LIRE POUR ECRIRE

 

Inventer une histoire, écrire à son correspondant, écrire une recette de cuisine, retranscrire une interview, faire une demande de renseignements … sont autant de situations d’écriture différentes qui obéissent à des règles de fonctionnement particulières et spécifiques.

Il est donc nécessaire de confronter l’enfant au monde de l’écrit. Et, au-delà de cette confrontation, il faut aider l’enfant à prendre conscience de la diversité des types d’écrits pour qu’après observation, analyse, questionnement, il puisse en déduire des règles de fonctionnement applicables à ses propres productions.

Avant même de résoudre les problèmes liés à l’orthographe ou la syntaxe, la première phase de notre démarche a été de travailler sur la structure même du texte. Il m’apparaissait en effet primordial que l’enfant maîtrise dans un premier temps la cohérence, l’organisation générale d’un texte.

Nous avons donc mené un travail très formel sur la liaison lecture / écriture avec trois axes prioritaires :

- Le schéma typologique de la lettre,

- Le schéma simplifié du récit,

- Le schéma simplifié du compte-rendu.

Ces priorités correspondaient en fait à des urgences d’écriture (lettres pour les correspondants, textes libres, textes pour le cahier de vie).

Voici très schématiquement comment nous avons procédé :

- Lecture silencieuse individuelle d’un texte  en rapport avec l’objectif d’écriture,

- Analyse par petits groupes de deux ou trois enfants maximum, de la structure à partir d’un questionnaire donné par le maître. Le questionnaire était établi en fonction de la nature du document étudié,

-Synthèse collective,

- À partir de l’analyse et de la synthèse collective, réflexion sur ce que devrait obligatoirement comporter ce type d’écrit, sur son organisation générale,

- Synthèse collective,

- Écriture dès que possible d’un texte en relation avec la vie de la classe et la nature du document étudié.

L’objectif de ce travail n’était pas de modéliser des situations d’écriture, mais bien de fournir une aide efficace à partir de l’analyse d’un écrit. Ainsi comme l’indique Jo Mourey : “ Le travail d’écriture faisant suite au travail de lecture, n’est pas conçu comme un travail d’imitation. Il a pour objectif de permettre à l’élève de s’approprier en les utilisant, des procédés, des matrices d’écriture que l’on aura aidé à dégager au cours de séquences de lecture ”.[1]

Nous avons ainsi pu produire dès le début de l’année des écrits, créer des habitudes et des réflexes d’écriture que beaucoup d’enfants n’avaient pas en arrivant dans la classe. Une fois l’habitude d’écrire établie, nous avons pu tout au long de l’année continuer à appliquer cette logique de lecture / analyse / écriture, pour d’autres types d’écrits.

 

Le cahier de vie

Le cahier de vie est souvent rencontré dans les classes d’école maternelle mais assez peu à l’école élémentaire et plus particulièrement au cycle III. Je n’ai d’ailleurs aucune référence à ce type d’écrits dans les différents ouvrages que j’ai pu consulter.

Le principe du cahier de vie est de pouvoir consigner dans un cahier (grand format) une foule d’éléments de la vie quotidienne. Ce cahier peut être décoré, illustré par des dessins, des photographies, des collages de différentes natures (invitation, ordonnance, menu, feuilles d’arbre …) qui sont en rapport avec le texte. L’enfant est amené à le compléter au moins une fois par semaine. Mais il peut y écrire quand il le souhaite. Ce cahier est aussi enrichi par des textes collectifs ou individuels liés à la vie de classe.

Ce cahier se veut le témoin de tranches de vie de l’enfant aussi bien à la maison qu’à l’école. C’est un album que l’enfant va emmener en famille, pour présenter ce qui est fait en classe. C’est également le “ confident ” des petites et parfois des grandes misères.

L’enfant écrit ce qu’il souhaite dans son cahier. Il n’y a pour censure que celle qu’il veut bien se donner.

