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Texte libre
- échanges sur internet en 2000
La conception du texte libre (TL), chez Freinet, pourrait rappeler
celle que Daniel Pennac a développée à propos
de la lecture dans "Comme un roman". En gros : On lit
ce qu'on veut, comme on veut, quand on veut, et au besoin on
ne lit rien. Ne pas caricaturer quand même cette position,
car j'ai le sentiment que les élèves de Pennac
ne devaient pas conserver longtemps leur phobie de la lecture.
La conception du TL chez Freinet, me semble-t-il, est similaire
: aucune obligation, certes, mais un "savoir faire en sorte
que" tous les élèves écrivent. Bien,
et beaucoup. Le bonhomme avait plus d'un tour dans son sac, qui
valaient bien des règlements officiels.
Nous avons pris des libertés en pédagogie de maîtrise
à effet vicariant(PMEV) avec cette position sur la forme
plus que sur le fond. Pour trois raisons :
1) Une raison pratique : notre contexte était particulier,
avec des enfants qui redoutaient parfois l'école et étaient
issus d'une culture ne connaissant pas l'écrit.
2) Une raison théorique : Feuerstein avait mis en garde
les pédagogies généreuses contre un risque
de dérive "passive et acceptante". La pédagogie
FREINET est une pédagogie généreuse, mais
néanmoins volontariste : le risque de dérive est
infime, mais prévenir vaut mieux que guérir dans
un pays ou Piaget, avec sa conception des stades, a parfois favorisé
le développent d'attitudes attentistes.
3) Une autre raison théorique : nous voulions prendre
en compte l'apprentissage vicariant, que Freinet n'avait jamais
cité (le concept a été défini très
récemment bien que le phénomène soit aussi
vieux que l'intelligence), mais
autour duquel il avait sans doute tourné. L'un des premiers
méfaits de la scolastique, au sens où Freinet l'entendait
et selon ma vision personnelle du problème, est d'avoir
dénaturé les formes ancestrales de l'apprentissage,
c'est à dire l'apprentissage vicariant, dont la transposition
en contexte scolaire faisait il est vrai problème.
Pour toutes ces raisons, nous avons rendu le TL obligatoire et
quotidien, mais en douceur et pour refuser le pessimiste déterminisme
ambiant.
Nous entrons donc en classe pour prendre la plume et écrire
ce qu'on veut et comme on veut, et au besoin rien du tout, ceci
pour préciser qu'on ne trahit pas Freinet complètement.
Et comme ce n'est pas facile, on lit, après vingt minutes
environ, ce qu'on a écrit. Cela écarte le supplice
de la feuille blanche, donne des idées à ceux qui
n'en ont pas, ça montre qu'écrire n'est pas au
fond si difficile, mais qu'il faut quand même s'entraîner
souvent à ce petit exercice....
Parfois, ces textes seront édités sur le journal
scolaire. Toujours, ils permettent à l'enfant de se poser,
d'être reconnu comme élève à part
entière, et plus encore comme une personne à part
entière, ce qui est important ici ou la tribu, la famille
au sens large, a plus d'importance que la famille restreinte
(papa, maman, les enfants) et que l'individu, où l'enfant
n'a pas le droit de parler devant les adultes. Description un
peu simplifiée d'une situation
culturelle qu'il ne faudrait pas pour autant caricaturer : le
sens de la solidarité, par exemple, y est exceptionnel.
Je crois que cette conception un peu particulière du TL
n'est pas totalement iconoclaste, et qu'elle peut servir éventuellement
dans les classes hexagonales. Les progrès en écriture
sont rapides car :
1) on a sans arrêt dans les oreilles les trouvailles des
pairs,
2) les jugements de valeur intempestifs sont exclus.
Michel MONOT
J'aurai besoin d'un petit coup de main, de quelques conseils
concernant la mise en place de ma 1/2 heure de texte libre chaque
lundi matin.
D'après vous est-ce suffisant?
Quels sont les petits jeux, les exercices, le soutien que je
peux apporter aux enfants afin, dans un premier temps de ne pas
développer le syndrôme de la feuille blanche?
- Accepter que le texte comportant 3 mots a la même valeur
que le super poème de 3 pages.
- Instaurer un cahier de textes libres... que tu t'interdis de
regarder (cahier secret!)
- Pendant un certain temps, ne pas ennuyer les enfants par les
corrections (tu corriges toi-même!)
- Faire quotidiennement quelques minutes d'écriture automatique
: le premier coup, tout le monde prend une feuille et un crayon,
et, avec ta plus grosse voix et ton oeil le plus méchant,
tu "obliges" tout le monde à écrire n'importe
quoi, même des mots illisibles, sans queue ni tête,
mais sans s'arrêter, sans avoir le droit de lever son crayon
! Et toi, tu te mets suffisamment loin pour que personne ne te
soupçonne de lire derrière le dos. Tu verras, c'est
déjà pas triste. Puis, au bout de quelques minutes
(au début pas plus de 2 ou 3 minutes), tu arrêtes
tout ton monde, tu demandes à chacun de "regarder"
(pas de lire!) ce qu'il a fait...., tu prends la poubelle et
tu demandes à tous ceux qui le veulent de jeter son papier
à la poubelle. Et puis peu à peu tu pourras un
peu augmenter le temps, tu verras qu'il y en a beaucoup qui ne
jetteront plus, que certains te feront voir leurs textes, voudront
le corriger, le transformer.... Tu auras créé une
dynamique. Tu pourras plus tard réutiliser l'écriture
automatique un peu comme la sophrologie : c'est aussi un exercice
thérapeutique. Ce sont les surréalistes qui l'ont
inventé.
L'objectif c'est :
- casser la peur d'écrire mal, faux, scolairement
incorrect.
- casser le fait qu'à l'école on écrit
toujours... pour le maître.
- casser l'idée du jugement du maître ou
des autres.
- induire que l'on peut "se permettre".
- redonner à l'écriture son vrai sens.
(j'ai eu des petits qui ne savaient évidemment pas écrire
qui participaient à cet atelier ... et qui ont donc bien
commencé à écrire sans savoir écrire
et c'est à partir de cet écrit là... qu'ils
ont appris à...écrire !!)
Et puis il y a tous les exercices des ateliers d'écriture
collective, à condition qu'ils ne soient pas fait pour
"obtenir quelque chose de montrable" dont le principe
de base est le cadavre exquis à partir de quoi tu peux
extrapoler et inventer mille règles différentes
(les enfants en trouveront tous seuls!). Alors quel plaisir de
créer traversera ta classe !
Bernard Collot
J'imaginais bêtement que le plus dur serait de les
faire écrire; et bien non c'est pas le plus dur c'est
plutôt maintenant : "qu'est ce que je fais de tous
ces textes bruts, comment je les corrige ?"
Je ne sais pas s'il y a des règles, en tout cas je
peux te dire ce que je fais, après m'être un jour
posé la même question que toi.
D'abord, je pense qu'il ne faut pas tout corriger à
fond. Une correction n'est utile que si elle est faite avec l'auteur.
Le plus important n'est pas à mon avis l'orthographe et
la grammaire des phrases. Il s'agirait plutôt de l'enchaînement
des idées, la cohérence du récit, ce qui
fait que la pensée de l'auteur peut être comprise
par les autres. Ce type de correction impose que tu parles individuellement
avec chaque enfant de son texte. C'est long et cela suppose de
long moments d'activités autonomes des autres.
Maintenant, dans ma classe (CM1,CM2), je limite la longueur des
textes à une page, cette concision oblige souvent à
l'éclaircissement de la pensée. Je
corrige rapidement l'orthographe et demande de réécrire
quand c'est trop confus. Ensuite l'enfant recopie son texte encore
imparfait dans son cahier
de français, il le tape aussi tel quel à l'ordinateur.
C'est ce texte qu'il lira à la classe dans les temps de
présentation des travaux. Quand l'enfant aura écrit
3 textes, il en choisira un, qui sera complètement mis
au point, en partie avec moi, en partie avec le reste de la classe.
Ces textes seront publiés dans le journal de l'école,
lus devant d'autres enfants, les parents...
Ils pourront servir de support à des apprentissages d'orthographe,
ou de grammaire. Tout comme les autres textes corrects qui circulent
dans la classe (littéraires, documentaires...)
Ces quelques indications succintes, décrivent ma pratique
actuelle, qui n'est pas celle d'il y a un an. Il y a un équilibre
à trouver entre la production des élèves
et les capacités de traitement de ces productions par
le maître (qui ne peut pas y consacrer trop de temps) et
la classe (qui a d'autres projets à mener). Il est peut-être
important aussi de se redire pourquoi l'on souhaite que les enfants
pratiquent le texte libre, mais c'est une autre question.
Michel Xufré
Comment parler de "texte libre" quand on est
en maternelle avec 30 élèves, ou en CM2 dans une
école de 10 classes ou en classe unique... on ne peut
pas aborder de la même façon la question du texte
libre !
- Tout d'abord, la première chose qui me vient à
l'esprit c'est l'article paru dans le numéro 105 du Nouvel
Educateur (janvier 99) : "deux sortes de
textes pour apprendre à lire et à écrire"
: un article basé sur le travail de Danièle De
Keiser : une approche simple, efficace et pragmatique pour
parler du texte libre au CP. Cet article a l'intérêt
de faire le lien avec la question de l'apprentissage de la lecture
et de l'écriture.
- tu as écrit "une demi-heure de texte chaque
lundi matin..."
je parle sans vraiment connaître ta classe, mais à
priori, ça me semble trop peu de temps pour qu'il puisse
y avoir "épanouissement de la technique du texte
libre" car il faut que tu te dégages du temps pour
:
- faire écrire tes élèves ou prendre
leurs textes en dictée à l'adulte, sans compter
le temps de l'illustration du texte (capital à l'âge
de tes élèves d'accompagner l'écrit avec
un autre mode d'expression : le mieux c'est le dessin qui accompagne
le texte (utilise pour cela de grands cahiers de travaux pratiques)
- du temps de présentation à la classe (capital
pour que des échanges à partir du texte aient lieu,
pour que la valorisation puisse se faire, pour que des pistes
d'activités puissent éventuellement se dégager).
(une lecture de son texte au micro, ça change beaucoup
la relation à l'écrit face au groupe)
- du temps pour que tes élèves puissent écrire
plusieurs textes dans la semaine (réserve-toi au moins
deux plages horaires dans la semaine où tu annonces que
là, tu es disponible pour aider à écrire
des textes)... Et comme tu n'as pas trop d'élèves,
le texte libre peut même être quotidien...
