Des NTIC aux NTE : les conditions du succès

Pascal.Marquet@lse-ulp.u-strasbg.fr

En donnant un tel titre à ce texte, nous souhaitons rétablir la différence, importante à nos yeux, entre les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) et les Nouvelles Technologies Educatives (NTE), qui sont allègrement confondues depuis l'institutionnalisation de l'informatique à l'école en 1985. Les premières se développent dans un contexte économique concurrentiel et les secondes émergent de leur usage dans un contexte scolaire d'État.

Nous avons bien affaire à deux choses différentes et leur confusion produit l'illusion que le recours à un dispositif technique dédié au traitement ou à la transmission de l'information aura des effets pédagogiques positifs, à l'instar de ce qu'ils produisent ailleurs.

L'avènement du multimédia et les prétendues vertus éducatives des innombrables réalisations rivalisant de prouesses esthétiques ajoutent encore à l'illusion.

C'est oublier qu'informer n'est pas former et encore moins faire apprendre, comme en témoignent les travaux menés dans le champ des différentes didactiques (cf. à ce sujet Develay, 1995). Aussi ne suffit-il pas de souhaiter que les outils modernes d'information deviennent des outils non moins modernes de formation pour que ceux-ci le soient effectivement.
[...]
Il revient plus que jamais aux cogniticiens, didacticiens, psychologues, pédagogues d'avancer dans l'élaboration des modèles qui rendent compte de l'apprentissage humain, tant dans l'universalité des processus de mémorisation que dans la spécificité des contenus d'enseignement et dans l'individualisation des démarches d'apprentissage.
Ce faisant, les connaissances accumulées pourront être mises en machine et permettre aux NTE d'exister véritablement.

Outre le fait que cet ensemble de conditions offre de dépasser le simple usage scolaire des NTIC encore dominant aujourd'hui, la mise à l'épreuve par la simulation informatique des modèles constitue, en retour, un inépuisable terrain de recherche scientifique. En effet, si un système informatique ainsi conçu ne produit pas les acquisitions attendues chez les utilisateurs, c'est que les connaissances implémentées pour son fonctionnement sont incomplètes et méritent d'être affinées par de nouvelles recherches.

Si l'on aperçoit ici l'un des enjeux de la modélisation des situations d'enseignement-apprentissage couplée aux méthodes de l'intelligence artificielle, il reste que de telles applications sont encore très peu nombreuses. L'alternative raisonnable, pour l'instant, est celle qui consiste à introduire un soupçon de simulateurs dans les manuels électroniques tels que nous les avons recensés plus haut. En tant qu'éléments des programmes scolaires, les divers aspects simulés restent à l'initiative de l'enseignant qui introduit alors délibérément cette nouvelle technologie auprès de ses élèves.
C'est là un pas que le monde de l'enseignement consentira sans doute volontiers en attendant l'introduction de dispositifs, qui, bien que plus autonomes en ce qu'ils remplacent momentanément l'enseignant auprès de l'élève, n'en demeurent pas moins dépendants de son expertise. Faute de quoi les NTE continueront d'être un slogan anachronique qui arbore
son "N" depuis déjà trente ans, au lieu d'être une assistance à l'enseignement.

Pascal Marquet, maître de conférence en Sciences de l'Éducation,
Université Louis Pasteur, Strasbourg.

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