À travers le cahier de vie, l’écrit n’est plus vécu comme une contrainte mais comme un allié qui permet de témoigner de sa vie. Dans le cahier de vie en fonction de ses états d’âme, l’enfant va choisir d’écrire de toutes les couleurs ou alors tout simplement en noir ou en bleu, il va pouvoir peut-être plus facilement qu’à l’oral exprimer ses sentiments, ses joies mais aussi son mal-être. Dans le cahier de vie, l’enfant est sujet, il parle de lui à la première personne ; bref, il existe. L’investissement personnel des enfants dans le cahier de vie, variable en fonction de chacun, est globalement important. Mon souci est d’assurer la pérennité de cet outil. Écrire dans son cahier de vie, devient donc un travail demandé en leçon chaque week-end. De même, des apports pour le cahier de vie, sont régulièrement faits en classe. Et si certains se contentent de ce minimum, d’autres y écrivent quotidiennement. Un point cependant me questionne ; c’est la perception qu’ont certains parents du cahier de vie. Ainsi, si beaucoup d’entre eux trouvent que c’est un outil intéressant qui rend compte fidèlement de ce qui se passe en classe et qui donne envie aux enfants d’écrire, pour d’autres, c’est une intrusion de l’école dans la vie privée des familles. Certains enfants, très investis dans le cahier de vie, le sont maintenant beaucoup moins, car “ le maître n’a pas à savoir tout ce qui se passe à la maison ”.

 

Les textes libres

Deuxième type d’écrit évoqué plus haut, le texte libre est lui aussi un outil intéressant.Le cahier de vie ayant pour objet de relater des événements de la vie quotidienne, ce sont bien les récits imaginaires qui sont privilégiés ici. La fréquence minimale des textes libres pour chaque enfant est gérée par mes soins. Plus l’enfant est en difficulté avec l’écrit, plus je lui demande d’écrire. Ainsi quelques enfants de la classe ont été amenés à écrire un texte par jour. Mon rôle est d’accompagner l’élève en difficulté, de l’encourager, de le motiver en valorisant son travail et en lui faisant découvrir et prendre conscience que lui aussi est capable d’écrire. Globalement, la fréquence minimale est d’un texte par semaine. Les enfants qui le souhaitent peuvent évidemment écrire autant qu’ils le veulent. Il n’y a selon moi aucune contradiction entre la notion de texte “ libre ” et son caractère obligatoire. Le rôle du texte libre est de donner la possibilité aux enfants, de jouer avec la langue, de jouer avec les idées, les sentiments. Le texte libre offre à l’enfant, le pouvoir de rêver, d’imaginer, de devenir par exemple, un vaillant chevalier du Moyen âge, ou le pilote d’un engin intergalactique du troisième millénaire. Le texte libre aide aussi l’enfant à poser un certain nombre de problèmes personnels. En lisant certains textes d’enfants, on s’aperçoit que l’écrit a bien une fonction “ libératrice ”. Des enfants règlent des comptes avec leur famille, les camarades ou encore le maître grâce au texte libre. Des moments ont été aménagés dans l’emploi du temps pour permettre aux enfants qui le souhaitent de lire leur texte au reste de la classe. Tous les enfants viennent régulièrement, mais à des rythmes différents, lire leurs productions à l’ensemble de la classe. Certains élèves nous ont véritablement tenus en haleine avec des histoires à épisodes pleines d’imprévu, de suspense et d’imagination.

Deux interrogations viennent à l’esprit quand on évoque les textes libres :

- Les enfants ont-ils suffisamment de matériaux pour écrire ?

- Peut-on retravailler les textes des enfants ?

