La
mise en oeuvre
Pourquoi une correspondance internationale ? C'est un choix délibéré de ma part : pour s'ouvrir à d'autres cultures, à d'autres modes de vie, à d'autres modes de pensée. Les enfants repèrent que d'autres enfants ne vivent pas comme eux.
Quel pays ? Quelle partie du monde ?
Le choix se fait en fonction des propositions qui me sont offertes, des conditions matérielles ou d'événements importants, sociaux et politiques, car cela veut dire que les enfants vont en entendre parler par la presse et la télévision ; par exemple en 1986, correspondance avec l'Inde et année de l'Inde en France, en 1990, correspondance avec l'URSS, glasnost et perestroïka.
La prise de contact
C'est moi qui informe les élèves qu'on va chercher des correspondants. On pourrait voter en classe pour le choix d'un pays mais il y a peu de demandes de l'étranger et le choix se fait également en fonction des facilités et des conditions matérielles (vitesse du courrier, acheminement des colis...).
Pour commencer
Je présente le pays des correspondants sur les diverses cartes et le planisphère qui sont en classe, puis il y a explication du projet, planification des recherches à faire, des envois. On se « distribue » les correspondants pour les lettres individuelles « qui écrit à qui ? »
Les envois
D'abord, ce sont les « cartes d'identité » de chacun : nom, prénom, âge, hobby, famille, lieu de vie, loisir, copains...). On prépare ensuite des informations sur notre environnement : l'école, la maison, le quartier, notre ville, notre pays. On explique notre vie quotidienne (les jeux, les repas, la vie à l'école, la vie dans la famille, les professions des parents, les loisirs en famille).
On prévoit des envois d'objets : objets de type scolaire, des cadeaux, des livres, des cartes postales, des posters de paysage français, des plans, des dessins, des textes, des exposés, des comptes-rendus d'expositions et de sorties, des lettres individuelles...
La mise au travail
Cela implique la mise au travail, on demande aux élèves de produire. Ce sont des productions collectives, individuelles et par groupe. Cette mise au travail consiste dans la recherche de documents, de textes, de photos et de la fabrication d'exposés, de lettres, de textes.
En classe, je donne des pistes, mais très souvent il faut répondre aux questions des correspondants. Dans les lettres individuelles, chacun cherche ce qu'il veut dire puis le support (le papier, la machine à écrire, le traitement de texte et la vidéo...).
A partir d'une correspondance, on peut aborder toutes les autres activités d'apprentissage nécessaires à une classe d'âge donnée :
- apprendre à lire les lettres, les informations dans les documents qu'on reçoit, dans les documents qu'on utilise, à travers les tris de ces inormations ;
- apprendre à écrire ;
- faire des mathématiques (par exemple : faire des repérages, utiliser des quadrillages, travailler sur les décalages horaires, les kilométrages et les grands nombres, les monnaies et les échanges, les relations...)
- faire de l'histoire : on apprend à se repérer dans le passé récent ou plus lointain pour situer des époques, des personnages remarquables ; on utilise le calendrier pour planifier les envois ;
- faire de la géographie : le climat, la situation géographique dans le monde, le relief, la faune et la végétation en France et dans le pays des correspondants ;
- faire des sciences : pour exemple, nous avons mené des recherches pour savoir ce qu'est une céréale (consommation du riz en Inde), pourquoi la mer Baltique qui gèle donne en surface des glaçons qui ne sont pas salés (au cours d'un voyage chez nos correspondants soviétiques, les élèves ont pu marcher sur la mer gelée), les oeufs des poissons (boîte de caviar)...;
- se cultiver en musique : traditions musicales du pays des correspondants, danse (ex. Katakali en Inde) ;
- en arts plastiques : ayant la chance d'être à Paris, de nombreuses institutions présentent les facettes de ces pays, ce qui nous permet de rester en contact avec la civilisation de nos correspondants (le musée Kwok-On et les fêtes en Asie, le musée Guimet où l'on peut tout savoir sur la vie de Bouddha, le théâtre de l'Alliance française...).
Le journal de la classe s'enrichit de toutes ces informations et nous classons ce que nous envoyons et recevons.
Tout ce travail s'élabore grâce au plan de travail où l'activité de chacun est individualisée et programmée avec un contrat minimal pour tous.
Les raisons du voyage et ses objectifs
Depuis deux années, ma classe entretient une correspondance régulière avec la classe de Tatiana MOUR, école n° 17, rue Maòakovski à Léningrad - U.R.S.S.
Grâce à ces échanges, le contact s'est établi avec le monde extérieur ; nous découvrons la vie de nos correspondants soviétiques. Comme nous, les élèves soviétiques apprennent le français et leurs premières expériences sont bien souvent semblables aux nôtres.
Se déplacer dans un pays lointain, inconnu, nous demande un travail préparatoire sur la connaissance de ce pays. Depuis deux années, nos correspondants nous racontent, à travers leurs envois, leur ville, leur école, leurs vacances, leurs loisirs, leur vie...
La découverte de l'autre et d'un autre ailleurs où on ne vit pas tout à fait de la même façon, développe la notion du droit à la différence.
Nous voulons vivre pendant une semaine, la vie de nos correspondants. Tout d'abord leur vie d'écolier, tous les matins nous nous rendons à l'école. Avec nos amis nous allons suivre les cours de musique, de dessin, de français, et un cours d'initiation au russe.
Ensemble l'après-midi, nous parcourons la ville de Leningrad et découvrons ses monuments les plus célèbres, (cf. le programme préparé par l'agence soviétique Intourist. Nous verrons leur quartier et leur maison, nous irons dormir chez eux et partagerons leur repas.
Concernant la langue étrangère, quelle fonction a t-elle eu dans la correspondance ? Elle apparaît très peu, puisque les échanges se sont toujours faits en français. Elle est objet de curiosité, elle n'entre pas dans le bilinguisme indispensable à tout individu européen, mais les élèves connaissent toujours quelques mots de la langue de leurs correspondants (d'usage courant..., de gros mots...). Ailleurs on ne parle pas de la même façon, on n'a pas tout à fait les mêmes idées, les mêmes rituels, la même Histoire. La langue des correspondants, et d'autres usages (manger, mourir...) sont des "objets" à regarder, pour le droit à la différence, pour connaître leurs idées.
Marine BARO