et petit à petit, se limitant à ce qui intéresse tout le monde, on en arrive aussi à l'actualité : marée noire, inondations, le pape en France, etc. 

Commentaires pratiques : 

Si des timides tardent à parler (l'incitation et la sécurité du groupe les pousseront), d'autres (s)étaleraient volontiers leur(s) histoire(s). Limiter le temps de parole permet :

- De ne pas favoriser certains exhibitionismes.

- De fournir le réservoir de textes libres (ça suffit, tu le raconteras en T.L.).

- De la causette sont issus beaucoup de travaux (textes, albums, enquêtes, ateliers ... ).

-           Au début l'adulte préside. Puis un élève.

Quotidien, ce court moment peut devenir un excellent entraînement à la conduite de réunions (ceci n'est pas toujours vrai).

- Certains profitent de la causette pour signaler un apport, un don : « J'ai apporté ceci pour la classe » (le don, fonction importante).

- Beaucoup d'enfants du siècle ont un univers aux dimensions de la lucarne de télévision. Savoir que, s'il n'y a pas de solution-miracle, des techniques permettent d'évacuer sans invalider, sans écraser... Des copains signalent...

- Causette quotidienne : le public se lasse des histoires de télé. Le laisser se lasser.

- Si la majorité a vu le film, inutile de le raconter.

- Si tous ne l'ont pas vu : On informe rapidement... et on passe.

Mais il peut être instructif (pour l'adulte) de laisser causer (sur) la télé...

Histoire d'une enquête 

Ceci n'était pas la première enquête que nous faisions. Nous avons commencé par des enquêtes plus modestes, sur des intérêts immédiats, ne nécessitant pas un long travail de préparation ni d'exploitation. Donc, dans le vécu de chacun, l'enquête existait déjà. Son utilité aussi    : d'abord nous renseigner, en tirer un document pour notre fichier, et aussi en faire profiter les lecteurs du journal et nos correspondants.

Pour moi, ces contacts avec le milieu extérieur réel, me paraissent un indispensable complément à l'expression libre, un salutaire contact avec le monde adulte du travail, et une bouffée d'air frais supplémentaire, dans la classe, qui a tendance à être isolée dans l'école : classe de perfectionnement, méthodes pédagogiques différentes, communications peu enthousiastes du maître avec ses collègues (cf. certaines chroniques Grain de sable). Donc, en plus des lecteurs du journal, en plus des correspondants, l'enquête est un élément de plus qui nous raccroche au monde et nous permet d'ignorer superbement, l'école anaérobie. 

1. Origine - motivation

Nous en avions déjà parlé au « Quoi de neuf », au sujet d'un feu. Les correspondants viennent de nous envoyer un album sur les têtards. Or, la règle implicite, veut que nous répondions par un autre album. De toute façon l'enquête est toujours accueillie avec joie : NOUS SORTONS de l'école, et l'expérience a prouvé qu'une enquête/album est toujours l'occasion pour certains d'épisodes pittoresques, et de dépassements de soi, surtout lors de la confection de l'album, oeuvre coopérative par excellence.

2. Préparation

- Jeudi après-midi : « Qu'aimerions- nous savoir ? » Chacun propose des questions qu'il se pose ou qu'il aimerait voir poser. L'animation est grande. Chacun veut que ses questions soient inscrites. Certains teigneux admettent difficilement que des questions saugrenues ne soient pas retenues (exemple Thierry : Est-ce que les bottes, ça troue les chaussettes ? De toute façon, le fait qu'elle ne soit pas inscrite, ne l'empêche pas de la poser). Je suis donc au tableau, et note les questions dans l'ordre où elles arrivent. Deux élèves gênent et boudent : gêneurs deux fois, ils resteront à l'école. Deux enfants recopient les questions. 

