DEPUIS
70 ANS ... LA COMMUNICATION
Petit
historique
Il y a 70 ans, Célestin Freinet introduisait dans sa classe l'imprimerie, la correspondance, les journaux d'enfants. Il appliquait ainsi l'un des principes essentiels d'une pédagogie qui allait porter son nom.
L'expression, la communication et la création sont des besoins fondamentaux de l'individu qui lui permettent de se construire en tant que personne ; ils sont à la base de tout apprentissage scolaire ou civique. Rien d'étonnant donc à ce que les classes Freinet, après des années d'échanges postaux de documents individuels ou collectifs, imprimés ou manuscrits s'emparent des Technologies Nouvelles de Communication dès leur apparition.
Il y eut d'abord les échanges de cassettes audio qui permirent pour peu qu'elles fussent accompagnées de photos de mieux appréhender la réalité de l'autre. Puis vint la vidéo qui ne connut pas un grand développement en raison du prix élevé des camescopes et enfin la triple apparition dans les classes de l'informatique de la télématique et du fax qui devaient donner naissance aux réseaux de communication ICEM.
Le premier réseau à apparaître fut le réseau télématique des classes de l' I.C.E.M.
Les premiers échanges eurent lieu sur différents serveurs : THELEME, COM'X, TRAFIC, serveur du conseil général de la Vienne. C'est sur ACTI serveur de la ville de Châtellerault que s'implanta en 1987 un véritable réseau de classes. Composé d'une vingtaine de classes en début d'année scolaire, le réseau en regroupait plus de 70 au cours du second trimestre. ACTI ayant cessé de fonctionner en septembre 1992 pour des raisons de gestion municipale, c'est sur EDUCAZUR, serveur du Rectorat de NICE, que le réseau classes de l'ICEM est implanté depuis cette date. Il est actuellement composé d'environ 150 classes réparties sur la totalité du territoire. Une centaine de classes se connectent quotidiennement pour une durée moyenne de connexion de 5mn.
Quels échanges
?
La télématique est un moyen privilégié de communication qui permet en gros trois types d'écrits élaborés en fonction du destinataire.
- Ecrits d'intérêt général disponibles en espace "magazine" et accessibles à tous, enfants, parents, enseignants. Ces magazines, nombreux sur ACTI ont souffert du changement de serveur, les contraintes techniques étant très différentes d'un serveur à l'autre. Ils reprennent toutefois sur EDUCAZUR sous forme de journaux scolaires de classes et d'une véritable "agence de presse" des classes destinée à alimenter les journaux avec des in formations émises par les enfants eux-mêmes.
- Messages
diffusés sur la messagerie (accès par mot de passe) à l'ensemble des classes :
Ces messages exploitent une des particularités de la messagerie télématique, le
'mailing' qui permet à chacun d'envoyer en une seule opération un message à
toutes les classes du réseau. Un grand nombre de sujets sont abordés : devinettes,
demandes de correspondants, découvertes, aventures locales, observations du
milieu, actualité nationale et internationale, etc.
- Messages envoyés à une ou quelques classes : régulation des échanges courrier
ou fax, relations entre correspondants privilégiés.
Quels apports
?
- Sur le plan de la lecture :
Deux facteurs importants d'échec scolaire en la matière sont, d'une part, la vitesse de lecture trop lente, d'autre part, l'absence d'intérêt, de questions, de réactions par rapport au sujet. A cet égard, les situations mises en oeuvre grâce à la télématique sont particulièrement bénéfiques : le contenu des messages reçus est étroitement lié à la vie personnelle ou collective des élèves. Les échanges d'informations correspondent à des besoins. C'est généralement avec curiosité, parfois même avec impatience que les messages sont lus. Dès le CE1, les élèves s'intéressent à cette forme de communication écrite pour peu qu'on la leur propose : Ils apprennent d'abord à reconnaître les caractéristiques des messages. Les différents repères sont déchiffrés et peu à peu maîtrisés :
- le nom de l'expéditeur,
- le thème du message,
- la date d'expédition,
- l'en-tête,
- la signature.
Le message proprement dit est ensuite déchiffré, sur écran puis sur papier. La comparaison des deux supports, les va et vient possibles entre les deux sont des exercices favorisant la maîtrise de la lecture. Une autre activité stimulante est de lire des réponses à son propre message. Ainsi peut s'opérer la liaison écriture-lecture et se construire la "fonction sociale" de la communication.
