RECHERCHE, PRODUCTION DOCUMENTAIRE ET CITOYENNETÉ

 

 

Notre société actuelle est confrontée à la montée des extrémismes et de la violence. Face à ces problèmes, la pédagogie Freinet propose des pistes de réflexion et des pratiques. Elle permet de mettre en oeuvre une éducation à la paix, à la citoyenneté, à la démocratie,une ouverture vers l’extérieur, une démarche de recherche,  une gestion critique de l’information, un développement de l’expression, de la communication, de la responsabilisation, du travail par projets (individuels, de groupes coopératifs). Apprendre à chercher dans des documents, à traiter l’information, à élaborer des produits finis et socialisés sont des techniques essentielles pour parvenir à ces objectifs.

Je me propose ici d’expliquer de manière très explicite comment je pratique  autour de ces thèmes, avec une classe de CM1-CM2 de 28 élèves, dans une école de 11 classes d’une ville du Var, La Garde.

 

Recherche documentaire et histoire

Depuis plusieurs années, mes élèves préparent et présentent des exposés et écrivent des textes documentaires à la suite d’interventions, de visites, d’enquêtes, de sorties, de voyages... Cependant, je constate chez eux une difficulté certaine à sortir de la copie pure et simple. Cela dénote parfois une incompréhension du texte lu (certains enfants ne maîtrisant pas assez la lecture), mais souvent aussi l’impossibilité de s’approprier la connaissance en la reformulant.

Cette année, j’ai décidé de me pencher sur ce problème et j’ai tenté une expérience. Je me suis dit qu’en multipliant les sources documentaires, un travail de synthèse serait nécessaire afin d’élaborer un texte. De plus, chercher l’information sur différents supports développe l’esprit critique. Nous avons fait un voyage à Rennes, dans le cadre de la correspondance, durant lequel nous avons visité le musée de Bretagne. Nous avons pu découvrir des objets datant de la Préhistoire et de l’Antiquité, en particulier de la période gallo-romaine.  De retour en classe, nous avons préparé un numéro spécial de notre journal ainsi qu’une exposition.

J’ai présenté aux enfants “Pax  romana”, un des dessins animés de la série “Il était une fois l’homme”. Je leur ai demandé de noter des mots-clés durant la vision du film. Dans un premier temps, je leur ai donné des exemples, puis je les ai amenés à trouver par eux-mêmes. Ensuite, ils ont cherché ces mots-clés dans le dictionnaire, ainsi que dans quelques livres (y compris la BTJ-Bibliothèque de Travail Junior, édités par PEMF- sur la villa gallo-romaine). Par ailleurs, ils ont également utilisé la trame (les faits historiques décrits du film et reformulés), ceci afin d’écrire un texte sur cette période.

J’ai lu à voix haute les textes écrits sans dire le nom des auteurs (afin que l’on ne soit pas influencé par l’affectivité, mais aussi sur leur demande, afin de ne pas se sentir jugés); cette présentation a été suivi d’une critique, aussi bien positive que négative, durant laquelle les élèves ont retenu les passages intéressants de chaque texte. Un groupe a ensuite tapé à l’ordinateur les passages retenus. Puis le texte a été mis au point collectivement afin qu’il ne paraisse pas être un puzzle disparate. Le texte définitif a été utilisé pour l’exposition et le journal.

  Un élève a présenté la  BTJ “Qu’est-ce qui est vrai dans Astérix ?”, en utilisant la fiche lecture BTJ. Les enfants se sont alors lancés dans la lecture des Astérix, paraissant mieux les comprendre. Une stagiaire, alors présente en classe, nous a apporté un livre de photos de la Rome antique avec les transparents montrant l’état des monuments lors de leur édification. La démarche a été réinvestie dans l’analyse de “Il était une fois l’homme”.  La notion d’anachronisme a paru comprise par un certain nombre d’enfants de la classe. La discussion a permis d’éclaircir plusieurs  malentendus.  En particulier, certains avaient confondu Jules César avec Jules Romain, et il a été question de comprendre la différence entre Romain, habitant de la ville de Rome, et Romain, au sens plus large.

J’ai utilisé ce genre  ce pratiques à différentes reprises pour aborder l’histoire. Ce type de travail collectif me paraît développer chez les enfants une meilleure stratégie face à la rédaction de textes documentaires, mais aussi de résoudre, au moins partiellement, le problème de l’enseignement de l’histoire. Travailler sur un manuel peut paraître comme un manquement à la démocratie (l’histoire est vraiment un domaine où l’on tombe très vite dans la subjectivité la plus complète. Les manuels d’histoire sont revisités selon les périodes : totalitarisme, ou relecture d’une période selon le point de vue politique ou son éloignement dans le temps, en fonction d’informations de sources différentes... ).

