Les "Réseaux Buissonniers"
Introduction
A travers "multimédia", "autoroutes de l'information",
"produits interactifs", "cyberespace"...,
chacun d'entre nous perçoit aujourd'hui l'appel des réseaux
et autres technologies d'information et de communication... Pour
notre part, enseignante de français, formatrice en informatique
pédagogique, nous nous interrogeons sur l'intégration
des Technologies de l'Information et de la Communication dans
les activités de lecture-écriture. Nous avons ainsi
développé des exemples d'utilisation pédagogique
du traitement de texte , d'utilisation de banques de données
textuelles et lexicales, réalisé quelques applications
multimédias interactives avec des élèves
et tenté d'en analyser les effets dans l'enseignement-apprentissage
du lire-écrire .
Nous essayons de mettre en place des situations d'expérimentation
d'outils de communication (messagerie télématique,
consultation de banques de données, utilisation de logiciels
de travail en réseau...). Notre recherche s'applique plus
particulièrement à préciser en quoi consistent
les mutations du lire-écrire engendrées par l'utilisation
de ces outils de communication interactifs. C'est dans cette optique
que nous participons au projet "Réseaux Buissonniers".
Origine du projet "Les Réseaux Buissonniers"
En France, depuis une dizaine d'années, se sont développés
divers réseaux télématiques pédagogiques,
souvent avec le soutien de l'institution.
Ces expériences ont connu des fortunes diverses, selon
les moyens techniques et humains dont elles ont pu bénéficier.
Depuis octobre 1994, les élèves et les enseignants
du Vercors, région montagneuse des Alpes Françaises,
échangent, sur les Réseaux Buissonniers, informations,
productions, réflexions, par le biais de textes, d'images
et de sons.
Ce projet s'est mis en place grâce à la collaboration
de l'Education Nationale et de la Direction à l'Aménagement
du Territoire soucieuse de développer le télétravail
en zone rurale.
L'organisation matérielle du réseau :
Les Réseaux Buissonniers relient des établissements
scolaires de différentes communes, distantes de quelques
dizaines de kilomètres, mais souvent isolées par
la neige en période hivernale. Les classes retenues pour
ce projet accueillent des élèves de 7 ans (cours
élémentaire) à 11 ans (cours moyen). Ce sont
parfois des classes "uniques" (c'est-à-dire une
seule classe, et un seul enseignant, qui encadre une vingtaine
d'élèves de 6 à 11ans). Sont reliés,
en outre, aux Réseaux Buissonniers, le Centre de Documentation
et d'Information du lycée-collège de Villard de
Lans (élèves de 11 ans à 18 ans), l'Inspection
Départementale de l'Education Nationale, l'Institut Universitaire
de Formation des Maîtres de Grenoble et divers partenaires
: le Parc Naturel Régional du Vercors , le District du
Plateau de Villard-de-Lans , les consultants d'une société
informatique , ... Depuis la rentrée scolaire 95/96, le
réseau est étendu et accueille d'autres établissements
scolaires de la région.
Chaque configuration comprend :
Un micro ordinateur Apple MacIntosh adapté aux applications
multimédia, doté d'un lecteur de CD ROM, d'un modem
à haute vitesse et d'une imprimante. un logiciel de communication,
Lotus Notes, qui permet de travailler en groupe à distance.
L'ordinateur serveur, nécessaire au bon fonctionnement
du réseau, peut accueillir plus de 100 utilisateurs différents.
Il est possible d'être partenaire des Réseaux Buissonniers
quel que soit le système d'exploitation dont on dispose
(Macintosh ou Windows).
Les classes qui le souhaitent sont, en outre, connectées
depuis peu à Internet et nouent des relations nationales
et internationales.
La formation des enseignants
Elle est placée sous le signe de l'hétérogénéité.
Elle concerne en effet des enseignants déjà familiarisés
avec l'utilisation de l'ordinateur pour leur travail personnel,
des enseignants formés lors d'opérations précédentes
et ayant intégré, peu ou prou, les Technologies
d'Information et de Communication dans leurs pratiques de classe,
mais aussi, en grande partie, des enseignants parfaitement novices.
