la coopération

 

 

QUE FAIRE LORSQUE LE RESPECT NE VA PLUS DE SOI DANS UN GROUPE D’ELEVES ?

(échanges sur la liste Freinet)

 

J'ai pris ce matin un groupe d'une classe où l'enseignante se fatigue de la tournure que prend sa classe ! Une ambiance malsaine de non camaraderie aucune coopération, tout le monde se moque, se tire dans les pattes et ... l'enseignante qui est vraiment une personne charmante, pleine d'idéaux, est abasourdie chaque soir qui se termine... Ce groupe a passé une bonne partie du temps passé avec moi à se tirailler, se menacer etc. J'ai été un peu dépassé par les événements... Cette méchanceté entre eux m'a réellement sidéré ! Des « toi je vais te buter ! » Des « maître il a fait ci » Des « maître il a fait ça »... Je ne voulais pas m'énerver et crier ... Résultat je suis encore sous le choc de cette simple heure avec sept enfants.

Oui : sept !

Fabien

 

Fabien, je n'ai pas encore eu le temps de répondre à ton message, et j'ai même été assez surprise de ne voir quasiment aucune contribution à ce sujet en retour. Sans doute parce que ce que tu décris n'est pas la réalité de la majorité des inscrits de la liste ? Moi par exemple, ces dix dernières années j'avais une école très calme où il n'y avait aucun problème de cet ordre, et je n'aurai pas compris ton message. Cette année, tout a changé. Je suis dans une école ordinaire, car à Aix-en-provence, il n'existe pas de ZEP, pourtant elle mériterait de l'être. J'ai donc reçu un vrai choc en arrivant, car ce que tu décris dans ton message c'est exactement ce qui se passe dans ma classe. Enfin, ce qui se passait au début car il commence à y avoir des progrès sensibles. (Ou alors je m'habitue ?)

Je pense que ces gamins de cité ont besoin de faire corps contre le nouveau, l'étranger. Il s'agit de tester pour voir ce que l'autre a dans le ventre. Il a fallu que je m'impose dans un premier temps avec les armes de la stricte discipline : punitions, privations, mise au pas. Bref, tout l'arsenal de la répression. Mais c'était ça ou je ne pouvais pas placer un mot ! D'ailleurs les enfants eux même le demandaient ; on respecte celui qui sait se faire respecter.

Dans un deuxième temps on en est venu à la discussion. « Bon, tu as insulté chose. Tu sais que c'est contraire au règlement, et que tu devras être puni pour cela, on est pas des animaux. Mais pourquoi l'insultes-tu ? Est-ce si facile de s'empêcher d'insulter quelqu'un ? » Et là, on peut même commencer à philosopher : « est-on obligé de s'aimer tous ? Qu'est ce que c'est que le respect ? » On a parlé, on a écrit, on a échangé...Mes gros durs arrivent à s'arracher des « excuse moi, je n'ai pas réfléchi ». Il y a encore des dérapages verbaux mais au moins la violence physique est terminée et je considère que ce n'est déjà pas mal.
On n'en est pas encore à la coopération, mais ça commence à s'ébaucher. Certains ont demandé de faire des exposés par deux. Les lettres collectives par équipes que nous recevons des correspondants aident les enfants à prendre conscience que la coopération c'est chouette ça permet des réalisations intéressantes. Je prends le temps, tous les soirs de faire un bilan oral de la journée : ce qui a marché, ce qui n'a pas marché et pourquoi. Ils réalisent un peu que les comportements gênants gâchent les activités, ils font des efforts. Pour la moquerie c'est plus dur mais je ne rate pas une occasion de leur faire lire ou de leur lire des extraits de bouquins où un enfant est humilié par des remarques méchantes d'un autre ou d'un adulte et nous en discutons. Avec deux ou trois enfants, il y a encore du boulot, mais dans l'ensemble les comportements évoluent et je suis assez contente même si parfois encore le découragement me gagne.

Bref, pour résumer je pense qu'il y a deux axes de travail :

- Ne jamais laisser passer de comportements répugnants : sanctionner, expliquer, parler et faire parler sur ce qui s'est produit. Cette année le conseil hebdomadaire de 50 min ne passe pas, c'est trop long pour mes CM2 agités. J'ai donc adapté le système à la classe : deux conseils de 25 mn chacun, non plus le soir après la récré mais le matin en arrivant. C'est plus tranquille. L'amende ou la punition ne tombe qu'au bout de trois "gêneur" et non plus deux comme les années précédentes.

