Comment démarrer en pédagogie Freinet ?
Voilà, je me lance : je suis un tout nouvel enseignant (j'ai eu cette année un cours triple cycle 3) et j'ai décidé de me lancer dans l'aventure Freinet. Mais voilà, je ne sais pas comment faire. Alors j'en appelle a vous tous pour guider mes premiers pas pour la rentrée prochaine. Merci pour vos réponses.
Bonjour, je viens de lire ton message et te suggère
de venir au plus vite à nos réunions de groupe en
demandant le stage de formation hors temps scolaire du plan de
formation académique (s'il est encore temps).
D'autre part ayant démarré en "pédagogie
de l'école moderne" que je ne veux plus appeler"
Pédagogie Freinet" depuis que des parents d'élèves
et enseignants jouent sur le sens du mot freiner et déclarent
aux autres que c'est une pédagogie lente !!! j'ai démarré
par le "Quoi de neuf ?" et l'écriture de textes
libres en français d'abord puis aussi en maths. J'ai surtout
lu les écrits de Freinet pendant les vacances qui ont précédé
notamment "essai de psychologie sensible" la méthode
naturelle de lecture avec sa fille Baloulette et "les dits
de Mathieu". Je n'ai pas toujours adhéré à
tout mais cela m'a permis de sentir la démarche et de comprendre
l'homme. Je ne concevais pas adhérer à un mouvement
se déclarant héritier d'un homme dont j'ignorai
la pensée.
Je ne pratique pas sa pédagogie mais ses idées m'ont
apporté un autre regard sur l'enfant et une pratique plus
cohérente. Il m'a aidé à apporter la parole
aux enfants, à réduire la mienne, à me rendre
davantage "aidante", à accepter nos limites lorsque
essayer de les dépasser devient trop contraignant, à
savoir attendre le bon moment et à laisser aux enfants
une grande place pour l'aide mutuelle. Il a apporté un
climat de confiance avec le conseil de coopérative que
j'ai mis en place très vite ainsi que l'évaluation
des plans de travail. Il est important parfois de savoir perdre
du temps apparemment pour comprendre exactement ce que l'on fait,
quels sont nos réels désirs et notre capacité
à les réaliser. Il faut laisser du temps au temps.
C'est ce que j'ai découvert. Puis je suis allée
à toutes les réunions du groupe et je les ai assailli
de questions. Ils m'ont bien aidée même si parfois
je n'étais pas d'accord avec certains. L'intérêt
d'être dans un groupe c'est ce partage d'idées, on
fait nos expériences et on transmet aux copains. Avec un
esprit de tolérance tout va bien. Voilà ce que je
peux te dire pour t'aider. Amicalement
Le maître mot c'est (pour ma part) le conseil d'enfant
ça ne te coûte pas un rond. Tu tâtes le terrain
et tu t'organises en conséquence. Le reste pour être
efficace (dit le fichier Titulaire mobile), rejoins un groupe
pour ne pas rester dans ton coin. Premièrement ça
te permet de te confronter à la réalité des
choses, (est-ce que je dec. ou pas ) et de demander un tutorat
pour évaluer in situ ce que tu prends chez celui qui t'accueille
ou que tu laisseras parce que ça ne te convient pas.
Deuxièmement tu seras défendu dans ta pratique.
(Groupe ou aussi un syndicat, un groupe pédagogique, un
collectif qui pose les problèmes et permet de t'exprimer
sans te dire :"oui mais ça, c'est chez l'école
machin").
Il y avait plusieurs copains qui venaient au groupe auquel je
participais et qui fermement nous rappelaient qu'ils ne pratiquaient
pas la PF.
Quand au matos, tout ce que tu peux investir pour le mettre
dans les mains des enfants est bon du moment qu'il est clair que
c'est un outil de travail (même la récup des joujoux
pour en faire des sculpture ou des éléments de maquette).