Elle porte sur quelques grands axes : prise en main par l'enseignant
et les élèves des différents outils (matériel
et logiciel), intégration des TIC dans la classe, structuration
des réseaux, organisation de la communication, élaboration
de projets à court et long terme.. Elle veut répondre
aussi bien aux questions techniques, relatives au fonctionnement
du réseau, qu'aux interrogations pédagogiques (comment
faire avec un seul ordinateur ? faut-il enseigner la dactylographie?
quels logiciels utiliser pour... ?).
Elle se poursuit tout au long de la période d'expérimentation
de façon individualisée, soit sous la forme d'aides
techniques (installation de nouveaux logiciels, utilisation du
scanner...), soit sous la forme d'apports méthodologiques
(mise en place de stratégies et d'activités avec
une classe, aide au choix de didacticiels et autres produits multimédia
éducatifs...).
Le suivi est apporté à travers un échange
de questions/réponses ponctuelles, par le biais de la messagerie
du réseau, ou par un déplacement du formateur sur
le site.
L'organisation de la communication sur le réseau
Elle se caractérise essentiellement par une très
grande souplesse.
La communication sur le réseau a été organisée
avec le logiciel Lotus Notes 7 , à partir des projets des
participants. Techniquement, aucun accès n'est fermé
: élèves et enseignants peuvent ouvrir toutes les
bases et intervenir (consulter, questionner, répondre...).
Les Réseaux Buissonniers comportent une messagerie :
Chaque configuration (qui concerne un partenaire, c'est-à-dire
un enseignant ou une classe ou une école) dispose d'une
boîte aux lettres qui offre toutes les fonctionnalités
du courrier électronique. des bases et forums variés
: base de suivi de formation, base d'échanges pédagogiques
(atelier lecture, atelier d'écriture...), bases thématiques
(environnement, sports, technologies...).
La souplesse du logiciel permet de faire évoluer la structure
de communication, de créer et de supprimer des bases d'échanges
et de sujets, en fonction des besoins et des usages. Il suffit
que la proposition d'ouverture ou de fermeture, faite par le biais
de la messagerie, soit acceptée par l'ensemble des partenaires.
Par exemple, une base "classe de mer" est ouverte, lorsque
3 classes s'éloignent de 800 kilomètres pour découvrir
une région maritime. Ainsi les observations recueillies
par ces élèves pourront être immédiatement
transmises à ceux qui sont restés dans "les
montagnes". Chacun peut enrichir une base en créant
un sujet, ou en apportant une contribution à un sujet existant.
La phase expérimentale :
Pendant la phase initiale d'utilisation du réseau, les
enseignants avaient souhaité se familiariser avec les divers
outils - logiciels de communication, de traitement de texte, de
dessins, découvertes de CDRom...- avant de mettre en place
des activités avec leurs classes. En réalité,
beaucoup ont partagé savoirs et découvertes avec
les élèves car ils ont l'intuition que, comme l'écrit
S. Papert, si "certains d'entre nous, les "vieux"
possèdent peut-être un savoir technique /.../ les
enfants forment "la génération de l'ordinateur
" . C'est ainsi qu'on a pu échanger rapidement des
productions intégrant textes et images et illustrant l'utilisation
pertinente de la plupart des logiciels.
D'une façon générale, la convivialité
des outils des Réseaux Buissonniers permet d'avancer que
l'intégration des TIC dans les activités scolaires
ne dépend que très peu de l'aspect proprement technique.
Les élèves communiquent
Diversification des activités de lecture-écriture
Rappelons que l'un des objectifs prioritaires de l'école
est "la maîtrise de la langue". Combien d'articles
ont été écrits pour montrer que l'ordinateur
permet de stimuler l'enseignement/apprentissage de la langue!
Ecrire "sur le réseau" encourage à la
diversification des productions écrites. Observons quelques
échantillons :
on s'envoie des lettres, en sollicitant une réponse
Cécile.