Est-ce que les habits sont à vous ? Est-ce qu'ils peuvent griller les feux rouges ? Est-ce qu'il arrive qu'un pompier prenne feu ? Qui c'est le patron, qui les paye ? Combien mesurent les échelles ? Est-ce qu'on peut être mis à la porte, est-ce qu'un pompier peut être chômeur ? (C'est évidemment Guy, qui pose cette question, son pere est sans travail, et ça crée des disputes à la maison). Est-ce que vous habitez à /a caserne, etc. En tout une trentaine de questions. 

- Vendredi matin : Roberto, malgré sa rage de dents, a -tenu à venir. J'ai classé toutes les questions en quatre parties (et les ai recopiées au tableau).

- La vie des pompiers.

- Le matériel.

- Le feu.

- Les blessés. 

On se partage les questions, après s'être répartis en quatre équipes de trois ou quatre. Chacun inscrit « ses » questions. Ce ne sont pas forcément celles qu'il a posées jeudi, mais il les note jalousement. Ce qui explique cette phrase du compte rendu limographié dans le journal : « Danièle, sur le chemin, lisait ses questions. Elle n'a pas vu un pylône : BOUM ! On n'a pas appelé les pompiers). Les équipes se font en tenant compte à la fois des affinités, et des niveaux en comportement : impossible de laisser le bébé Valérie, jouer sur le trajet ou les lieux de l'enquête ; c'est « maman Katia », une grande maternelle, que Valérie aime bien, qui la gardera avec elle. Christian, qui ne se pilote pas toujours, ne peut faire équipe avec Mohamed, l'acrobate indépendant, etc. Ça discute, ça dispute, et j'utilise le cas échéant mon droit de veto. L'expérience et une enquête interrompue (un accident avait été évité de justesse), ont montré à tous que ces règles étaient indispensables. Si nous discutons maintenant c'est pour qu'elles soient indiscutables sur les lieux de l'enquête. 

Nous parlons, donc, et établissons (ou rappelons) les règles sans lesquelles l'enquête n'aurait pas lieu :

- Trajet : un devant pour s'arrêter aux carrefours et un derrière pour faire activer. On marche sur le trottoir.

- A la caserne, on ne court pas, on ne touche rien sans autorisation. On réfléchit avant de poser une question (n'y a-t-on pas déjà répondu). On écoute poliment, puis : « M'sieur, j'ai pas bien compris ». On regarde, on écoute, 

Jamais je ne me lancerai dans une grande enquête, sur des lieux dangereux avec des gosses non habitués à la discipline coopérative.

 

on note, on dessine. Quand le maître lève le bras, on s'arrête de parler, et on se rassemble, on va dire quelque chose que tous doivent entendre. 

Tout le monde est d'accord, on peut partir tranquilles. Une règle de vie bafouée entraînerait le retour immédiat à l'école. Les deux gêneurs/ boudeurs d'hier, resteront à leur grand regret dans une classe. 

- Le vendredi après-midi : Nous partons à 14 heures, à pied (2 km de trajet). Il fait beau, on est content. En passant le portail, les élèves « normaux », qui attendent la sonnerie et le bon vouloir des maîtres pour rentrer, regardent tristement les anormaux du perf. s'en aller, et leur posent des questions. Certains frères et soeurs, d'élèves de la classe, sont au courant et le disent aux curieux (on en a parlé dans la famille). 

L'enquête durera 2 heures et demi. Les enfants ont posé leurs questions (il y en a eu pas mal d'improvisées, en surplus, et certaines chamailleries sur le chemin du retour, « Il a posé ma question et j'ai pas pu la dire ») ... Le caporal chef des pompiers a exposé pas mal de choses. Tout le monde n'a pas tout entendu, ni tout compris. Devant le zèle et le langage technique de notre hôte, j'ai dû faire le « président de séance », pour redire en langage clair ce qui venait d'être exposé, et permettre aux enfants de demander des éclaircissements. Sans qu'on s'en aperçoive, Luisa, la gitane sauvageonne, et Mohamed, ont fait parier un standardiste, et ont ramené des renseignements inattendus. Horreur, quelques photos de dames nues, à l'atelier mécanique, ont mis de l'excitation chez les meuniers. Le grand Mario a laissé tomber : Ils ont jamais rien vu ! ... 