Les fichiers spécifiques de la pf peuvent être remplacés
par tes fiches de travail sauf que tu vas y perdre un temps considérable
s'il te faut pondre pour chaque fiche une fiche d'autocorrection
(ce qui te laisse la possibilité de prendre le temps pour
t'occuper de ce qu tu as à faire tout en individualisant).
Souvent dans les groupes locaux il y a des bourses d'échange et la possibilité de trouver un collègue qui en a en surnombre pour t'en faire une idée.
L'investissement, je l'ai trouvé moins lourd que sur
une classe traditionnelle puisqu'un fichier vaut pour une dizaine,
et que si tu permets une rotation tous ne sont pas astreints à
pratiquer en même temps la même matière.
Si tu n'as vraiment aucune idée de la manière dont
on pratique un classe coopérative le mieux c'est de te
fournir (emprunte le, pique le dans la salle des maîtres
avant de savoir si tu as le pécule pour t'y abonner) un
numéro du nouvel éducateur.
Ok et puis pratique les regroupements pour les décisions
concernant les règles de vie, les décisions des
dépenses de la caisse de classe, les choix des correspondances,
les ateliers de découverte de la destination de la prochaine
visite Etc.. Mais toi aussi tu peux te permettre des décisions.
Prendre le parti de ta pédagogie c'est déjà
une décision. C'est très riche et très vivant.
J'ai une Pré-PE1 qui est venue dans ma classe l'année dernière et qui a fait un dossier sur ce qu'elle y a découvert et j'espère (mais pas pendant mon stage de cette année) pouvoir le retransmettre avec son autorisation. Elle a bien ciblé à mon avis les bidules qui foiraient dans mon système. Mais je ne prétends pas pouvoir tout colmater d'un coup.
C'est, à mon sens, la meilleure (voire la seule) façon de commencer à pratiquer la pédagogie Freinet. Je crois qu'il convient de préciser que la pédagogie Freinet n'est pas un modèle, n'est pas une, n'est pas unique, n'est pas unitaire, n'est pas univalente, n'est pas universelle... Je ne crois pas que l'on puisse décider, avec succès, un beau matin, ou un soir pluvieux, de " faire " de la pédagogie Freinet.
Je crois que c'est le résultat d'une démarche personnelle. Lorsque j'étais élève en primaire, oh souvenirs affreux, j'aimais à dire à mes copains que quand je serais grand je serais instit pour " emmerder " les élèves. Au lycée, j'apposais de virulents placards où j'affichais que l'on n'était pas là pour apprendre mais pour comprendre... J'avais accumulé des montagnes de haines contre l'école. Je me suis tragiquement ennuyé pendant toute ma scolarité et n'ai commencé à découvrir de l'intérêt aux l'apprentissages qu'avec mes études supérieures. Les hasards de la vie ont fait que j'ai longtemps enseigné à des adultes et que je me suis réconcilié avec l'enseignement. On pouvait aider à la construction de savoirs dans le respect des individualités. Je crois que cette petite mise au point expliquera mon côté " militant ", du genre " plus jamais ça ".
Pour en revenir à la PF, mon expérience m'interdisait de reproduire les modèles abominables de mon enfance. À l'IUFM, j'ai découvert la Psy cognitive et j'y ai puisé des idées pour mon futur métier. Comme Michel Monot le soulignait à l'instant (figure de style), il est des liens forts qui, s'ils n'ont pas été toujours exprimés par Freinet, permettent d'avancer un peu moins à l'aveuglette. J'avoue me fier à ma réflexion et à mon instinct, mais je crois que ma petite culture psy cogn m'aide grandement en m'aidant à faire le tri dans tout ce qui se dit ou se fait autour des pratiques. Donc, prenez toute la théorie possible à l'IUFM et jetez tout ce qui est bouillie prédigérée, cela ne vous servira à rien en classe, surtout si vous voulez sortir du feuilletage de Balle aux Mots.