“Il était une fois l’homme” est une série qui passionne les enfants, mais qui présente quelques inconvénients : mélange de fiction et d’histoire, présentation forcément plus ou moins subjective des faits ; l’analyse critique n’est pas toujours à la portée des jeunes spectateurs... Ceci dit, comme il s’agit d’une série internationale, on y trouve plus de recul que dans beaucoup de manuels nationaux nombrilistes.

Le nombre d’informations données : beaucoup trop important pour être assimilé... C’est d’ailleurs aussi le problème des sorties à l’extérieur. C’est pour cela que les traces de ces actions (photos, enregistrements audio et vidéo) doivent être en quantité suffisante pour que les informations deviennent connaissances après travail de re-présentation, et élaboration de produits documentaires (expositions, pages WEB, journal, affiches pour les correspondants, montages vidéo....). C’est ce que nous allons voir dans la deuxième partie de l’article.

 

 

Elaboration de produits documentaires - déroulement et fiches de réalisation technique

Afin de faciliter l’assimilation d’informations lors de sorties à l’extérieur, j’utilise depuis une dizaine d’années la photo et la vidéo. Au mois de décembre, nous sommes partis rencontrer nos correspondants de Rennes chez eux. Dès la conception du budget, une ligne a été prévue pour la communication. Au départ, j’ai acheté deux appareils photos jetables : avec et sans flash. Par ailleurs, je suis également partie avec mon appareil photo, un 24x36 avec deux zooms, et un camescope qui appartient au CLAE (Centre de Loisirs associé à l’Ecole). Les appareils photos jetables ont été gérés par les enfants, je me suis occupée du camescope et de mon appareil photo.

Les pellicules des deux jetables n’ont pas été terminées lors du voyage. Elles ont été utilisées lors d’une sortie à la forêt de Sainte-Christine, à Solliès-Pont, à 10 kilomètres de mon école. Cette sortie s’est effectuée dans le cadre d’un projet “école de la forêt”, subventionné par le Conseil Général du Var à hauteur de 1500f. Ce projet mentionne la communication comme un des objectifs essentiels. Celle-ci se réalise sous différentes formes :

 

- exposition (en deux exemplaires : pour les correspondants et pour le festival Terre et Nature de Solliès-Pont ) ; elle est réalisée sur des feuilles format A4, texte à l’ordinateur, caractères minimum 24, en couleur, comportant une photo et une frise par page, et protégé par une pochette plastique transparente perforée. L’avantage de cette formule : les planches sont protégées, et peuvent donc être scotchées, punaisées, sans dommage pour leur présentation. Une fois l’exposition terminée, elle est rangée dans un classeur et donc consultable, comme n’importe quel autre fond documentaire. En effet, j’ai remarqué que le format affiche rend une exposition difficilement réutilisables à posteriori. De plus, le format permet de l'envoyer sous enveloppe, et à un prix réduit, par la poste.

Cette technique a été utilisée pour l’exposition sur notre voyage à Rennes. Les textes ont été tapés sous Works (traitement de texte), insérés dans la maquette du journal sous Publisher, illustrés grâce aux photos scannérisées. Puis une deuxième session Publisher a été ouverte et grâce aux procédures copier-coller, les textes ont été changés de format, agrandis, remis en page pour organiser un texte par page et un espace vide laissé pour coller les photos. Les textes peuvent ainsi être imprimés en couleurs en deux exemplaires, pour coller les photos, également tirées en deux exemplaires dès le départ pour un prix modique. Les frises ont été choisies en fonction des textes (option bordure) L’ensemble des manoeuvres a été réalisé par un groupe d’enfants.

Pour l’exposition de la forêt de Sainte-Christine, ce sont les textes des photos qui ont été élaborés avant ceux du journal, et c’est donc la procédure inverse qui a été mise en oeuvre.

Les photos ont été prises par deux groupes d’enfants, encadrés par deux stagiaires IUFM lors de la sortie. Un groupe a étudié les cultures locales ; le trajet était minimum, c’était pour les enfants qui souhaitaient se déplacer d’une manière limitée. Le deuxième a choisi d’étudier la forêt et les traces de vie animale d’une manière assez approfondie ; le trajet prévu était plus long, mais avec suffisamment de temps pour observer.