À ces deux questions, je suis tenté de répondre par l’affirmative et je pense qu’en fait, elles sont étroitement liées. Mon sentiment est que la vie de la classe est suffisamment riche, pour alimenter chez la plupart des enfants les textes libres. Je valorise et j’encourage aussi le fait de suggérer les idées dans les écrits. Ainsi, par exemple, si un enfant souhaite faire un texte dont l’action se passe au moyen âge, je l’invite non pas à écrire que c’est au moyen âge mais bien à réfléchir à tout ce qu’il pourrait écrire pour que le futur lecteur devine que l’action se déroule pendant cette période. L’écrit n’est alors plus figé et l’enfant peut alors rentrer dans une réelle dynamique de l’écriture. D’autre part, les enfants dans la classe, lisent beaucoup, apprécient l’univers de la poésie, sont curieux de découvrir et de comprendre le monde qui les entoure. Le travail sur la structure même des écrits déjà effectué et que nous poursuivons donne des habitudes de travail, des réflexes d’écriture, des savoir-faire. À mon avis, un des matériaux fondamental de l’écriture est la capacité de pouvoir analyser son écrit. Ce qui est écrit correspond-il à ce que l’auteur a voulu exprimer ? Le récit est-il cohérent ? Comprend-on le rôle de chacun des personnages de l’histoire … Analyser ne suffit cependant pas, il faut ensuite expérimenter les nouvelles idées qui ont surgit à partir de l’analyse. Pour les expérimenter, il convient dont de réécrire le texte. Cet aspect lié à la réécriture sera également abordé plus concrètement dans la partie du mémoire consacré à l’évaluation.

 

Le journal de la classe

Enfin, le journal est également très présent dans notre classe. J’ai voulu faire du journal, un outil réellement moteur pour la production d’écrits. Il doit donc y avoir un lien dynamique entre les auteurs et les lecteurs. De même pour que les enfants adhèrent à un tel dispositif parfois contraignant, le contenu du journal doit s’ancrer dans la vie de la classe, en être le reflet. Ces postulats impliquent d’une part de réaliser le plus rapidement possible chaque exemplaire et d’autre part d’en assurer une diffusion très large. Tous les quinze jours, nous faisons une réunion au cours de laquelle nous décidons des articles qui figureront dans le journal. Le choix se fait à partir d’une liste de propositions faites par les enfants eux-mêmes. Les articles sont souvent liés à l’actualité de la classe ou de l’école. Une fois le choix opéré, les textes sont tapés sur l’ordinateur de la classe ou sur ceux de la salle informatique. C’est ensuite moi qui me charge de la mise en page avec mon ordinateur personnel dans un souci d’efficacité. L’acquisition de compétences techniques liées à la publication assistée par ordinateur ne paraît pas pour le moment essentielle. Nous arrivons donc à publier selon cette démarche, environ un journal tous les quinze jours. La conception d’un journal de classe ou d’école n’a de sens que si celui-ci est lu par le plus grand nombre. Cette problématique, nous a conduit en classe à réfléchir à tous les endroits où l’on pouvait lire des journaux. Outre la maison et l’école, nous avons trouvé une multitude de lieux : salles d’attente des coiffeurs, des dentistes, des médecins, des kinésithérapeutes … Nous avons donc constitué un réseau de “ distributeurs sur la commune de Breteuil sur Iton . Ce réseau n’est pas figé et évolue en fonction des visites que les enfants font. Les enfants ont maintenant le “ réflexe journal ”. Il est ainsi très fréquent dans la classe d’entendre au sujet d’un texte, d’un exposé, d’un événement : “ Ca serait bien dans le journal ”. Les retours qui nous sont faits encouragent les productions. La question qui se pose est de déterminer dans quelle mesure le journal est un moteur pour la production des textes. Il me semble difficile ici de quantifier ce rôle du journal dans la motivation de la production d’écrits et au delà d’une impression générale positive, je ne dispose pas d’indicateurs objectifs.

[1] MOUREY J. (1995) En lisant, en écrivant … Lire et écrire des récits au cycle 3 in Les Actes de Lecture n° 52

[2] GUYOT P. A. (996) Quand activité et apprentissage se conjuguent in Les chemins de l’apprentissage page 67

 

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