Internet et pédagogie Freinet
Il est difficile de parler informatique.Tout renvoie incessamment
à la machine. Comment raconter un logiciel sinon en le
faisant tourner, comment raconter linteraction avec les
dispositifs et outils qui tournent dans les mémoires ?
Les quelques articles qui suivent nomettent pas cette référence
à leur site en complément de leur relation. Cest
une curiosité nécessaire pour lintelligence
complète des récits. Mais, pour autant, le récit
des démarches vécues excède, déborde
le produit, fût-il structuré, interactif ou que sais-je.
Une caractéristique notable, et qui simpose dans
chacun des récits, cest larrivée, lirruption
à (au moins) un moment donné du cheminement, dun
événement fortuit, imprévisible, un saut,
une coupure. Il peut sagir de lamont
(nécessité pour deux professeurs de travailler ensemble),
du moment de construction (découverte de la possibilité
de créer une zone sensible sur un fragment dimage),
ou surtout de laval à travers les messages reçus,
les réactions et louverture quils procurent.
On nen a ici quun petit échantillon. La citation
danecdotes pourrait facilement être décuplée.
Et laccumulation des expériences et des vécus
fera sans doutemieux émerger des analogies, des constantes,
une structure sous-jacente. Mais, plutôt que de commenter
longuement les exemples proposés, je trouve pertinent de
citer ce passage du sociologue Manuel Castells, qui vient de publier
une trilogie consacrée à « lère
de linformation ». Dans le premier tome, « La
société en réseau » jai relevé
la citation suivante :
« La troisième spécificité est la logique
en réseau de tout système ou groupe de relations
utilisant ces nouvelles technologies
de linformation. La morphologie du réseau semble
bien adaptée à la complexité croissante de
linteraction et aux modes imprévisibles de développement
que fera naître le pouvoir créatif de cette interaction.
Cette configuration topologique, le réseau, peut désormais
être matériellement mise en uvre, dans toutes
sortes de processus et dorganisations, par les technologies
de linformation dont nous disposons depuis peu.
Sans ces technologies, la logique en réseau serait trop
lourde à réaliser ; or elle est nécessaire
pour structurer le nonstructuré
tout en conservant la souplesse, puisque le non-structuré
est le moteur de linnovation dans lactivité
humaine.»
Bien sûr, ce passage me plaît beaucoup, mais aussi
minterroge. La « logique du réseau »
nest-elle pas aussi celle que nous recherchons dans nos
classes ?
Elle peut désormais être mise en uvre partout.
Mais elle a certes été précédée
de toutes sortes de micro-réseaux souples, certains sans
doute nés de façon informelle, dautres pensés,
mûris, élaborés et expérimentés
longuement, mis à lépreuve des réseaux
et des faits. La pédagogie Freinet, réseau denfants,
de classes, denseignants, de fédérations denseignants,
de fédérations de classes, de fédérations
denfants, peut à juste titre senorgueillir
davoir posé sa pierre, construit son lieu dans louvert
structuré et polymorphe. Logique du réseau, réseau
de logiques. La dernière phrase est admirable, et parle
je crois de cette rupture ou irruption évoquée plus
haut, avec en plus un « puisque » sublime ! :
Puisque le non-structuré est le moteur de linnovation
! Cest bien ce que, dans mon itinéraire denseignant,
je crois avoir appris, compris et partagé, avec et auprès
dautres.
Cest probablement du côté des réseaux
que les nouvelles technologies semblent les plus prometteuses.
[...] Cest dans cette optique toujours féconde quon
doit imaginer la place future des nouvelles technologies. Fondées
de part en part sur linteractivité, elles devraient
permettre de rendre lélève plus actif dans
la recherche des informations, de développer aussi son
esprit critique face à ce quil découvre sur
le réseau, de faciliter enfin les échanges avec
ses correspondants, dans la classe comme à lextérieur.
Cest là sans doute une chance à saisir. Mais
ne rêvons pas : entre les principes, si beaux fussent-ils,
et la réalité des classes,
il reste encore bien des étapes à franchir !
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