Je dirais aussi : pas de "petits jeux" sinon, c'est
foutu : il faut viser directement l'expression personnelle et
la plus authentique possible de chacun; pour cela, tu peux puiser
dans plusieurs choses :
- l'entretien du matin (ou "quoi de neuf ?") (note
les pistes dans un cahier, tu les ressortiras au moment voulu)
- le dessin libre, commenté sous la dictée à
l'adulte.
- tout ce qui peut être saisi "au vol" à
tout moment de la journée et ce par quoi, tu sens que
l'enfant est habité.
- et puis enfin, toi, tu es présent ! tu dois avoir une
attitude d'écoute,
à la fois attentif mais aussi rigoureux et structurant
:
- Ainsi, au moment d'écriture des textes ; Quand l'enfant
veut écrire quelque chose (il veut laisser une trace,
ce n'est donc jamais un acte anodin...) essaie de voir où
il veut en venir : veut-il informer ? veut-il faire rire ? veut-il
poétiser ? veut-il parler de choses importantes ? Réfléchir
sur un sujet ? veut-il chanter ?...
- soigne aussi le moment de présentation à la classe
: le temps de lecture des textes (texte cela veut dire aussi
chanson inventée, ou dialogue théâtralisé,
poème, ...)
C'est la visite il ya quelques mois chez un copain du groupe
(Marcel Thorel) qui m'a remis en évidence l'importance
de ce moment de la présentation à la classe : l'ambiance
de la classe, les remarques des enfants (comme celles du maître)
faisaient que le texte et l'expression de l'enfant était
replacés dans la trajectoire personnelle de l'auteur ;
vu de l'extérieur, j'avais le sentiment que chaque texte
était en devenir : un rappel sur les productions passées
d'un l'enfant, une remarque pour valoriser tel ou tel aspect
d'un autre, une remarque qui donne une ouverture, une orientation
sur une nouvelle piste à explorer (mettre en chanson,
transformer en BD...), le questionnement sur un mot nouveau,
une remarque sur une structure particulière du récit,
qui enrichit la culture
de la classe,...
Aucun texte ne tombe à plat, il y a toujours une chose
à dire, ainsi chaque
texte offert au groupe, apporte un plus à la classe.
Ainsi le groupe-clase
s'enrichit au fur et à mesure de l'apport de chacun dans
un allez retour
entre moment de centration sur soi (écriture de texte)
et moment de présentation au groupe.
Dans la classe, le texte libre peut être une technique
annexe d'appoint pour faire écrire, genre rédaction
libre (et c'est déjà quelque chose !), tout comme
il peut devenir central : un moteur de la classe au service de
l'expression - et des apprentissages... là , on entre
dans une autre logique de fonctionnement.
Patrick Pierron
Il y a des questions que j'avais envie de poser depuis
un moment, mais je n'osais pas. Je me disais que je n'étais
pas "assez Freinet", que j'allais me faire jeter. Et,
à l'occasion d'une autre discussion (sur la motivation),
Bernard Collot fait référence aux textes libres
"obligatoire" de Paul Le Bohec. Ca me donne l'envie
de poser mes questions car, moi, c'est comme ça que je
fais (textes libres "obligatoires). Ma pratique a été
confortée à la lecture de son livre "Le texte
libre libre".
Moi, ça ne m'embête pas de dire que j'ai fait et
que je ferai encore des moments " obligés "
de textes libres. Je le dis d'autant plus facilement qu'il n'y
a pas de honte là-dedans, et que je le fais de manière
complètement dédramatisé car ce me semble
être un passage obligé. Ainsi, au début d'année,
on apprend ENSEMBLE à écrire nos textes libres,
et dans le même temps où l'on produit, l'entraide,
la
confrontation des écrits est capital. L'écriture
individuelle dans un moment
où tout le monde écrit, apporte une aide structurante,
qu'on désire écrire seul ou à deux, on peut
s'entraider.
Comme on ne met pas l'enfant devant sa feuille blanche, au même
titre, on ne renvoie pas l'enfant à sa solitude d'écrivain
(d'ailleurs peut-on vraiment le considérer comme "
écrivain " s'il n'a aucune pratique antérieure
?)
Quand on pense à la classe, il me semble qu'on ne peut
pas faire abstraction d'une progression, d'une évolution
qui doit être celle de l'instit, mais qui est celle aussi
du groupe-classe. Ainsi, je ne dis pas, une fois que l'activité
et l'attitude d'écrivain est intégrée dans
les esprits, on peut très bien imaginer déstructurer
ce moment pourquoi pas, cela dépend de beaucoup de choses
en particulier du degré d'autonomie et de libre expression
des enfant, du degré d'auto-organisation de la classe...
vraiment de beaucoup de choses. C'est à l'instit à
voir, à tâtonner, à sentir le mouvement.
Y'a pas de règle.
- " Le texte libre obligatoire " ? bien sûr
qu'au début c'est obligatoire ! mais là aussi on
peut le revendiquer. faut savoir ce qu'on vise avant tout. T'es
bien obligé de mettre les enfant dans une situation d'écriture
pour qu'ils se mettent à écrire. Ca va pas tomber
du ciel ! Ce n'est que dans l'accumulation de ces petits moments
de valorisation de plaisir ressenti dans l'activité que
les enfant vont pouvoir vraiment goûter au plaisir de l'expression
écrite, de la communication de leur écrit.
1) Comme tous les enfants produisent en même temps (au
fait, ce sont 23 élèves de CE1), comment pourrais-je
m'y prendre pour faire la correction de l'orthographe ? J'ai,
en effet, remarqué qu'il était très profitable
de corriger avec l'élève à ses côtés
(on commente, etc...). Mais je n'y arrive pas car la séance
devrait durer trop longtemps. Je corrige donc chez moi. Cela
ne me satisfait pas. Je sais, je devrais utiliser un plan de
travail, faire que chacun écrive quand il en a envie :
ça résoudrait mon problème mais, pour l'instant,
je ne suis pas prêt à ça.
2) Autre question : il y a 3 "étapes" que
j'impose aux enfants lors des séances d'écriture
:
- le premier jet (que j'appelle "brouillon A"),
- le "brouillon B" (c'est à dire le "brouillon
A" sans les erreurs orthographiques)
- la copie dans le "cahier d'écrivain" (la même
chose, très bien écrite et illustrée, dans
un cahier de travaux pratiques). Même si, à terme,
je pense faire sauter une étape (le "brouillon B"),
les diverses copies sont parfois fastidieuses. Dans ces conditions,
les enfants produisent un texte toutes les 2 ou 3 séances
et je trouve que c'est trop peu. Or, j'ai cru comprendre, par
le livre de Paul Le Bohec, que ses élèves produisaient
un texte chaque jour. Comment cela est-il possible ? Comment
s'organiser pour cela ?
Philippe CHATAGNAT
- tu fais d'abord écrire le brouillon au crayon de
bois ou alors, pour garder la trace des tâtonnement, au
stylo, espacé d'une ligne avec une grande marge
- En CE1, tu peux faire encore dictée à l'adulte
tu écrit sous dictée et l'enfant recopie sous la
ligne. Encore faut-il que l'enfant vient avec son
idée en tête déjà toute faire. Ca
peut être dit.
- Dis toi bien aussi, qu'au moment de l'écriture du texte,
l'important ce n'est pas l'orthographe mais ce qu'on dit. Alors
corrige toi-même en vitesse
les fautes les plus difficiles et ne souligne que celles qui
te semblent le plus accessible pour une correction rapide.
- Le 1er brouillon, les enfant peuvent déjà
l'avoir préparé en dehors du temps d'écriture.
- Il faut aussi se dire qu'on peut accepter les petites écrits,
pas toujours aussi beau qu'on pourrait soi les imaginer. Ce qu'il
faut viser c'est la profondeur ou l'authenticité de l'expression,
parfois une petite phrase bien forte suffit.
- Si les enfants ont acquis un peu plus d'autonomie, tu divises
ta classe en deux pour ce moment d'écriture collective
: 1er groupe écriture de textes,
2me groupe activités individuelles (sur fiche ou autre).
- Enfin, pose tes propres interrogations aux enfants : dis leur
ton souci de les voir plus écrire, voyez ensemble comment
faire. Laisse-les parler de leurs propres productions et laisse-leur
faire des propositions pour améliorer d'abord uniquement
la quantité et la rapidité (pour la qualité
faudrait en parler, mais c'est encore une autre histoire...).
Fixez-vous un contrat, un temps et des conditions précises
d'écriture. Au prochain conseil vous évaluez vos
résultats.
Patrick Pierron
Il est impossible de passer d'un seul coup d'un état
à un autre (d'une logique à une autre). Si on se
resitue dans cette problématique, il n'y a aucune honte,
aucune gêne à avoir parce que l'on "ne fait
pas" ce que l'on croit que la "pédagogie DOIT
être". Je considère que ceux qui prétendent
qu'ils sont arrivés à une certaine pratique par
simple application d'une bible sont des menteurs. Au contraire,
je pense ce sont les vrais et seuls problèmes qui valent
la peine d'être évoqués. Comment on peut
transformer ou faire évoluer et non pas à quoi
doit ressembler notre pratique. C'est vous les vrais "chercheurs"
qui posez de vrais problèmes et qui du coup faites entrevoir
des pistes. La réflexion la plus solide est celle qui
est produite par les petits faits quotidiens !
- les fichiers auto-correctifs : pour ma part je les ai d'abord
utilisés parce que... c'était bien pratique ! (plus
d'exercices à préparer, beaucoup moins de corrections
à faire, pendant qu'ils faisaient cela, ils me fichaient
la paix !!!). Puis je me suis aperçu qu'ils servaient
surtout de prétexte pour permettre
aux enfants de se... déplacer. Les fichiers apprenaient
aux enfants à se déplacer et à avoir une
raison de se déplacer. Du coup, peu à peu, eux
comme moi on a commencé à organiser la classe en
fonction des déplacements possibles et nécessaires.
D'autre part, ces fichiers ont contribué à ce que
les enfants attendent de moins en moins de moi le jugement (juste-faux).
Renversement de l'action "pour la satisfaction du maître".
Pour moi les fichiers auto-correctifs, c'était encore
un "truc" Conquérir l'autonomie ! Un bon copain
avec qui j'avais mené l'aventure des classes uniques et
qui se frotte volontairement depuis 2 ans à une école
à 7 classes m'a téléphoné hier :"Ca
y est, on commence juste à laisser tomber les fichiers!".
