LE "QUOI DE NEUF ?"

Théorie...

 « Les enfants arrivent à l’école. Il faut éviter à tout prix qu’ils se dédoublent et se dépersonnalisent en en franchissant le seuil, la pensée et l’affectivité de l’enfant restant à la porte, l’écolier pénétrant dans la classe qui lui impose ses normes. Pas de salut obséquieux, pas d’alignement militaire. L’enfant qui sait à quel point l’Ecole continue la vie, arrive les yeux vifs, la bouche confiante, les mains pleines de richesses qui l’ont arrêté en chemin. C’est la vie dans toute sa complexité qui vient battre comme une marée invincible les murs et la porte de l’Ecole. Nos élèves ont tant à dire, tant de questions à poser, tant de renseignements à obtenir, tant de « glanes » à montre… Toute cette richesse, ce sera la nourriture de base de notre Ecole... ». C’est en ces termes que Célestin Freinet parle de l’entretien du matin. Cette causette, petite fenêtre ouverte sur le quotidien, encore souvent baptisé "Quoi de Neuf ?" reste l’une des techniques incontournables de la pédagogie Freinet. C’est grâce à cette parole régulièrement donnée à l’enfant que la vie entre dans la classe. C’est à travers cette vie exprimée que naît une dynamique de travail, une motivation à bâtir des projets au sein de la classe. Cette technique est aussi un moyen d’expression qui permet à l’enfant de « dire » et de « se dire », monologue qui devient dialogue et qui, grâce à une qualité d’écoute qui se construit, permet à chacun d’exister en tant qu’être reconnu au sein de sa communauté, c’est ce que la pédagogie institutionnelle a formidablement su décrire. C’est aussi pour l’enfant un remarquable outil d’apprentissage de la parole qui, grâce à la structuration du langage, permet l’accession au statut de sujet. Un sujet, nous dit Philippe Meirieu, « c’est quelqu’un qui transforme des faits en événements, c'est-à-dire qui quelqu’un qui inscrit des faits dans une trame, qui inscrit des faits dans une histoire qui leur donne du sens » Il conclut son article en déclarant que  l’échec sur la parole est bien plus grave que l’échec sur la lecture et l’écriture.

L’entretien du matin est l’une des techniques les plus couramment essayées par les débutants. Ne nécessitant peu ou pas de matériel, peu exigeante en temps, facile à mettre en place, elle se révèle aussi très décevante si certaines précautions ne sont pas prises. « Ils racontent toujours les mêmes banalités !... Ils ne prennent plus la parole !... Ils veulent tous parler et ça me prend beaucoup de temps !... » sont les écueils les plus fréquemment repérés. Cette parole de l’enfant, des enfants, constitue le terreau des apprentissages. Si l’entretien est un espace clos d’où rien ne ressort, il s’eutrophise rapidement. Cette richesse apportée par l’enfant doit permettre d’initier et d’organiser le travail d’écriture, de réflexion sur la langue, de recherche documentaire, de pratiques artistiques, de situations mathématiques. A cette condition là, le "Quoi de Neuf ?" devient l’une des sources principales du milieu riche que peut être la classe.

Dominique Tibéri

 

...et pratique

 

Concernant l’organisation du travail et compte tenu du quartier défavorisé où se trouve l’école, je me suis dit au début les enfants entrent à l’école avec un tas de problèmes trop lourds à porter pour avoir l’esprit libre et démarrer une journée de travail. Comment faire pour qu’ils s’en déchargent et qu’ils soient disponibles ? Comment faire pour que leur vécu soit pris en compte par l’école ? ».

Je prévois un "Quoi de Neuf ?" quotidien : chaque matin, le groupe classe se réunit au coin "Quoi de Neuf ?", espace réservé dans la classe. J’inscris ensuite sur l’album de vie le prénom de trois ou quatre enfants et le sujet de leur intervention. Puis, après avoir rappelé les règles de fonctionnement, chaque intervenant dispose d’un bâton de parole pour parler.

Très vite, je me suis rendu compte que le temps du "Quoi de Neuf ?" débordait sur les autres temps d’apprentissage et que la parole avait du mal à être entendue et respectée.

Deux modifications ont donc été apportées au cours du premier trimestre : le temps de parole fut ramené à une minute pour chaque intervenant et les enfants qui ne respectaient pas la parole des autres étaient sanctionnés par un «gêneur » inscrit dans un tableau récapitulatif.

La prise de parole, au début, timide, anarchique, routinière, est devenue petit à petit plus vivante, intéressée et structurée. Les enfants ont progressé dans le respect de l’autre, se coupant moins la parole et, signe encourageant, même les plus timides osent à leur tour prendre la parole pour s’exprimer. Depuis, j’ai décidé pour cette année d’organiser deux "Quoi de Neuf ?" par semaine (le lundi et le jeudi), au regret de ceux qui aimeraient en faire un chaque jour !

 

Antoine Cicolella (PE3) Ecole Alsace – Lunéville – CP/CE1 – Février 2002

 

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