Les Trois Minutes

Voici la synthèse qu’en a faite André Mathieu, qui a été publiée dans le Nouvel Educateur. Il est utile de la rappeler ici :

HISTORIQUE :

La technique des « Trois Minutes » a vu le jour dans la commission Second Degré autour des années 80. Elle a trouvé surtout sa place dans les classes de collège et de lycée.

 

POURQUOI CETTE TECHNIQUE ?:

Avant d’introduire une nouvelle technique tout praticien doit se demander pourquoi l’introduire et à quoi elle correspond. Même si un outil et une technique peuvent toujours être détournés comme a pu l’être, en de multiples occasions, le texte libre, un outil ne vaut que par l’utilisation qui en est faite.

Il apparaît que les « Trois Minutes » correspondent bien aux fondements théoriques de la Pédagogie Freinet : l’expression libre, le tâtonnement expérimental. et la socialisation y sont présents.

L’expression libre : Même si elle doit répondre à un certain nombre de critères de base, la forme n’est pas imposée. Chacun peut utiliser les supports qui l’intéressent pour étayer son propos, la créativité peut alors se débrider : magnétophones avec interviews, diapos, extraits de cassette vidéo, jeu dramatique ou objets ( un garçon est arrivé en classe avec des pièces détachées de son kart..!). Bien sûr, les « Trois Minutes » offrent un cadre, le premier étant la durée impérative de l’intervention. Une rigueur dans le niveau de langage, le plus relevé possible, est demandée. Ce n’est donc pas la totale liberté. Nous avons toujours affirmé que la pédagogie Freinet, au nom de la liberté d’expression, n’était pas la pédagogie du laisser-faire et encore moins de l’abandon.

Le tâtonnement expérimental : à la fois individuel et en groupe. Individuel parce que chacun peut essayer comme il l’entend cette nouvelle technique ; collectif parce que la réussite ou l’échec peuvent profiter à l’ensemble du groupe. (La grille d’observation se construit peu à peu).

La socialisation : on a écrit seul mais on parle pour être compris par un groupe que l’on a en face de soi .Ce groupe modifiera par ses interventions soit le propos émis soit la forme de la présentation. Ces remarques profiteront à l’ensemble du groupe. Dire à l’autre et en retour accepter son opinion est très formateur pour l’adolescent.

 

LES CONSIGNES de BASE :

Lorsqu’on introduit la technique dans la classe, il s’agit de donner le minimum d’explications et de consignes pour pouvoir démarrer. Dans un premier temps les élèves ne comprennent pas tout à fait ce qui leur est proposé, fait à la fois d’exigence dans la forme et de liberté dans le fond.

Il suffit de présenter un texte oral, préparé à l’avance, sur un sujet libre (il n’y a pas de sujet tabou). Les règles en vigueur sont celles de la classe lorsqu’on s’exprime : les grossièretés et les diffamations sont interdites.

Il s’agit d’une recherche collective sous des apparences de travail présenté individuellement. Comme pour les reste des techniques, il n’y a pas dans la classe des spectateurs et des acteurs. Tout le monde passera pour s’affronter à cette difficulté.

Le temps est IMPERATIVEMENT limité à TROIS minutes. Du reste un gardien du chronomètre sera désigné.La limitation dans le temps est voulue pour obliger les intervenants à dégager l’essentiel de leur propos, à préciser leur pensée dans un temps donné. Il est bien entendu possible de faire plus court à condition que le propos fasse un tout cohérent et qu’on trouve une introduction un développement argumenté, émaillé d’opinions personnelles et une conclusion. C’est le moment de réinvestir toutes les connaissances apprises par ailleurs.

Avant l’intervention deux « critiques » sont désignés.

Ces premiers jalons étant posés, le planning des interventions est fixé et l’heure nécessaire pour écouter entre trois et quatre interventions. Ce planning est programmé au plan de travail de quinzaine.

 

LA PHASE DE CRITIQUE :

L’intervenant ayant terminé sa prestation, dont la durée est entre 0 et 3 minutes, nous passons à la phase suivante : la parole est aux deux critiques désignés au départ. Ils interviennent en utilisant la grille d’observation minimale qui pour la première fois comprend les consignes de départ données plus haut. Les remarques qui pourront être faites soit par les critiques soit par le reste de la classe y sont alors ajoutées.

