Une approche
pluridisciplinaire de l’environnement
Le concours BTJ
« Reporters dans l'école », lancé par les PEMF il y a quelques années,
utilisait l’enquête documentaire comme outil au service d'une approche
pluridisciplinaire de l’environnement immédiat de l'enfant. Nous tenterons de
dégager ici les démarches afférentes à l'enquête documentaire en nous appuyant
non seulement sur les rapports pédagogiques des participants au concours, mais
également sur les témoignages et les comptes rendus de
pratiques d'autres enseignants.
Les pourquoi
de l'enquête documentaire
L'enquête
s'inscrit dans un processus de recherche documentaire. Elle en a par conséquent
les mêmes finalités. Dans la mesure où elle est un moyen d'amener les enfants à
rencontrer, interroger, comparer, trier et choisir des informations, elle
participe à la construction de leurs connaissances et à l'enrichissement de
leur pouvoir sur les choses. Avoir la capacité de s'orienter dans les méandres
du savoir, de faire des choix, d'utiliser son esprit critique et d'effectuer
des synthèses est une garantie de liberté et vise à rendre les enfants
autonomes. L'enquête documentaire a aussi l'intérêt de placer les enfants dans
un processus de culture du fait qu'ils agissent dans leur milieu et se posent
des questions que d'autres se sont posées et dont ils vont chercher les
réponses. Enfin, par la curiosité intellectuelle qu'elle contribue à
entretenir, c'est un savoir-faire dont l'importance n'est plus à démontrer dans
le domaine du développement de l'enfant. Le témoignage suivant provient
d'adultes entourant des jeunes en
difficulté : « Avec ce concours (Reporters dans l'école) nous avons essayé de
redonner confiance aux enfants, de stimuler leur désir d'apprendre et de
progresser en
leur faisant prendre confiance en leurs moyens et en s'appuyant sur les
compétences qu'ils ont déjà acquises : articuler les actions éducatives autour
du vécu de l'enfant pour lui permettre de prendre les repères temporo spatiaux
nécessaires à sa structuration, rendre les apprentissages scolaires plus
proches de lui donc plus attractifs. » Nous disons que ce sont tous les enfants
et tous les jeunes, en difficulté ou non, qui ont besoin d'une telle approche
de leur environnement si l'on veut effectivement les aider à se structurer, à
se socialiser, à conquérir leur autonomie.
Les facteurs
déclenchants
Apprendre c'est
partir de questions que l'on se pose. Beaucoup d'enfants désirent augmenter leurs
connaissances et sont avides intellectuellement. C'est souvent, pour eux, une
démarche naturelle. La classe est un lieu de travail qui, pour être efficace et
utile, doit prendre en compte les intérêts des enfants et des adolescents ainsi
que les préoccupations de l'ensemble de la classe. Par des pratiques
pédagogiques ouvertes, lors de moments privilégiés aménagés dans l'emploi du
temps, les enfants, les jeunes, parlent, racontent, apportent leurs questions,
leurs préoccupations, les textes ou les objets qui deviendront matière à
effectuer des enquêtes.
Les échanges télématiques, la télécopie, la correspondance et la pratique du
journal scolaire favorisent l'émergence de questionnements, déclenchent la
curiosité, suscitent des comportements de recherche. Une enquête est d'autant
mieux menée que son thème répond aux intérêts profonds des enfants: intérêt
affectif, curiosité, besoin de connaissances et, dans le cas particulier des
participants au concours, désir de gagner, ensemble, un séjour en classe de découverte
ou divers prix. Beaucoup d'enseignants de ces classes déclarent, dans leurs
rapports pédagogiques, que ce sont les enfants qui ont décidé de
participer.
Quel(s)
sujet(s) d'enquête choisir ?
En dehors du
contexte d'un concours les thèmes d'enquête ne manquent pas. Pour gérer cette
diversité, de nombreux enseignants dressent la liste des sujets proposés par
les enfants en début d'année. Force est de constater que les thèmes choisis par
les enfants et les investigations qui les sous-tendent correspondent exactement
aux domaines qu'il est prescrit d'aborder dans les programmes, pour une tranche
d'âge donnée. Que cela prouve le bien fondé des programmes, on ne peut le nier,
mais la démarche est fondamentalement différente. Ce n'est plus l'adulte qui impose
une recherche, ce sont les enfants qui prennent en charge leurs apprentissages,
qui interviennent dans les démarches d'appropriation des savoirs. Comment
choisir parmi la multitude des sujets ? Dans ce domaine, la part de l'adulte
est importante.