La confrontation avec un bon Groupe Départemental, c'est la possibilité d'avoir un regard sur ses propres réflexions, d'avoir des exemples d'autres pratiques. Mais je ne crois pas sain de vouloir plaquer quelque chose, même si on le trouve génial sur une autre classe. Chaque classe est une alchimie vivante des expériences passées du groupe et de chacun de ses individus.
Une même classe peut donner des résultats très différents d'un instit à l'autre. Ceci définit votre cadre de responsabilités. Sauf rares cas pathologiques, vous avez la culpabilité des échecs de vos élèves. C'est une responsabilité très lourde et que vous ne pourrez certainement pas endosser si vous devez en plus adopter des simulacres de pédagogie qui ne vous sont pas familiers.
Ne faites pas de la pédagogie Freinet, faites VOTRE pédagogie. Interrogez-vous sans cesse pour faire mieux (ou même seulement moins mal). Ne soyez pas trop complaisant, vous êtes vraiment responsables de ce qui ne va pas... Ne tombez pas dans la déprime, il y a deux ou trois bons moments dans une journée qui vous payent au centuple de toutes vos angoisses.
Pensez toujours que ce sont les élèves qui doivent travailler, pas vous. Si vous passez une heure à préparer une activité qui sera réalisée en 5 minutes, c'est qu'il y a un problème... Soit vous ne pourrez pas tenir la longueur de la journée (calcul rapide à faire sur la base d'une heure pour 5 minutes...), soit vous serez contraints à faire de l'occupationnel (manuels, exercices...) pour meubler les temps entre les activités préparées.
L'occupationnel est une grande plaie car il démotive. Il habitue les enfants à une routine mécanique, si confortable qu'ils en deviennent mous et sans éclat. Ne cherchez pas d'autres origines à la plus grande motivation des CE2 qu'à celle des CM2, à celle des maternelles sur celle des élémentaires (propos à relativiser, bien sûr).
Je crois que l'enfant doit toujours savoir pourquoi il travaille. Il doit travailler sur du sens. J'avoue avoir du mal à le faire toujours avec les plus jeunes (maternelle), mais je cherche encore... Pour les plus grands, cela m'est plus naturel.
À ce point de mon parcours, il m'apparaît deux
choses :
1) La nécessité de travailler sur des situations
vraies.
2) La nécessité d'être à l'écoute
des enfants.
Ces deux points m'ont tout naturellement rapproché de collègues ayant les mêmes aspirations. Où trouver des collègues ayant les mêmes soucis et qui soient près à en discuter ?
Dans le mouvement Freinet, bien sûr. Je suis donc totalement d'accord avec le conseil de Jean-Marie, mais je tenais à avertir du danger de croire qu'il peut y avoir une pédagogie Freinet clefs en main. Vous avez déjà les clefs et en principe la main, c'est un bon début s'il s'agit de vos clefs et de votre main. Amicalement,
Lâcher des béquilles ne se fait pas du jour au
lendemain. Encore faut-il déjà avoir conscience
de ces béquilles, puis la volonté de les jeter au
loin. Cet attrait pour des pratiques différentes doit,
je pense, passer par des sas de "décompression",
[...] Mais là, il m'a fallu une période assez longue
pour oser lâcher de vieux comportements et "assumer
" ces "nouveaux" choix... (il en reste encore trop!)
Il peut paraître sécurisant de conserver des béquilles,
mais il faut, je crois, faire attention à bien réfléchir
à ce que l'on conserve. Il me semble nécessaire
d'adopter de front plusieurs " pratiques " " attitudes
" pour que l'ensemble soit cohérent.
1) Introduire le dialogue : L'enseignant qui a une réputation de garde-chiourme aura sans doute beaucoup de mal à faire passer le message. Il devra donc définitivement abandonner les actes d'autorités gratuits qui sont si nombreux et devenus invisibles. C'est bien de parler, mais c'est aux actes que les enfants jugeront. Il y a deux ans, en reprenant une classe difficile (5ème instit sur le poste à la Toussaint...), alors que j'avais un mal de crâne horrible, j'avais élevé la voix et un élève a lancé à la cantonade " il est comme les autres ". J'ai senti le danger et le flottement. J'ai présenté mes excuses le lendemain et j'ai eu la chance que les élèves les acceptent, ils avaient remarqué que je n'étais pas très en forme.
