L'individualisation du travail
L A CLASSE COOPERATIVE ET LE TRAVAIL PERSONNALISE, FACTEURS DE VALORISATION
Valorisation : prendre en compte l'individu.
1/ Pour ses compétences, par les brevets*
Dans la classe, les principales compétences habituellement valorisées sont celles relatives au français et aux mathématiques. Celui qui n'est pas en situation de réussite dans ces domaines ne se sera jamais reconnu aussi va-t-il se construire une image négative, qui se traduira par un comportement de refus ou de perturbation. Pour l'élève, dans cette situation, il sera alors plus facile d'assumer l'image de celui qui refuse l'école plutôt que celle de celui qui n'y arrive pas.
Pour sortir de cette impasse, il semble nécessaire de valoriser d'autres compétences afin que chacun puisse trouver sa place. Comme disait Freinet :« Chacun a besoin, à un moment donné, d'être placé en tête du peloton ». Si l'on n'est pas performant en lecture, on peut avoir des compétences en menuiserie, informatique, peinture, etc... dans le cadre des ateliers. A cette occasion on devient une personne-ressource, quelqu'un qui montre, qui peut expliquer, qui va être reconnu pour une réalisation précise.
Pour permettre cette valorisation nous avons élaboré avec la collaboration des enfants un ensemble de brevets qui répondent à ce besoin.
Les brevets sont à la disposition de tous. Chacun peut les présenter à son rythme et recommencer plusieurs fois s'il le souhaite. Seules les réussites sont valorisées, et ceci dans tous les domaines, afin que chacun puisse se rendre compte qu'il détient une richesse personnelle qu'il peut communiquer, montrer. L'enfant placé en situation de réussite dans un domaine manifeste le désir de travailler sur d'autres plans, il aura retrouvé le sentiment de sa propre valeur.
L'enfant en difficulté pourra également être aidé grâce à l'entraide entre pairs, en temps de travail personnel. Un autre outil peut être le groupe d'aide. Il est décidé le lundi matin sur la demande des enfants. Il est composé d'un nombre compris entre 3 et 9 individus souhaitant travailler le même brevet et pris en charge par l'enseignant. Des formes de travail en groupe existent également de manière coopérative et autonome (sans adulte).
2/ Pour ses connaissances, par l'évaluation formative*
L'évaluation formative permet de détecter les réussites et les lacunes (évaluation diagnostique) et d'y remédier en organisant les apprentissages. L'enfant prend connaissance toutes les compétences qu'il doit acquérir à la fin de l'année ou du cycle : les compétences et les évaluations sont clairement exprimées et représentent un chemin sur lequel il peut visualiser la route qui lui reste à parcourir.
Les évaluations réussies sont reconnues de manière officielle et apparaissent sur le livret d'évaluation.
3/ Pour ses démarches, ses tâtonnements
Les enfants peuvent créer des textes en français, en anglais, mener des recherches mathématiques. Ils peuvent utiliser aussi des documents nécessaires à la vie de la classe : lettres des correspondants, écrits littéraires, revues, journaux…
Il ne s'agit pas d'apporter aux enfants des situations avec des réponses toute faites mais de leur permettre de trouver par eux-mêmes à travers leurs tâtonnements des solutions qui leur permettront d'élaborer des lois qui devront être vérifiées. La recherche de ces lois à travers la démarche tâtonnée a été développée par Célestin Freinet dans une démarche qu'il a appelée tâtonnement expérimental.*
L'enfant construit peu à peu ses références qui seront consignées dans divers outils afin d'en garder les traces : classeur de français, cahier de maths…
4/ Pour son expression, sa création et ses facultés de communication
par l'expression libre
Au sein de la classe, l'enfant peut se réaliser et se valoriser
en s'exprimant, en créant : texte libre*, dessin libre, chant libre, …
en communiquant, lors des présentations, bilans, conférences, réalisation du journal, théâtre, expo…
en animant : activités manuelles, sportives...
La vie coopérative permet à l'individu d'exprimer des projets. Il y a coopération quand l'enfant a besoin des autres pour se réaliser. Les enfants peuvent se sentir exister grâce à la possibilité d'exprimer des projets repris par le groupe. Ils peuvent ainsi se sentir reconnus, et par-là même, mieux intégrés.
La classe coopérative, c'est le lieu où un enfant peut montrer des objets, des travaux, où il peut communiquer avec les autres sur un sujet qui lui tient à cœur : valorisation des travaux, appropriation des idées par le groupe …
Dans la classe coopérative s'établit un équilibre entre le groupe et l'individu : l'individu propose un projet, produit un objet, émet une hypothèse, reçoit un renvoi du groupe ; le groupe se trouve enrichi par l'apport des individus.