Et au début, l'utilisation des fichiers a d'abord été
collective avec leçons ! Et puis au fur et à mesure
que cela a été possible cela a été
de plus en plus individuel, le plan de travail est devenu un
peu plus utile etc....
Lorsque je suis arrivé en classe unique à 35 ans,
je me suis vraiment retrouvé comme un débutant(et
les enfants aussi!). Et bien sans vergogne les petits ont fait
des maths... avec les fichiers hachette ! Et au début,
tous ensemble à la même page ! Cela m'a permis (et
à eux aussi) d'une part de ne pas avoir à tout
chambouler en même temps, d'autre part à reprendre
ce problème des maths à la base et de le faire
évoluer au fur et à mesure que l'ensemble se transformait
: autonomie, confiance en soi... et pour moi découverte
de la conquête du langage mathématique.. sur le
terrain.
Tout ce que j'avais pu apprendre avant avec Paul, Bernard M,
les gens de l'APM au moment exceptionnel des
"maths modernes" ne me servaient à pas grand
chose : il m'a fallu des "trucs" pour faire ma propre
construction en même temps que les enfants... et du coup
de faire différemment de ce que faisaient
- textes libres et corrections : Le point de départ,
c'est presque toujours la... rédaction ! Dire aux enfants
à partir de là "vous pouvez écrire
ce que vous voulez, quand vous voulez, comme vous voulez"
d'une part c'est quasi incompréhensible pour eux, d'autre
part t'imagines le bordel flanqué dans l'ordre péniblement
instauré ! C'est l'explosion assurée. Mais on peut
réduire les risques en ne le faisant que dans un moment
parfaitement délimité, même si c'est "obligatoire"
! Et dans ce moment on peut utiliser d'autres "trucs".
par exemple le maître fait aussi un texte, et le plus "nul"
possible (ça ouvre les horizons autant qu'un texte de
Prévert : oui on peut écrire même si on n'est
pas Prévert!).
Le problème est bien entre la nécessité
de faire progresser techniquement l'expression et celle de permettre
l'expression. Peut-être, dans un premier temps, pourquoi
ne pas carrément distinguer les 2 ? Tant pis si ce sont
des "exercices", des corrections collectives, à
qui sont dévolu le rôle technique.
Moi aussi j'ai été débordé par les
corrections que je croyais indispensables et qu'en plus je voulais
à chaque fois.. expliquer ! Finalement j'ai eu de la chance
encore une fois : celle de ne pas y arriver(ou d'être flemmard).
Ce n'est qu'au moment où l'expression a pris le pas sur
l'exercice ou l'exploitation que j'ai pu disposer du temps pour
être à côté de l'enfant et l'aider
à se corriger sur le tas.
Dans un second temps, un troisième temps, un quatrième
temps.... je ne sais pas ce qui se passera ! J'avais la chance
d'être en classe unique et d'avoir à ma disposition
des milliers de temps ! D'où un autre problème
de "trucs" : comment quand on n'a pas tout ce temps
introduire des ingrédients qui permettent d'accélérer
un peu, juste un peu, les processus ?
- Le plan de travail : Dans mon premier plan de travail, en
1960 (!), il y avait les exercices de Bled et des "problèmes"
à faire "obligatoirement" dans la journée
! Mais c'est comme cela que les enfants comme moi on a appris
à structurer le temps d'abord, d'une façon un peu
plus complexe que ne le faisait "l'emploi du temps",
. Et pour moi, c'était de l'ordre de la commodité
(classe rurale hétérogène). Ce n'est que
peu à peu que le plan de travail a permis et structuré
cette fois l'activité et l'espace et qu'il a appartenu
aux enfants et au groupe.
Bernard Collot
Pour ma part, je pratique le texte libre quotidien avec ma
classe de CE2/CM1
(25 élèves). Chaque enfant a eu obligation de produire
un texte par jour (c'est la seule obligation dans leur plan,
avec les créations math). Cette production est liée
à un brevet d'écrivain dont "l'épreuve"
est de produire 10 textes d'affilé. Le soir chaque enfant
vient lire son texte. En conseil, il a été décidé
de faire une lecture des CE2, mais toute la classe vote, idem
pour les CM1. Les deux textes élus 1 CE2 et 1 CM1 vont
dans le journal.
Chez moi, je corrige intégralement pour les 2 textes,
ou partiellement pour les autres (je mets le passage corrigé
entre crochets). Le lendemain, les
enfants doivent recopier la partie corrigée sur leur feuille
de TI (il y a également un brevet sur la recopie).
Les années précédentes, j'ai tout essayé
(correction collective, individuelle avec tentative d'un cahier
de français reprenant les erreurs collectives et/ou individuelles,
présentation de textes une ou deux fois par semaine...),
rien n'était satisfaisant (trop lourd, trop long) tout
ça pour une "production" moyenne. Cette année,
les progrès en orthographe, etc... sont flagrants (je
suis tranquille côté parents) mais surtout les textes
semblent se rapprocher de ce que
décrivait Paul Le Bohec dans ces bouquins. Les "choses"
abordées peuvent être fortes, de tous ces petits
(ou gros) drames qui entravent un individu, ou plus
légères, mais ces moments d'échanges (ou
de dons au groupe), via les textes sont devenus incontournables.
Cette pratique quotidienne permet de "gratter" en profondeur,
une fois que s'éliminent les superficialités. Elle
a, une fonction thérapeutique, comme
"l'exercice" décrit par B. Collot. Mon désir
était de libérer cette expression, les préoccupations
plus "scolaires" venant bien après et comme
dit Paul, le plus tard possible (je me dégage de plus
en plus de cette pression).
Dans le même ordre d'idée, je me pose de plus en
plus la question de l'intérêt de l'outil classeur
(ou cahier) dit "mémoire", en français
(peut-être aussi en math d'ailleurs). Les enfants n'y vont
pas, n'ont pas ce réflexe malgré que les encouragements
à y aller puiser ce qu'ils ne savent pas. La plupart du
temps ce cahier (ou ce classeur) ne sert que de support à
des leçons et vise à rassurer les parents, il n'a,
à mon avis, qu'une fonction extérieure.
Cette année, nous avons un cahier de français et
de math, mais il n'y a rien dedans. Le fait de recopier, d'être
entouré de textes sans erreur, ne suffisent-ils pas, dans
la majorité des cas, à acquérir en primaire,
une orthographe correcte ?
Philippe Lamy
Atelier d'écriture, vaste programme... atelier fourre-tout,
héritage des salons littéraires, des fadas de l'Oulipo
et parfois atelier limite pseudo-psycho thérapie de groupe
à la sauce sectaire...
Sujet propre à relancer le débat sur la contrainte
et l'art (ou le cochon)...
En ce qui concerne les élèves, quelques éléments
que j'avais trouvé intéressants:
- la production d'écrit passe toujours avant... pas de
leçon de grammaire, de conjugaison a priori.
On commence par écrire.
- les situations du type Réécriture (Exercices
de style de Queneau), souvent recommandées parce que "riches"
en contenu (on peut "faire" le conditionnel, les synonymes,
l'adverbe...) et décriées parce que très
contraignantes (Récrivez le texte au passé, sans
utiliser la lettre n, en alexandrins et en plaçant les
mots fourchette, embrayage et syndicaliste) ont un avantage-surprise
: peu de charge
"affective" (ce n'est pas mon texte, donc on ne jugera
pas ce que j'ai inventé...). Un peu comme en musique,
on pratique ses gammes, tranquille, pas besoin d'interpréter
avec sentiment, on fait juste travailler la mécanique...
Des gamins accrochent bien à ça. Et rien n'oblige
à fermer la consigne : un collègue avait juste
expliqué le principe de la réécriture, laissé
le bouquin de Queneau à disposition et petit à
petit, les élèves avaient produit une bonne cinquantaine
de versions de la même histoire, en
définissant eux-mêmes la contrainte.
- la plupart des situations sont ludiques.
- certaines situations demandent une écriture collective
Les ateliers (comme tant d'autres choses) peuvent constituer
un moyen adapté à
certaines situations, certains moments, mais sûrement pas
une fin ou une méthode miracle qui permettrait de "faire"
tout le programme en épanouissant tous les enfants. Voici
un document concernant les ateliers d'écriture : vingt
et un principes gouvernant l'atelier d'écriture :
1- Neuf à treize personnes, à table, en cercle,
carré ou rectangle, font un bon groupe.
2- Trois heures de travail consécutives font une bonne
unité de temps. Quatre fois trois heures font un bon
cycle minimal.
3- Trois situations d'écriture (trois productions par
personne) dans une séance de trois heures font un rendement
minimal.
4- Par principe, tous les participants écrivent. Le cas
échéant, on ne peut obliger personne à écrire.
5- L'animateur écrit. Qu'il ne tente pas de cacher sa
propre maîtrise (quand il l'a !).
6- Par principe, tout texte écrit est lu à voix
haute par son auteur (variante par un autre que lui). Le cas
échéant, on ne peut obliger personne à lire.
7- Après un temps d'écriture, la première
personne à lire son produit est volontaire. Ensuite,
on lit dans l'ordre du tour de table, en partant de la droite
(ou de la gauche) du premier lecteur.
8- Les situations d'écriture sont fondées sur quatre
types de consignes qu'il est possible de combiner :
- consignes de situation de groupe
- consignes de structure du texte
- consignes dans le langage
- consignes de contenu : jamais ! (sauf exception).
9- Les consignes ont un aspect ludique. Elles sont surtout choisies
et situées dans le cadre d'un enchaînement méthodique.
10- L'atelier d'écriture découpe artificiellement
en exercices partiels le travail du texte.
11- Dans un atelier d'écriture, un texte doit être,
à un moment donné, soumis à " re-travail
", dans une perspective de transformation plus que de perfectionnement.
12- Le projecteur critique est mis sur le respect, ou non, des
consignes données.
13- L'animateur n'est ni un chaman, ni un amuseur public. C'est
la qualité de la consigne (et sa clarté d'exposition)
qui produit à 51 % au moins un travail efficace.
14- Par principe, l'animateur a la plus haute idée des
capacités intellectuelles des stagiaires.
15- Le langage est manipulable.
16- L'atelier d'écriture ne concerne qu'une partie de
ce qu'est l'acte d'écrire.
17- L'atelier d'écriture n'est pas un atelier d'expression.
Cela ne veut pas dire qu'on ne s'y implique pas, de fait. Les
formes ne sont jamais vides.
18- Il n'y a pas d'écriture authentique, perdue, à
retrouver, que la méchante école de la méchante
société aurait tuée .