Est-ce que tu te rappelles encore de nous ?
Nous, on se rappelle de toi. Dis-nous ce que tu fais à
l'école. Pose-nous toutes les questions que tu veux./.../
Veux-tu que l'on t'envoie des histoires ? Demande à ta
classe si ça les intéresse.
on rédige des petites annonces accrocheuses
Un petit chat, papa,
plastron tout blanc, maman,
masque et dos noir, espoir,
tout esseulé, mémé,
à adopter, pépé,...
C'est vrai, il s'appelle Loulou.
Il est tout doux.
Il a trois mois et adore les jeux.
Qui en veut ?
on propose des fiches techniques de fabrication
La propagation rectiligne de la lumière
1 - Fabrication d'une boite noire
matériel :
- 2 pots de crème au chocolat
- colle /.../
comment faire :
1-percer un petit trou au fond d'un pot avec la pointe.
2-évider le fond du 2 ème pot, prudemment, avec
le cutter./.../
Maintenant, à vous de jouer. On attend vos impressions.
Que voyez-vous ? Envoyez-nous un dessin qui explique comment ça
se passe.
Nous constatons à travers ces exemples que les auteurs (individus ou groupe-classe) sollicitent fortement la réaction participative des lecteurs car ils souhaitent être compris, avoir une réponse. Ils écrivent pour être lus !
on écrit des poèmes, des contes...
Tout commence dans une belle forêt de Scandinavie. Un petit
lynx vient de naître. Encore aveugle, le petit lynx dort.
Une semaine après, il arrive à peine à ouvrir
les yeux. La mère de Pardelle (parce que le bébé
lynx s'appelait comme ça) empêchait son père
d'approcher.
Neuf semaines plus tard, Pardelle tête toujours sa mère
mais il va bientôt pouvoir manger des aliments solides.
A ce moment-là, son père peut s'approcher de Pardelle
pour lui en donner. Un jour, son père ramena un écureuil
pour son dîner...
Dans ce cas, on ne peut certes pas parler d'écriture
interactive. Le réseau permet à l'auteur de valoriser
sa production car il dispose d'un public virtuel. Or, il n'est
pas rare qu'il n'ait aucun retour. Nous constatons que ce type
d'écrits, véhiculés sur le réseau,
s'épuise rapidement, une fois la nouveauté passée.
Cependant la production est souvent soignée sur le plan
linguistique et typographique car la diffusion sur les Réseaux
Buissonniers concrétise l'enjeu.
on devient journaliste
Nous sommes partis en classe de MER à ERQUY du 9 au 23
Septembre. Nous avons réalisé un montage diapo /vidéo.
Nous vous proposons comme documentation , le texte que nous avons
mis au point en commentaire du montage. Bonne lecture !!!
A partir de l'année prochaine , nous pourrons prêter
notre montage diapo.
POUR LIRE NOTRE TEXTE , CLIQUEZ DEUX FOIS DANS L'ICONE - CLASSE
DE MER
Nous noterons ici que les élèves se sont appropriés
non seulement les fonctions hypertextuelles du logiciel (et le
lexique associé "cliquez, icône"..) mais
qu'ils ont saisi le concept de hiérarchisation de l'information
: sur la page d'ouverture, le lecteur est invité à
chercher les informations supplémentaires ("lire notre
texte"). Ce texte n'apparaîtra que si le lecteur le
demande (l'active). Et c'est bien là un des éléments
importants de la communication numérique. Tout est disponible,
diffusé, mais l'écrit (le message) de l'auteur n'est
affiché que si le lecteur le veut bien. C'est l'activité
participative du lecteur qui donne vie et sens au document.
Sur le plan de la production écrite, les outils informatiques
permettent de donner une dimension véritablement interactive
à la communication. Ils concrétisent la présence,
même lointaine, du destinataire (alors que trop souvent
encore, comme le dit Duneton , "à l'école,
n'importe qui écrit pour personne"). Sur les Réseaux
Buissonniers, on écrit "pour de vrai", en interaction
avec son lecteur potentiel.