Sur le retour, ça discute beaucoup. On échange les impressions, on projette déjà ce qu'on va raconter, dessiner, etc. Bref, on commence déjà l'album. 

3. Le retour - L'album 

Chacun savait qu'on ferait un album, et a rapporté le plus de renseignements possibles. Samedi matin, je me retrouve devant le tableau, et chacun parle. Le plan de l'enquête réapparaît, identique à celui des questions, mais cette fois avec des réponses. Des titres, des mots techniques s'inscrivent : pompier volontaire, standard, fourgon pompe tonne, verrins, etc. Ce qui avait été perçu d'une façon diffuse et fragmentaire, éparpille se remet en ordre. On précise des termes, on corrige ce qui n'avait pas été ou mal compris, etc. 

Petit à petit, l'ensemble de la visite s'est inscrit blanc sur noir. Il faut maintenant passer à la rédaction de l'album. En face des titres ou des mots techniques, des noms s'inscrivent. 

On retrouve quatre équipes. Elles sont évidemment différentes de celles de l'enquête, car basées cette fois, sur les capacités en écriture et dessins. Dans une classe de perfectionnement à niveaux multiples, la chose n'est pas aisée, car là aussi, les critères affectifs et de caractères interviennent. Les ceintures de judo en écriture, français, comportement, les résultats aux sociogrammes (avec qui aimes-tu travailler, jouer, à qui acceptes-tu d'obéir), jouent là aussi, un rôle capital. Ce n'est pas impossible (loin de là), mais sans organisation, il vaut mieux renoncer à ce genre de travail et parler de « ces enfants-là » avec qui on ne peut pas faire comme avec les autres. 

Cette organisation permet en une matinée à tous, de travailler (selon son rythme)

-          écrire,

-          se faire corriger, mettre au point le brouillon avec le maître,

-          recopier parfaitement, - se faire contrôler,

-          illustrer,

... et au maître d'aider, corriger, etc. 

L'entraide est de rigueur, et chacun n'apporte que ce qu'il veut et peut, Souvent plus. L'album, œuvre de tous, doit sortir. Chacun l'attend. 

La feuille où chacun a écrit son texte, impeccablement (ça doit pouvoir être lu, sinon, inutile de faire l'album), est collée sur un carton 21 x 29,7, qu'un équipier ou l'auteur a illustré (feutres, encre de Chine, peinture, etc.) en laissant la place du texte. 

Les cartons sont assemblés en accordéon, de façon à ce que les corres puissent l'afficher s'iis le désirent (un album agrafé est inexploitable collectivement). Le maître s'occupe des titres (en avril, Christiane, passée ceinture verte[1] en écriture, pourra aussi s'en occuper). Certains tiennent à dessiner leurs titres. C'est leur affaire, mais l'album, c'est la nôtre, il ne doit pas en pâtir : ainsi certains progrès, chez les débiles psycho-moteurs... 

Mais quel que soit son apport, chacun peut dire « notre » album. Viviane, semi-éducable, Q.I. de 40, paraît-il, n'a retenu de la visite, que ce qui a été l'occasion d'une victoire pour elle : quasi mutique, elle a levé le doigt, et osé poser sa question, non prévue : « Quoi c'est ça ? » « Ça », c'est un vieux poste de T.S.F., abandonné à l'atelier. Dans l'album, « son » poste figure un dessin, et dessous, elle a écrit toute seule un poste.

L'album circulera dans les familles, qui parfois écriront ce qu'elles en pensent, et le deuxième exemplaire (nous l'avons fait en double), partira chez les corres. Un résumé, fait par le maître, tiré au limographe, figurera dans le journal de la classe. Voici ce résumé : 

Le 2 avril 1979, M. Croze, caporal-chef, nous a fait visiter... La caserne des pompiers de Béziers, et a répondu à nos questions.