la coopération

AUTONOMIE

 

Ce qui suit est un extrait d'échanges écrits sur la liste de discussion Internet :

Et si notre souci d'amener nos élèves vers quelque chose qui ressemblerait à l'autonomie n'était que simple retour à un état quasi-naturel de tout enfant ?
Cet état naturel est propre aux être humains et pas seulement aux enfants, constitutif de la nature humaine en quelque sorte. C'est le besoin d'accomplissement, aussi fort chez l'homme que le besoin de se nourrir et que tous les besoins vitaux en général.
J'ai l'impression que c'est le système éducatif français qui annihile l'autonomie des enfants. Un enfant très jeune n'aspire pas à grand-chose d'autre que l'autonomie dans ses jeux. Ces : " vouloir se nourrir seul, se vêtir seul, se mouvoir seul, se faire des bisous seul " (cf le "stade du miroir"), ne sont que volontés innées d'être autonome.


Michel Monot

Ce qui me gêne dans ce texte, c'est la terme de "naturel". Je ne sais pas ce que ça veut dire. Je ne sais pas si l'autonomie est une aspiration naturelle de l'homme et j'aime mieux cette phrase de Karlin : "éduquer c'est faire sortir l'enfant du désir des autres". Reconnaître à l'autre - l'enfant - le droit de désirer de manière indépendante, pour moi ce ne peut être que cela, l'autonomie. Mais je ne vois rien de naturel là-dedans. Pour les adultes, l'enfant sans désir est un enfant sage et malléable. C'est là la contradiction de l'éducation nouvelle : donner ce que personne ne veut. Pour être éducable, l'enfant doit être docile, mais pour être éduqué, il doit être indocile. Eduquer, c'est travailler avec ce paradoxe, parce que c'est refuser d'occulter le désir de l'autre.
En ce qui concerne ce discours, au demeurant très courant, qui veut que l'école et l'institution scolaire soient intrinsèquement castratrices et " anti-autonomie ", je le trouve un peu facile. Dans ma classe, il n'y a que moi qui puisse figurer l'oppresseur. C'est l'intériorisation que j'ai élaborée de l'oppression - intériorisation non-consciente évidemment- qui génère l'oppression vécue par les élèves. Je ne nie pas le pouvoir coercitif des injonctions institutionnelles de toutes sortes, mais c'est toujours l'enseignant dans la classe qui pratique. Je veux simplement dire qu'on ne peut s'en tenir, en matière d'autonomie, à un simple débat institutionnel

Bernard Jay

L'autonomie ne s'oppose pas à la solidarité. Elle n'est pas synonyme d'individualisme. Au contraire. L'école peut-elle avoir un objectif plus fondamental que celui de rendre les individus autonomes ? Quel objectif plus ambitieux ne serait pas déjà inclus dans celui-là ? Sur l'autonomie, un livre très intéressant : Marie-José Barbot, Giovanni Camatarri, Autonomie et apprentissage, PUF, 1999.

Laurent Pérol

Tu as raison, rien dans l'autonomie ne s'oppose à la solidarité, ni bien sûr à la coopération. Mais la recherche d'autonomie seule n'a pas grand sens sans un idéal collectif qui la sous-tend. Rendre des individus autonomes ne me paraît pas une valeur sûre à elle toute seule.
On avait demandé il y a quelques années à des associations de jeunesse de définir trois principes fondateurs pour une politique de la jeunesse et les actions spécifiques ou pas leur étant destinées; elles avaient alors trouvé le triptyque suivant : Autonomie, Universalité, Globalité. Justement, ces trois "valeurs" s'éclairent mutuellement et se débarrassent du même coup de leurs excès. L'autonomie est la conséquence d'un regard global porté sur soi, sur les autres, sur la société. L'universalité me relie aux autres et il est très intéressant que je sois justement relié aux autres d'une façon autonome et choisie. Saisir la globalité des nécessités de la vie en société suppose de l'autonomie.
L'autonomie mérite en effet qu'on s'y arrête et qu'on y réfléchisse depuis quelques paradoxes :
- pour être autonome, il faut avoir réussi des relations de dépendance complètes et profondes
- être autonome ne peut pas avoir de sens sans un idéal; car sinon, l'autonomie devient la loi d'un seul contre tous.
- On confond souvent autonomie et abandon quand on dénie la demande de relations de l'autre.
- Etre autonome ne s'apprend pas, ne se mérite pas, ne se prépare pas. Personne n'a le droit de prétendre juger de la capacité d'autrui à l'exercer: l'autonomie, ça ne se donne pas, ça se prend ou ça s'arrache!
De là, il faut se méfier de tous les discours de ceux qui disent: " Je laisserais bien telle ou telle liberté à mes élèves, mais ils ne sont pas mûrs pour ça" C'est avec de tels raisonnements qu'on a tenu des pays entiers en esclavage, et en se donnant bonne conscience en plus! (l'homme noir est perdu sans l'homme blanc disent encore aujourd'hui les boers...)


Laurent OTT


L'AUTONOMIE VRAIE


Un être humain, ça commence... et puis, ça s'arrête. Mais, dans les points de suspension, il pourrait connaître des moments de bonheur.
Il est certain que l'école pourrait l'aider à se placer sur ses bons rails. A côté de l'autonomie "fiche-nous la paix." peut exister la véritable autonomie dans la construction de sa pensée, de son savoir, de ses domaines d'expression où l'on n'apprend pas par accumulation d'éléments séparés mais par flux tendu comme la vie. Seul, l'enfant vivant, l'enfant en marche peut construire, épanouir, réaliser sa personnalité. Même dans les classes à un seul cours, des tendances, des rééquilibrages peuvent se manifester. Mais dès qu'on dispose d'au moins deux années, c'est beaucoup plus sensible. On voit déjà s'ébaucher, s'esquisser, se former, se préciser, s'établir, se caractériser, se dessiner des trajectoires. Mais cela suppose un autre type de pédagogie et d'organisation scolaire. Certaines équipes pédagogiques l'ont compris. Elles instituent 2C.P.-C.E.1 ou 2 C.E.2-C.M.1. On doit aider l'enfant à se construire. Cela ne peut se faire que dans la durée, dans la continuité, dans une non-atomisation du temps.

Paul Le Bohec

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