En conséquence, les apprentis-scripteurs ont à coeur de respecter la norme linguistique ; ils usent volontiers du correcteur orthographique et grammatical, même si celui-ci n'offre pas une totale fiabilité. Ils sollicitent l'enseignant pour valider leur production (souvent sur le plan orthographique, parfois sur le plan du lexique, rarement sur le choix des illustrations); ils ne rechignent pas sur la phase de réécriture (d'autant qu'ils disposent des fonctionnalités de modification du traitement de texte). Ils prennent en compte la dimension esthétique du texte (répartition spatiale sur la page-écran, lisibilité, choix typographique, choix des couleurs...), car ils ont perçu qu'elle est porteuse de sens (l'écran révèle, montre).
Produire des écrits de façon coopérative
et à distance :
Il nous paraît important de préciser ce que nous
entendons par travail coopératif de production écrite.
Les partenaires des Réseaux Buissonniers proposent de recueillir,
pour une mise en commun, des travaux individuels. Plusieurs élèves
et/ou classes travaillent sur un même sujet et les productions
sont assemblées pour un résultat collectif qui se
construit en direct sur le réseau. On n'attend pas que
le produit soit "fini" pour le diffuser. On envoie des
"versions provisoires" en sollicitant les réactions.
Ce vers quoi on voudrait tendre est, d'abord, une stratégie
de partage des tâches, chacun construit un élément
et on harmonise sur proposition de l'un ou l'autre des interlocuteurs.
Edition
Il y a de quoi faire un petit livret. Pour cela il faut que tous
les textes aient le même format...
Mais apparaît aussi le désir de construire à plusieurs, à distance. Citons, par exemple, le projet d'écrire un récit collectif, à la manière du Tour de France par Deux Enfants . Ecrire à plusieurs mains, sans qu'il y ait rencontre ou discussion préalable entre les divers scripteurs, est encore du domaine du pari, comme le suggère cet "avant-propos" rédigé par une enseignante :
Entrée possible : partir du circuit des enfants pour
insérer les apports
Circuit : libre, en fonction des disponibilités de chaque
classe
Formes écrite, dessinée...
Fréquence : les enfants ont toute l'année pour arriver
au bout de leur périple.
Apports : histoire, géologie, faune, flore, contes et légendes,
aventures extraordinaires, métiers d'autrefois et d'aujourd'hui,
sports d'autrefois et d'aujourd'hui, économie... liste
non limitative
En conclusion, la plus grande liberté. Seul impératif:
faire découvrir notre région aux enfants branchés
sur Lotus.
Et si le voyage tourne court définitivement? Pas de problème!
On pourra toujours essayer de trouver pourquoi cela n'a pas marché.
Ainsi, on a recours à un "artifice " : chaque classe écrit un chapitre correspondant au passage des héros dans le village. Les héros communs au récit vont créer le "lien", le thème du parcours géographique garantit l'harmonie sémantique...
Ils décident d'en profiter pour visiter un peu les environs
d'Engins. Leur promenade commencera par le plateau de Sornin,
ils iront ensuite aux abords du Gouffre Berger, puis se rendront
à la Molière./..../
Sur le chemin Igor expliqua que le Gouffre Berger était
le premier moins mille mètre franchi (exactement 1122 m)
sous terre.
Mais la difficulté est de mettre en place un travail
d'équipe où les apports de l'un enrichissent et
font évoluer le travail de l'autre. Là encore, le
texte narratif est prétexte à coopération
:
Le clown et le loup (Pierre-ANTOINE-CE2)
Le loup se promène et il voit un cirque. Il va voir sur
un panneau. Il y avait marqué :" trapéziste
, gymnastique , un nouveau clown et un trampoline. Il écrit
une lettre au clown. Le clown lui dit : Il faut continuer l'histoire.