- Parallèlement, je pense qu'il faut faire beaucoup de renforcement positif auprès de ces gamins qui ont une image sociale déjà bien dévalorisée : je n'hésite pas à féliciter largement pour le moindre progrès scolaire ou de comportement constaté. Bref, j'appelle ça « accompagnement moral ». Voilà, j'espère t'avoir un peu aidé. Si tu as des précisions à me demander ou si simplement tu souhaites continuer cette discussion, n'hésite pas. C'est un sujet très neuf pour moi et je suis également en recherche sur tout ce qui se fait partout pour améliorer le quotidien des enfants et des classes de ce type.

Martine Dorso-Mercier

 

Ce fut un peu mon cas en arrivant dans mon collège de ZEP cette année. Beaucoup d'incivilité mais paradoxalement des enfants le plus souvent très polis. Personnellement, je trouve que les enseignants abusent des positions dures et utilisent trop les réponses fortes et non dosées que constituent les colles, les punitions, les sorties de cours, les demandes d'exclusion.

Parfois j'ai l'impression (il y a beaucoup de Turcs, de Maghrebins et d'Asiatiques) d'être en situation de guerre, dans un camp retranché. Les réponses ne me paraissent pas dosées et engagent très souvent à l'escalade.

Exemple : aujourd'hui, une enseignante à mis une petite gifle à un élève qui l'avait insultée, il lui a retrourné la tête d'une autre gifle moins dosée. Puis a disparu du collège. C'est un gamin qui dort souvent dehors, et qui a de gros problèmes (je sais, on n’est pas la Croix rouge, mais...). Alors que la collègue (victime de l'acte) est pour une certaine modération dans la réaction, beaucoup de collègues demandent (écho à l'actualité ?) une réponse pour l'exemple. Personnellement, j'ai travaillé une heure avec la classe que j'ai eu après l'incident, et il m'apparaît que les élèves sont capables de comprendre la graduation dans les responsabilités et dans les sanctions. Faut-il vraiment exclure l'élève définitivement (pour l'exemple) ?

Merci à ceux qui donneront leur avis.

Luc Comeau-Montasse

 

Malheureusement l'exclusion de cet élève permettra de rendre visible qu'il n'était pas inclus. L'école n'est pas responsable de tout bien sûr : c'est tout un environnement éducatif qu'il faut reconstruire (à partir de l'école mais au delà) dans une société rongée par l'individualisme...  Laurent OTT

 

Il est vrai que dans nos écoles, nous ne sommes pas confrontés directement à ces problèmes. Pourtant, ils sont là et se révéleront l'année suivante au collège. On le sait et souvent les instits précisent quels enfants entreront dans ce cercle vicieux de l'exclusion. Certains d’entre eux dès les premières semaines au collège recevront une forte gifle : prise de conscience de leurs lacunes, des inégalités face aux savoirs, de l'abandon face aux devoirs du soir...de l'abîme qui les sépare de la norme. Des attitudes différentes vont en sortir, le renfermement (qui pourra exploser plus tard), la provocation par le chahut, la violence...l'enfant tant qu'à être exclu s'exclut de lui-même.

Si l'explosion arrive au collège, elle était préparée avant par le système scolaire et bien sûr par son environnement.

L'enfant a empilé comme il a pu des savoirs, qu'il n’a pas pu relier, qu'il n’a pas pu utiliser. La motivation ne partait pas du sens, mais de la soumission, voir de la crainte. Plus âgé, cette motivation ne fonctionne plus !

Je suis en CM2, donc en fin de parcours et c'est ahurissant parfois. Dans ma classe cette année je suis très pessimiste, les inégalités sont tellement flagrantes. Et pourtant la classe fonctionne, chacun a sa place, le groupe s'entraide, coopère...les enfants travaillent...les difficultés sont prises en charge, le groupe fait de gros efforts avec un enfant très différent... Mais je sais que cette paix, ce climat possible sont éphémères car dépendants de notre fonctionnement.

