Il est très important de souligner que la pédagogie Freinet est un système, où chaque élément est en inter-relation avec les autres. Récupérer une technique hors de son contexte, c'est la vider de sa substance, de sa raison d'être. La connaissance d'un système n'est pas complète même si l'on connaît la somme de ses éléments. La coopération est en quelque sorte le ciment de la vie de la classe. Elle existe de manière transversale et se retrouve dans de nombreux autres domaines.
1. C'est l'aboutissement des "techniques Freinet". L'élève
a pu réaliser des "oeuvres", résultat
d'opérations diverses, matérialisant un projet personnel.
Il est l'auteur et dans son petit domaine, dans son monde relationnel,
il acquiert une autorité, il est reconnu comme créateur.
2. Généralement, ces oeuvres sont le fruit de co-opérations, partielles ou globales.
a/ il y a coopérative d'utilisation de matériel ( comme chez les adultes)
b/ l'oeuvre, ou certains de ses éléments ( pour un journal, une exposition, un dossier d'enquête...) peut être commune à plusieurs
c/ plus globalement , la vie collective peut être gérée coopérativement.
3. La "classe" devient un réseau de relations coopératives à gérer, ouvert sur un réseau de correspondants et un réseau documentaire.
4. Certaines relations avec l'extérieur sont médiatisées par les oeuvres (vente du journal, organisation de réceptions, de voyages, etc...)
5. La réalisation de l'oeuvre "valorise" le travail plus qu'elle ne l'évalue. Par contre, il est possible de "breveter" la maîtrise de certaines compétences : savoir rédiger un compte-rendu, faire un budget, un horaire, ou utiliser un appareil électronique, etc...
6. L'articulation entre les systèmes d'évaluation institués relève de la "part du maître".
La coopération est centrée sur l'oeuvre. Elle se distingue de notions qu'elle peut inclure: solidarité, entraide, concertation, collaboration, connivence, etc...
Valorisation, évaluations et contrôles sont des notions
très différentes, à bien distinguer : valoriser
= créer les conditions qui donnent une valeur,
évaluer = estimer cette valeur,
contrôler = établir le degré de conformité à un modèle.
L'impulsion, c'est l'idée (hypothèse, projet, production)
de l'individu. C'est grâce au groupe qu'elle peut être
verbalisée puis raisonnée (elle devient l'expression
coopérative). Il y a coopération quand l'enfant
a besoin des autres pour se réaliser. Dans la classe coopérative
s'établit un équilibre entre le groupe et l'individu.
L'individu qui propose un projet, produit un objet, émet
une hypothèse, reçoit un renvoi du groupe. Le groupe
se trouve enrichi par l'apport de l'individu. La critique du groupe
va enrichir l'individu. Pour un même sujet, cette inter-relation
avec enrichissement réciproque pourra s'effectuer plusieurs
fois. Il y a là la réalisation du tâtonnement
expérimental ; c'est cette démarche que l'on va
observer dans la mise en place de la méthode naturelle.

LA COOPERATION AU SEIN DU GROUPE
Dans une classe coopérative, chacun est un noeud dans le
filet, il y a création d'un réseau avec des relations
qui s'établissent entre tous les membres. Des groupes de
tailles et de durées variables peuvent se constituer autour
de projets. Ces groupes sont constitués de personnes qui
se réalisent, et pas seulement d'individus, (c'est à
dire l'opposition entre un et le collectif.) C'est grâce
au groupe que quelqu'un peut verbaliser ses impulsions pour ensuite
les raisonner. Ces formations se séparent lorsque le but
est atteint.
Les relations au sein du groupe
Ces relations oscillent entre quatre pôles:
l'auto-suffisance, la confrontation, la coopération et
le parasitisme. L'auto-suffisance et le parasitisme vont être
remis en question par la confrontation. De la confrontation à
la coopération apparaît la notion de contrat. Lorsqu'il
y a coopération, peut s'installer la notion de mutualité.
Elle peut glisser vers la solidarité, puis la "charité"
(l'assistanat, à un niveau social) et au parasitisme (un
ou plusieurs individus s'inscrivent dans un groupe et profitent
du travail des autres sans assurer la part qui leur incombe(nt).
Ce parasitisme se maintient grâce au cynisme. Il peut se
trouver en parallèle avec une relation de soumission. A
l'autre extrémité de la coopération
peut s'installer le leadorat, où une personne va apporter
une compétence au groupe qui va lui permettre une dominance
momentanée sur un sujet précis. Mais cette dominance
peut se transformer par une prise de pouvoir en domination, qui
à l'échelon suivant va se transformer en auto-suffisance.
Figer une équipe, cela risque de fixer le parasitisme ou
l'auto-suffisance.