2) Créer un climat d'entraide : La compétition est dans l'instinct humain. La plupart des enseignants s'en servent comme d'une motivation, en négligeant les effets pervers. Les enfants ne peuvent pas s'entraider tant qu'ils n'ont pas accepté qu'il n'y a plus de classement, plus de note... C'est un premier pas, il faut aussi qu'ils acceptent de travailler pour le travail... Ils s'entraident car le résultat sera meilleur, le leur, mais aussi celui de leur camarade, celui de toute la classe. Un exercice de la balle aux mots ne peut prétendre à fédérer les efforts. Il faut un vrai travail, avec un vrai but.
3) Donner du sens au travail : Si on diminue les contraintes (suppression des notes, des punitions, des images...), il faut trouver d'autres stratégies pour que les enfants fassent quelque chose d'efficace. Tout passe par la motivation. Une motivation peut-être l'affectif (mais c'est à double tranchant et pas sain...). Je préfère, même si l'affectif est difficilement réductible à zéro, que l'enfant soit tenté par ce qu'il a à faire, pas qu'il le fasse pour faire plaisir, à qui que ce soit. Pour ces raisons, il est presque obligatoire de supprimer l'obligation de faire des exercices sans but, à vide. Curieusement, certains enfants aiment bien en faire, qu'ils en fassent, s'ils en trouvent le temps ;-)
4) Libérer du temps pour l'enseignant : un cours frontal prend beaucoup de temps. Ensuite, faire faire des exercices d'application conduit à un goulot d'étranglement où tous les enfants ont besoin en même temps de votre aide... Les élèves de la classe sont plus nombreux que vous et peuvent devenir d'excellents professeurs. Laissez les élèves s'organiser, ils pourront trouver de l'aide auprès de meilleurs, de moins bons... Les échanges entre enfants sont si riches que votre rôle va pouvoir se limiter à dynamiser, contrôler, rassurer, aider, conseiller...
5) Travailler à son rythme : Tous les enfants n'ont pas besoin de la même durée pour comprendre, rêver, trouver... Travailler en synchronie est donc une violence pour certains. Les moins doués se démotivent d'être toujours en retard et perdent confiance alors que peut être quelques minutes ou heures de plus leur auraient permis de réussir, aussi. Les plus rapides s'ennuient. S'ils sont gentils, ils pourront être récupérés pour des tâches efficaces. Lorsqu'une classe tourne bien, ils trouvent tout seuls comment se rendre utile (auprès des autres, pour gérer les projets...). Si l'enseignant ne laisse pas de liberté, cette énergie supplémentaire sera perdue dans des tâches stériles et occupationnelles.
6) Rendre disponible les outils : pour accéder à un fichier, il faut pouvoir se lever. Il faut donc perdre pas mal d'habitudes du genre une place pour chaque élève, un élève à chaque place (sans remettre en cause le droit à " la propriété " de chaque enfant). Un ordinateur dans la classe, c'est bien, à condition qu'il soit utilisable toute la journée, pas seulement quand on a terminé autre chose. Les plus lents, les moins doués y ont aussi (et surtout ?) droit. Trop souvent, ce sont les plus rapides qui sont sur l'ordinateur, pour " s'occuper ".
7) Travailler autrement : L'ordinateur, la correspondance,
le journal, le conseil... ce n'est pas en PLUS, c'est une AUTRE
façon d'atteindre les objectifs des programmes. Continuer
à faire du travail routinier et automatique prend sur le
temps de vrai travail et empêche de mener correctement les
projets (collectifs ou individuels).