Chaque classe qui lit est invitée à écrire une suite. Plusieurs suites peuvent être proposées , à la manière des contes combinatoires de R. Queneau ou du "Livre dont vous êtes le héros". Le réseau a ainsi permis de donner une nouvelle jeunesse à la "semaine de la lecture" :
Lundi 20 mars, à 9 heures, vous verrez apparaître sur votre écran cinq mots choisis dans une page de livre. Mardi 21 mars à 9 heures, il vous sera demandé d'envoyer par le réseau...
Bref, les idées ne manquent pas... Certes, il est beaucoup trop tôt pour conclure et nous nous gardons bien d'un enthousiasme techniciste... Nous voulons simplement constater la quantité , et la qualité, des productions qui circulent aujourd'hui sur les Réseaux Buissonniers. Ne témoignent-elles pas du plaisir d'écrire et de communiquer de la part des élèves ?
Organiser la communication
Pour mettre en oeuvre des activités de lecture-écriture
interactives, l'enseignant découvre peu à peu qu'il
doit faire évoluer ses stratégies pédagogiques
: il organise le travail par ateliers, les élèves
ont accès à l'ordinateur de façon autonome...;
tout déplacement peut se faire sans autorisation, il ne
contrôle pas les accès etc..... Ces pratiques ne
peuvent se mettre en place dans l'improvisation. Elles ne sont
pas sans conséquence...
Comme nous l'avons déjà dit , les outils sont
de plus en plus conviviaux ; mais il nous faut maintenant repenser
l'organisation de la classe, passer d'une pédagogie plutôt
magistrale, celle de la "classe-autobus", à une
organisation plus parcellisée dans l'espace, dans le temps,
à une classe éclatée, sans pour cela laisser
le pouvoir à la seule intuition. Il faut peut-être
organiser le "coin d'écriture " autour de l'ordinateur
: non pas un espace d'attente où on essaie d'occuper les
élèves qui finissent le travail avant les autres,
mais un espace qui concrétise et stimule le goût
de produire des écrits, de communiquer, qui engendre une
véritable activité.
Lire-écrire sur le réseau met l'élève
en situation de "résolution de problèmes".
Il doit faire preuve d'initiative individuelle. Certains enseignants
ont noté que la lecture des différentes informations
envoyées sur le réseau demandait aux élèves
un réel travail d'organisation et de structuration des
connaissances.
Quand l'enfant de la classe reçoit une question , il peut y répondre immédiatement ou en différé. Il doit pour cela chercher sa réponse, y réfléchir, produire un document... Pour produire une information, il doit aussi choisir la base pertinente pour la communiquer de façon efficace.
C'est sur ce point, l'organisation de la communication, que
nous percevons les plus grandes difficultés parce qu'elle
est intimement liée à l'organisation pédagogique.
Ainsi nous avons constaté la participation relativement
faible des partenaires du lycée; elle ne s'explique sans
doute pas, comme on a pu le suggérer, par d'éventuelles
réticences des enseignants face aux TIC, mais par le poids
d'une institution qui laisse peu d'espaces d'initiative à
l'élève, qui veut faire fonctionner une pédagogie
dite "hétérogène" avec des structures
de classe homogène (cours par heure, disciplines cloisonnées,
programmes imposés, préparations au bac...). Au
lycée, le professeur est rarement perçu comme un
partenaire dans l'accès au savoir, mais encore trop souvent
comme un diffuseur de connaissances. Souvent peu préparé,
il se sent inquiet face aux TIC qui s'accompagnent de pratiques
pédagogiques souples : recherche de documents au CDI, navigation
dans les CDROM attractifs, ou sur Internet etc..
Notons au passage l'aisance avec laquelle les élèves,
même très jeunes, intègrent les pratiques
de parcours, s'adaptent à une lecture multicodique, s'accommodent
intuitivement du multifenêtrage des logiciels, naviguent
dans la superposition des informations, jonglent avec icônes,
textes... Cependant, l'enseignant sait bien qu'il ne suffit pas
de disposer d'informations pour acquérir des connaissances.
