elles ont dit

Catherine Chabrun
présidente de l'ICEM
le discours d'ouverture
(en rtf ou en pdf)

Clem Berteloot
GD 06
à la fin du congrès
(en rtf ou en pdf)

leurs textes (en intégralité)
le discours de Catherine Chabrun /
ce qu'a dit Clem Berteloot


En ouvrant ce 47ème congrès de l'Institut Coopératif de l'École Moderne, au nom du Comité d'Animation, je vous souhaite à toutes et à tous la Bienvenue.

Je voudrais remercier Edgar Morin qui depuis tant d'années consacre sa réflexion à la complexité de l'être humain et de son environnement et qui a accepté de parrainer notre Congrès.

Je voudrais remercier également Monsieur Bernard Macchario, inspecteur académique des Alpes Maritimes représentant Monsieur le Recteur de l'Académie de Nice et Monsieur René Lozi de l'IUFM " Célestin Freinet " de Nice pour leur présence aujourd'hui parmi nous.

Je voudrais souhaiter tout particulièrement la bienvenue à nos amis des mouvements Freinet internationaux du Nord et du Sud, d'Afrique, du Moyen-Orient, d'Amérique et d'Europe.
Certains sont venus souvent avec beaucoup de difficultés. Ce ne sont pas les distances mais bien les tracasseries administratives qui pour certains d'entre eux ont été les plus difficiles à surmonter.

Je voudrais également saluer les représentants des mouvements pédagogiques, des associations d'éducation populaire, amis représentés ou excusés, avec lesquels nous travaillons tout au long de l'année au sein du CLIMOPE c'est à dire l'AFL, les CEMEA, le CRAP-Cahiers pédagogiques, la Foeven, les Francas, le GFEN, la Ligue de l'enseignement et l'OCCE ; ainsi que les représentants des syndicats enseignants présents ou excusés de la CNT, du SE-UNSA, du SGEN-CFDT, de, du SNUipp, de l'Emancipation et de l'UNSA-Education.
Mais aussi les représentants de la FCPE, du CCOMCEN, des DDEN et du CLEMI.

Saluons aussi la présence de nos collègues de l'école Freinet de Vence qui demeure un symbole fort pour notre Mouvement, ainsi que celle de Françoise Gilles, directrice des PEMF, la maison d'édition qui édite nos productions.
Saluons aussi parmi nous la présence d'Arnaud Gobin qui a réalisé un excellent documentaire sur Freinet " Célestin Freinet, une pédagogie de la vie " diffusé sur France 3 PACA l'hiver dernier et que vous pourrez voir ce soir à partir à partir de 21H00.

Je voudrais remercier les municipalités de Valbonne, de Mouans-Sartoux et de La Rocquette sur Siagne qui ont mis à notre disposition le matériel indispensable,
Tous mes remerciements également à Monsieur Audibert proviseur adjoint représentant Monsieur Robert proviseur du Centre International de Valbonne et particulièrement à Monsieur Izylowski et son personnel d'accueil pour leur aide quotidienne.
Merci aussi à la MGEN pour son soutien.

Et bien sûr un grand merci aux organisateurs de ce congrès, à savoir nos amis du groupe des Alpes maritimes, du Vaucluse, du Var et des Bouches du Rhône qui ont œuvré toute l'année sans compter pour nous offrir ces bonnes conditions de travail.

Merci également à Frédéric Lanowski, Marisia Milewski et Antoine Octobon qui enchantent notre regard avec les différentes expositions de leurs œuvres.

Merci à toutes et tous pour votre présence parmi nous.

En août 1996, nous étions déjà ici à Valbonne pour le 43ème Congrès de l'ICEM, congrès du centenaire de la naissance de Célestin Freinet dont le thème des travaux était : " Célestin Freinet, l'ICEM. Un choix pédagogique, un engagement social et politique. "

Presque 10 ans après, on peut constater que le contexte politique et social n'est guère plus enthousiasmant et que le libéralisme se développe au mépris du sort de milliards d'êtres humains et de leur planète.
Le modèle économique dominant est celui du tout financier où l'humain n'a de place que s'il rapporte plus qu'il ne coûte et ceci qu'importent les moyens : délocalisations, précarisation, discriminations, exclusion, répression, démantèlement du service public. Et au détriment des valeurs fondatrices qui sont les nôtres : laïcité, solidarité, fraternité, mixité, justice, éducation.