19- L'atelier d'écriture multiplie les éléments
d'information sur la littérature il s'efforce de situer
les pratiques contemporaines selon qu'elles adhèrent ou
s'opposent à des pratiques passées.
20- L'atelier d'écriture peut contribuer à former
des lecteurs ou des enseignants de l'écriture (passage
obligé, dans cette perspective, par la pratique).
21- L'atelier d'écriture prend tout son intérêt
(qui n'est pas mince) dans la modestie de ses objectifs : il
ne prétend mettre sur pied qu'une situation ponctuelle
et artificielle d'écriture.
Philippe COLINOT
En début d'année pour l'écriture des
textes (et pour d'autres activités), j'impose aux enfants
nouveaux des moments précis (deux fois par semaine :
lundi et jeudi) et je me sers aussi de déclencheurs que
je trouve notamment dans "la Grammaire de l'imagination"
de Gianni Rodari. Au fur et à mesure de
l'appropriation de l'organisation de la classe par les enfants,
de la mise en place de projets plus personnels et l'impulsion
donnée par les anciens :
certains enfants vont se détacher de cette obligation
et prendre leur cahier quand ils ont vraiment quelque chose à
écrire, d'autres vont continuer à
utiliser les moments que j'ai donnés, la plus part écrivent
pour une destination précise (journal, correspondance,
documents, exposés...) rares
sont ceux qui écrivent juste pour écrire.
Cette année, les moments de travail personnel se sont
élargis, les enfants en étaient très demandeurs.
J'ai dû modifier le plan de travail pour que les
enfants aient plus d'emprise personnelle, j'ai dû aussi
adapter les moments de mise en commun..
Pour en revenir à la correction.
Pour éviter les recopiages successifs qui peuvent freiner
certains "écrivains", ils écrivent au
crayon à papier. Dans un premier temps je signale par
un code l'erreur qu'ils peuvent corriger seuls, je réécris
au stylo noir celle qu'ils ne peuvent pas. Ils visualisent ainsi
mon intervention et voient leurs progrès. Certains mots
utiles et/ou qu'ils utilisent seront rajoutés à
leur liste de mots personnels. Pour la correction des phrases,
l'amélioration....C'est à côté de
l'enfant que je travaille, mais j'en prends alors qu'une partie
: le dialogue par exemple. Sinon, c'est impossible. Le fait
d'avoir plus de moments personnels
me permet aussi d'être plus disponible pour ces corrections
et de travailler en fonction des réels besoins.
J'essaie que chaque texte soit corrigé au niveau orthographique...
Mais pour l'expression , l'amélioration, je prends un
extrait du texte de l'enfant et je travaille avec lui. Je ne
fais plus les "toilettages" collectifs d'un texte.
Ce qui n'empêche pas une mise en commun si utile et un
échange de savoirs entre eux. Ils mettent au propre à
l'ordinateur ou à la main selon la destination de leur
écrit. Souvent lorsqu'ils saisissent leur texte, ils améliorent
encore
certaines phrases.
Tout ce travail d'écriture et de correction avec l'enfant,
m'évite les "leçons systématiques"
d'orthographe et de vocabulaire et me redonne ce temps si cher
pour les travaux personnels, de petits groupes et à côté
des enfants... Mais rien n'est définitif, cette année
c'est ainsi car j'ai eu la chance de
Catherine Chabrun
Je suis en CP et la correction des textes libres est un peu
différente pendant la découverte de l'écrit-lire
( quoique...). Aussi je vais te dire ce que nous faisons dans
l'école (école Martinon, en Gironde, équipe
en Pédagogie Freinet, 4 classes + 1 classe intégrée
de jeunes sourds)
1- Tout à corriger en même temps :
Même si les enfants écrivent tous au même
moment, ils ne terminent sans doute pas tous en même temps
- peuvent-ils écrire un texte sur plusieurs jours ? Pour
différer le moment d'arrivée des textes pour la
correction, peut-être peuvent-ils commencer l'illustration
du cahier d'écrivain en n'en étant qu'au "brouillon
A".
2 - Les 3 étapes des séances d'écriture
Pour corriger un texte, je ne demande pas à l'enfant de
tout corriger, mais de corriger un passage - une dizaine d'erreurs
- ou de ne corriger qu'un certain type d'erreur à travers
tout le texte (ponctuation, accords du noms,temps... ) suivant
la fréquence des erreurs, la compétence de l'enfant.
Le plus souvent je corrige donc le texte hors de la présence
de l'auteur, mais je commente avec lui le choix d'erreurs à
corriger. Cette correction peut donner lieu à une recherche
avec un autre s'affrontant aux mêmes difficultés.
Cette recherche sera présentée à la classe,
donnera lieu à une fiche conservée par tous, si
on tire de la recherche une règle acceptée par
la classe.
Le texte corrigé est recopié. Il peut alors être
présenté aux camarades. La
correction se fait sur la 1ère épreuve du texte,
nous ne pratiquons pas ton
"brouillon B" qui nous semble alourdir plus qu'aider
dans le travail.
La correction et l'exploitation des textes des enfants sont
à adapter à la classe, à l'enfant que ça
ne devienne pas un pensum qui ferait qu'on écrit moins
(moins souvent ou moins long) parce que ce sera pénible
à recopier ou à corriger. Dans cet esprit il m'arrive
de recopier moi-même le texte quand celui-ci me semble
être une entrée "en écriture" que
je craindrai de casser en y adjoignant un exercice trop contraignant
pour cet auteur débutant.
Je parle ici en tant qu'enseignant de cycle 2, mais les exigences
restent les mêmes en cycle 3 s'adaptant aux enfants et
à leur habitude de cette façon de travailler.
Jean-Luc Bellue - classe de CP
J'avais d'abord envie de dire qu'en 7 ans de collège
(classe de transition), 5 ans de classe unique, 16 ans de cycle
3, je n'ai pratiquement jamais été amené
à
obliger les enfants à écrire. Je me suis toujours
abstenu de les obliger à écrire des textes libres.
Le journal scolaire a toujours été un moteur suffisamment
puissant pour que les enfants écrivent. Je pense que justement
ce qui caractérise le texte libre c'est qu'on a le droit
de ne pas en écrire! (cf. Clanché à ce propos).
Ceci dit, il est toujours possible d'avoir une discussion à
ce sujet avec les élèves en réunion de coopérative
si l'absence d'écriture de textes est un problème.
Dans le pire des cas, s'il y avait des récalcitrants,
il y a suffisamment d'autres occasions d'écriture dans
la classe (correspondances, enquêtes, compte-rendus, conférences,
etc.) pour que chacun trouve des occasions d'écriture.
Et si j'avais à faire écrire certains, je leur
demanderais de faire un travail d'expression écrite, pas
de texte libre "obligé". Qui plus est, les mises
au point collective ou en petit groupe des textes donne à
tous l'occasion de travailler à l'amélioration
de l'écrit.
Je n'ai utilisé qu'exceptionnellement et uniquement en
collège (classe de transition) certains jeux d'écriture
pour déblocage. Je me méfie de ces
techniques qui finissent par faire croire aux enfants que l'expression
écrite se réduit à ça.
Je voudrais rappeler que, pour débloquer l'expression,
l'entretien, l'expression corporelle, le dessin libre, le théâtre,
etc. jouent un rôle
particulièrement efficace. Cette année, en CE1-CE2
avec des enfants qui n'ont aune habitude de travail de ce type,
la production de textes est abondante et de qualité sans
obligation d'écriture. Leur premier journal (recueil de
textes) a été un outil de valorisation. Sa sortie
a été un moment fort de la vie de la
classe. Pas besoin de pousser pour qu'ils écrivent avec
comme objectif le prochain journal ou l'envoi de leur textes
à leurs correspondants.
Chacun écrit lorsqu'il le souhaite, sur le sujet de
son choix et dans la forme de son choix, seul ou en collaboration.
La seule séance obligatoire est celle de mise au point.
J'alterne séances de correction collective de texte et
séances de correction individuelle ou à deux pour
faire jouer des compétences différentes et permettre
la correction d'un plus grand nombre de textes. Il va de soi
que, privilégiant l'expression, je laisse écrire
les enfants sans contraintes orthographiques ou grammaticales,
je dose également la difficulté des corrections
en fonction des enfants et que j'en assure une bonne part. J'ai
deux cahiers pour les textes libres (brouillon et textes corrigés).
Je limite aussi la quantité de copie quitte à copier
moi-même une partie ou à ce que l'entraide fonctionne.
Certains qui ont des problèmes de motricité fine
tapent le texte à l'ordinateur.
Jean-Marie FOUQUER
Effectivement, comme le signale J.M. Fouquer, la première
liberté serait celle de ne pas écrire. Dans nos
pratiques, on trouve toutes sortes d'écrits mais je ne
pense pas que tout soit texte libre. Du compte-rendu en passant
par l'écrit collectif, la lettre ou je ne sais encore
quel type d'écrit que nos bons didacticiens ont su décrire
et qui sont manipulés dans nos classes, il en existe un
que est notre spécificité, et c'est bien le texte
libre. Et s'il a bon nombre de détracteurs, c'est que
ces derniers ne savent pas de quoi il s'agit.
J'ai attendu des années avant de pouvoir percevoir ce
que pouvait être, pour moi, un texte libre. Au bout de
15 ans de pratique, j'ai l'impression qu'il se rapproche du récit
de vie, mais sous des formes plus insidieuses, plus secrètes.
Le texte libre n'est peut-être pas seulement l'écrit
que l'enfant a livré quand il voulait, sur ce qu'il voulait.
C'est peut-être bien davantage que cela. Ce que j'appelle
texte libre dans ma classe, c'est le texte qui vient souvent
au moment où on ne l'attendait pas. Ce texte où
l'enfant se fixe ses propres contraintes d'écriture (et
oui, on est bien dans la dialectique de la liberté et
de la contrainte) pour charger son écrit d'intensité,
d'émotion. Ce texte peut apparaître aussi bien sous
forme de fiction que sous forme poétique. De façon
générale, je pense que le texte libre n'a pas de
forme définie. Il échappe aux règles, aux
classements, tord parfois le cou aux règles d'écriture.
Et c'est pour
cela que quelque part, il agresse et dérange un peu le
formalisme pédagogique.
