UN SITE D’ÉCOLE SUR INTERNET

 

Le cycle III de l’école primaire Françoise-Bosser à Riec-sur-Bélon (Finistère) fonctionne depuis six ans en pédagogie Freinet. Michel Deghelt et Philippe Bertrand s’en partagent les effectifs.


Il en est aujourd’hui des sites Internet scolaires comme il en fut, il n’y a pas si longtemps, des journaux scolaires. Chaque école se doit d’avoir le sien pour être dans le coup. Hélas, si les classes Freinet en furent les pionnières, le passage de ces outils dans le domaine public les a notablement dénaturés. Pourtant, la publication sur le Web est peut être l’outil que nous, instits Freinet, attendions tous : celui qui fait la synthèse du texte, de l’image (en couleurs, s’il vous plaît, voire même animée !), du son et de la communication en réseau(x).
Parmi les projets communs qui génèrent le fonctionnement coopératif de cette structure, la volonté d’explorer ce nouveau monde est apparue, avec l’arrivée de l’outil Internet. Très vite, les classes Freinet se contentant rarement de consommer, le site du « Tout Petit Belon » est né. Il a, à ce jour, un peu plus de deux ans. Ce qui est déjà très vieux sur le Web ! « Le Tout Petit Belon », c’est aussi le nom e notre journal-papier hebdomadaire. Et c’est exprès que nous avons gardé le même nom. Partir de l’expression/création personnelle. Cela semble tellement évident, tellement trivial qu’on en oublierait presque de le rappeler. Et pourtant ! Combien en avons-nous feuilleté de ces prétendus journaux scolaires, vides de vie ? Combien en avons-nous visité de ces sites Web, clinquants et clignotants, dont le contenu le plus passionnant est tout entier concentré dans l’affichage, en lettres de néon, des menus de la semaine à la cantine ? Très vite, un des premiers réflexes coopératifs aura été de renvoyer l’ascenseur : Internet nous ayant servi de ressource documentaire pour certains exposés, nous mettrions nos exposés à la disposition des Internautes. Die Wölfe « Les loups » par Vincent et Perig, au CE2, en novembre 1996. En janvier 1997, nous recevons un message en allemand : « Je viens de faire une copie du texte “Les loups” pour ma classe. J’ai quelques élèves qui s’intéressent beaucoup aux loups. Hélas, ils ne parlent pas français. Mais je vais leur traduire
le texte. A vous, je vous écris en allemand. J’espère que vous comprendrez mon message. [...] Mon école n’est pas connectée à l’Internet.Vous pouvez cependant, si vous le souhaitez, nous envoyer une lettre par la “Postescargot”. » Suit l’adresse d’une institutrice en Allemagne, à Kassel.
Il s’agit bien là d’une invitation à écrire à des enfants allemands mais pas vraiment d’un démarrage classique de correspondance. Pourtant ça mord ! Il en découle une correspondance, un début d’apprentissage de l’allemand, et, pour finir, un voyage-échange Riec-Kassel.
L’œuf et... l’autruche ! Autre exposé, autres conséquences. A l’initiative d’un enfant du CM1, un groupe s’organise pour visiter un élevage d’autruches dans une commune proche. Un reportage est réalisé et présenté aux autres enfants. Il est décidé que le travail mérite d’être publié sur Internet. Ce qui est fait dans les jours qui suivent. Les réactions ne tardent pas. Nous recevons régulièrement des messages de toute la planète : Québec, Burkina, Sicile… Il s’agit essentiellement de messages d’adultes, professionnels ou non, qui veulent acheter des œufs, demandent des renseignements culinaires, cherchent une adresse pour se procurer une couveuse...
Les enfants faxent les demandes à l’éleveur et sa réponse est alors retransmise par courrier électronique. De ce fait, notre éleveur d’autruches devient un interlocuteur régulier des enfants. Ce qui l’amène à nous inviter, quelques mois plus tard, à assister à l’éclosion des autruchons. Aucun doute, nous sommes en plein dans la correspondance naturelle. Personne ne fait semblant. Aucun des adultes qui communiquent avec les enfants ne se soucie de didactique ni de mise en scène pédagogique. On partage des connaissances et chacun apporte sa pierre. Adulte ou enfant sans distinction. Notez bien : nos copains allemands ne sont pas restés longtemps virtuels pas plus que les autruches, ni leur éleveur chez qui, naturellement, nous avons conduit les Allemands quand ils séjournaient dans nos familles.
Le site est une formidable vitrine pour toutes nos créations, car c’est une vitrine qui incite à réagir. Nos créations et recherches mathématiques y sont tout à fait à leur place et reçoivent des échos favorables, intrigués, critiques, des suggestions de prolongements de la part d’enfants, mais aussi de la part d’adultes. Les créations graphiques sont magnifiées par la magie de l’écran et surtout se retrouvent accrochées aux cimaises de la plus grande galerie d’art du monde !


Le livre de vie électronique

A la rentrée dernière, un fait nouveau est venu bouleverser notre ordre établi. Une fermeture de classe nous a amenés à revoir les répartitions. Michel prend le cycle II. Toute l’école fonctionne désormais en pédagogie Freinet. Un site Web, ça peut aussi se consulter localement sur l’ordinateur de la classe où il est conçu. C’est ce qu’on entreprend donc au cycle II. Chaque jour, les nouvelles sont écrites, illustrées. Nous parlons de nos chats, de nos trouvailles, de nos calculs, du martin pêcheur et du marteau piqueur… Nous relisons tout ça le lendemain matin à l’écran. La première maille du réseau, c’est la classe. Morgane a perdu son chat ? Pantoufle, la chatte de Glen, a eu des petits. Devinez la suite. Et les perspectives que nous laissent entrevoir les potentialités de l’hypertexte au service de l’apprentissage de la lecture sont prometteuses. Imaginons Glen, justement, en train d’essayer de lire les nouvelles du jour à l’écran. Le mot « chat » apparaît en bleu. Un petit clic sur le mot et hop ! voici que s’affiche la page des nouvelles de la rentrée et, en plein milieu : « Le chat de Glen s’appelle Pantoufle. » Lu-mi-neux ! Mais d’autres lisent aussi notre Livre de Vie en consultant notre site et commencent à faire comme nous en s’installant sur le Web. On commence à s’échanger nos minijournaux... Dans celui d’Ouzilly, on lit qu’ils ont eu du tourteau fromager à la cantine. On leur demande ce que c’est et ils nous en envoient par la poste !
Le tourteau non plus n’était pas virtuel, miam !

 

Michel Deghelt et Philippe Bertrand - Riec-sur-Belon (56)

Le Nouvel Éducateur - n° 106

 

retour à la page d'accueil