Il peut intervenir :
- pour limiter les sujets d'ordre général qui demandent une exploration trop vaste et des moyens non accessibles,
- pour faire préciser un questionnement,
- pour dégager des thèmes qui intéressent plusieurs enfants à la fois,
- pour regrouper des sujets apparemment éloignés.
Une fois la sélection effectuée, les thèmes sont affichés dans la classe et constituent le planning d'enquête de l'année.
Dans quel
cadre se situe l'enquête documentaire ?
Il est d'usage de pratiquer l'enquête documentaire dans le cadre des activités d'éveil, la plupart du temps en classe de découverte ou lors de sorties éducatives ponctuelles :
- étude de la commune ou du quartier (avec tout l'intérêt que cela présente pour des enfants qui ne sont pas originaires du lieu, qui n'ont pas de racines) ;
- connaissance du milieu local, au programme du CE ;
- découverte
d'un lieu à dominante économique ou historique ou géographique. L'enquête
trouve une place de choix dans la pratique de la correspondance et du journal
scolaire.
Mais le sujet d'enquête peut devenir le centre d'un vaste projet de classe ou
d'école, d'un PAE. Ce fut le cas de quelques-unes des classes ayant participé
au concours BTJ
« Suite à un conseil des maîtres en décembre, le thème du concours est devenu
travail de toute l'école. » « Le thème du concours est venu en complément de
notre projet d'action éducative qui comprenait la création d'un journal
scolaire (un numéro sur
un voyage effectué par les enfants, un autre sur l'histoire de l'école). » Ce
fut aussi le projet commun à deux enseignants d'une même classe qui avaient
pour objectif l'intégration des enfants d'une CLIS. L'enquête documentaire se
pratique également dans le cadre d'un CATE.
La méthode de
l'enquête documentaire
1. Faire surgir
les idées, les questions
Quand le sujet
de l'enquête est déterminé, l'adulte fait surgir les questions, les idées des
enfants.
Sa part est essentielle. Il s'agit d'accueillir toutes les demandes, toutes les
observations, sans impatience, sans ironie. Il faut du temps pour échanger,
confronter, tourner le problème dans tous les sens, sans ordre préconçu. Ce
compagnonnage exige une grande honnêteté et beaucoup de respect. Ce qui
n'empêche pas d'être soi-même et de réagir en tant que personne.
Les fausses évidences des remarques naïves des enfants sont transformées en
problèmes.
Il faut accueillir toutes leurs représentions mentales et préparer le
cheminement qui les amènera à revoir leurs affirmations, à les vérifier. On
dégage alors des pistes, on fait des choix.
2. Se donner une problématique.
L'adulte part des représentations des enfants, bouscule leurs certitudes, les incite à douter. Au-delà des observations, consignations et analyses de détails à rassembler, l'enquête doit conduire à une analyse critique, être regroupée autour d'une question pertinente. Dans le cadre du concours «Reporters dans l'école », une des questions à se poser pouvait être : Quelle école ? Dans quel contexte historico-socio-économique ?
3. Créer un questionnaire, une grille d'analyse
Si un
questionnaire est élaboré en commun, avant la sortie sur le terrain, sa valeur
pédagogique se situera dans le choix des questions, leur ordre, leur
formulation, leur présentation, la production de textes différents suivant les
destinataires.
Souvent c'est une grille d'analyse élaborée en commun qui résulte des échanges
entre les enfants et l'adulte. Grille qui servira de guide tout au long de
l'enquête,
qui aura l'avantage de constituer une approche systémique de la question et qui
pourra se plaquer sur d'autres enquêtes du même type.
4. Organiser le travail avant la sortie. Qui fait quoi ?
Le travail
s'organise en fonction des possibilités de chacun. Il est réparti entre des
petits groupes ayant des tâches précises. Les enfants, selon leurs compétences
deviennent alors journalistes, dessinateurs, photographes, rédacteurs,
chercheurs de documents, etc. « Les enfants ont travaillé par groupes; il faut
noter que cette pratique n'est pas courante dans notre classe vu l'effectif,
l'exiguïté des locaux et d'autres
bonnes ( !) raisons. »
Reporters
dans l'école
« Huit sujets
copiés au tableau : équipes de deux, trois ou quatre enfants constituées par
copinage. » Certains enseignants élaborent des fiches de travail pour guider
les enfants dans leur exploration. Le FTC Histoire (1) est aussi un bon outil
d'accompagnement du
travail des enfants dans le cadre d'une enquête sur l'histoire locale. Les
fichiers « Je propose à la classe » (2) et « Savoir faire» en histoire géo (3)
contiennent
des fiches techniques propres à guider l'enfant, le jeune, dans leurs travaux.