Un seul signe : il est habité de la vie de l'enfant, de
ses fantasmes, de ses émotions, de ses craintes, de ses
joies, de ses coups de gueule. Alors, c'est bien le texte qui
est libre, libre de dire ce qu'il veut, comme il veut, quand
il veut, à partir du moment où il a quelque chose
à dire. Et c'est bien entre autre dans nos classes que
circule la liberté de parole. Ainsi, l'enfant accède
à la liberté par le biais du texte libre.
Comment ça marche ? Je n'en sais rien.
- Une remarque : tous les enfants ne produisent pas de texte
libre.
- Un constat : il faut aménager un maximum d'espaces d'écriture
(tous les jours par exemple).
- Un conseil : ne pas être trop pressé : cela ne
vient pas tout de suite. La liberté a besoin d'être
en confiance.
Dominique Tiberi
Ca peut être bien de proposer des jeux littéraires
(la Grammaire impertinente de Yak Rivais aus éd. RETZ,
et pratiques de jeux littéraires en classe du même
auteur.), mais personnellement je n'ai jamais utilisé
ce procédé Je me suis toujours efforcé à
trouver DANS l'expression des enfants les pistes, les ouvertures,
les richesses qu'elle décelait.
C'est un travail à la fois très formateur pour
le maître : il faut être à l'écoute,
être attentif aux différentes formes d'expressions
que les enfants
utilisent et aux propositions qu'ils font - parfois sans le savoir
-.
Je pense que, comme pour les sportifs, c'est une affaire d'entraînement
que de se sensibiliser à l'expression de l'enfant. C'est
aussi une affaire de dynamique de classe : il faut améliorer
l'atmosphère de la classe, il faut la " conditionner
" l'orienter vers l'écoute, afin que cela devienne
le souci du groupe-classe de chercher à prolonger les
propositions des enfants. C'est ce vers quoi je m'efforce de
tendre.
-enfin en partant des propositions de l'enfant, ce dernier saisit
la demande
implicite du maître, et il tente d'y répondre :
il devient attentif à l'autre, comme il apprend à
prendre distance avec son expression. Cette orientation du travail
ne me donne pas assez de place pour multiplier les " jeux
déclencheurs "
PS : En préalable (incontournable) j'aurais du souligner
aussi l'importance
d'enrichir le milieu classe pour multiplier les expériences
des enfants (ateliers, jardin, bricolage, arts, textes libre,
etc), c'est la première phase.
Patrick Pierron
J'ai moi aussi 23 CE1. Je vais expliquer mon organisation
qui va te vendre le plan de travail. Les enfants doivent faire
deux textes dans la semaine libres ou sur des sujets de la vie
de classe ou du quoi de neuf. L'obligation c'est d'écrire
pour les enfants en panne je propose des fiches aides ou des
déclencheurs. Sur la partie de travail individuelle il
y a une par où je reste disponible pour aider et c'est
à ce moment que je corrige individuellement avec les enfants
les textes. Chaque semaine nous corrigeons deux textes en demi-groupe.
Les remarques sont tapées par moi ainsi que le texte corrigé
et sont rangées dans un classeur de français.
Pour l'orthographe, j'utilise la méthode de Michel Barrios
je note chaque semaine des mots propres à chaque enfant
sur une fiche mes mots. tous les jours pendants 5 minutes les
enfants apprennent leurs mots et une fois par semaine ils font
une dictée à deux. Au bout de la troisième
réussite le mot est enlevé de la liste.
Pour ne pas imposer trois étapes à l'enfant, les
enfants écrivent sur leur cahier de textes libres au crayon
en sautant des lignes. S'ils ne sont pas sûrs d'un mot,
ils le soulignent. A la correction deux cas de figure. Ils peuvent
trouver le mots dans leur référents, je leur dis
où le trouver; sinon, je l'écris au stylo .
Pour l'orthographe grammaticale je corrige au fur et à
mesure que l'année avance et que les découvertes
grammaticales se précisent, je leurs demande ce qu'ils
pourraient mettre et ils corrigent. Nous allons installer un
code de correction simple. Ce travail est fonction des enfants
. Pour certains, je pratique encore parfois la dictée
à l'adulte. Nous travaillons ainsi depuis le CP. Au C.P.
ils écrivaient tous les jours et avaient des activités
leur permettant d'attendre ma venue sans perdre leur temps.
Quand les textes sont choisis soit pour le journal soit pour
le classeur de vie, les enfants le tape à l'ordinateur
ou le recopie. C'est là où je réussis le
moins bien car j'ai saisi trop de textes à mon goût,
mais je n'arrive pas à ne pas publier un texte d'un enfant
qui le désire. Maintenant qu'ils vont plus vite je vais
voir. Ils font aussi des textes de plus en plus longs...
Marguerite Vigne
J'ai tenu compte des recommandations exprimées d'alléger
et d'éviter les re-copie inutiles : dès lundi,
j'ai fait supprimer ce que j'appelais le "brouillon B".
Dorénavant, il y aura :
1) un brouillon sur petite feuille de classeur,
2) un toilettage orthographique par le maître,
3) copie dans le cahier d'écrivain,
4) vérification de l'orthographe du texte du cahier par
le maître,
5) illustration du texte,
6) lecture éventuelle à la classe (lors d'un moment
hebdomadaire prévu à cet effet).
Je suis en train de réfléchir à ce que fait
Marguerite (écrire directement dans le cahier au crayon
à papier). Mais, pour l'instant, j'aime bien garder les
premiers jets au brouillon, afin de voir l'évolution de
"l'écriture spontanée" de chacun.
J'ai suivi le conseil judicieux de Patrick (de parler à
la classe de mes difficultés à corriger tous les
brouillons avec l'élève à mes côtés).
J'ai
mis en avant un élément que je n'avais pas signalé
dans mon premier message : je ne peux faire correctement ce travail
parce que je suis obligé de reprendre/surveiller certains
élèves extrêmement agités. Suite aux
propositions et aux problèmes exprimés, nous en
sommes arrivés à un double
système : les élèves ayant fini leur brouillon
s'inscrivent sur un premier tableau (je les appelle dans l'ordre
de la liste ainsi constituée, pour
corriger devant eux leur brouillon) ; les élèves
"gêneurs" (déterminés par moi)
viennent s'inscrire sur un deuxième tableau (je traite
le problème après la séance, par une punition,
pour l'instant ; je sais, là encore ce n'est pas "dans
la ligne", c'est en contradiction avec un invariant de Freinet,
mais c'est mon fonctionnement/équilibre actuel). Lundi,
j'ai pu ainsi faire le toilettage orthographique de 8 textes
avec l'élève à mes côté(un
tiers de la classe, ce n'est pas si mal).
Vos réactions m'ont fait me poser la question : pourquoi
est-ce que je veux que l'élève soit à mes
côtés quand je corrige son brouillon ? Je crois
qu'il
y a une part de volonté de reconnaissance de mon travail,
de ma peine, par les élèves. Ce n'est pas la motivation
(consciente) qui m'a fait mettre en
place ce système, mais, cette explication n'est pas à
écarter. Ma motivation "officielle" (faire prendre
conscience en douceur de certaines choses) a été
confirmée lundi. J'ai fait noter à Kevin que "foua"
(dans "il était une foua") s'écrivait
"fois". Il s'est opposé en défendant
son point de vue. Je lui ai expliqué que le son [wa] s'écrivait
assez souvent "oi". Et bien, il ne le savait pas, et
je pense que cette confrontation d'une minute (au maximum) lui
a été profitable. Si j'avais corrigé son
brouillon en dehors de son regard, chez moi, je ne pense pas
qu'il aurait appris quelque chose. Et je me permets "d'utiliser"
le texte libre pour faire acquérir certaines choses de
l'ordre de l'orthographe parce que, de cette manière,
cela ne semble pas freiner la volonté et le plaisir d'écrire,
"l'entretien individuel" n'a pas le côté
fastidieux de la correction individuelle (je n'aurais peut-être
pas cette position en cycle 3).
À la lecture de vos messages, je me suis aperçu
que les organisations autour des textes libres étaient
variées. Il m'a semblé intéressant (au moins
pour moi) de faire une liste de questions auxquelles on doit
répondre à un moment ou à un autre. Voici
:
A- Définition et objectifs
1- Quelle définition est-ce que je donne aux textes libres
? Qu'est-ce que je considère comme texte libre ?
2- Quel objectifs à l'activité ?
B- Production des textes libres
1- Déclencheurs et aides
- Est-ce que j'utilise des déclencheurs d'écriture
en début d'année ? En cours d'année ?
- Des aides à la création sont-elles proposées
ou disponibles ?
2- Temps
- Quel temps est réservé à cette activité
?
- Le moment est-il fixé par moi ?
- Si oui, quelle est la durée d'une séance ?
- A quelle fréquence dans la semaine ?
- Le moment peut-il être choisi par les élèves
?
3- Lieu
- Y a-t-il un lieu défini de production ? la classe, sa
place, ...?
- Peut-on produire ailleurs ? chez soi ?
4- Obligation, contrat
- Y a-t-il obligation de produire ?
- Si oui, y a-t-il un contrat minimum (en nombre ou quantité
de texte) ?
Travail sur et autour des textes (point C et D)
Je pense qu'il y a deux aspects distincts mais liés
: l'aspect correction/modification de son texte afin de l'améliorer
en vue de la "diffusion" ( point C) et l'aspect travail
autour des textes en vue d'acquisitions autres (orthographe,
grammaire, typologie de textes,...) (point D).
C- Correction/modification des textes
1- Quoi ?
- Les textes sont-ils corrigés/modifiés ?
- Le texte complet ou des passages ?
- Si oui, quels aspects le sont ? Le fond ? La forme ?
- Tous les textes le sont-ils ? Sinon, comment s'opère
le choix des textes ou des passages corrigés ?
2- Qui ?
- S'il y a des corrections/modifications, par qui ? L'élève
lui même ? D'autres élèves ? La classe collectivement
? Le maître ?
3- Où ?
- Où cela se passe-t-il ? En classe ? Chez soi ? ...
4- Quand ?
- Quand cela se passe-t-il ? À un moment choisi par l'élève
? À un moment imposé par le maître ?
5- Comment ?
- Comment cela se passe-t-il ? Remarques orales ? Annotations
écrites ? Codes de correction ? ...
- Y a-t-il des possibilités de lecture à d'autres
(ou par d'autres) en cours de production ?
D- Exploitation/utilisation des textes dans d'autres buts
1- Les textes sont-ils "utilisés" pour d'autres
objectifs que l'expression?
Si oui, pour quels objectifs ?
2- Modalités
- Quelle organisation est-elle mise en place ?
- L'exploitation/utilisation est-elle individuelle ? Collective
? Systématique ? Occasionnelle ?