Catherine Chabrun

 Comment faire comprendre que la violence physique est interdite et doit être combattue si l'enseignant, qui est censé être un adulte capable de maîtriser ses pulsions s'y laisse aller ? Exclure le gamin qui a frappé la prof c'est à mon avis impensable. Pourquoi ne pas exclure la prof dans ce cas ? Mais le fait que cette enseignante ait pu gifler l'enfant me semble indiquer que l'établissement ne fonctionne pas particulièrement bien. Or, il est un résultat de la recherche en sociologie de l'éducation qui semble assez bien tenir : ce n'est pas l'enseignant seul dans sa classe qui détermine l'efficacité de l'école, mais l'école considérée comme un tout. Et la clef de cela est dans le travail du chef d'établissement, dont les orientations sont cruciales.

Or, en France on a tendance à ignorer, voire refuser ce constat (dans les pays anglo-saxons, on surévalue la part des qualités personnelles des chefs d'établissements ; son travail est à faire avec son équipe et pas contre elle). C'est ainsi que l'enseignant se trouve souvent seul devant sa classe, sans savoir ce qui est « problème » et ce qui ne l'est pas (quand est-ce que le bruit normal d'une classe qui travaille devient le bruit excessif ? Quelles paroles sont acceptables et lesquelles ne le sont pas et quel rôle joue le ton, l'expression, etc.) Et c'est ainsi, aussi, que l'on ne reconnaît pas le rôle du directeur, qu'il ou elle reçoit une formation au rabais, et qu'on ne donne pas aux écoles - à travers les directeurs - le pouvoir, par exemple, de déterminer si oui ou non on peut manger la production des enfants en classe.

Cette gifle est ainsi le symbole de choses plus profondes que le malheur d'un enfant ou des incartades d'un prof. Comme l'a indiqué Laurent Ott, l'exclusion de l'enfant ne fera que concrétiser au niveau de l'école une exclusion déjà opérée. Mais l'acte violent de l'enseignante concrétise et met au jour une faille spécifique à ce collège là, dans un premier temps, et à l'école en générale dans un deuxième.

Je voudrais quand même dire à chaque nouveau enseignant que les problèmes dits « de discipline » ne sont pas uniquement ses problèmes à lui, mais des problèmes qui doivent être assumés collectivement, par toute l'équipe de l'école.

Malheureusement, on ne peut pas souvent dire que cette équipe existe.

Timothy Mason

 

Au risque de me répéter, il a fallu en passer par une position « dure » pendant les premières semaines car c'était ça ou renoncer à placer un mot en classe !

Maintenant, en ce qui concerne la gifle donnée par l'enseignante, je ne suis évidemment pas d'accord. Même « une petite gifle » n'est pas tolérable de la part d'un enseignant, même s'il est exaspéré.

Au risque de me répéter encore, je propose que chaque situation de conflit, de détournement des règles soit accompagnée par une discussion : seule la parole permet d'éviter la violence verbale ou physique. C'est aussi la discussion qui permet à l'enfant de comprendre que la sanction n'est pas humiliante mais normale dans un lieu qui ne doit pas devenir une jungle. En tout cas, c'est sûr, il faut avoir les nerfs solides pour travailler dans certaines écoles (ou collèges).

Martine Dorso-Mercier

Tout à fait, il existe des moyens pour résoudre les conflits sans gagnant ni perdant, l'écoute active qui implique le respect réel de l'autre (enfant, jeune ou adulte), de ses sentiments. J'ai lu récemment Enseignant Efficace de T. Gordon, dans lequel il y a à puiser et à adapter. Evidemment ça ne suffit pas mais la démarche est intéressante. Comme le fait remarquer Timothy il y a le rôle de l'équipe qui devrait fonctionner mais n'existe souvent pas. Et puis l'exclusion : effectivement l'exclusion de l'élève est préexistante dans la mesure où ses sentiments, non accueillis (donc exclus), ont fini par émerger de façon de plus en plus violente jusqu'à ce qu'on soit obligé d'en tenir compte. Cet élève n'a pas besoin d'être exclu, plutôt entendu, rassuré et qui sait... consolé ? Ça peut paraître incongru, mais je pense que la violence naît du chagrin, du désespoir non entendu, non accueilli et non compensé. C'est la seule façon de survivre pour quelqu'un de sensible au départ mais totalement livré à lui-même sur le plan émotionnel. S'il ne retourne pas contre les autres les sentiments qui le submergent par leur accumulation (puisqu'il n'y a pas évacuation par l'écoute de quelqu'un de bienveillant par ex.), il coule.

Hélène T.