Voir fiches ci-contre.
Avec quels moyens quels supports ? Les ressources matérielles ou humaines ne
manquent pas dans la pratique de l'enquête documentaire :
- documents à
rechercher à la BCD, au CDI, à la bibliothèque de la ville ou du quartier
- courriers divers
- personnes ressources
- organismes divers
- films
- diapos
- photos
Les outils sont nombreux et variés
- magnétophone
- ordinateur
- journal
- télécopie
-internet
Il va sans dire que les enfants auront été préparés à utiliser ces outils en dehors des périodes d'enquêtes. Dans le cadre du concours BTJ, de nombreuses personnes furent invitées dans les classes :
- une ancienne directrice ou un ancien instituteur
- le directeur de l'école
- l'ancien maire
- le mari de l'institutrice
- une gestionnaire de cantine
- des anciens élèves parfois très âgés (entre 70 et 80 ans) dont un ancien combattant de la guerre de 14-18.
D'autres personnes ou organismes ont été consultés à l'extérieur de l'école :
- la femme d'un ancien directeur, une ancienne élève devenue secrétaire de mairie, des amis de l'école
- le syndicat d'initiative
- un père d'élève architecte
- des parents
- des grands parents
- le service des archives
- le maire adjoint de la ville
- le service de l'urbanisme
- la caisse des écoles
- le président du club du 3e âge
- les comités de parents d'élèves
- un historien local.
L'adulte en
général, établit les premières liaisons, se rend sur le terrain, parfois avant
les visites, afin d'évaluer l'ampleur de l'enquête et les risques encourus mais
c'est aux enfants, autant que possible, qu'il revient d'assurer le suivi des
contacts. « ... Connaître les lieux où l'on se rend, ne pas se fier à des
souvenirs lointains. Il est prudent de faire le parcours en notant les points
intéressants (sans chercher, bien sûr, à tout faire observer) et en faisant
attention aux endroits dangereux (route sans bas-côté, obstacle à franchir,
d'où consignes de mise en garde).
Si c'est nécessaire se préparer, soit par l'étude d'un plan, d'une carte, soit
par la recherche d'informations utiles à posséder préalablement. Par exemple,
connaissant le tracé ancien des fortifications, on en recherchera les vestiges
sur le terrain. Sans rien savoir ce serait presque impossible. » Michel Barré,
L'Aventure documentaire Casterman (4).
Sa tâche est de permettre que la classe soit au centre d'un réseau de lieux ou
de personnes, recours possibles, pour se documenter ou s'informer. « Ce fut
l'occasion pour les enfants de nouer un dialogue avec les générations
précédentes et de découvrir un monde qu'ils n'ont pas connu. » Reporters dans
l'école « Avec les anciens ce fut une occasion, pour les enfants, de nouer une
complicité, sur les bancs de l'école, qui a réduit les écarts d’âge. »
5. Travailler sur le terrain
Pour réaliser
une enquête, il n'est pas indispensable que toute la classe se déplace en un
seul grand groupe au même moment. Les tâches ayant été réparties dans les
petits groupes d'enfants, la communauté éclate et chaque groupe accomplit son
travail. Pendant les heures scolaires cela ne pose aucun problème si les
enfants restent à l'intérieur de l'établissement. Dans ce cas, ils peuvent
enquêter aux heures de récréation ou pendant l'interclasse.
Quand il faut sortir de l’école, il arrive que la classe se sépare en deux
groupes : l'un part avec l'enseignant tandis que l'autre reste sous la
surveillance de collègues qui animent, par exemple, des travaux en ateliers
décloisonnés. En dehors des heures scolaires, les enfants peuvent enquêter chez
eux ou dans leur voisinage proche. Si toutefois la sortie collective s'impose,
les enfants n'effectuent pas tous les mêmes tâches sur le terrain. Tandis que
les uns posent des questions, les autres enregistrent, prennent des notes,
dessinent ou recueillent
des objets ou documents témoins. 6. Travailler sur les documents On revient en
classe avec la moisson de documents. Le rôle de l'adulte est important à ce
stade du travail. Comment faire comprendre aux enfants que le nombre ne fait
pas la qualité ? Comment leur faire acquérir une technique de lecture en
diagonale ? Comment déterminer que tel document est plus important que tel
autre ? plus complet ? expliciter les raisons plutôt que dire à la hâte : c'est
bon, c'est mauvais, c'est nul. Comment gérer les témoignages contradictoires ?
