« QUOI DE NEUF ? » AU SECOND DEGRÉ

 

les trois minutes

 

 C’est une technique très utilisée en primaire. La dénomination «Quoi de Neuf ?» vient de la Pédagogie Institutionnelle. Dans les années 70, un groupe d’enseignants Freinet a voulu mieux comprendre la nature de la relation enseignant/enseigné à la lumière des apports de la psychanalyse. Il a souligné la nécessité de mettre en place des «institutions» (Conseil, métiers, ceintures de comportement…) qui évitent la relation fusionnelle et permettent à l’enfant de progresser dans l’autonomie. Le «Quoi de Neuf ?» est un de ces moments institutionnalisés.

Dans la Pédagogie Freinet classique, on parle plutôt d’«Entretien du Matin». André Mathieu et Roger Favry voient peu de différences dans ces deux termes, puisque le but premier, c’est de permettre à l’enfant de s’exprimer :

 

« Le "Quoi de neuf ?" technique de la Pédagogie Institutionnelle, largement utilisé dans toutes les classes Freinet et qui pointe maintenant dans le Second Degré diffère-t-il de l'entretien du matin qui s'est toujours pratiqué dans les classes Freinet ? Je voudrais y voir un peu clair : qu'obtient-on de différent dans le langage, dans le comportement du maître et des enfants quand le matin on lance :

- Alors, quoi de neuf ?  (Pédagogie Institutionnelle)

ou
- De quoi parlons-nous ce matin ? (Pédagogie Freinet) »

André Mathieu

 

« J'ignorais que le "Quoi de neuf" venait de la pédagogie institutionnelle. Cela me semble être comme "l'entretien du matin" de la pédagogie Freinet mais avec un point de départ moins institutionnel (un comble !). C'est le premier échelon d'une possible organisation coopérative parce que, d'un point de départ apparemment anodin, on peut construire quelque chose. Cela donne confiance. C'est du même ordre que les prises de parole en trois ou une minute, le débat en zig-zag, techniques de démarrage qui m'ont toujours fourni beaucoup de satisfaction et sur lesquelles on peut construire des prolongements. »

Roger Favry

 

Les enfants apportent en classe leurs préoccupations de l’extérieur. L’idée est de créer un espace de parole libre où chacun pourra dire ce qui l’occupe, et être entendu. Cela leur permet de déposer une partie des tensions qui les traversent, de créer un climat de confiance et de faciliter la mise au travail. D’autre part, les idées apportées peuvent devenir des projets de travail : chacun apporte ainsi «à la ruche» des idées de recherche, des questions à résoudre.

Les élèves qui le souhaitent s’inscrivent pour dire à la classe ce qui les a fait réagir : un événement personnel, une nouvelle entendue ou lue dans la presse. Un donneur de parole régule ce moment, pendant que le maître, en retrait, écoute et prend des notes. Il y a la même consigne de confidentialité que pour la réunion de classe, pour que chacun se sente en confiance.

Peut-on transposer cela au collège avec nos séquences de 50 minutes ? Voici deux types de témoignages au Second Degré, l’un au collège, l’autre au lycée. Ce sont uniquement des professeurs de français qui ont réagi, et pourtant cette technique pourrait être utilisée dans d’autres disciplines ou peut-être dans une heure de vie de classe, dans un projet interdisciplinaire, etc.  :

« Je le pratique dans mes classes (6e et 5e) et, c'est un moment très attendu des élèves, qui apporte une respiration essentielle à la classe. C'est le seule activité qui a bien marché dès le début de l'année. Ce qui est mis en circulation dans le "Quoi deNeuf?" resurgit souvent en expression écrite. Souvent, ça paraît s'épuiser, personne n'est volontaire pour venir parler, et puis quelqu'un se décide in extremis... et c'est souvent le plus intéressant qui vient alors.

J'enseigne à Mayotte, le français n'est pas la langue maternelle des élèves, ils le parlent peu en dehors de la classe. »

Robert Jeannard 

« Nous avons été amenés à utiliser le «Quoi de Neuf ?» dans le cadre d'un groupe de tutorat de six élèves que nous prenions en charge quatre fois par semaine de 8 H à 9 H, en alternance à deux profs. Il  s’agissait d'élèves de 5ème en échec scolaire important - donc ayant un an, voire deux, de retard.
Chaque séance commençait par un "Quoi de Neuf ?". Nous avons été dès le début surpris par leur grand intérêt pour ce moment : à peine arrivés, ils mettaient les chaises en rond dans l'attente de la phrase rituelle prononcée par l'un d'entre eux : " Alors, Quoi de Neuf ?... " Ce moment a été un moteur
essentiel de ces séances. Le contenu concernait surtout les activités extrascolaires de la veille.

Tout au long de l'année, le respect de la parole de l'autre a grandi, alors qu'au début, les prises de paroles étaient souvent coupées ou plus fréquemment ponctuées de remarques plus ou moins obligeantes. Ces mêmes élèves posaient de nombreux problèmes de comportement dans le collège.
Nous avons institué un bâton de paroles qui a été sculpté par l'un d'entre eux. Le bâton matérialisait les tours de parole. Pendant un certain temps, a été institué aussi un temps de parole maximum pour chacun pour éviter les monopolisations de parole de certains et aussi pour que chacun dispose d'un temps équivalent à celui des autres, même s'il ne parlait pas. Peu à peu, même le plus réservé s'est mis à parler. Au travers de paroles apparemment banales, surgissait la température du moment : ainsi pour l'un, pendant un certain temps, il y a eu l'annonce d'une série d'incidents les plus divers...