 

Tout à fait d'accord. Il vaut mieux partir d'une position claire et plutôt dure. Mais il faut être capable de la gérer dans le temps. Quelqu'un disait qu’il n'y avait rien de plus définitif que les solutions temporaires et transitoires. En ce qui concerne les causes de la gifle du prof, celle-ci (17 ans d'ancienneté dans le collège) voulait mettre un mot dans le carnet de correspondance (ici on dit "passeport") de l'élève pour non travail (après 1/2 heure l'élève n'avait pas sorti ses affaires, ses parents étaient d'ailleurs convoqués pour cette raison en fin de journée). L'élève s'est levé, assez menaçant et a insulté le prof. Celle-ci explique son geste comme un acte réflexe de protection. Est-ce que chacun de nous est certain d'avoir toujours le contrôle suffisant de lui-même pour ne pas réagir de façon excessive ?

Je suis bien d'accord avec toi lorsque tu dis qu'il faut être capable de se protéger lorsqu'on sent venir ce danger, par exemple en sortant l'élève de cours. Mais dans certains cas c'est à ce moment là que la pression monte le plus.

En ce qui concerne les suites de l'incident, après demande de conseil auprès du procureur, une plainte est déposée. A la demande du prof, il n'y aura pas de conseil de discipline. Je ne connais pas encore les sanctions prises à l'encontre de l'élève.

Pour terminer, il me semble essentiel, et ça a été le sens de mon travail dans mes classes, suite à l'incident, de mettre en évidence la notion de degré dans la faute. Le prof a fait une erreur (et regrette son geste.) La réaction de l'élève est légèrement plus haute sur l'échelle de Richter (d'où justification d'une différence au niveau des sanctions en retour).

Luc Comeau-Montasse

 

J'ai souvent remarqué que ce qui faisait "péter les plombs" à des élèves était toujours la surcharge de plusieurs sanctions, la "sursanction" en quelque sorte. La convocation de ses parents pour un enfant de milieu fragile ou défavorisé est en soi une terrible sanction, qu'ils ne viennent pas était à la fois prévisible, inévitable et une nouvelle violence infligée à l'élève qui se retrouve dès lors "sans parents". On sait comment être "sans parents" pour un enfant en institution éducative est une situation et un statut indignes; cela renvoie aux mensonges que se donnaient les enfants abandonnés au XIXe qui cherchaient des raisons objectives à l'absence de leurs parents ("ils vont revenir"). Le mot supplémentaire allait agrandir encore plus le fossé et le consensus entre parents et collège. A ce moment là, il n'est pas rare que les enfants "endossent" le fossé en prenant le problème sur eux pour l'enlever (pensent-ils) du dos de leurs parents...

Laurent OTT

Ce que dit Laurent est juste, Telles réactions ont parfois cette cause. En ce qui concerne ce "gamin" (de 15ans), les parents (tous deux bûcherons) sont rarement présents à la maison, alors il est un peu à la dérive. Tous renseignements pris, il dors souvent à droite et à gauche, a fait pas mal de "conneries" dans le quartier et se trouve sous la menace de représailles d'une bande à laquelle il aurait causé du tort... Là-dedans, la collègue a été la petite goutte d'eau ... Aux dernières nouvelles, suite à la plainte déposée par le professeur, la famille ayant à son tour, porté plainte.

Ce qui me gêne le plus dans tout cela, c'est le fait que beaucoup de collègues considèrent qu'il est impossible de fonctionner dans l'établissement sans exercer de temps à autre une pression physique sur les élèves allant jusqu'aux coups, pour le bien de tous évidemment. Il est vrai que, par exemple dans une de mes classes où j'ai un enfant hyperactif (pour faire simple) la classe comme l'élève me déclarent très fréquemment que c'est de cette manière qu'il faudrait régler, de temps à autre, nos différents. "Faut voir comme M ....... il m'a mis une série de gifles !!!" et la classe "Oh oui, fallait voir ça, c'était vachement drôle ...(onomatopées évocatrices)" . J'avoue que parfois, face à eux, je me sens comme un sous-prof.