« Grandir dans les savoirs c'est attribuer un coefficient de plus ou moins
grande certitude aux différentes sources. » Michel Forget
L'enseignant tourne dans les groupes, coche les passages importants, discute, accompagne. Une solution est de travailler en demi-groupes, la moitié de la classe occupée à des travaux en autonomie, les autres avec l'enseignant. On effectue :
-des tris
-des classements
-le décryptage des documents sonores.
-le développement des photos.
-la rédaction des comptes rendus.
On dessine et on illustre. C'est le moment où la classe ressemble à une ruche et où les enfants, tout à leur réalisation, oublient parfois de sortir en récréation. « Tous ont travaillé avec persévérance et enthousiasme ; quelques-uns sont même venus terminer les derniers collages un mercredi des vacances ! »
Reporters
dans l'école
Voici les diverses sortes de documents utilisés lors du concours BTJ :
-archives de l'école: registres, photos anciennes
-plan de la ville
-documents historiques
-plan cadastral
-BTJ L'école autrefois
-Journaux
-cartes postales
- revues
-délibérations du conseil municipal
« J'ai entrepris moi-même de fouiller dans les vieilles délibérations du Conseil municipal pour étudier les écoles du village avant 1881. » dit une enseignante.
6. Communiquer
l'enquête
Les concepts
sont dégagés et les chercheurs deviennent créateurs de documents qui pourront
servir à d'autres : albums, panneaux d'exposition, films vidéo, dessins déposés
à la BCD ou au CDI, dans la documentation de la classe ou envoyés aux
correspondants, conférences ou exposés. Les conférences et les expositions sont
des moyens pour communiquer avec les autres classes de l'école. Ces
réalisations supposent des choix parmi les travaux des enfants qui entraînent
parfois des déchirements. On ne peut tout mettre dans un album ou sur des
panneaux d'exposition et certains enfants sont déçus. Pourquoi ne pas valoriser
les travaux non choisis en leur donnant des destinations diverses mais tout
aussi importantes : l'affichage pour un temps limité sur un mur de la classe,
l'envoi à un correspondant, le collage dans le livre de vie de la classe ou de
l'enfant. On peut réaliser des albums annexes qui resteront dans le coin
bibliothèque. Les idées ne manquent pas pour que le travail de chaque enfant
soit pris en compte malgré les choix qui s'imposent.
7. Évaluer
Si les buts de l'enquête sont de répondre à des questions, de savoir acquérir des concepts, de s'initier à une méthode pour cerner les problèmes, chercher dans les documents, comparer, généraliser, communiquer, on ne peut se borner à des exercices de contrôles restreints et formels, à des évaluations simplistes du genre : Depuis quelle année notre école existe-t-elle ? ou : Qui fut l'architecte qui construisit l'école ? L'enquête documentaire permet une évaluation formative, c'est-à-dire que chaque élève, chaque groupe peut se situer dans sa formation, savoir ce qu'il a acquis, ce qu'il ne maîtrise pas, personnellement, et comprendre avec l'aide de l'adulte pourquoi cela bloque sur tel point. Il est utile qu'ils fassent ensemble le bilan des réussites et des difficultés. Parmi les compétences développées on peut noter :
- mener un projet dans le temps
- se mettre en relation avec les autres, écouter, prendre des notes :
«Résultat positif quant au décloisonnement d'une CLIS ; pour les enfants du CE2, il semble qu'il y ait une meilleure acceptation des enfants de la CLIS, une perception différente de leurs difficultés ; au sein des groupes on a pu remarquer la mise en place de stratégies pour pallier aux problèmes de lecture de certains, pour que chaque enfants trouve sa place dans les différentes réalisations; les enfants étaient très motivés par cette façon de travailler (décloisonnement = travail de groupes) ; ils en redemandent ! (pratique pas courante dans cette école. »
Reporters dans
l'école « Travail fédérateur qui a permis à tous les âges de participer. » Reporters
dans l'école « Enfants revalorisés grâce à un travail fait en commun (maillons
d'une chaîne) à la prise de parole et à la responsabilité donnée, ils ont aimé
travailler différemment, explorer l'environnement d'une façon attrayante. » «
Les enfants ont appris à travailler en groupes, à présenter des informations de
manière moins scolaire, ont découvert qu'ils appartenaient à une communauté
villageoise. » « Faire comprendre aux enfants que travailler en groupe ce n'est
pas un qui écrit et les autres qui regardent ; c'est contribuer à une même
tâche en se partageant le travail. » « Nous avons pu entrer dans la vie locale;
les enfants ont mieux cerné la notion de produit fini et ont plus tenu compte
du récepteur en situation de
communication; le vécu collectif s'est enrichi et chacun a ressenti
l'interdépendance de son travail avec celui du groupe. » « Nous avons appris à
nous écouter et à être tolérants vis à vis d'un camarade plus faible. »
- travailler en équipe et de façon autonome, pratiquer le compagnonnage: « Les plus jeunes parfois dépassés par le contenu de certaines explications ne se sont jamais sentis exclus, ils ont beaucoup appris avec les grands.»
