Pourquoi vouloir une éducation artistique en milieu scolaire ?

 

 

Actuellement, l'école est surinvestie par les familles, les pouvoirs publics ; elle a de plus en plus de mal à accomplir sa mission. En tant qu'enseignants, nous sommes de plus en plus confrontés à des élèves consommateurs-zappeurs, formés à l'image de la société.

Dans notre enseignement, nous avons la volonté d'accorder toute la place nécessaire en espace et en temps à l'émergence de la créativité. Nous sommes convaincus qu'un individu créatif est un individu libre qui possède un solide esprit critique, rempart à la bêtise et autres dérives... Nous pensons que proposer une véritable expression artistique en milieu scolaire est un garde-fou à la violence et à la folie.

[…] Nous souhaitons que les enfants deviennent des chercheurs de connaissances, que leur curiosité naturelle ne s'émousse jamais. Développer, nourrir, et exprimer sa créativité doit devenir une technique de vie. Mais, avant d'être intégrée comme un fonctionnement en soi, il faut un apprentissage. C'est bien sûr là que nous intervenons en tant que pédagogue dans une dimension d'accompagnement. 

Nous sommes sensibles à ce qui est transformé chez l'enfant au travers de sa création : sa représentation du monde, son rapport à la réalité, son rapport aux autres, sa représentation de lui-même, son langage. Par ces transformations, l'enfant se construit et notre rôle de pédagogue est d'être le témoin actif de ces transformations. Actif, car nous pointons pour l'enfant ce qui a changé, en mettant toutes ses découvertes en réseau avec l'environnement et en valeur. C'est avant tout une attitude. Au cours d'une scolarité, la pratique artistique met à la disposition de l'enfant qui s'interroge un langage pour se dire, autre que celui convenu et souvent réducteur du code oral et écrit en vigueur. Le rôle de l'adulte à ce niveau est déterminant : il accompagne sans diriger, donne des clés... mais pas forcément de serrure ; il ne s'agit pas de prêt à "consommer".

On le voit, ce contrat est nourri d'implicites, donc d'éléments sujets à interprétations. L'objet de l'apprentissage est parasité par ce brouillard de "signes" à décoder, et son accès devient difficile. L'élève se met alors dans une position d'attente, de passivité. Dans notre façon de travailler, nous faisons chaque jour le pari d'un nouveau contrat didactique, celui du "moindre parasitage" ; c'est ce que Brousseau appelle la "dévolution" : "C'est l'acte par lequel l'enseignant fait accepter à l'élève la responsabilité d’une situation d'apprentissage et accepte lui-même les conséquences de ce transfert."

 

Le contrat didactique, d'après Brousseau :

 

"Dans une situation d'enseignement préparée et réalisée par un maître, l'élève a en général pour tâche de résoudre le problème qui lui est présenté, mais l'accès à cette tâche se fait à travers une interprétation des questions posées, des informations fournies, des contraintes imposées qui sont des constantes des façons d'enseigner du maître. Ces habitudes spécifiques du maître attendues par l’élève et les comportements attendus par le maître, c'est le contrat didactique."

Le maître devient alors réellement disponible à la demande, il transfère son autorité à l'institution "classe coopérative", mais il ne perd jamais le contrôle du contenu de l'enseignement. C'est une organisation en temps et en espace qui donne au groupe une valeur éducative. C'est un dispositif qui permet de faire passer l'élève d'une position d'attente à une posture de dévolution, où il est responsable de son travail. Ainsi cadré, il peut sereinement rencontrer son ignorance et s'engager dans l'apprentissage.

 

Corinne Marlot

 

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