Luc Comeau-Montasse

 

 

A chaque fois des échos résonnent dans mes oreilles "ne pas isoler un enfant, ... croire dans nos enfants les plus durs..." et j'ai mauvaise conscience... je n'ose même pas faire le tortionnaire ! J'ai employé à peu près toute la panoplie du tortionnaire comme :

- punitions : copier x fois la règle enfreinte

- privation de récré (pendant 10mn): assis puni

- privation d'une activité : peinture, sport, sortie

- mot sur le cahier des parents

- convocation des parents

- exclusion temporaire de la classe avec punition

Pas de quoi être fière hein ? Moi non plus je n'avais encore jamais fonctionné comme ça et j'étais malheureuse tous les soirs comme les pierres. Et puis un beau jour, je ne sais pas pourquoi, les gros durs ont commencé à me dire : "excusez moi maîtresse, je vais essayer de ne plus le faire", ont arrêté de me provoquer en permanence, se sont mis à se réjouir de leur note (eh oui, j'ai mis plein de notes aussi !) et tout a commencé à fonctionner à peu près bien..
Disons que je laisse parler mon intuition et puis j'écoute les copains du groupe TFPI (Techniques Freinet Pédagogie Institutionnelle) de Provence qui m'aident beaucoup car on est plusieurs dans ce cas de figure dans la région.

Martine Dorso-Mercier

 

Dans le mode sanction-réparation tu peux les construire avec les enfants et ils ont beaucoup d'idées ... Par exemple pour la règle de vie de demander la parole en grand groupe avant de parler, mes élèves ont proposé -pour celui qui transgresse la règle- de le faire attendre et de lui donner la parole en dernier.. Bon courage.

Nikol

 

Avec le peu de recul que j'ai (je suis une bleusaille !), mais après avoir côtoyé beaucoup d'instits très différents les uns des autres dans mes années d'emploi jeune, je suis convaincu que tu dois te montrer ferme, même si parfois cela passe par la répression. Elle est aussi nécessaire, tout comme la prévention et les félicitations. Le cadre est avant tout une protection pour tous individuellement, et pour la vie du groupe (Si Bidule n'accepte pas les règles de notre classe, peut-il y rester ?)

Cela implique que tes collègues te viennent en aide... La punition n'est pas forcément une agression psychologique qui va traumatiser l'enfant (ou alors, nous serions tous fous !). Quant au fait de faire voter les sanctions par le groupe classe, je suis plutôt contre, c'est toi qui décide ! Tu représentes l'autorité, la loi, donc tu dois sanctionner toi même ! (en te référant toujours à la règle !) Ce n'est pas toi qui punis, c'est la règle que tu appliques. Dans le cadre de sanctions votées par la classe, j'ai vu un jour dans une classe un enfant qui a proposé une paire de gifles. L'instit refuse, mais les 3/4 de la classe étaient pour... Donc l'instit a tranché (vers le non, faut-il le préciser ?). Les sanctions, à mon avis, doivent rester à l'adulte (d'où l'écrasante pression d'être fidèle à la règle et à ses engagements !). Quoi qu'il en soit, c'est facile d'en parler, c'est moins facile au quotidien. Je te souhaite bon courage, ne lâche pas le morceau !

Vivian HILAIRE

 

Invariant n° 23 Les punitions sont toujours une erreur. Elles sont humiliantes pour tous et n'aboutissent jamais au but recherché. Elles sont tout au plus un pis-aller.

Alors on peut se poser deux questions :

1. Les enseignants qui nous envoient leurs listes de sanctions, se sont-ils trompé de liste ?
2. Le mouvement Freinet, s'est-il trompé sur le fond ? Dans le réel, aussi bien les enfants que les professeurs désirent la sanction. Si c'est ainsi, le mouvement Freinet peut fermer boutique, car il est fondé sur un phantasme. D'ailleurs, moi aussi, je peux fermer boutique. Il ne me restera que dix années à regarder passer les stagiaires, comme une vache les trains passer.
Et une troisième question : qu'est que c'est qu'une « petite gifle » ? Ou une « giflette » ?

Ne sont-elles autre chose que la gifle donnée tendrement par le maître, qui, aimant l'enfant, ne peut pas lui faire du mal ?

Alors que la véritable gifle serait celle que reçoit l'enseignant comme réponse à son amour  et donc plus blessante, plus grave. Plus criminelle ? On dépose, donc, plainte. Heureux enfant, d'être tant aimé.