- présenter un dossier le plus complet possible faisant appel à différentes techniques
- ne pas faire une généralité des réponses particulières
- mettre en forme avec soin
- relativiser ses savoirs et prendre conscience de leur caractère provisoire
- acquérir le
sentiment d'appartenance à un groupe, se socialiser, se sentir devenir un
citoyen actif : « Surpris par le montant des dépenses en eau et électricité les
enfants évitent maintenant de les gaspiller. » « Tout ceci a été rédigé dans la
bonne humeur et a développé une ouverture sur l'école qui n’est plus maintenant
une classe mais un grand groupe très
organisé; bonne idée à renouveler. » « Ce travail a permis de sensibiliser les
enfants à de futures responsabilisations dans notre société grâce à une
meilleure connaissance de leur
environnement social. » « Les enfants sont davantage concernés par les locaux
et les règles de vie de l'école. »
- Générer des comportements de réussite : « Les enfants de 1’IRPP (5) se sont trouvés en situation de réussite et ils ont prouvé aux autres (le centre et les gens du village) et à eux-mêmes qu'ils existent et qu'ils sont capables de réaliser. »
Jusqu'à l'adulte qui, à l'occasion d'un concours, peut parfaire sa formation : « Le concours a été pour moi prétexte à agir dans de nombreuses directions et à «enseigner » autrement. »
Interdisciplinarité
du travail d'enquête
Les enquêtes permettent d'aborder un grand nombre de disciplines à la fois. Reporters dans l'école a permis par exemple d'explorer les domaines suivants :
- la lecture (dont le langage administratif des archives),
- l'expression écrite : structure du texte, éviter les répétitions, travail sur les temps, écriture de lettres, élaboration de questionnaires, traitement des
réponses enregistrées et rédaction,
- l'histoire : histoire d'autrefois par rapport à aujourd’hui, l'évolution de la vie au XXe siècle à travers la vie de l'école sur quatre générations, étude du XXe siècle à partir de l'arbre généalogique des enfants, frise chronologique, recherches en mairie sur des documents d'archives, lire des courbes de démographie,
-la géométrie: calques, tracés, mesures, repérages
-la géographie : lecture et réalisation d'un plan, orientation, notion d'échelle, description de l'environnement, lecture d'une carte IGN, d'une légende,
-les
mathématiques : financement de l'école, lecture des grands nombres à virgule,
- les arts plastiques : développer le sens de l'esthétique, la créativité, en
illustrant l’album, prendre des photographies,
-l'éducation civique : fonctionnement du conseil municipal et des institutions : école, commune, région, état, la mémoire vivante des anciens,
-l'informatique : traitement des données,
-l'expression orale : interviews et préparation des questionnaires,
-la conjugaison : forme interrogative,
-le vocabulaire : recherche dans le dictionnaire de mots inconnus.
