Internet documentaire

Lorsque les technologies nouvelles apportent un plus indéniable à l’École, pourquoi s’en priver ? C’est sur cette idée simple que s’appuient de nombreuses expériences visant à intégrer Internet dans les pratiques scolaires. Participation à des groupes de discussion, échange de documents par courrier électronique, diffusion de travaux d’élèves ou d’enseignants sur le réseau Internet autant d’innovations qui exploitent ce que l’informatique de la communication offre de meilleur. Au-delà du cliché quelque peu réducteur d’une éducation " cyberbranchée " se dessine l’ambition de mieux servir l’efficacité des apprentissages, la volonté de mettre les outils d’aujourd’hui au service des enfants d¹aujourd’hui !

Parmi ces utilisations, il est envisageable d’exploiter " le réseau des réseaux " à la manière d’une immense bibliothèque où puiser la documentation nécessaire à certaines activités.

Quels sont les atouts, quelles sont les faiblesses
de cet " Internet documentaire " ?

Se documenter pourquoi ?

L’idée même de documentation est au coeur de l’enseignement. Se documenter
sur tel ou tel domaine que l’on souhaite aborder en classe reste un préalable incontournable pour le maître. Je me permettrais d’ailleurs d’y ajouter la dimension du plaisir d’apprendre soi-même ‹ l’enseignant n¹est-il pas curieux par nature ?
Dans la perspective si actuelle d¹un élève acteur dans la construction de son savoir, de nombreuses activités s’appuient sur un fond documentaire que l’enfant s’approprie, analyse et exploite.
Une solution est le recours aux manuels scolaires mais l’information présentée relève souvent du " prédigéré ", et les choix des éditeurs ne sont pas forcément les nôtres.
Ainsi, construire des séquences d’apprentissage revient de plus en plus, pour l’enseignant, à rechercher l’information, à imaginer les supports d’une activité fondée sur du sens, à élaborer des documents sur lesquels les enfants travaillent avec plaisir !

Les atouts d’Internet

Le bureau de " l’instit" d’aujourd’hui croule sous les livres, les revues spécialisées, les séries de diapos, les vidéos voire les cédéroms encyclopédiques. Ces derniers corrigent pour partie les défauts de leurs homologues papier par un encombrement réduit, une consultation aisée et une information multimédia.

Une telle débauche de supports ne résout qu’imparfaitement les problèmes fondamentaux que posent la mise à jour des données (notre monde bouge si vite !) et leur exhaustivité (la diversité des domaines traités à l’école est immense).

La course éperdue à l’accumulation des ressources documentaires est non seulement vaine mais entraîne paradoxalement une difficulté accrue dans l’accès à l’information souhaitée ! Combien de fois nous arrive-t-il de retrouver par hasard un document qui aurait pu nous servir mais dont nous avions oublié l’existence ? Combien d’encyclopédies complétons-nous à grand renfort d’addenda annuels alors que finalement nous ne consulterons qu’un infime pourcentage de leur contenu !

Internet offre une réponse singulière : celle de l¹accès à toutes les connaissances depuis chez soi ! Le rêve des Encyclopédistes du passé serait-il devenu réalité ? Sur le réseau mondial, l’information s’enrichit et s’actualise en temps réel. Ceci a dernièrement permis à mes élèves de travailler la notion du commerce international avec les derniers chiffres disponibles : résultats nationaux des ventes d’automobiles selon les marques, bilan des principales exportations françaises de 1996.
Les possibilités de s’informer ouvertes à la planète entière, couplées à un principe de recherche original ‹ je sélectionne l’information que je souhaite obtenir et je vais la chercher là où elle est ‹ font d’Internet un outil au potentiel considérable !

