A l’école de Riec-sur-Belon dans le Finistère, après une visite chez un éleveur
d’autruches, Perig fait un exposé. Présentation jugée intéressante par la
classe qui décide de la mettre sur Internet. Un correspondant leur demande
alors une recette culinaire et un hôtelier sicilien comment se procurer des
œufs et à quel prix. Questions aussitôt retransmises par fax à l’éleveur.
Messages donc pour un vrai travail sur de vraies autruches mené en
collaboration avec des correspondants bien réels. Et n’est-ce pas ouvrir un
véritable espace de liberté aux enfants que de leur permettre d’accéder à une
mine d’informations constamment réactualisables ?
Philippe Bertrand et Michel Deghelt, les instituteurs, veillent en tous cas à ce que leurs élèves mesurent bien les limites de ce qu’ils peuvent y trouver : « On leur apprend à s’en servir tout en restant critiques, à trier et mettre à la poubelle »précise Michel. « Là, tout est enregistré ; on peut y revenir et avoir un œil plus critique que vis-à-vis de la télé qui n’est qu’un robinet qui coule. » « Communication certes, mais vigilance ! » tient tout autant à pointer Cari Info(1). A Riec, les enseignants observent en tous cas pareille vigilance et, face aux dangers du monde virtuel, n’oublient ni le nécessaire contact avec les réalités ni l’indispensable confrontation physique avec d’autres. Et c’est justement pour cela que leurs jeunes vont rencontrer leurs correspondants allemands. C’est d’ailleurs à la suite d’un exposé découvert sur leur site que la classe de Kassel a pris son premier contact. Depuis, tous les exposés publiés sont traduits en allemand. Mais voici déjà abordée la véritable richesse potentielle d’une télématique qui gravite cent fois plus autour de la correspondance scolaire que de trop mythifiées « banques de savoir ».
Alex Lafosse
(1) Cari Info n°
80 de juin 1996, article d’André Faucher : Wanadoo : un Netscape « à la
française ».
* Xavier Gaillon, instituteur d’Ouzilly, militant de l’ICEM, enseigne
à l’école d’Ouzilly (86) depuis six ans en classe de CP-CE1-CE2.
Une école de
village dans la campagne poitevine, vingt et un élèves du CP au CE2, trois
ordinateurs dans la classe. Avant le regroupement du matin, les enfants
effectuent les tâches liées à leur responsabilité de la semaine : relevé météo,
soins aux animaux, préparation de la maquette du journal quotidien de la classe...
Ce matin, la responsabilité d’Ophélie et Valentin est de relever le contenu de
la boîte « courrier électronique ». Ils s’empressent de sortir sur papier les
courriers reçus et de les distribuer à ceux qui sont intéressés. Tout à l’heure
à 11 h,
ceux-ci auront pour tâche de présenter à la classe ces nouveaux messages. Le
contrat est le même que celui que la classe s’est donné pour la correspondance
postale : renvoyer une réponse à chaque courrier qui nous est personnellement
destiné. Une classe déjà en mouvement C’est un fait, depuis qu’il enseigne à
l’école d’Ouzilly, Xavier Gaillon, le maître
de la classe, a toujours utilisé les outils de communication pour susciter
l’expression de l’enfant et construire les apprentissages à partir de cette
dynamique :
-ainsi la classe
réalise un journal scolaire quotidien, Mini-Piaf, reflet du travail de la
classe et de la vie des enfants, complété par un hebdomadaire, Tête de Piaf, où
sont présentées de manière plus complète les activités et les recherches de
toutes les classes de l’école ;
-ainsi la classe s’est construit son propre réseau de correspondants très
diversifié, bâti sur des échanges de journaux scolaires, des échanges
individuels ou collectifs, suivis ou épisodiques... en tout une dizaine
d’écoles. Mais depuis deux ans, date à laquelle l’école a installé son propre
site sur Internet, Xavier l’affirme volontiers : « La correspondance est
nettement facilitée, qui plus est, elle s’est considérablement enrichie. »
L’utilisation de la messagerie électronique
L’utilisation de la messagerie électronique a permis d’établir une correspondance internationale plus rapide et moins coûteuse, permettant ainsi un lien quasi constant entre les divers envois de colis postaux (projet Comenius avec l’école de Monte en Espagne, une école de Bristol en Angleterre, Kassel en Allemagne, l’école Curumim de Campinas au Brésil et l’école de Riec-sur-Bélon). Avec ces écoles, les CP CE1 d’Ouzilly ont réalisé une série de vingt livrets d’histoires, écrits et illustrés par les enfants, et traduits en cinq langues, publiés également sur le site de l’école.
