Qu'en est-il de l'éducation à la citoyenneté à l'époque d'Internet ?


Par Pascal Plantard
DEMAT DIT !

Un très jeune collègue me questionne sur la citoyenneté… sujet d'actualité s'il en fut ! Cet échange peut peut-être intéresser certains d'entre vous… même si c'est un peu long !

Je précise donc ma recherche :
> Je participe à un groupe de travail de la DDEC22 sur l'éducation à la citoyenneté. Avec Jacques Annebeau, on s'est partagé le travail initial, à savoir, qu'entend-t-on par éducation à la citoyenneté ? par l'éducation à l'autonomie ? Voilà mon sujet. C'est pourquoi, je recherche des documents, personnes spécialistes pour, non seulement m'éclairer sur mes recherches quant aux applications concrètes possibles avec des jeunes, mais aussi me forger une idée sur ce qu'est l'autonomie d'un homme dans notre société. Je suis convaincu que l'on transforme une société que si l'on connaît ses dysfonctionnements.

Salut Alan,

Je suis plutôt "spécialiste" des technologies éducatives. C'est à ce titre que je te réponds en transformant ta question en "Qu'en est-il de l'éducation à la citoyenneté à l'époque d'Internet" et en précisant que c'est un thème de recherche à part entière, je ne fais donc qu'ébaucher des idées :-)

Un premier thème me vient en tête : la dialectique autonomie-aliénation en particulier vis-à-vis des représentations imaginaires des nouvelles technologies aujourd'hui que je qualifierais de "mythe informatique".

Cornélius CASTORIADIS écrit que "L’aliénation trouve ses conditions, au-delà de l’inconscient individuel et du rapport inter-subjectif qui s’y joue, dans le monde social… C’est que l’aliénation, l’hétéronomie sociale, n’apparaît pas simplement comme "discours de l’autre", - bien que celui-ci y joue un rôle essentiel comme détermination et contenu de l’inconscient et du conscient de la masse des individus. Mais l’autre y disparaît dans l’anonymat collectif, l’impersonnalité des "mécanismes économiques du marché" ou de la "rationalité du Plan", de la loi de quelques-uns présentée comme la loi tout court."

Aujourd’hui, l’aliénation apparaît être le sens dominant du mythe informatique et le processus actif de la rationalité économique
instrumentale. Tout se passe comme si nous n'avions pas le choix tant de la mondialisation que du recours aux nouvelles technologies à l'école - l'un et l'autre sont présentés (discours politiques, presse, TV…) comme d'impérieuses nécessités sous forme de slogans (brancher les écoles…) dont les effets réels sont beaucoup plus troubles que les effets d'annonces…

Ce n’est probablement pas définitif car :

- d'une part, c’est exactement l’inverse d’une réflexion éthique, même minime, sur la société, la démocratie et l’éducation… qui s'installe dans le tems, dans l'histoire individuelle et collective,
- et d'autre part, le mythe du village planétaire qui sous-tend Internet va peut-être entrer en conflit avec notre aliénation-dépendance aux standards informatiques actuels…

L'opposition entre "aliénation aux technologies" et "l'éducation comme émancipation" a rendu les usages pédagogiques de l’ordinateur difficiles. Pour contrecarrer les systèmes d’aliénation lourds générés par l’informatique, soit l'éducation résiste en bloc (NON), soit elle s'approprie les technologies sur front de militantisme pédagogique. C’est ce que constatent George-Louis BARON et Éric BRUILLARD (INRP) pour l’Éducation Nationale : "L’évolution, faut-il le rappeler, a été trop rapide pour être suivie par la logistique d’un système éducatif qui évolue très lentement." - la résistance par l’inertie - "Les utilisations de l’ordinateur relèvent le plus souvent d’une innovation pédagogique" - la résistance par la dynamique pédagogique - à l’image de l’intégration rapide des outils de P.A.O. (Publication Assistée par Ordinateur) et de Réseaux dans les écoles s’inspirant des pédagogies nouvelles.

Cette résistance prouve que, malgré l’étrange collusion que forme son énoncé même, une TECHNOLOGIE ÉDUCATIVE à base d’ordinateur est possible. On se prend alors à espérer que les N.T.I.C. peuvent choisir une autre voie que celle tracée par l’aristocratie du profit pour changer d’ère.

Changer d’air, respirer le partage des technologies et des idées, les VOIX nouvelles de l’éducation doivent s’exprimer pour faire revenir le balancier d’un mythe informatique forcément binaire vers ce partage, vers le village planétaire… vers la citoyenneté du XXIeme siècle… il y a quelque chose à creuser de ce coté là…

KENAVO

Pascal Plantard Maître de Conférences
Groupe de Recherche Informatique en Sciences de l'Éducation Département des Sciences de l'Éducation
Universite de Rennes 2 Haute Bretagne 6 Avenue Gaston Berger
E-mail: Pascal.Plantard@uhb.fr

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