En gros, tout cela doit être mis en place en même
temps. Impossible, surtout avec les classes difficiles d'y aller
par petits bouts. Et comme toujours, associer les élèves
à cette mutation. " J'ai envie de travailler ainsi
parce que je crois que... " et écouter les conseils
des enfants... À plusieurs, on a plus d'idées que
seul. En plus, ils adopteront d'autant plus volontiers les changements
qu'ils auront été partie prenante (d'où pas
de vote et autres bêtises...).
C'est grâce au GD ainsi qu'à des échanges
réguliers et fructueux sur le net (merci Florence St luc)
que j'ai pu reprendre certains "trucs géniaux"
pratiqués ailleurs. Peut-être que l'erreur serait
plus de les plaquer sans voir la manière dont respire le
groupe.
Il est sûr en tout cas que ce qui reste maintenant ou qui
"marche le mieux" est complètement lié
à ma nature, mon rythme et celui de mes élèves...
Tu sais que tu es dans un GD génial, profites-en ! La bonne
attitude est certainement d'être à l'écoute,
de partager, mais pas de venir en pilleur et de prendre sans digérer.
Quelqu'un un jour m'a dit : "fais de la pédagogie
Ducrou..." Je te l'ai dit, et écrit !
Je commence à entrevoir ce que cela peut vouloir dire.
Cela ne m'empêche pas de me sentir et me réclamer
freinétiste, mais sans une étiquette me dictant
chacun de mes actes.
C'est marrant, pour moi c'est l'inverse. J'ai eu du mal à
accepter que l'on me mette cette étiquette. Ce qui m'a
décidé, c'est le travail coopératif, les
chantiers, secteurs... de l'ICEM.
Même si je n'entrerai qu'avec mes clefs, j'ai une totale
confiance dans un grand nombre de camarades de mouvement Freinet
pour m'aider à construire MA maison.
Ce que je sais? Quelques renseignements lus sur la PF dans des bouquins à la bibliothèque du coin. Des termes: texte libre, conseils, etc.. qui revêtent peu de signification pour moi (j'ai toujours "fonctionné" de façon classique, plutôt leçon -application parfois quelques découvertes). Mon intérêt pour la PF vient d'un double besoin: être plus efficace et moins stressé (tu vas peut-être me dire que je fais fausse route).
Non, tu ne fais pas fausse route pour le moment. Tu verras par
toi-même que cela peut t'entraîner vers une forme
"d'efficacité" que tu ne concevais pas parce
qu'on ne "transmet " pas la même chose aux enfants
qu'avec les techniques ordinaires.
Et en effet les satisfactions que l'on a dans une classe où
les enfants prennent en charge leurs projets et leurs apprentissages
est un bonheur qui donne envie d'aller travailler le matin. De
plus tu n'es pas dépossédé de la conduite
de ta classe par une progression de manuel à laquelle tu
te soumettrais. Tu construis avec les enfants. Donc si c'est vers
un idéal de ce type que tu souhaites tendre, tu es sur
la bonne route. Mais je te préviens tout de suite, l'aspect
philosophique a aussi une très grande importance. Je veux
dire ta façon de voir les enfants en particulier et le
monde en général. La pédagogie Freinet est
profondément humaniste et pleinement le contraire de l'élitisme.
Autrement dit, tu ne t'engages pas seulement dans une transformation
simplement technique.
Où j'en suis ? En PF, nulle part. Je n'ai pas essayé grand chose, peut-être par peur de l'inconnu. C'est pour cela que je me suis mis sur la liste. Ce que je fais en ce moment: un remplacement sur un CE1-CE2 depuis novembre et jusqu'à la fin de l'année (je suis BD).
Alors tu as un peu de temps devant toi.
Les questions que je me pose:
-Est-ce possible de faire de la PF en étant ZIL
ou BD?