3- Outils
- Des outils sont-ils utilisés/construits ?
- Lesquels ?
E- Destination des textes
1- Supports
- Quels supports "reçoivent" les textes pour
finir ? Des feuilles de classeur ? Un cahier ? Un journal de
classe ? D'école ? ...
- Le support est-il unique ou non ? Les enfants choisissent-ils
leur support?
- Le(s) support(s) sont-ils individuels ? Collectifs ?
- L'écriture finale est-elle manuscrite ? Tapée
à l'ordinateur ? ...
2- Lecteurs/destinataires
- Qui sont les destinataires des textes ?
- Destinataires toujours les mêmes ou variables ?
- Le choix des destinataires est-il fait par l'auteur ? Y a-t-il
obligation à diffuser ?
- Comment est "diffusé" le texte ? Par écrit
? Par une lecture faite à voix haute ? ...
- Quelle organisation pour la diffusion ?
3- Sélection
- Y a-t-il "sélection"/choix de certains textes
?
- Si oui, comment et par qui ?
Philippe Chatagnat
"Patrick Pierron" <p.pierron@wanadoo.fr>
Le problème, pour l'écriture des textes, c'est
qu'on aurait encore trop tendance à croire que, parce
qu'on donne la parole et le temps aux enfants pour qu'ils écrivent,
ils se mettraient alors, spontanément à écrire
C'est peut-être vrai pour les enfants des classes aisées,
mais c'est pas vrai pour les autres ! On retrouve ce même
problème dans beaucoup d'activités : les plus à
l'aise s'emparent plus vite que les autres des possibilités
que leur offre la classe. Alors, Pédagogie Freinet : pédagogie
inégalitaire ou élitiste ?
Pistes :
- accompagner l'écriture personnelle (d'où trouver
le temps et l'organisation pour se retrouver seul avec
l'enfant et lui faire " sortir ce qu'il a au fond des tripes
")
- enrichir le vécu de la classe :
- ouvrir la classe sur l'extérieur et faire entrer
l'extérieur (visites, reportages, interview, accueils
de personnes extérieures
)
- une classe atelier, riche de possibles (laboratoire, jardin,
élevage, technonologies, modes et supports d'expression
différents
)
- soigner l'accueil de l'expression libre : le moment de l'entretien
ainsi que les moments de présentation(textes, travaux
divers
) pour dégager des pistes,
Patrick Pierron
A- Définition et objectifs
1- Quelle définition est-ce que je donne aux textes libres
? Qu'est-ce que je considère comme texte libre ?
les textes produits par les enfants sans contrainte de consigne.
pouvoir
écrire ce que l'on a envie d'exprimer sous la forme choisie.
Je ne considère pas comme texte libre les textes précis,
compte-rendu d'activité, fiche bricolage, texte avec déclencheur
précis pour ceux qui ne savent pas quoi écrire
et ont besoin de rassurer.
2- Quel objectifs à l'activité ?
Ecrire , s'exprimer, et ensuite améliorer sa pratique
de la langue écrite.
B- Production des textes libres
Des déclencheurs personnels comme le dessin. L'enfant
dessine puis écrit.
Déclencheurs issus de la vie de classe , le quoi de neuf,
les albums lus, la
vie de classe. parfois deux ou trois mots écrits au tableau.
Pour les enfants en panne des images séquentielles ou
images tirées de journaux. mais ce très rarement
2- Temps
- Quel temps est réservé à cette activité
? comme l'enfant le désire, en principe ils doivent écrire
deux fois dans la semaine certains écrivent tous
les jours;
- Le moment est-il fixé par moi ? temps de travail individuel
les élèves ont un contrat minima sur la semaine
et ils organisent leur temps.( autre sujet...)
- Y a-t-il un lieu défini de production ? à sa
place mais ils peuvent parfois le faire à deux. Ils peuvent
toujours se déplacer pour demander de l'aide à
un copain.
- Peut-on produire ailleurs ? chez soi ? oui librement les textes
sont alors lus le matin au quoi de neuf. Ces textes sont toujours
bien accueillis. Ils ne font pas partie du contrat.
4- Obligation contrat
- Y a-t-il obligation de produire ?
- Si oui, y a-t-il un contrat minimum oui deux textes ou un long
comme disent certains qui écrivent de vrais romans à
rallonge... Ce contrat minimum est modulable selon les enfants
et les blocages passagers. Je cherche alors une solution pour
que l'enfant retrouve le goût d'écrire . Les chemins
sont parfois tortueux.
C- Correction/modification des textes
1- Quoi ?
- Les textes sont-ils corrigés/modifiés ? oui
- Le texte complet ou des passages ? cela dépend des textes
, tout le textes est corrigé sur le plan orthographique.
Les grosses erreurs de syntaxe aussi.
- Si oui, quels aspects le sont ? Le fond ? La forme ?
quand c'est une correction individuelle essentiellement la forme?
Des idées sont données pour le fond et l'enfant
reprend ou pas son texte. Quand c'est une correction collective,
les deux sont souvent faits.
- Tous les textes le sont-ils ? Sinon, comment s'opère
le choix des textes ou des passages corrigés ?
2- Qui ? Je choisi les textes ou c'est décidé
au choix de texte quand un enfant veut que son texte soit édité
et qu'il y a trop d'erreurs. Souvent ce sont les autres qui après
lecture proposent déjà des modifications oui corrections.
- S'il y a des corrections/modifications, par qui ? L'élève
lui même ?
D'autres élèves ? La classe collectivement ? Le
maître ?
L' enfant avec moi..
Un demi-groupe classe avec moi. Texte au tableau et travail actif
de correction avec discussion et explication.
Ce que j'aimerai mettre en place maintenant, correction à
deux ou trois.
3- Où ?
- Où cela se passe-t-il ? En classe ? correction individuelle
avec l'auteur du texte le plus possible. Si j'ai corrigé
avant je discute avec lui et lui explique, cela en fonction des
enfants et de leurs capacité à voir les erreurs.
4- Quand ? Pendant le travail individuel
En demi-groupe les autres sont en travail individuel.
- Quand cela se passe-t-il ? À un moment choisi par l'élève
? À un moment imposé par le maître ?Moment
imposé par le maître . L'enfant peut le reporter
s'il est en pleine activité. Les enfants ayant fini leur
texte me donne le cahier. S'ils ont besoin d'une aide immédiate
qu'ils ne peuvent trouver ailleurs, ils ont une carte SOS rendez-vous,
qu'ils me laissent et je les appelle dès que je suis libre
ou je vais les voir.
5- Comment ?
- Comment cela se passe-t-il ? Remarques orales ? Annotations
écrites ? Codes de correction ? ...
Remarques orales et ils corrigent ensuite pour certains. Correction
pour d'autres? Comme je l'avis expliqué les enfants écrivent
au crayon et je corrige à l'encre ainsi, ils voient leurs
progrès de textes en textes, quand la part d'encre diminue.
Nous allons mettre en place un code de correction dès
la rentrée.
- Y a-t-il des possibilités de lecture à d'autres
(ou par d'autres) en cours de production ?
Oui soit au quoi de neuf du matin, soit au choix de textes de
la semaine, même les textes inachevés peuvent être
lus . Les enfants vont pouvoir
aussi s'isoler pour lire à deux ou trois leurs textes
pour les améliorer.
D- Exploitation/utilisation des textes dans d'autres buts
1- Les textes sont-ils "utilisés" pour d'autres
objectifs que l'expression?
Si oui, pour quels objectifs ?
Journal de classe,
Classeur de vie de la classe.
Réalisation de petits albums ou de recueils d'histoires.
(La réalisation coince souvent car ils ne sont pas assez
persévérants et moi je n'assure pas vraiment questions
temps beaucoup de projets, de correspondances et donc ....mais
bon à améliorer. )
2- Modalités
- Quelle organisation est-elle mise en place ?Pour la correction
en demi-groupe,je tape ensuite le texte corrigé et j'explique
par écrit les
modifications que les enfants ont apporté et pourquoi.
Cette fiche mémo es lue en collectif, les enfants ayant
travaillé sur le texte expliquent aux autres ce qu'ils
ont découvert et corrigé . C'est une trace, mais
elle est peu utilisée ensuite...
Cette correction est systématiques deux textes sont corrigés
chaque semaine.
3- Outils
- Des outils sont-ils utilisés/construits ?
- Lesquels ?
Les fiches mémo.
Les fiches du classeur de français qui découlent
du travail fait sur plusieurs textes et sont une recherche synthèse
de grammaire ou orthographe.
E- Destination des textes
journal, classeur de vie ou rien
Je n'ai pas de cahier ou l'on recopie .
Certains enfants saisissent leurs textes, d'autres les recopient.
mais ce
n'est pas vrai pour tous les textes.
2- Lecteurs/destinataires
- Qui sont les destinataires des textes ?
Le journal est distribué aux autres classes et envoyés
aux correspondants et classe qui le désirent. Le classeur
de vie circulent dans les familles le soir.
Certains textes sont affichés sur les murs de la classe.
- Le choix des destinataires est-il fait par l'auteur ? Y a-t-il
obligation à diffuser ? Oui et il n'y a ni obligation
de diffuser , ni obligation de lire aux autres. L'auteur est
toujours maître de son texte même lors des correction
c'est toujours lui qui décide en dernier ressort des modifications.
- Comment est "diffusé" le texte ? Par écrit
? Par une lecture faite à voix haute? ...Lecture d'abord
puis diffusion écrite.
- Quelle organisation pour la diffusion ?
3- Sélection
- Y a-t-il "sélection"/choix de certains textes
?
oui mais si l'enfant veut publier son texte on cherche un arrangement
ou on ouvre une autre rubrique dans le journal.
- Si oui, comment et par qui ?
La classe
Marguerite Vigne
J'ai longtemps pensé également que le déclenchement
d'écriture naissait d'ailleurs plus de la contrainte que
de la liberté. Aujourd'hui, je n'en serai plus tout aussi
sûr. J'expérimente depuis peu le texte libre et...
ça marche, comme si tout le tintouin pédagogique
que je m'imposais n'était peut être qu'une béquille
(pour moi?)
Mais pour autant, le texte libre ne vient pas de rie. Je pense
en ce qui me concerne que le texte libre riche et vivant , fréquent
peut être encouragé par:
- de multiples lectures de textes de tous genres, des textes
forts émotionnellement, des textes énormes. Il
faut que les enfants lisent des textes qui les touchent qui les
marquent, qui leur donnent envie d'écrire. J'utilise souvent
des nouvelles fantastiques ou de sciences fiction comme "lit
d'imaginaire pour délier l'imaginaire".