- journal certaines pages sont transformées pour le site WEB de notre école. Il n’existe pas encore actuellement. Le scanner et le logiciel ont été achetés grâce aux 2000F que nous avons gagné lors du concours d’affiches de Noël de la ville de La Garde, il y a deux ans. Le Centre de Loisirs attaché à l’école en a également financé une partie.

 

-  montage vidéo : les images ont été prises par un groupe d’enfants. Ceux-là, dont j’étais responsable, avaient choisi de faire un circuit de 4 km en deux heures, de moins approfondir que le groupe 2, mais de présenter par vidéo l’ensemble de la sortie afin que tous puissent en profiter. Ils ont fonctionné avec un système d’interviews réciproques, ne nécessitant pas de doublage son ultérieur. Cette procédure est légère.

Nous avons souhaité présenter ce montage dans le cadre du festival de Solliès-Pont. Pour l’agrémenter et garder certaines images intéressantes mais comportant un bruit de fond trop important (aboiements de chien, groupe électrogène...), nous avons souhaité dans un deuxième temps ajouter de la musique, un générique et des commentaires. Les enfants ont réalisé des commentaires d’images et des enregistrements de textes créés d’après les photos et productions d’écrits des enfants. Puis ils ont choisi des musiques, ce qui permet d’envisager plusieurs séquences d’écoute musicale pendant lesquelles les enfants sont très attentifs. Pour le montage “Voyage à Rennes”, j’ai enregistré la bande musique sur une cassette audio, et les commentaires sur une bande vidéo 8, pour synchroniser avec la bande image déjà prête sur cassette VHS. Dans le cadre du travail sur “L’école de la forêt”, j’ai utilisé un lecteur de CD pour la musique, avec la sortie casque, et un magnétophone pour les commentaires. C’est parce que ce premier travail a abouti à un produit fini que les enfants ont compris le fonctionnement et ont proposé de travailler le son durant l’enregistrement lors du deuxième travail réalisé. La majorité des enfants a choisi de ne pas mettre de musique dans le deuxième montage. Les montages vidéo sont envoyés à nos correspondants (en SECAM pour les Rennais, en Pal pour les Bulgares), et un exemplaire est gardé à l’école pour la présentation aux parents.

 

Evaluation actuelle du travail

Le groupe chargé du film vidéo a montré une très grande motivation lors de la sortie. J’ai pu retrouver, dans leurs commentaires et questions, un respect de l’environnement réel, une bonne organisation coopérative, des observations intéressantes, et un réinvestissement des techniques précédemment utilisées.

Le 23 avril, nous sommes allés au festival “Terre et Nature” pour voir nos expos et présenter nos montages vidéo. Dans un premier temps, la cassette est passée devant d’autres classes au vidéo-projecteur. Malheureusement, un problème technique a empêché la lecture de la bande “mixage son” (piste mono de la bande VHS SECAM) : la seule lecture son a été celle de la bande son brute (piste stéréo ). Cela a été très décevant pour les enfants, avec qui nous avions travaillé des heures durant pour la réalisation de ce travail. Ceci dit, les organisateurs se sont engagés à chercher une réponse à ce problème technique lors de la deuxième présentation du montage, qui aura lieu dans deux jours. Malheureusement, nous ne serons pas là pour le voir...

Par contre, ils ont été très attentifs à la présentation du film documentaire de Christian Zuber, commenté par l’auteur présent. Ils ont pris des notes en employant de manière autonome la technique des mots-clés. Leur intérêt était d’autant plus grand qu’ils avaient déjà eux-mêmes produit des film documentaires. Ils ont posé de nombreuses questions. J’ai ainsi pu évaluer, d’une manière spontanée, le réinvestissement du travail entrepris depuis de longs mois.

 

Florence Saint-Luc

 

…et plus tard

 

L'évolution technique actuelle permet à présent d'utiliser l'appareil photo numérique, qui permet de voir tout de suite ce qui est photographié, de reprendre en cas de mauvais cliché, de retravailler avec un logiciel d'images le cadrage, la lumière le contraste, de faire des photos sans avoir à payer le développement, ce qui est un plus dans le cadre de la création d'une démarche scientifique pour observer une évolution, un développement. Pour la réalisation de pages WEB ou de journaux, cela me paraît être l'idéal. Il est évident que la photo argentique est de grande qualité, mais ne correspond pas forcément aux mêmes besoins. Les descriptifs techniques restent valables pour des lieux où il n'est pas possible de travailler sur informatique.

En ce qui concerne la vidéo, le montage numérique rend les opérations beaucoup plus accessibles aux enfants.

Voir le clip vidéo : recherche, production documentaires et citoyenneté

 

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