- Sur le plan de l'écriture :
L'activité d'écriture sur Ecran minitel obéit à des règles particulières. L'exiguïté du support contraint à un effort de concision. On ne peut utiliser plus de trois écrans successifs sous peine d'imposer au lecteur un gros effort de mémorisation. Dans le cas de jeunes élèves, le message doit généralement tenir sur un seul écran.
La rédaction requiert donc un travail préalable de clarification et d'organisation des idées. Cette même exigence de concision peut conduire le rédacteur, pour éviter des césures de mots trop fréquentes en fin de ligne à rechercher les synonymes plus courts de certains termes, voire à réorganiser une phrase entière de matière plus économique. Pour ces différentes raisons, l'écriture télématique peut être considérée comme très formatrice.
Les élèves sont aussi amenés à prendre conscience de la variété de leurs lecteurs et donc à adapter leur style au destinataire. Il se développe ainsi un "souci du lecteur" plus affiné que dans le cas général où les enfants n'ont que deux interlocuteurs possibles, l'enseignant d'une part, les parents d'autre part pour les traditionnelles cartes postales de vacances. Cette prise de conscience se généralise ensuite aux autres formes d'expression écrite. Ainsi la pratique scolaire de la télématique permet aux élèves d'aborder de manière précoce les deux aspects de la communication, la lecture et l'écriture et de voir leur réciprocité. Une "fonction sociale " de base est ainsi abordée.
- Sur les autres activités scolaires :
Effets directs
Ils sont liés au travail dans un réseau. Le repérage sur les cartes de correspondants dispersés sur tout le territoire familiarise avec les notions d'espace et de distance. La comparaison des observations des uns et des autres, selon les saisons notamment familiarise avec le milieu naturel. Ainsi peut se construire un ensemble vivant de connaissances touchant à la géographie, aux sciences naturelles, à l'économie, à l'histoire et aux traditions. Un second effet, apparemment plus modeste, découle du relevé des coûts de communications, de la prise en considération de tarifs différents selon l'heure ou le jour. On peut y voir une familiarisation avec les notions de comptabilité et de gestion.
Effets induits
Ils sont de divers ordres. Le premier relève des contenus des activités dans les différentes disciplines. La cinquantaine de messages qui arrive chaque semaine apporte de nombreuses questions et informations qui peuvent alimenter différents dossiers : "Observations saisonnières", "contes, poèmes ou textes", "enquêtes et débats" etc.
Ces dossiers s'ajoutent ou se combinent avec ceux qui ont été ouverts dans chaque classe à l'initiative de tel ou tel groupe d'élèves.
Cette richesse présente un risque : la saturation qui peut intervenir lorsque la classe est débordée par un trop grand nombre de messages lui parvenant. C'est là qu'intervient un deuxième effet : la formation méthodologique. Les élèves apprennent à classer les informations, à présenter les données numériques ou quantifiables sous forme de tableau, à dégager l'essentiel du sujet traité pour le transmettre à d'autres par la messagerie ...
La formation au travail d'analyse et de classification commence dès les premiers contacts avec le système, au moment de la lecture de l'origine ou du thème des messages.
Il ne faut pas oublier de préciser que de tels effets ne peuvent être observés que si la classe est "communicante" c'est à dire que les échanges entre élèves et enseignants sont à la base de son fonctionnement.
Pour que l'information circule dans la classe, il est indispensable que les activités de communication ne se rajoutent pas de manière plus ou moins artificielle aux autres activités de la classe; elles sont partie intégrante des activités scolaires ; en ce sens, il convient d'insister fortement sur ce point : la communication extérieure n'est efficace que si la communication interne au groupe classe, moyen pédagogique privilégié, existe préalablement.
L'intégration des outils de communication est facilitée par un type d'organisation scolaire marquée par les principes de fonctionnement coopératif, d'ouverture vers l'extérieur et d'autonomie des élèves dont Célestin Freinet fut l'initiateur. Dans ce cadre, l'enseignant s'avère être, bien entendu une source de savoirs mais aussi, et peut-être surtout, un régulateur-organisateur permet- tant l'utilisation des ressources mises à la disposition des élèves. Ce rôle particulier se montre essentiel à la conduite de pratiques de communication éducatives.
Contact : Alain BAR quartier
"les plaines" 83330 EVENOS fax : 04 94 90 37 59
Avec le développement d’internet, cette communication s’est poursuivie. Le réseau est actuellement géré au niveau du site de l’ICEM.( http://www.icem-freinet.info )