la coopération

LA GESTION DE L'ESPACE

Historiquement, tous les pédagogues organisés en classe coopérative ont réfléchi à l’organisation de l’espace. Quand Freinet, enlève l’estrade de sa classe, au-delà de la rupture symbolique avec l’organisation traditionnelle, c’est pour pouvoir mettre en place un réel travail coopératif autour de l’imprimerie fraîchement acquise et de la production du journal scolaire. D’ailleurs, dans son ouvrage «Les techniques Freinet de l’école moderne», on trouvera deux plans de classe à titre d’exemples, et quatre témoignages d’enseignants qui analysent leur pratique en commençant par décrire leur espace classe. Catherine Pochet se remémore sa rentrée en 1974 en racontant : "Lundi 16. La rentrée. (...) Nous pénétrons dans une salle aux murs vides et froids. Les tables se bousculent tant il y en a. Nous essayons de faire connaissance, de nous rapprocher. (...) je suis en classe, dans une salle vide de sens, anonyme, aseptique, neutre, la vraie classe, telle que l’ont connue les parents ou les grands-parents. (...) Les enfants ne se sentent pas chez eux". Quant à la quête autogestionnaire de Jean Le Gal, elle se matérialise sur le plan spatial en mettant, le jour de la rentrée, tout son mobilier scolaire dans le couloir, et en attendant les réactions des enfants pour amorcer une gestion de l’espace de façon autogérée. Fernand Oury, parle, lui, de milieu inhabituel puisqu’il consacre un chapitre entier à l’espace perçu  : "C’est un Univers, avait dit un jour, étonné, un professeur de psychopédagogie. Oui, un petit univers un peu en marge de l’école, mais plus ouvert et lié au monde quotidien des enfants et des adultes. Univers ressenti, perçu avant d’être analysable".

Un univers qui favorise les déplacements, les échanges…

Car au-delà de l’organisation de l’espace, c’est bien d’un univers dont il s’agit, un univers qui tente d’organiser le travail de façon coopérative, un univers au sein duquel les enfants sont inscrits en tant qu’acteurs, voire auteurs. Un univers qui doit favoriser les déplacements, les échanges, des formes d’organisation variées, des coins pour s’isoler, des espaces de regroupement, des coins ateliers, des coins ordinateur…

Au-delà de l’organisation de l’espace pour favoriser l’utilisation des techniques et des outils de la pédagogie Freinet, Kyriaki Tsoukala, de l’université de Thessalonique, apporte un éclairage différent sur l’organisation de l’espace et les apprentissages. Dans une thèse de doctorat en sciences de l’éducation soutenue à Bordeaux en 1990, il apporte la preuve que les enfants des classes et des écoles Freinet, de par leur activité au sein de ces espaces, acquièrent une meilleure représentation topographique et un meilleur contrôle de leur environnement architectural, une différence étant encore sensible entre les enfants de classes ou d’écoles Freinet.

Si, idéologiquement, on pourrait souhaiter plus d’écoles Freinet, et rêver à la construction de locaux scolaires en adéquation avec des pratiques coopératives, la réalité nous ramène à plus de pragmatisme, il y a plus de classes Freinet que d’écoles Freinet, il y a plus d’anciens locaux à investir que de nouveaux à bâtir. C’est d’ailleurs ce même pragmatisme qui amène Freinet à « faire avec ». Enthousiasmé par l’Ecole Nouvelle, il se rend malheureusement compte que beaucoup des expériences qu’il rencontre sont réalisées avec de gros moyens que lui ne retrouve pas dans son école publique. C’est toujours ce même pragmatisme qui l’incite à inventer des techniques susceptibles d’être mises en place dans n’importe classe : « Nos meilleures écoles modernes, celles qui ont apporté à notre mouvement les expériences les plus riches et les plus authentiques, ont été et sont encore d’humbles écoles de villages construites selon des plans qui ont plus d’un demi-siècle. C’est dire que l’un des avantages les plus appréciables des Techniques Freinet, c’est justement la facilité de leur emploi dans un local qui n’exige aucune installation préalable coûteuse à inscrire sur les budgets communaux ».

 

Investir et aménager l’espace classe.

C’est l’une des premières problématiques à laquelle se confrontent nos jeunes collègues : organiser l’espace avec le mobilier existant pour que les enfants puissent s’approprier les premières techniques, les premiers outils proposés par l’enseignant.

 Dominique Tibéri

 

POSITIONNER LES TABLES

La position des tables dans la classe induit une forme de relations, et elle en est aussi un révélateur.

La structure classe autobus est la plus courante. Elle est faite pour le cours collectif, magistral, tous vers le tableau. En fait, les enfants du fond ne voient pas toujours bien le tableau. Elle gêne la communication orale et permet à certains de se cacher.

La structure en U facilite la communication collective. Elle est particulièrement adaptée au Conseil de coopérative et au Quoi de Neuf (ou entretien du matin). Voir le tableau est parfois problématique pour ceux qui sont près et sur les côtés. Jusqu’à 20 élèves, un U suffit, en général par rapport à une taille moyenne de classe. Au-delà, il faut mettre deux U, et tout le monde ne peut plus se voir, cela perd donc de l’intérêt pour la qualité de la communication. Cette structure donne une impression d’espace. On peut utiliser l’espace central pour mettre une table collective, par exemple pour organiser un groupe d’aide face à un tableau gestion de l’enseignant, pendant que le reste de la classe est en travail personnel autonome. Cela peut permettre de travailler une notion en soutien. Si on enlève la table, les enfants peuvent s'installer au milieu assis par terre, par exemple pour écouter une histoire.

Les tables groupées, pour 4 à 6 enfants, est avantageuse pour les travaux en groupes. L’idéal, quand on a suffisamment d’espace, me paraît être une structure en groupes (pour les ateliers) et une structure en U, ou en carré, par exemple sur un tapis (pour les conseils ou les moments de communication orale collective).

En début d’année, je place les tables en U, ou en double U, selon le nombre d’enfants, avec une table centrale. Certaines fois, lors du conseil, les enfants proposent de changer la disposition. Je leur propose alors de préparer des plans, de les soumettre à la classe en argumentant, et enfin de décider d’une disposition.

En CM2, quatre ou cinq projets de groupes ou d’individus avaient été ainsi proposés. Le projet retenu avait été celui deYannis, présenté ici.

 

Lorsque j’avais un CP, ou une grande section, plusieurs structures coexistaient dans la classe :

Une ligne de table face au tableau pour l’atelier écriture (ils n’arrivaient pas à effectuer les transpositions de sens et donc il leur fallait être face au tableau pour écrire).

Des tables groupées pour les autres ateliers, perpendiculaires au tableau, derrière la ligne précédente.

Un tapis pour les moments de communication orale (« Quoi de Neuf ? »et Conseil).

 

Florence Saint-Luc 8 janvier 2004


C. Freinet, Les techniques Freinet de l’école moderne. p. 64

 

Tsoukala, La perception de l’espace scolaire chez les écoliers, in La pédagogie Freinet, mise à jour et perspectives

 

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