la coopération

DE LA REGULATION D'UN CONFLIT VERS UN PROJET D'EXPRESSION ECRITE

 


Je viens d'être nommée dans une école et enseigne dans une classe de vingt-six CM1-CM2.

Deux jours après la rentrée, lors d'une séance d'éducation physique où les enfants avaient choisi de jouer au ballon prisonnier, un conflit éclate : une minorité d'enfants prétend que les prisonniers ont le droit de tirer sur les côtés, qu'ils le faisaient l'année dernière. Les autres refusent cette règle. La dispute se prolonge assez violemment lors de la récréation suivante, deux filles de la classe prenant les deux partis opposés, et le groupe se divisant alors en deux parties pour soutenir l'une ou l'autre.
Des enfants d'autres classes interviennent alors, prenant également parti : insultes, coups se mettent à pleuvoir, et la récréation se termine avec les pleurs des deux protagonistes. L'une d'elle menace d'aller chercher sa mère à la sortie pour sévir sur l'autre. La deuxième, redoutant cette incursion d'un adulte dans le conflit, car un conflit de ce genre a déjà éclaté l'année précédente, et le règlement de compte s'est déplacé entre les adultes et a dégénéré.
Je propose un conseil de coopérative exceptionnel. Les deux filles ont alors l'occasion d'exposer leurs griefs, et de retrouver l'origine du conflit. La classe et moi intervenons pour demander de ne pas mêler les adultes au conflit. Je propose que les règles soient écrites phrase par phrase par un groupe d'enfants intéressés . Quatre enfants se proposent et commencent immédiatement le travail, à leur demande.
Ils se heurtent à un problème de mise en forme, et je propose d'apporter une règle de jeu simplifiée de "la passe à 10 " proposée dans l'évaluation CF2 94, afin de les aider à rédiger.
Le lendemain, j'apporte les règles, le groupe se remet au travail, et quelques jours après, le texte est proposé à la classe. Après un léger toilettage orthographique et des propositions de précisions apportées par le groupe, le texte est voté phrase par phrase, aboutissant à un texte de référence. Entre-temps, les deux filles ont fait la paix. Le groupe-classe a commencé à se souder.
La semaine suivante, la règle est testée, et le jeu s'est déroulé dans le calme.
Le Conseil de coopérative a pris toute sa crédibilité grâce à la résolution de ce conflit. Les enfants ont ainsi pu se rendre compte qu'une règle ou une loi était relative à un contexte, qu'en fait, l'essentiel était d'être d'accord sur un référent commun. La démocratie a également pu s'exprimer sans brimer la minorité.
Voici les règles du jeu écrites par les enfants et adoptées par la classe :

LE BALLON PRISONNIER

but du jeu : toucher les adversaires sans se faire toucher par le ballon
effectif : minimum : 10 joueurs, maximum : 30 joueurs
matériel : un petit ballon (hand)
terrain : rectangle en 2 parties
jeu : Les 2 équipes, de même nombre, se placent sur les deux parties du terrain. Lancer le ballon en chandelle au milieu du terrain. Attraper le ballon et essayer de toucher un adversaire. Celui qui est touché passe derrière le camp adverse : il est prisonnier, il doit prendre le ballon, tirer sur les adversaires pour toucher quelqu'un. Quand on est prisonnier, on a le droit de tirer sur le côtés. On n'a pas le droit de viser la tête. S'il touche quelqu'un, il est libéré et retourne dans son camp. Le dernier touché d'une équipe a trois chances. Il peut donner 2 chances à d'autres de son équipe. S'il touche quelqu'un il est délivré. Après les trois chances, s'il n'y a plus de joueur d'une équipe dans un camp, elle a perdu.

Florence Saint-Luc

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