On ne peut que constater les régressions de certains droits fondamentaux de l'homme, de la femme et de l'enfant. Cette année, la France n'a-t-elle pas été rappelée à l'ordre par le Comité des droits de l'enfant de l'ONU pour qu'elle respecte davantage ses droits !
Nous sommes confrontés à un gouvernement sur la défensive, manœuvrant par effets d'annonces, de décrets d'application et pressé d'en arriver à 2007.
Comme en 2002 avec la Loi Perben, les décrets estivaux de 2005 ont visé des lois existantes, ils entament le droit du travail avec le contrat de " nouvelles embauches " et la surveillance des chômeurs et celui de la santé avec la restriction de l'accès à l'AME, l'aide médicale de l'état.

Ces décrets renforcent la politique gouvernementale subie tout au long de l'année, il y aurait certainement beaucoup à dire mais je citerai pour leurs caractères significatifs :
- Le désengagement de l'État : délégation des services publics au profit d'organismes privés soumis à concurrence, diminution des fonctionnaires, menaces sur l'école maternelle, menaces sur les associations éducatives et de jeunesse avec les versements aléatoires des subventions et la remise en cause des postes de personnels Mis à Disposition.
- La laïcité écornée avec le renforcement de l'enseignement du fait religieux, les appels aux différentes religions pour pacifier la jeunesse et les aides financières à l'enseignement privé.
- Les expulsions des étrangers qui n'épargnent pas les mineurs scolarisés même à la veille de leurs examens. Ce que nous savons bien, nous militants associatifs, syndicats et parents qui assurons vigilance, protection et défense des droits fondamentaux de la personne.
Et pour décourager toute solidarité, l'aide aux réfugiés devient un délit sévèrement puni, la délation et les signalements fortement encouragés, voire soumis à obligation.
- La lutte contre la criminalité avec des procédures comme la " comparution immédiate " ou le " plaidoyer coupable " valident le recul des missions de la Justice au profit de celles de la Police et stigmatisent encore plus la jeunesse.
- Les discriminations liées aux origines qu'elles soient ethniques, sociales ou liées au genre ne faiblissent pas ni dans les lieux publics ni dans le monde du travail...

Nous ne pouvons nous satisfaire de ces discriminations, de ces inégalités et de ces injustices criantes.
L'engagement pédagogique et philosophique est parti prenante du projet politique de l'ICEM qui inscrit sa démarche militante dans un mouvement social plus large qui vise le changement.

Dans le champ de l'éducation, l'année 2004 fut largement occupée par le " Grand débat sur l'avenir de l'école " qui a mobilisé les enseignants mais aussi les parents pour 37% et les élèves pour 8%.
Cependant en 2005, lorsque le Ministre Fillon présente son projet de Loi d'orientation, c'est bien au mépris de ce débat sur l'avenir de l'école. Il fut accueilli comme un projet démagogique avec des formules creuses et souvent réactionnaires où le souci de cohésion sociale semble plus important que celui affiché de démocratisation et de réussite scolaire.
Les décrets que le nouveau ministre de l'Éducation Gilles de Robien compte appliquer respecteront certainement le projet de son prédécesseur.

Peut-on se résigner à cette situation ?

L'éducation populaire est un droit universel qui ne peut vivre que dans un ensemble éducatif cohérent où la formation initiale et permanente vise l'émancipation et le développement culturel des individus.
L'éducation populaire est un devoir du service public qui doit mettre en oeuvre les moyens nécessaires et entre autres, la recherche pédagogique, la formation, l'aide aux projets innovants,...

Face au modèle éducatif dominant empreint d'individualisme, de compétition, d'immédiateté, de consumérisme, il est indispensable de transformer le système éducatif dans son ensemble :

Pour qu'il prenne en compte l'enfant, le jeune dans toute sa globalité afin que chacun soit reconnu comme acteur et auteur de ses apprentissages dans une démarche privilégiant la création, l'expression et le tâtonnement expérimental.