Timothy Mason

 

Je suis d'accord, et pas d'accord... On ne peut pas considérer qu'une petite gifle est autre chose qu'un acte violent et admettre la "giflette". Celle-ci est nécessairement un débordement (ce que reconnaît ma collègue d'ailleurs)

Mais on ne peut pas non plus ignorer la différence et refuser de voir, au-delà de la catégorie, l'importance (ce que j'avais comparé au "degré dans l'échelle de Richter"). Dans le premier cas, effectivement on aurait tendance à déculpabiliser constamment la violence de l'adulte. Dans le second cas, ce manque de nuance favorise l'amalgame constant et n'éduque pas la sensibilité fine des uns et des autres.

En dehors du cas de "mort d'être humain" où l'on touche à un absolu (une vie est aussi importante que deux ! - sauf pour un robot comptable -) il doit être possible de graduer l'importance des actes même si on en vient à les juger équivalent en nature mes différents en intensité.
Ce qui me parait aller dans le sens de notre rôle d'éducateur et permettre la formation de la sensibilité morale tant utile en cette époque où on nous explique assez facilement l'arithmétique du "oeil pour oeil dent pour dent". Lorsqu'il ne s'agit pas du "aucun oeil ne vaudra celui que nous avons perdu c'est pourquoi nous pouvons chercher à toucher
le criminel, même lorsqu'il se cache derrière l'innocent" (Afghanistan) ou encore "pour cette dent perdue nous avons le droit de massacrer ceux qui nous empêchent d'arrêter les coupables" (Palestine)

(Étrange époque où il vaut mieux être coupable - ils sont préservés pour être jugés - que civil gênant l'action de la "justice" )

Luc Comeau-Montasse

 

Ça fait plusieurs jours que je suis le fil de ce débat, et vos interventions m'incitent à vous relater un incident qui m'est justement arrivé cette semaine. Tout d'abord il faut que je vous explique que je suis titulaire remplaçant. C'est un choix, j'aime bien changer de têtes et ça fait près de 10 ans que j'occupe ce poste (avec une petite pause pour cause de direction d'école durant 1 an, mais bon ça c'était une erreur de jeunesse !).

Donc lundi dernier je suis arrivé dans une école primaire pour un petit remplacement, et j'étais de service dans la cour l'après-midi pour la récréation. Avisant un gamin de CM2 (environ 10 ans) en train de frapper une élève de sa classe à grands coups de pieds, je décide d'intervenir et de sermonner le petit bagarreur. Mais le jeune coq n'est pas du tout décidé à se laisser réprimander. Il se rebiffe, s'énerve de plus en plus, commence à m'insulter avec des mots que je n'ose même pas répéter ici, et finit par me menacer de représailles physiques (son beau-père qui parait-il pourrait me "péter la gueule") !

Et ce n'est pas tout ! Bombant le torse du haut de ses 10 ans il me provoque : "allez viens, je t'allume moi" ! Il essaye de me frapper à plusieurs reprises, dont un coup de poing au visage que j'ai heureusement pu bloquer (10 ans d'Aïkido, je pensais pas que ça me servirait un jour dans l'exercice de ma profession !).

Perdant patience devant cet enfant impossible à raisonner, j'ai fini par l'attraper par le col et le plaquer contre le mur. Non, non je ne l'ai pas frappé, mais vous pouvez me croire c'était pas l'envie qui manquait de lui coller mon pied au derrière ! Ça n'aurait peut-être pas servi à grand chose mais ça m'aurait certainement beaucoup soulagé !

Alors que faire devant de pareils comportements ? Ça ne fait pas si longtemps que je suis dans le métier, et pourtant il me semble bien voir un net changement depuis mes débuts. J'ai l'impression d'avoir de plus en plus de classes difficiles, même dans des quartiers qui ont "bonne réputation".

Freinet avait pourtant bien raison j'en suis profondément convaincu. Simplement ce n'est pas facile à appliquer. C'est déjà pas toujours évident avec une classe qu'on suit depuis longtemps (dans une petite école de campagne par exemple), mais quand en plus on change chaque année et qu'on repart à chaque fois de zéro avec de nouveaux élèves, de nouvelles familles venant de l'enseignement "traditionnel", là c'est un sacré boulot... Et pour un remplaçant "Freinet", je ne vous en parle même pas !

Voilà, désolé pour le gros "pavé" ! Malheureusement je n'ai pas vraiment de réponses à apporter, je les cherche encore, mais ce témoignage permettra peut-être de faire avancer nos réflexions.

Eric

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