Internet : un
nouvel espace de communication à explorer.
Première page du site d’Ouzilly

En faisant référencer son site d’école sur plusieurs sites (écrivains en herbe, cartables, Net...) (1), et en s’inscrivant sur plusieurs forums d’échange entre classes ou entre enseignants (acticem, listecolfr), Xavier a multiplié les possibilités de contact de ses élèves. Ainsi, dit-il, « Internet m’a donné la possibilité d’élargir nos réseaux, de découvrir des gens que jamais nous n’aurions pu rencontrer autrement que par Internet ».
De nouvelles possibilités... de nouveaux projets
Pas étonnant, après cette mise en situation de découverte, de voir avec quelle facilité les enfants se sont approprié ce nouvel outil. Pas étonnant non plus d’assister à l’émergence de nouveaux projets comme ce suivi météo international, auquel participent des écoles d’Ouganda, du Canada, d’Italie et de France : relevés hebdomadaires des mesures météorologiques et échanges d’informations. Ou encore cet autre projet d’écriture collective, « la boîte à histoire », proposé par les enfants d’Ouzilly et repris par une dizaine d’autres écoles dans lequel les enfants proposent des histoires destinées à être transformées, enrichies et remaniées librement au gré des inventions des autres classes. L’an dernier, au moment de la classe de mer réunissant l’école d’Ouzilly et ses correspondants espagnols, chaque jour, les parents des deux côtés des Pyrénées pouvaient venir à l’école visionner sur l’ordinateur de la classe le journal quotidien en ligne réalisé par leurs enfants : photos, nouvelles, présentation des activités...
Internet, une fin en soi ?
On le sent bien,
Xavier est le moteur dans la mise en situation des enfants : il apporte sa
compétence technique, il ouvre de nouvelles possibilités d’échange, de relation
en faisant visiter d’autres sites d’écoles, par exemple... Mais, pour autant,
Internet ne s’impose pas comme un diktat du maître ; et il y a ceux que ça
n’intéresse pas et qui se nourrissent plus
de la peinture, du jardin, de l’élevage ou de l’expression corporelle. Là
encore, la classe est un milieu accueillant... et c’est tant mieux comme ça !
Propos recueillis par P. Pierron
Xavier Gaillon - école d’Ouzilly (86)
Internet n’empêche pas l’existence d’un journal quotidien (papier) réalisé par
les enfants d’Ouzilly, « Mini-Piaf ».

Extrait du
site Internet d’Ouzilly
(1) le site de l’école d’Ouzilly se trouve sur: http://freinet.org/creactif http://cartables.net http://www.chez.com/scarpentier
C’est grâce à la correspondance via Internet que nous avons rencontré les copains du Brésil avec qui nous avons travaillé sur les traductions en portugais, les Allemands étaient les correspondants de nos correspondants de Riec, les Anglais et les Espagnols sont nos partenaires d’un projet éducatif européen Comenius. Grâce à Internet, nous pouvions envoyer nos histoires par mail et recevoir très rapidement les traductions, pour les installer sur le site et imprimer les versions papier des histoires (20 livrets ont ainsi vu le jour).