Pour qu'il prenne en compte l'environnement de chaque enfant, de chaque jeune, afin qu'il puisse connaître et reconnaître sa propre culture et ainsi la relier à la culture universelle où la pédagogie du travail coopératif établit d'autres modes de relation entre enfants, jeunes et adultes.

Pour qu'il respecte un continuum de la maternelle à l'université avec une école polytechnique pour tous, laïque et populaire, émancipatrice et coopérative ; une école qui donnera à chaque individu la possibilité d'appréhender la complexité du monde afin d'être créateur et architecte d'un monde d'humanité.

Complexité du monde, complexité de l'éducation, éducation à la complexité, ces problématiques sont au cœur de ce premier congrès du 21ème siècle.

Or l'éducation en ce début de siècle reste celle du début du 20ème siècle, empilement, cloisonnement et émiettement des connaissances. Aujourd'hui, les grilles de lecture du monde sont celles de la complexité, de la transversalité, cependant elles ne sont pas entrées dans le modèle éducatif dominant qui reste basé sur des méthodes d'analyse, sur une vision du monde disciplinaire et encyclopédique. Il est temps de porter un autre regard sur le monde où sont interdépendants l'homme, les organisations, la société, l'écosystème, il est temps de s'interroger sur notre représentation et notre maîtrise du monde.
Faire entrer la complexité dans l'éducation c'est penser ensemble ses contradictions comme : individu et société, unité et diversité, dépendance et autonomie, invariance et changement, ouverture et fermeture, harmonie et conflit, égalité et différence...

Dès le début du 20ème siècle, Célestin Freinet avait perçu cette complexité, et était conscient que seule une éducation reliant les connaissances et les hommes dans un processus vivant pouvait être réellement émancipatrice.
C'est bien l'idée de complexité qui rassemble la méthode naturelle, le tâtonnement expérimental, l'expression-création, la communication et la coopération.

Pour que l'enfant cesse d'être passif, en attente, il nous faut mettre en mouvement les apprentissages en se fondant sur son potentiel de vie, sa curiosité et son questionnement par ses propres centres d'intérêt.

Elise Freinet dans la Part du maître l'exprimait ainsi en 1951 :
" Vient le pédagogue (celui qui comprendrait les enseignements du savant, de l'artiste, du philosophe et de l'homme d'action) et sentant la mobilité fluidique de la vie de l'enfant, le petit ruisseau sans barrage qui va vers l'avenir sans inquiétude, il ferait de l'enfant l'homme idéal pour la cité idéale....
Ce n'est pas un rêve impossible. Il ouvre, en tout cas, devant notre esprit, des perspectives qui ont modifié totalement notre comportement d'éducateurs. Nous nous habituons à voir l'enfant non comme un vase immobile à remplir, mais, comme le flot dynamique qui porte, en chacune de ses ondes, efficience et potentialité. Nous savons que nous n'avons pas le droit de couper le courant pour placer des barrières qui ne seraient posées là que pour la facilité de notre travail de berger d'élèves. On ne parque pas le flot débordant, on le suit, on le canalise mais dans le sens où il veut s'en aller. "

Freinet et ses compagnons, en préférant le cheminement et le tâtonnement dans l'incertitude à la programmation déterministe, ont ouvert le champ de l'éducation à la complexité.

Alors, merci à tous ceux qui cheminent, tâtonnent, recherchent, pratiquent depuis 80 ans au sein du mouvement Freinet. Si certains ne sont plus parmi nous, leurs travaux sont autant de tremplins pour l'avenir de la pédagogie Freinet.
Pour reprendre une expression de Michel Pélissier qui parlait du premier correspondant de Freinet :
" Freinet sans Daniel ce n'est plus Freinet, Daniel sans les autres non plus ... "
Le mouvement Freinet est une construction permanente et dialogique. Quelle complexité !