- Une relation adulte/enfant riche et basée sur l'écrit;
j'écris souvent des post-its, des mots, des lettres à
mes élèves; bien qu'ils aient la possibilité
de me parler très souvent, je leur laisse aussi avec une
boîte la possibilité de
m'écrire, ou s'ils veulent aussi pendant les vacances.
J'écris beaucoup de commentaires personnalisés
sur les cahiers, ils m'en retournent également. Si l'écrit
marche comme communication, alors il est utilisé.
Bien sûr la correspondance scolaire est aussi essentielle
pour ce domaine.
Ca c'est pour aider à déclencher le processus d'écriture.
maintenant pour le faciliter? Pour l'instant, j'utilise le texte
très court (on écrit 5 - 10 minutes d'affilé
pas plus). Pourquoi? Parce que tout le monde s'y met; car on
peut
se lire quelque chose tout de suite. Et ceux qui voulaient écrire
plus, et bien de toute façon, y'a pas moyen de les en
empêcher. Ils écriront sur leurs cahiers d'écrivain
ou de vie, et termineront leurs textes.(qui seront lus eux aussi)
Enfin, même si je ne le mets pas en place cette année,
l'écriture d'un recueil, d'un livre au moins dans toute
la classe, avec l'école, avec les correspondants ou pour
de bon comme à Montsaunès est à la frontière
du texte libre ou imposé mais de toute façon un
puissant stimulateur, c'est sûr.
Laurent Ott
Le problème, pour l'écriture des textes,
c'est qu'on aurait encore trop tendance à croire que,
parce qu'on donne la parole et le temps aux enfants pour qu'ils
écrivent, ils se mettraient alors, spontanément
à écrire
C'est peut-être vrai pour
les enfants des classes aisées, mais c'est pas vrai pour
les autres ! On retrouve ce même problème dans beaucoup
d'activités : les plus à l'aise s'emparent plus
vite que les autres des possibilités que leur offre la
classe. Alors, Pédagogie Freinet : pédagogie inégalitaire
ou élitiste ?
A) la correction orthographique.
Le choix de texte a lieu une fois par semaine dans la classe.
Les 23 élèves de CE2 (Belleville) choisissent le
texte sur lequel nous travaillerons une
partie de la semaine.
Une partie d'une séance (environ 30 minutes) est consacrée
à la recherche de règles ou à "l'implication"
de règles découvertes précédemment.
Par exemple, un élève remarque qu'il y a un "s"
à des motos, un autre "ent" que l'on entend
pas à "ils chantent". Ces remarques individuelles
ont de suite une répercussion dans le groupe. En effet,
chaque élève, essaye à son tour de trouver
d'autres exemples sur son ardoise. Les plus "petits"
dans le textes et les autres, dès qu'ils ont fini, recherchent
dans d'autres textes...
Afin de garder une trace de cette remarque, la règle est
affichée au mur et
dans leur cahier de référence.` Lors des différents
moments d'expression écrite (pendant le plan de travail),
les élèves écrivent sur leur texte que je
corrige en mettant le code de l'erreur. le code est simplement
chronologique : première règle : 1g, deuxième
règle : 2g...
Ainsi, la recherche de règle a un sens et la référence
en devient réellement une.
Je trouve que cela fonctionne pas mal. Actuellement tous les
élèves s'y sont mis.
B) la correction syntaxique
bien que travaillant en PI, je ne suis pas dans la lignée.
En effet, je pense que la frustration est importante voire nécessaire
dans un processus d'éducation mais je pense aussi qu'il
y a des nuances. Je fais allusion au choix de texte.
Après avoir fait 3 stages de Pi, les copains me disaient
:
un seul texte au choix de texte, la frustration engendre du désir,
le journal représente le groupe
...
Le gros problème que j'ai rencontré : les élèves
qui avaient le plus de facilité étaient souvent
choisis et il fallait rusé pour que les rescapé
s'attribuent, souvent en fin d'année, le dernier numéro.
Du coup, voilà ce que j'ai mis en place.
Le texte choisi est retravaillé collectivement et chacun
essaye d'aider l'auteur à préciser certains points.
A chaque fois, avec son accord, bien sûr.
Pour les autres, en fin de journée, les élèves
qui ont fini leur texte le présente à la classe.
Etant donné que ce texte est potentiellement pour le journal,
les autres donnent leur avis :
- c'est qui "il" ?
_ Je trouve que tu répète beaucoup de fois "le
pirate"
- Elle se passe où ton histoire ?
....
J'écris toutes les remarques du groupe sur un cahier.
Le lendemain ou les jours suivants, l'auteur peut reprendre
son texte avec "des billes" en plus.
Thierry Baruch
Je vois que Paul Le Bohec a bien intégré la
grammaire de Jakobson et ses fonctions du langage. Je ne puis
que souscrire à cette approche texte libre. Comme Paul,
en début d'année, point de texte libre, mais des
écrits que j'appelle sociaux. Voici d'ailleurs un extrait
d'un de mes éditos (quelle prétention !) de l'année
dernière :
"Depuis, chaque semaine, nous réservons un moment
dans la semaine que nous appelons ateliers d'écriture.
C'est là que nous traitons le courrier de nos correspondants,
que nous rédigeons nos moments de vie collective, que
nous apprenons à entrer dans des écrits divers.
Mais très vite, cela devient l'instant privilégié
de la liberté d'écrire. Dépasser les cadres
conventionnels, s'affranchir des contraintes extérieures
pour s'imposer les siennes. Par le biais du texte libre, l'enfant
transcende le code pour structurer sa pensée et sa perception
du monde."
Je pense effectivement que la liberté est une construction
permanente. Construction de soi en tant qu'être libre,
mais aussi lutte quotidienne contre toutes les formes d'aliénation.
La pratique du texte libre est le début d'une forme d'accession
à la liberté, encore faut-il permettre aux enfants
d'en trouver
le chemin. La page blanche n'est pas un espace de liberté,
elle est une angoisse, un vide à combler. Nos enfants
moulés dans un système scolaire abonné au
conformisme redoutent ces espaces de liberté qu'on veut
leur flanquer à la figure. C'est peut-être là
que des collègues bien intentionnés, ou encore
certains étudiants, attirés par la pratique du
texte libre, échouent et n'y reviennent plus. Comme c'est
dommage.
Et pourtant, quel outil puissant lorsqu'il est enfin en place...
Lisez plutôt :
Quelque part en harmonie
Si l'on te fait tomber,
C'est moi qui aurais mal.
Si je te vois pleurer,
Ca n'me s'ra pas égal.
Quand t'auras une bonne note,
Je serai folle de joie.
Si ta mémoire tremblotte,
Nous on te soufflera.
On mettra nos goûters
Et nos rêves en commun,
De cette cour
On fera un jardin
C'est promis,
C'est juré.
Un pour tous,
Tous pour un.
Sarah (10 ans - 20-03-1997)
Dominique TIBERI
Liberté et/ou contrainte, voilà bien un des
dilemnes auxquels a à faire face l'enseignant(e)... dans
la complexité...
Et toujours il faut choisir, et souvent on se plante! Comme
notre métier est difficile!
Parce qu' "exiger" quoi que ce soit (un texte libre,
ou autre chose...) C'est bien joli théoriquement. Encore
faut-il avoir les moyens de le faire respecter (plus ou moins...),
et de valoriser cette production.
Car tout de même... en supposant que chaque enfant produise
un texte chaque jour... que va devenir ce texte? J'essaie de
"corriger" tout ce que les enfants produisent.
Pourtant, il parait qu'ils produisent chez moi "une quantité
importante" (dixit, après inspection, le conseiller
pédagogique faisant fonction d'inspecteur cette année
dans la circonscription). Moi ça ne me suffit pas.
Ces textes de 5 pages (A4) , incohérents dans leur
structure temporelle et logique, pleins de formes syntaxiques
difficile à comprendre... Qu'est-ce que j'en fais??? Je
ne peux pas matériellement consacrer une, voire deux heures
de correction chaque jour à cela. J'aimerais bien... mais
je fatigue.
Ceci dit, j'ai depuis quelques mois une nouvelle conception
de la liberté, plus exigeante. Marre d'être considérée
par les gosses comme la "maman" bienveillante qui est
comme les scouts "toujours prête". Exemple,
aujourd'hui: un gamin de CE2 dit à un autre: "Appelle
la maitresse" Moi, toujours étonnée de ce
comportement:
"Non, mais dis donc, Anthony, tu crois vraiment que je suis
à ton service? Tu es quand même sacrément
culotté, tu ne peux pas venir me voir?..."
Dominique Couturier
LA "CORRECTION DU TEXTE."
On ne peut intégrer l'orthographe d'usage française
qui ne repose pas sur la logique que par imprégnation.
Elle se construit surtout au C.P. J'ai ,pu démontrer(Rémi)
combien la pratique journalière du t.l. peut-être
efficace sur ce point même avec un dyslexique de ce niveau.
Seulement, surtout au C.P.-C.E.,la rédaction et la correction
de textes doivent être quotidiennes. A mon avis, aucun
danger de laisser l'enfant écrire' comme il veut. A ce
moment le souci d'expression doit être prioritaire. Sinon,
c'est foutu.
Voici le témoignage d'une pratique : Pendant que le
deuxième groupe était occupé, chaque enfant
écrivait un texte et levait la main dès qu'il avait
fini. Très rapidement je le corrigeais. Au début,
je réécrivai entièrement le texte
puis progressivement, les formes s'installaient. Face à
une graphie incorrecte, aucune panique : je proposais de recopier
trois fois un mot ou deux "s'il le voulait, pour mieux le
savoir demain."
Il calligraphiait tranquillement son texte sur le beau cahier
et il l'illustrait.
Et ceci, chaque jour pour chaque élève. Puis venait
en troisième vague la copie du texte du jour que l'on
avait rapidement mis au point Et on copiait également
la chasse aux mots. Et en outre, on s'imprégnait également
du texte de l'autre division. C'était là tout notre
français.(Au C.E. 2, si le texte était trop long,
on ne se préoccupait que de l'orthographe d'une petite
partie
- il ne fallait pas que le courage d'écrire débouche
sur la sanction d'un boulot supplémentaire.
-L'essentiel étant de préserver la pression d'expression.
Comme ils avaient accès à toutes les dimensions
de la langue, l'inspiration ne risquait pas de se tarir. Pour
plus de renseignements pratiques et théoriques, voir Rémi
(Odilon).