Oui. (j'ai été ZIL trois années). Même
en une journée. Quand tu leur donnes la parole, ils la
prennent (nous redemander comment faire un entretien ). Si tu
les fais écrire sans sujet imposé, en précisant
toutes les formes de textes auxquelles ils ont droit (poésie,
histoire vécue, conte, histoire imaginaire, reportage,
...) et que tu mets en place une technique pour aider ceux qui
n'ont pas d'idée à en trouver une, des recours d'aide
pour les libérer du blocage de l'orthographe, tu peux avoir
dès le premier jour des enfants qui se saisissent de l'occasion
pour une expression libre réelle.
Dire aussi dès le départ qu'ensuite on pourra lire
son texte aux copains (mais ce n'est pas obligé).
Plusieurs choses me reviennent de ces trois années de remplacement.
Une fois une petite fille qui portait un corset et qui a écrit
un texte qu'elle a lu à la classe ensuite, où elle
racontait qu'elle était née tordue, et ce corset
toujours sur elle et son espoir de grandir et de ne plus le porter.
Je crois que de ce jour là, j'ai décidé définitivement
de ne plus imposer de sujet de rédac à quiconque.
Une fois, j'arrive dans une classe CM1-CM2 dans une petite école
de trois classes pour une seule journée. J'avais eu les
CM1 en CE2 l'année précédente pendant 5 semaines.
Les CM2 étaient un peu coincés, mais grâce
à certains CM1, l'événement vécu par
la classe cette semaine là sort lors de l'entretien : ils
avaient été filmés par une équipe
de télévision lors d'une séance d'expression
écrite. ... Et ils n'avaient pas reparlé de cela
avec leur maître. Tous en leur posant plusieurs questions,
me vient à l'idée de relever le défi : leur
proposer d'en faire un album. Nous l'avons fait. A 16h 30, les
collègues de l'école sont venue me voir, j'étais
en train de relier les pages cartonnées en accordéon
avec du scotch : textes narratifs, dessins et émotions
racontaient l'événement. Ce n'était pas tapé
à l'ordinateur, on aurait pu affiner les textes, faire
un sommaire....qu'importe, on avait travaillé toute la
journée et l'album était fini, agréable,
sans erreurs d'orthographe, proprement recopié et intéressant
par son contenu. Les dessins étaient détaillés
comme savent les faire les enfant s de cet age lorsqu'ils sont
motivés.
En fait tu ne peux pas mettre en place toutes les techniques sur un remplacement (d'autant quand il est très court). Mais celles que tu peux utiliser peuvent te faire rentrer toi et les enfants dans des pratiques et des libertés proches (parfois même plus grandes parce qu'on est libéré du souci du programme et des progrès des enfants) d'une classe pratiquant la pédagogie Freinet sur une durée longue. Et puis cela te permet d'apprendre à impulser, à démarrer, à lancer les choses.
Je te rappelle que nous disons toujours que personne ne pratique
la pédagogie Freinet, puisque chacun le fait à son
idée et selon ses conditions de travail. C'est donc à
chacun de construire "sa" propre pédagogie en
s'appropriant à sa façon des conceptions philosophiques,
pédagogiques et des techniques.
Pour le moment tu ne comprends peut-être pas très
bien la signification de cette phrase. Ca viendra. C'est une question
de représentations.
- L'investissement personnel est-il plus, moins, aussi important pour mettre en oeuvre la PF qu'en pédagogie "classique" ? (On n'est pas des boeufs ! On a aussi une vie de famille, des loisirs, et ... besoin de souffler !).
Plus, évidemment. Le travail n'est pas exactement le même
d'ailleurs mais en réalité, tu peux changer ta pratique
progressivement, tout en changeant aussi tes conceptions de l'état
d'enseignant.
Qui aurait la gentillesse de nous rappeler cette phrase essentielle
à ne jamais oublier (?) : Ca ressemble à : ne pas
se lâcher des mains avant d'avoir assuré les pieds.
- Qui peut m'aider ? (Cela se précise...).
Si tu souhaites participer à la prochaine réunion
du GD 78, tu dis, je te répondrai directement.
A bientôt.