Nous sommes près de Vence et notre pensée et notre cœur vont naturellement à Maurice Berteloot qui nous a quittés, mais aussi à Clémentine Berteloot qui honore par sa présence ce congrès que je lui souhaite d'ailleurs excellent.
Leurs pratiques, leurs écrits ont éclairé et éclairent le mouvement Freinet.
Près de l'école Freinet de Vence mais aussi proches des réflexions de Maurice Berteloot qui se retrouvent au cœur de ce congrès tant la complexité, le tâtonnement expérimental, l'école du 3ème type ont traversé ses travaux !

Les écoles Freinet et toutes les classes où les enseignants mettent en œuvre au quotidien la coopération, une autre construction des savoirs, la promotion collective, toutes ces écoles où un vrai travail en équipe des enseignants permet de démultiplier nos principes pédagogiques fondateurs sont des lieux d'innovation pédagogique et d'innovation sociale. Ce sont de véritables laboratoires où l'on peut observer et étudier d'autres structures, des organisations et des démarches différentes.

Toutes ces écoles, ces classes sont des lieux de bouillonnement encore trop confinés. Les démarches de recherche-action, le travail des praticiens chercheurs y restent encore trop confidentiels !
Notre objectif doit être de les faire connaître.

Que ce congrès soit celui de la recherche coopérative, concept créateur pour une méthodologie de recherche en adéquation avec la spécificité de la Pédagogie Freinet ! Ces nouvelles perspectives de travail, puisse le Mouvement d'en emparer tout au long de ces prochaines années, de stages en journées d'étude, de journées d'étude en congrès, tant il est vrai que la complexité est le moteur d'une histoire sans fin.

Merci de votre attention et bon congrès à toutes et à tous.
Catherine Chabrun

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Après le Congrès

Les applaudissements se sont tus.
Les lieux se vident, foule et matériel.
J'attends, seule dans la galerie courante,
que l'équipe,
mon équipe du 06 ait terminé ses rangements - Dieu sait s'il y en a.
Peu à peu, le silence s'installe.

Je lève les yeux vers l'entrecroisement des solives du plafond de " l'Agora "
et je me dis, comme un jour un enfant me l'a demandé :
" Où vont les mots ? "
Sont-ils accrochés dans les solives,
en attente d'être délivrés afin de poursuivre leur chemin ?

Où sont allés les rires, les stress, les moments d'humeur
devant ce qu'il faut franchir pour atteindre la plage convoitée ?

Où vont les bulles des rires, des larmes
et celles qui fusent d'instants d'émotion, qui crispent le cœur à le rompre ?

Sont-ils là, en silencieuse réserve, gonflant le ciel du plafond ?

Certains sont déjà entrés dans les esprits
prêts à les recevoir, gonfler, prospérer, s'épanouir.

Ma rêverie cesse…
Mon regard quitte les solives ;
je reviens sur terre.
Interminable comme une fourmilière, se poursuit le rangement.

J'ai déjà parcouru un long chemin.
J'ai revécu avec une certaine émotion mes propres itinéraires,
une émotion telle que je n'ai pu, sans risquer de tomber en miettes,
vous remercier oralement de cette chaude amitié dont vous m'avez enveloppée.

En vous écoutant, en vous recevant,
je me suis revue aux différents stades de ma vie militante,
avant Maurice, avec Maurice, après Maurice.
Angoissée, déchirée,
luttant constamment contre les décisions arbitraires de l'Institution,
mais toujours animée d'une invincible espérance.
Romantique, fortement romantique, diront certains esprits rationnels.

Cette espérance, je l'ai fortement ressentie au travers de vos "dires",
de vos amertumes, de vos colères,
faisant mienne cette pensée de Jacques Salomé, je crois :
" Le plus difficile, dans la vie,
c'est d'oser la vivre en entier
et non par morceaux ".

Continuez à la chanter.
Et comme le disait une petite de mon école au pied des terrils,
en écoutant les "tireli" de l'alouette :
" C'est un chant qui bat comme un cœur et là-haut les étoiles l'attendent. "
Alors continuez à chanter, le grain a été semé.
À chacun de vous à l'aider à éclore et à s'épanouir,
quel que soit le chemin emprunté.
Alors en mon nom et en celui de Maurice,
à tous, merci.
Clem

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