Le fait que nous ayons participé à ce "Quoi de Neuf ?" au même titre qu'eux, et sans faire semblant, les a d'abord étonnés, mais a aussi concrétisé l'importance que nous accordions à ce moment. En bref, nous avons apprécié cet outil - tout comme le " Conseil " joue un rôle important dans nos classes. »

Isabelle Chauvet et Jean-Marie Larchevêque

 

 « Enseignant en BTS audiovisuel avec peu d'heures à cause de mon mi-temps BT2, je ne peux plus pratiquer le "Quoi de Neuf ?" systématique. J’ai conservé ou aménagé en remplacement :

- la mini conférence. Elle porte sur une monographie culturelle portant sur la peinture, la littérature ou le cinéma (matières que j'enseigne pour la partie théorique de mes interventions). Elle dure un maximum de 5 minutes quoiqu'il arrive. Pas de débat derrière. Si la classe souhaite un prolongement, un élève le prend en charge, donne une date et choisit de préparer le débat qu'il animera. Je ne supporte pas ces discussions à chaud qui s'effilochent, bien pire qu'un cours magistral lequel a au moins l'avantage d'être structuré.

- la minute bizarrerie. Même règle de fonctionnement. On choisit un article, un extrait de film, une image qui nous a paru bizarre et on la présente à la classe en une seule minute. Pas de commentaire à chaud.

A ces deux systèmes j'associe des fichiers coopératifs. Tout oral est obligatoirement accompagné d'une fiche synthétique (un recto A4 sur disquette ou Internet). Ces fiches ayant la double fonction d'amener mes étudiants à se cultiver et à écrire, je ne passe pas des heures à les corriger, mais propose une évaluation incitative. Une fiche faite vaut 9 points. La première retenue (placée dans le fichier coopératif) vaut 12 points, la seconde 13 points, la troisième 14 etc. Par contre ces fiches sont inscrites dans des rubriques obligatoires. On établit ensemble le nombre minimal ainsi que le coefficient attribué à ces travaux par rapport aux DS en rapport avec l'examen. »

  Michel Mulat

Michel a donc gardé du « Quoi de Neuf ? » la liberté des sujets, et l’apport d’une expression personnelle au groupe, expression qui est ici systématiquement le point de départ d’un travail qui sert au groupe. Mais il n’a pas éprouvé le besoin de donner à la classe un espace de parole immédiate, non préparée.

Déjà, dans ces quelques témoignages, on peut voir la diversité des pratiques, même dans le Second Degré, où cette technique est peu répandue. Jean le Gal fait la même analyse :

« À des questions posées par des profs des écoles juste sortis de l'IUFM, les réponses de "chevronnés" montrent que ce qu'ils mettent concrètement en oeuvre, présente des différences parfois importantes. Pour certains c'est un temps d'échange libre animé par un des élèves de la classe sans aucun suivi ensuite, pour d'autres un entre deux temps, celui du dehors et celui de la classe, qui a une fonction de passage, de temps d'accueil, pour d'autres un temps d'expression du vécu de l'enfant qui sera exploité ensuite dans différentes directions, pour d'autres encore il incorpore un moment de débat et de décision ( fonction conseil). Je ne pense pas qu'il est nécessaire d'arriver à une pratique orthodoxe, mais qu'au moins on tente de voir si la même appellation, à travers l'analyse des pratiques, recouvre les mêmes principes. »

Jean Le Gal

Jean-Marie Larchevêque pose bien les questions qui permettent de cerner l’intérêt de cette technique :

« Je ne sais si l'on peut opposer le «Quoi de Neuf ?» (Pédagogie Institutionnelle) et le " De quoi parlons-nous ce matin ? " (Pédagogie Freinet). Mais une fois que, dans le quotidien de classe et de façon pragmatique le plus souvent, a été "inventé" par d'autres un outil, il me semble intéressant de comprendre ce qui fait qu'il fonctionne. C'est, me semble-t-il, une des conditions pour sa transmission.

Ce sont alors des questions qui me viennent à l'esprit :

- Qu'est-ce qui fait que ces moments ne se transforment pas en discussion de salon ? Qu'est-ce qui les différencie de discussions de cour de récré ?

- Quelles sont les médiations instituées qui vont faire de ces lieux des moments de parole vraie où l'autre va pouvoir être entendu et reconnu pour ce qu'il est ?

- Quel lien est établi entre ce temps de parole et les activités scolaires, notamment dans le Second Degré ? A quel moment instituer le "Quoi de Neuf ?" ?

- Qu'est-ce que le maître entend de ce qui se dit ? Quelle absence d'interprétation ou au contraire interprétation ?

- Quelle règle du secret sur ce qui se dit dans ce lieu ? etc.

Quand on a commencé à utiliser le "Quoi de Neuf ?" avec les ados, on a trouvé cet outil assez lumineux, dans ce contexte de tutorat - tout comme le Conseil de coopérative me paraît un formidable instrument d'évolution des enfants, des groupes  et du maître. Pour avancer, il me semble qu'il faut à la fois analyser les valeurs qui sous-tendent les pratiques du Conseil, du "Quoi de Neuf ?", et dans le concret le plus terre à terre les rituels, les règles qui donnent corps à ces valeurs. Sinon, on donne l'impression de parler de la même chose - tout en faisant son contraire : il suffit de bien peu (absence de médiations instituées) pour que durant ces moments de parole, ça tourne en rond. On ne broie plus que de l'affectif.

J'ai pour ma part beaucoup appris d'analyses très concrètes de scripts de Conseils provenant de nos classes et partagées dans des groupes de travail constitués avant tout de collègues du premier degré, plus sans doute que par la lecture d'écrits théoriques. » 

 Jean-Marie Larchevêque

 

 

 

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