Prolongements
L'enquête documentaire est le point de départ d'activités multiples sortant
parfois complètement du champ de la documentation et dont l'intérêt est de
donner une cohérence aux activités de l'année. Pour exemple, les nombreuses
pistes ouvertes par l'enquête Reporters dans l'école :
- vivre, en simulation, une journée à l'école d'autrefois : écrire au porte plume, punitions mains sur la tête, au coin, récompenses bons points, tâches ménagères de service
- en récréation, jouer aux jeux de cour d'autrefois et apprendre leurs règles
- réaliser un dossier sur l'histoire de l'école à travers les siècles à partir de BTJ
-préparer une exposition pour les parents, à la BCD
- explorer les greniers de l'école et y faire un coin musée avec tables noires, tableaux anciens,
encriers, vieux livres et magnifiques poêles...
- réaliser la maquette de l'établissement
- étudier l'évolution du village de 1108 à nos jours
- réaliser des lithographies du paysage environnant l'école
- visiter le musée du jouet de Bâle (Richen)
- inviter les
anciens à l'école pour leur présenter ce que les enfants ont retenu de leurs
interventions
- réaliser une bande dessinée sur la journée d'un écolier il y a 50 ans
-faire un numéro spécial du journal scolaire Histoire d'école dont certains
articles seront communiqués à une revue départementale éditée par l’IUFM et
vendre une soixantaine de photocopies de ce journal spécial au profit de la
classe de mer de fin d'année de cycle 3. Mais aussi: « Le travail effectué est
la première ébauche des recherches qui contribueront dans les années à venir à
fêter le Centenaire de notre école. » Et c'est avec le témoignage d'une
enseignante ayant participé au concours que nous conclurons : « Avant de lancer
mes élèves dans cette enquête sur leur école, j'en avais prévu l'intérêt et
l'interdisciplinarité (l’expression écrite étant privilégiée) mais je ne
pensais pas que j'apprendrais moi-même autant de choses : coût du ramassage, de
la cantine, du fonctionnement de l'école, histoire de l'école avant
sa construction…) et que j'aurais des moments privilégiés (discussion sur la
chance d'avoir une école chauffée, éclairée, balayée où on peut travailler et jouer
tranquillement sans avoir peur des obus, d'avoir des repas préparés chaque jour
à la cantine, la faim étant juste une agréable sensation d'appétit…). Autre
moment fort : la visite de Monsieur 0. (qui a 86 ans et qui n'entend plus très
bien) et de Madame P, visiblement émue et contente d'être là, les enfants très
intimidés, et moi aussi un peu, jusqu'à ce qu'elle sorte ses photos... et que
l'on reconnaisse un petit garçon ou une petite fille en tablier ressemblant à
tel ou telle de la classe ! Ce fut un moment d'excitation et de bonheur
véritable. »
Reporters dans l'école :
Dossier préparé par Monique Ribis
Notes :
(1) FTC Histoire CE2-CM 48 fiches PEMF Mouans-Sartoux
(2) Fichier « Je propose à la classe » du CM2 à la 3e Techniques de communication - 78 fiches 21 x 29,7 Comment présenter à la classe sa recherche ou lui proposer des activités : enquête, débat, rencontre, film, jeux, etc. PEMF Mouans-Sartoux
(3) Fichier Histoire Géo « Savoir
faire » du CM2 à la 3e - 78 fiches 21 x 29,7 Pour organiser seul son travail ou
sa recherche : utiliser l'atlas, faire une carte, une chronologie, un plan...
PEMF-Mouans-Sartoux
(4) L'Aventure documentaire – éditions ICEM, n° 20
(5) IRPP : Institut de rééducation psychopédagogique
Ceci n'était pas la première enquête que nous faisions. Nous avons commencé par
des enquêtes plus modestes, sur des intérêts immédiats, ne nécessitant pas un
long travail de préparation ni d'exploitation. Donc, dans le vécu de chacun,
l'enquête existait déjà. Son utilité aussi : d'abord nous renseigner, en tirer
un document pour notre fichier, et aussi en faire profiter les lecteurs du
journal et nos correspondants. Pour moi, ces contacts avec le milieu extérieur
réel, me paraissent un indispensable complément à l'expression libre, un
salutaire contact avec le monde adulte du travail, et une bouffée d'air frais
supplémentaire, dans la classe, qui a tendance à être isolée dans l'école :
classe de perfectionnement, méthodes pédagogiques différentes, communications
peu enthousiastes du maître avec ses collègues. Donc en plus des lecteurs du
journal, en plus des correspondants, l'enquête est un élément de plus qui nous
raccroche au monde et nous permet d'ignorer superbement, l'école anaérobie.
René Lafitte
Le Nouvel Educateur n°61, outils mode d’emploi