Pour en finir avec cette communication d'une pratique, je signale
qu'à cela s'ajoutait une dictée préparée
hebdomadaire à la hauteur de chacun. Celui qui avait réussi
à ne pas faire plus d'une erreur dans sa dictée
était autorisé à tenter la marche supérieure.
Par exemple réussir une dictée d'_une demi-ligne
donnait le droit de tenter la ligne complète. La préparation
consistait à copier trois fois le texte. Et il y avait
aussi des points de courage, c-à-dire de réécriture
du texte pou'r l'améliorer. J'ajoute que je m'étonne
de tout ce bruit qui se fait sur la correction du texte par l'enfant
lui-même. Dangereuse pour moi car il avait continuellement
devant les yeux A EGALITE à la fois la graphie fautive
e(t la graphie correcte. Pour être intégrée,
le correct doit être dominant.
Et puis, on a autre chose à faire que de s'appesantit
sur la forme Si j'avais été élève,
je me serais bien garder de me donner tout ce boulot alors que
j'avais tant d'autre chose à exprimer.
Paul Le Bohec
Je crois que c'est "naturel" dans ce contexte. Les
enfants, les années précédentes écrivaient
dans leur cahier pour l'enseignant, pour une note et sans peut-être
comprendre le sens de leur effort. Et là, ils écrivent
POUR, et tout change. Le texte sort du cahier et peut vivre,
il a un sens. Et puis, dans ton cas, il y a la coopération,
sans jugement avec un objectif commun à tout ton groupe
: correspondre.
Moi aussi, je suis surprise de cette appropriation rapide de
l'écrit par des enfants peu sollicités auparavant.
Le premier texte, cela reste virtuel. Mais comme il sort tout
de suite du cahier pour être lu aux autres, envoyé
à un correspondant, mis dans le journal... le deuxième
prend du sens, on le fait POUR (même si certains décident
de le laisser dans leur cahier).
On écrit pour être lu
On écrit pour les autres
On écrit avec les autres
On écrit dans le respect de l'autre...
Alors on fait l'effort, on travaille, on se corrige, on s'améliore...
Cette année, ce qui a surpris les nouveaux (CM1), c'est
l'imprimante. Après avoir vu ce qu'on mettait dans le
premier journal, ils devaient le saisir à l'ordinateur.
J'ai un Mac dans la classe avec une imprimante, deux enfants
tapent leur texte, nous vérifions l'orthographe, la forme,
et je lance
l'impression. Ce qui les a en fait surpris, ce n'est pas l'impression
en soi,
c'est qu'on le fasse tout de suite, ensemble. Ils ont collé
un exemplaire dans leur cahier et on en a gardé un pour
le journal. C'est vrai que souvent l'ordinateur est utilisé
comme un cahier, on peut y entasser des textes et ils ne sortent
que rarement ou pas du tout.
Dans ma classe (qui n'est pas en ZEP) voilà comment je
pratique : Il y a l'amélioration collective, suite aux
lectures des textes, tout de
suite lors des questions d'incompréhension des enfants.
Il y a échanges de propositions pour aider, connecteurs,
personnages mal présentés....L'enfant
retourne à sa place et rajoute les propositions. Ainsi
l'écho qu'il recevra de ses camarades l'aidera beaucoup,
petit à petit il précisera sa pensée pour
être compris. Il fera l'effort nécessaire et se
corrigera.
Il y a l'amélioration individuelle (grammaire de texte,
construction de phrases), suite à ma correction. Dans
la marge j'indique à l'aide d'un code
le type d'erreur, qui renvoie à une phrase modèle.
Chaque groupe a un petit classeur avec les fiches (phrase modèle
et formulation de l'erreur ).
Il y a aussi la correction orthographique, très individuelle
: constitution d'une liste de mots personnels, recherche dans
le dictionnaire et utilisation
des outils de la classe).
Catherine Chabrun
J'ai pris plaisir à te lire, et j'en profite pour vous
annoncer que la Coordination de l'Education Nouvelle de l'Ain
(Association indépendante cherchant à regrouper
les courants de l'éducation nouvelle à visée
émancipatrice)organise en octobre plusieurs soirées
Conférence-Débat avec Jean Foucambert à
Belley, Bellegarde, Amberieu et Oyonnax. Le thème : "LA
LECTURE, L'ENFANT, LE MAÎTRE ET LES PARENTS " "
N'aurions-nous le choix qu'entre l'école sanctuaire d'hier
et l'école supermarché à l'américaine
de demain ? "
A lire certains, il semblerait que les sourds-muets ne soient
pas capable d'apprendre à lire ! Du délire !
Ne pourrait-on pas essayer de prendre en compte le désir
de l'enfant d'apprendre, de chercher, de découvrir en
faisant des hypothèses qu'il tentera de vérifier
plutôt que de lui imposer une méthode stricte qui
peut par ailleurs ne pas lui convenir s'il n'oralise pas correctement.
N'êtes-vous pas convaincu que l'enfant est capable de penser
par lui-même ?
TOUS CAPABLES !
Philippe Ruelen
Quels sont les obstacles à l'expression ? entre autres
:
- renverser le sens de l'action de l'enfant : ne pas écrire
pour la satisfaction du maître mais pour la sienne. Toutes
les représentations de l'école vont dans le sens
contraire. La poubelle, c'est un choc (et crois-moi, un exercice
comme cela
fait avec des enfants qui viennent d'une pédagogie traditionnelle,
et même parfois avec les siens - ce qui au passage jette
un éclairage sur nos propres pratiques et les relativise
- c'est un véritable choc)
- éliminer la notion d'échec ou de réussite.
Je peux écrire du "n'importe quoi", il n'y aura
pas de jugement puisque je peux le jeter ou ne le faire voir
à personne. Je n'ai pas réussi ou échoué,
j'ai écrit !
- Oser se projeter sur un papier. Non seulement les autres
"me verront", mais "je me verrai aussi".
L'acte d'écriture touche l'identité même
de la personne. La poubelle, permet de faire la première
partie de l'acte (projection) sans être confronté
à son propre regard. Puis on peut regarder et jeter. Puis
on peut
regarder et garder. Puis on peut regarder, garder... et montrer.
Puis on peut regarder, garder, montrer... et peaufiner... Puis
on peut écrire...librement.
- Faire un acte gratuit, qui ne sera ni pour être évalué,
ni pour être inscrit quelque part, rien que pour le plaisir.
Trouver et ne chercher, ne serait-ce qu'un instant, le plaisir.
- Apprendre à se laisser aller, à laisser sortir
son moi (Il ne peut y avoir que des lettres, des onomatopées,
des signes, des mots sans queue ni tête, ce qui vient,
le seul truc étant de ne pas s'arrêter, de ne pas
lever le crayon !)
- Détacher l'acte d'écriture de sa technique,
les fautes n'ont aucune importance, on peut s'en moquer (ce qui
n'est pas évident pour un enfant avec les représentations
qu'il a de l'école, les siennes, celles de sa famille,
celles du
maître...). Là on peut... grâce à la
poubelle salvatrice, à la liberté "institutionnalisée"
un instant.
- Faire intégrer doucement qu'à l'école,
on peut aussi exister.
Enfin, l'écriture automatique, pratiquée par
ceux qui savent écrire, quel que soit leur âge,
est un exercice bigrement soulageant !
A la suite, il y a toutes les possibilités des ateliers
d'écriture comme l'expérience qu'avait remarquablement
décrite Paul Leboec autrefois. Tout ceci dépasse
le cadre même de l'écriture. Nous ne sommes pas
dans un monde de liberté, d'épanouissement, de
citoyenneté. Pour y passer et le vivre autrement, il y
a besoin... de se laver le cerveau !
Bernard Collot
Nous, les freinétistes, nous cherchons en principe
à favoriser l'expression de l'enfant et nous nous efforçons
d'en agrandir le champ. Mais la classe se trouve souvent infectée
par le virus de la rime..
Depuis longtemps, les poètes ont appris à s'en
passer mais, au niveau des enfants, l'idée est encore
trop répandue que la poésie c'est la rime et la
rime c'est la poésie.
Cela peut provenir des textes d'auteur qu'on leur fait apprendre.
Il faudrait les en protéger et imaginer une parade à
cet empêchement de la liberté. La rime n'est pas
à rejeter, elle n'est pas à interdire mais il serait
adroit de ne pas trop s'y arrêter et de valoriser les textes
qui ne s'en soucient pas et qui portent également en eux
de la musique. C'est qu'il faut un grand talent de poète
et infiniment d'adresse pour que le retour obligé du son
n'altère, ne détourne, n'étouffe le message
qui commençait à se développer.
Mais il faudrait être soi-même persuadé que
la rime "C'est une musique lourde
qui ne grince que pour vous plaire. Elle est grossière
et pompière comme dans la vase une palourde."
Cela fait penser au martèlement régulier des godillots
sur l'asphalte : une, deux, une, deux, automatiquement. Le pied
gauche ayant fini sur un A le droit doit se déposer par
là. Quel exemple de liberté la marche du soldat
!
Mais comment faire ?
Il faudrait montrer que des enfants écrivent sans s'en
soucier
Voici des textes :
"Le temps du lendemain
le temps apparaît long
le temps honteux tombe
le temps est sombre
le temps battant des ailes
le temps énergique et curieux
le temps est calme
Christian C. (C.P.°
Mais qu'est-ce qu'il cherche Christian ?
On ne sait pas : il est libre !
"Le sourire de ma mère rejoint
le mien qui se creuse
jusqu'au fond des deux coeurs
où je découvre la joie qui se relie.
Et nous nous embrassons.
Y.C. 10 ans
Ma vie est une fleur éclose que j'aime
Derrière mes collines, j'ai enterré
mon grain de colère qui ne servait plus.
J'ai tout préparé pour m'en aller
Surtout mon bac pour mes pleurs.
Ma vie est encore une fleur éclose
Mais un jour ma fleur se fanera.
C.A. 10 ANS.
La joie forme de l'eau au fond de mon coeur
qui sort des yeux et qui forme des rires
sur ma figure de lumière.
A.D. 10 ANS.
"Un parfum de pensée dans la nuit m'a
guidée
Je désire que ma fleur revienne dans mon jardin.
Un chantonnement d'abeilles les dirige vers un arbre
Les hirondelles vire-voltent dans le ciel
Les gros nuages d'automne se déplient en chaleur
Un éclair me saisit dans ses bras
Et ma vie n'est plus la même."
F.M. 10 ans.
Paul Le Bohec
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