La mutation est apparemment plus facile en classe primaire car la communication s'organise autour du groupe-classe, d'un seul enseignant; les contenus d'enseignement, les programmes, semblent moins contraignants. Les instructions recommandent de mettre en place des activités en lien avec le vécu de l'enfant. Le travail en partenariat avec les membres des Réseaux Buissonniers suppose une grande adaptabilité parce que le cheminement n'est pas préconstruit.
Les enseignants communiquent
Vers un "séminaire permanent d'analyse des pratiques"
Certains enseignants ont adhéré au projet Réseaux
Buissonniers pour éviter de rester seuls dans leur école
de village, loin des partenaires, des échanges informels
de savoirs et de savoir-faire, des ressources matérielles
et documentaires que l'école urbaine offre naturellement.
Un enseignant "de la ville" bénéficie
de la proximité des bibliothèques, librairies, musées,
de la possibilité du travail d'équipe avec ses collègues...
L'utilisation des technologies d'information et de communication
peut permettre de briser l'isolement.
A travers les Réseaux Buissonniers, se met peu à
peu en place une forme de travail coopératif ; on met à
disposition immédiate de chacun les ressources communes.
On échange des pratiques
/.../J'ai 26 élèves de CE1. Pendant des périodes
ATELIERS, par groupes de deux, chacun a réalisé
l'exercice en entier en manipulant la souris, le deuxième
intervenant éventuellement pour aider son copain à
lire ou comprendre la consigne( j'ai supprimé le son pour
que les consignes soient lues)./.../ Qui a essayé autre
chose?
On partage des ressources
M. S. prof de sciences éco., m'a prêté une
cassette sur le travail des enfants de nos jours. On peut la faire
circuler. Reportages très intéressants ( 200 millions
d'enfants au travail dans le monde).
On pratique l'auto-formation réciproque.
Je pense avoir suivi les conseils de Marie-Claude mais je n'ai
obtenu que les icônes des nouvelles bases. Quand je veux
les ouvrir, le micro me demande si "l'appel est destiné
au serveur,...etc" Que faire??
On amorce ou on poursuit des réflexions. Par exemple, sur
la pratique de la lecture en classe.
/.../ On en a déjà discuté...
Je lis aussi beaucoup de livres aux enfants car je pense que l'école
ne doit pas seulement constater que des enfants sont favorisés
lorsque les parents lisent des histoires, les éveillent
au monde artistique, les sensibilisent à l'environnement
etc... mais doit chercher à combler la différence.
D'autre part, il me semble que le sentiment de culpabilité
de temps perdu à lire des livres, vient de ce que les programmes
présentent trop la grammaire, la conjugaison, etc... comme
une fin en soi, au lieu de considérer que ce ne sont que
des matières au service de la lecture et de l'écriture./.../
On diffuse "gratuitement" des outils : documents scannés,
fiches d'exercices, listes, références bibliographiques,
grilles d'évaluation etc...
Le plus important est sans doute de confronter, d'échanger
des productions pour les faire évoluer, chacun acceptant
peu ou prou de modifier son apport ultérieurement, au regard
de ce que l'autre suggère ou sollicite... Ecrire sur le
réseau, c'est aussi verbaliser, expliciter des stratégies
pédagogiques. La communication permet alors de prendre
du recul, pour valoriser ou enrichir ou remettre en question ses
pratiques.
Réflexions et perspectives
Stratégies d'écriture interactives ?
Comme nous l'avons dit, la communication n'est pas seulement tributaire
des outils et de leur performance, mais de la capacité
des partenaires à repenser la structure de la classe et
les processus d'acquisition et de construction des savoirs. Comme
le disait déjà N. Catach à propos des logiciels
d'orthographe, "il ne s'agit pas d'habiller de neuf la vieille
marchandise " .
Le traitement de texte a créé un nouveau rapport
à l'écrit : immatérialité du support,
verticalité de l'écran, frappe au clavier, fonctions
de modification etc..., autant de points sur lesquels s'interroge
tout enseignant soucieux d'intégrer cet outil dans les
pratiques de lecture-écriture.