Quelques exemples, tirés de mon vécu d¹enseignant
de ces derniers mois, donnent un éventail
assez représentatif de ce potentiel :

- en géographie, la classe prépare une exposition sur les volcans : un " diaporama informatique " est constitué à partir de photographies de volcans rapatriées d’un site islandais.
- en éducation musicale, un collègue me demande si je connais les paroles complètes de la chanson " Mon beau sapin " : réponse trouvée sur un site québécois dédié aux traditions de Noël.
- en sciences il nous faudrait l’image d’un avion freiné par un parachute à l’atterrissage : la photographie désirée se trouve sur le service documentaire Internet de la NASA.
- en histoire, un exposé sur les premiers sous-marins est bâti à l’aide de plusieurs sites spécialisés dans l’histoire navale.
- en éducation civique, le serveur de " Reporters sans Frontières " donne accès à tous les renseignements utiles à un travail sur la liberté de la presse.
- en arts plastiques, un travail sur le " Mail Art ", se traduit par la visite de l’un des musées virtuels qui y sont consacrés.
- en poésie, des exemples de calligrammes produits par des élèves sont découverts sur le " net ".
- en technologie, le site d¹Électricité de France et celui de Green Peace étayent des opinions au sujet des centrales nucléaires.

J’arrête là, l’énumération parle d’elle-même !

Obtenir l’information souhaitée, la traiter.

Soit vous connaissez l’adresse du site (ces codes barbares faits de @ et de www) qui est susceptible de détenir votre renseignement, soit vous utilisez un " moteur de recherche ". Ce dernier service, proposé sur Internet, est le plus impressionnant. Vous formulez votre requête par une combinaison de mots clefs et il vous est proposé une liste d’adresses électroniques accessibles depuis votre ordinateur, le tout en quelques secondes ! De la qualité de la requête dépend la pertinence des réponses.

Ne vous contentez pas du mot " grenouille ", il vous renverrait à plus de 1 000 adresses (et que dire de " frog " qui conduirait à plus de 50 000 propositions !). Internet est en quelque sorte victime de son succès, l’information est si abondante que l¹on s¹y perd facilement ! Ce qui paraît ici anecdotique constitue en réalité un pari formidable à relever par ‘¹école moderne, celui de la formation des utilisateurs (adultes ou enfants) à la maîtrise de ce type d¹outil !

Lorsque la réponse obtenue vous satisfait, il vous est possible de conserver le texte, la photographie (voire le son ou les images animées) dans votre ordinateur, charge à vous de remettre le tout en forme à l’aide d¹un programme de mise en page ou d’un simple logiciel intégré pour obtenir des documents exploitables en classe.

Internet : ses limites !

En plus de la gestion délicate du foisonnement des sources accessibles, d’autres difficultés guettent l’utilisateur de " l’Internet documentaire ". En premier lieu peut-être, la lenteur du réseau qui est parfois exaspérante : la courbe des abonnés étant exponentielle, l’encombrement des lignes est certain. À l’utilisateur de trouver les créneaux horaires de connexion les moins saturés !

Le coût n’est pas non plus négligeable. Entre abonnement et communications téléphoniques, une note mensuelle allant de cent francs (pour les plus raisonnables) à plusieurs centaines de francs (pour les plus gourmands) est vite atteinte ! Petite précision néanmoins, même lorsque vous êtes en relation avec l’Australie ou le Japon, la tarification téléphonique est celle d’une communication locale ! Pour l’instant, de nombreux collègues travaillent sur Internet à leurs frais, payant une fois encore leur outil de travail ‹ à quand l’école gratuite pour l’enseignant ? L’équipement promis par l’État est donc vivement attendu mais les écoles seront-elles concernées ? France Telecom fera-t-il également un geste pour l’utilisation scolaire ?

Enfin, même si des milliers de sites francophones existent, la langue anglaise reste majoritaire et représente un frein, celui de la langue, à la pleine utilisation des ressources de ce " minitel mondial " par les non anglophones.

Alors vous vous connectez ?

Internet, espace de toutes les libertés,
n’a pas toujours bonne presse.

À l’image de notre société il est vrai que le meilleur y côtoie le pire.

Je suis pourtant persuadé qu’Internet et École
ont des objectifs communs :
relier les hommes et partager la connaissance.

Aurons-nous la volonté de mettre à profit cette mine de ressources pour donner précisément ce qu’il y a de meilleur à ceux qui nous rassemblent : les enfants Bénéficierons-nous des moyens (en matériel et en formation) d’exploiter ce fleuron de la technologie ?

Il y a là de véritables enjeux !

Jean-Pierre AUBERTIN
Instituteur Maître Formateur
École de Vignot (Meuse)
E-Mail think.dif@wanadoo.fr

 Retour vers la page d'accueil

 Retour vers la page sommaire technologie de l'information et de la communication

 Retour vers la page expression communication expression