Comme il s’agit de faire progresser un groupe sur une technique donnée, toute erreur relevée est à corriger par le groupe et doit devenir une remarque à prendre en compte par les intervenants suivants. C’est ainsi que toute critique doit être assortie d’un conseil du type : «Pour la prochaine fois, il faudra que le suivant ne lise pas son texte mais regarde l’auditoire sinon ceux qui écoutent ne se sentent pas concernés ». Une fois discuté, ce conseil est inclus dans la grille d’observation des « Trois Minutes » qui s’enrichit ainsi petit à petit au fil des passages. Les grilles ne sont pas préétablies et sont donc évolutives.

En voici un exemple, mais il y a autant de grilles que de classes qui les utilisent :

 

GRILLE D’OBSERVATION DE DEPART

GRILLE D’OBSERVATION ENRICHIE

FORME :

FORME

Une conclusion

Une introduction

Un développement

Un développement

Une conclusion

Une conclusion

Temps : 0 a 3mn

Introduction originale

FOND :

Temps

Formulation d’un avis personnel

FOND :

 

Avis personnel

 

Sujet original

 

Pertinence des remarques

 

Ouverture sur un débat

 

ATTITUDE

 

Regarde son auditoire

 

Bonne diction

 

Tenue correcte sur le siège

 

Tonicité dans le discours

 

Supports adaptés

 

Bonne exploitation des documents

 

TROIS MINUTES ACCORDEES

 

OUI NON

 

Lorsque les deux critiques désignés ont terminé leur intervention, la parole est donnée à la classe qui s’adresse à l’intervenant. Le verdict de la classe est alors prononcé : « Oui, on te donne le label des « Trois Minutes » » ou alors « On ne te le donne pas »

L’EVALUATION :

Il y a donc évaluation mais pas notation. Depuis l’introduction de cette technique dans les classes de quatrième et troisième et après discussion, aucun groupe classe n’a accepté d’être noté. Le motif qui revient de façon presque constante est : « Nous avons suffisamment peur comme ça, si, en plus, il faut nous noter nous serons paralysés et nous n’oserons plus essayer des choses. »

Certaines classes, avec d’autres collègues, notent cette prestation. Il n’y a donc pas de règle en la matière.

La notation n’apparaît pas comme un moteur, bien au contraire. Le fait de dire : « On t’accorde » ou « On ne t’accorde pas les Trois Minutes » est une évaluation suffisante alors que ce n’est consigné nulle part et n’est même pas affiché sur un quelconque planning dans la classe.

LA CONSTRUCTION D’UN SAVOIR COMMUN :

Effectivement toutes les présentations ne sont pas bonnes et tous les intervenants ne réussissent pas, soit parce que le choix du sujet n’est pas original, soit parce que la prestation est faite sans conviction, soit parce que l’opinion personnelle ne transparaît pas, soit parce qu’il y a régression pure et simple par rapport aux avancées précédentes soit.... soit....

mais le fait de construire une grille d’observation commune et de stratifier les remarques procède de la construction et de l’appropriation commune. Si les réussites sont collectives, les régressions le sont aussi et les culpabilités éventuelles sont supportées par l’ensemble du groupe. La notion d’équipe est ici présente dans une technique qui présente tous les attributs de l’exercice solitaire.

La présentation est certes importante mais, peu à peu, les critiques prennent une importance tout aussi grande car le fait d’analyser la prestation d’autrui et ce faisant, être capable d’autoréguler sa propre prestation est une acquisition particulièrement précieuse.

S’il ne faut pas proposer trop tôt la technique des Trois Minutes pour bien la différencier des exposés souvent utilisés en 6ème et 5ème, elle peut en revanche être introduite jusqu’en Terminale et dans plusieurs disciplines, et pas seulement littéraires. Sa souplesse et sa simplicité ne nécessitent pas de contraintes matérielles en temps, en espace et en matériel. Elle apparaît donc comme parfaitement adaptée aux difficiles exigences de l’enseignement dans le Second Degré.

André MATHIEU

 

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