CONNAÎTRE SON IDENTITÉ CULTURELLE
PAR LA CORRESPONDANCE
Cette année, je travaille avec une classe de dix enfants de CE1 et sept enfants de CE2. Sur ces dix-sept enfants, onze étaient l'année dernière dans ma classe au CP. Nous entretenons trois correspondances : une avec une classe de CE1-CE2 de Gradignan (Gironde), une avec une classe unique de Suède située dans la montagne, une avec une classe de fin d'école primaire (dont les enfants ont dix ans en moyenne) d'Australie. La langue anglaise est le support des deux correspondances à l'étranger.
La correspondance est un des moyens dont dispose l'enseignant pour aider l'enfant à se construire son identité au travers de sa culture. La correspondance met en relief les ressemblances et les différences entre les cultures dans un dialogue non conflictuel. C'est en découvrant l'autre qu'il perçoit ses propres valeurs.
Identification opposition
L'enfant peut comprendre qu'à Gradignan, soit à 700 kilomètres de Solliès-Pont, on parle encore français, que nous sommes encore en France. Cette notion de pays est très difficile à comprendre pour beaucoup d'enfants de six à huit ans. Apparaît aussi ce qui est différent. Jeudi 17 novembre, nous avons reçu un message d'une classe de Larche, située dans les Alpes, à 1700 mètres d'altitude, qui nous annonçait qu'il avait neigé pour la première fois le 9 novembre chez eux. Nos correspondants suédois nous ont annoncé les premières neiges fin septembre, et nous les avons vus faire de la luge le 15 octobre. A la suite de ces événements, Karim, enfant d'origine marocaine, a posé la question : "Pourquoi, chez nous, il ne neige jamais ?". La discussion très intéressante qui a suivi nous a permis de voir le rapport entre latitude, altitude et climat ; elle a aussi fait apparaître l’identité des pays méditerranéens pour le climat et la végétation.
Interaction
Les recherches mathématiques effectuées par les enfants sont présentées sur différentes affiches classées par thèmes (mesures, nombres et opérations, problèmes, travaux géométriques...). Elles sont ensuite envoyées.
Lors de la visite du village, nous avons observé le monument aux morts, et nous avons parlé des Première et Deuxième Guerre Mondiale ; les enfants en ont reparlé à l'occasion du 11 novembre. Nous avons photographié le blason de Solliès-Pont et cette photo a paru dans le journal de la classe. Les correspondants nous ont demandé si Solliès signifie soleil et ils nous ont envoyé les armoiries de Gradignan avec des commentaires. Nous avons alors approfondi l'étude du blason, qui n'avait pas retenu l'attention des enfants à la suite de la sortie.
Une expérience sur le réel
L'étude du milieu
Nous avons visité une châtaigneraie. A cette occasion, nous avons collecté des feuilles pour fabriquer un herbier à envoyer à nos correspondants : ce projet a été proposé dès la rentrée par les enfants, qui ont déjà eu des expériences de ce type l'année précédente. Cette sortie s'effectuant sur un milieu et un terrain de type particulier (terrains siliceux du massif des Maures), nous avons complété ces premières observations par une sortie sur un terrain calcaire et tout le milieu qui l'accompagne, proche de l'école, lors de la visite des correspondants.
Lors de la sortie à la boulangerie (à Solliès-Pont centre), un travail sur le plan et la commune a été effectué : les noms de rues et places ont été notés par les enfants aussi bien pour les lieux photographiés que pour les voies empruntées. Ces photos ont permis de montrer ce qu'est notre commune, avec ces monuments et quelques points importants : gare, mairie, poste, église, château, beffroi, monuments aux morts. Ces points ont ensuite été localisés sur le plan ; une affiche portant les photos et la localisation des monuments a été constituée pour être envoyée aux correspondants. Le trajet a été également matérialisé sur le plan. Le retour s'est effectué par la promenade sur les rives de notre rivière, le Gapeau, afin de réaliser l'importance du cours d'eau pour la localité de Solliès-Pont et la végétation.
A l'heure où le racisme a pignon sur rue, où les minorités ethniques sont victimes d'exactions, il est bon que l'école se penche sur le problème de l'identité culturelle, du droit à la différence, du respect de l'autre afin de jouer un rôle dans l'éducation à la paix. Correspondre en est un excellent moyen. Car la correspondance met l'enfant en prise avec le réel au travers d'une expérience dans laquelle il s'engage affectivement.
Florence Saint-Luc