L'arrivée massive des hypertextes et des hypermédias
remet en question la linéarité de l'écrit;
elle implique des réflexions sur les stratégies
de lecture-recherche, sur la lecture-navigation dans une masse
sans cesse grandissante d'informations, sur le caractère
pluricodique des activités de lecture-écriture (lecture-écriture
des images, des couleurs, des sons..) mais aussi sur la nécessaire
prise en compte de la structure des informations. Lire-écrire
en réseau met en jeu des processus qu'il nous faudra encore
observer, analyser, définir...
Lire-écrire en réseau, c'est peut-être dépasser l'idée de rencontres, de partenariat et construire des projets selon le concept de liens. Il s'agit alors de quitter le linéaire, la séquentialité (celle de l'écrit livresque), pour aller vers l'idée de "toile d'araignée". La communication prend du sens dans sa multiplicité, celle des informations et celles des partenaires. Elle s'établira d'autant plus largement si toute production n'est pas prédéfinie par des consignes, une typologie etc... C'est le cheminement, le caractère imprévisible de la production plurielle qui en fait l'intérêt. Or, lire-écrire sur les Réseaux Buissonniers, c'est s'adresser à une communauté restreinte. Est-ce possible quand s'ajoute la distance ? c'est-à-dire le différé dans le temps, les vécus et les acquis plus ou moins proches des partenaires ?
Il apparaît nécessaire de réfléchir
sur les aspects interactifs (au sens étymologique du terme
, pour la construction du sens qui s'opère dans les échanges
auteur-lecteur) de la production écrite sur les réseaux.
Le "producteur" sait, plus ou moins explicitement, qu'il
aura un interlocuteur.
Comment le prendre en compte ? Qui est-il ? Il faut aussi qu'il
sache qu'une information sur le réseau prend du sens en
fonction des liens qu'elle va établir avec les autres.
Plus le réseau est étendu, plus la question sera
complexe.. Mais l'enjeu est d'importance; et nous souhaitons vivement
que les élèves qui lisent, écrivent sur les
Réseaux Buissonniers, comme sur Internet, partagent l'espace
du savoir. Comme l'écrit P. Levy , "chaque fois qu'un
être humain organise ou réorganise son rapport à
lui-même, à ses semblables, aux choses, aux signes,
au cosmos, il est
engagé dans une activité de connaissance, d'apprentissage".
En guise de conclusion...
Aujourd'hui la plupart des pays développés installent
des réseaux électroniques à l'école.
Il nous semble important que cette installation ne vise pas seulement
à offrir de l'enseignement à distance. En lisant-écrivant
sur le réseau, les élèves pourront apprendre
à mettre en place des stratégies de partage des
connaissances.
Si la machine ne nous lâche pas... si elle résiste
aux intempéries... à la quantité d'informations
qu'elle véhicule... alors comme l'écrit M. Serres
" en lançant des signes par le temps et l'espace,
les messageries entrelaceront, désormais, un nouvel univers
".
Références bibliographiques
BALPE J. P. (1990) Hyperdocuments, Hypertextes, Hypermédias
- Eyrolles - Paris
COHEN, R. (1995). La communication télématique internationale.
Une mutation dans l'éducation. (Recueil d'articles et comptes-rendu
d'expériences pédagogiques) - Ouvrage collectif
dirigé par R. Cohen - édition Retz - Paris
ECO, U. (1985) Lector in Fabula - Grasset - Paris
LEVY, P. (1994) L'Intelligence Collective - éditions La
Découverte - Paris
PAPERT, S. (1993) La Machine à Connaître; Repenser
l'école à l'ère de l'ordinateur- Paris -
Dunod (traduction française 1994)
SERRES, M. (1994) Atlas -Julliard- Paris
Revues, articles
Cahiers Pédagogiques - n 311 - Ecrire avec l'Ordinateur
- Paris - 1993
Courrier International - supplément "spécial
Salon du Livre" n 228 -Paris -1995
Hypertextes, hypermédias, applications pédagogiques
- MEN - CNDP - 1993
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