Le groupe-classe est un vivier dans lequel se tisse un réseau de groupes coopératifs.
Intégration : par des interdépendances créées, structurées, incorporées à un milieu.
1/ pour structurer de manière harmonieuse, par la gestion des conflits
Le conseil, élément de régulation des conflits, d'éducation à la paix et à la citoyenneté
Pour qu'un groupe puisse fonctionner, pour que des projets d'individus, de petits groupes ou du groupe-classe puissent se réaliser, il faut qu'il y ait un lieu et un temps pour réguler les conflits inévitables. C'est une condition essentielle à l'établissement de la coopération. La possibilité d'institutionnaliser ce temps permet de différer les tensions, les conflits.
Le conseil est un espace de réflexion sur le sens de la règle : il permet de passer d'une soumission à la règle à une attitude responsable, d'agir sur le fonctionnement de la vie collective plutôt que de la subir.
Par la responsabilisation, l'autonomie
Les responsabilités ne sont pas des attributions artificielles mais correspondent à des activités réelles de la classe. A chaque tâche correspondent un pouvoir, une marge de liberté, d'organisation. Chaque enfant obtient un statut qui entraîne une véritables intégration au groupe.
La classe coopérative est un espace de confrontation aux réalités matérielles et financières.
2/ pour créer des interdépendances
par l'entraide
Chacun peut être placé successivement en position d'expliquer, d'aider, et d'être aidé. Les domaines d'intervention dans la classe sont suffisamment variés pour placer les enfants dans des statuts différents : Alexandra demande l'aide pour comprendre le fonctionnement d'un tableau de conversion. Aussitôt qu'elle a compris, elle va l'expliquer à d'autres. …
par le conseil, lieu d'organisation des projets
Dans une classe coopérative, chacun est un noeud dans le filet, il y a création d'un réseau avec des relations qui s'établissent entre tous les membres. Des groupes de tailles et de durées variables peuvent se constituer autour de projets.
par les exposés
Ils représentent l'occasion pour les enfants de faire des recherches dans les domaines qui les intéressent, d'approfondir dans un domaine de prédilection, mais aussi de se voir reconnus par le groupe comme détenteur d'une connaissance dans un domaine précis. Les groupes s'organisent autour du choix d'un sujet, mais aussi par affinités...
Par la mise en place d' ateliers, les activités sportives, le journal
3/ pour s'incorporer à un milieu
Les projets des enfants les amènent à s'ouvrir sur l'extérieur, sur la vie.
par les sorties :
par la correspondance et le voyage-échange
Un moyen de s'intégrer dans un groupe, dans un milieu, c'est sans doute de pouvoir mieux connaître son identité (individuelle, familiale, locale, régionale, nationale, ...) et de pouvoir l'affirmer en étant reconnu, accepté tel qu'on est. La correspondance est un des moyens dont dispose l'enseignant pour aider l'enfant à construire son identité au travers de sa culture.
C'est en découvrant l'autre qu'il perçoit ses propres valeurs. C'est pour mieux parler de son milieu, pour en offrir une image précise que l'on part le découvrir : cette exploration permet à de nombreux enfants, et souvent même à quelques parents, de prendre racine dans le lieu où ils vivent.
Le voyage-échange permet également aux enfants de comparer différents types d'organisation du mode de vie au niveau familial, et là aussi ils peuvent voir apparaître une identité familiale, une identité locale, une identité régionale, une identité nationale, tous ces éléments entrant dans la composition de leur identité culturelle propre.
Après avoir présenté la Provence à nos correspondants, et pour participer à une exposition et à l'élaboration d'un CD-ROM sur la Méditerranée, les enfants se sont construits une grille d'interprétation qu'ils ont réinvestie lors du voyage chez nos correspondants de Haute-Savoie. De nombreuses comparaisons et observations très riches ont été faites par les enfants...
La classe est un milieu riche où de multiples situations permettent d'être reconnu d'une manière ou d'une autre par le groupe. Les situations de création et d'expression de la classe coopérative permettent à certains enfants de s'épanouir, de s'intégrer, l'organisation du travail personnalisé convient à d'autres, chacun trouvant la possibilité d'avancer à son propre rythme, d'être parfois en situation de donner, de briller, parfois en situation de recevoir, d'être aidé, d'admirer...
Pouvoir jouer ces différents rôles à des moments divers, n'est-ce pas là le meilleur moyen de s'intégrer ?
Florence Saint-Luc Ecole primaire La Planquette Avenue Auguste Renoir 83130 La Garde 1996
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