Les fondements théoriques de la pédagogie Freinet

 

 

HISTORIQUE DE LA COOPERATION

 

Des pédagogues de l'éducation nouvelle

 

Des pédagogues expérimentent des Communautés d'enfants

Pestalozzi (1746 1827) a créé, à Neuhof, une Communauté d'enfants. II peut être considéré comme l'un des principaux précurseurs de l'École Moderne et de l'idéal coopératif. Pour lui, l'individu ne peut se réaliser que dans une communauté vivante où s'affirment des actes, de véritables valeurs éducatives, c'est- à-dire les valeurs proprement humaines.

Makarenko (1888 1939) a créé seul sa pédagogie lors des années tumultueuses de l'après-révolution russe. En 1920, on confia à Makarenko un centre de jeunes délinquants qui devint, en 1921, la Colonie Gorki. Le travail collectif, la gestion démocratique et la discipline librement consentie permirent à Makarenko de poursuivre la synthèse entre «les deux notions aussi nécessaires au développement de l'individu : besoin de liberté, d'autonomie, d'action, d'expression et besoin de sécurité, d’ordre, d`autorité, de socialisation » .  «.Mon expérience consiste à exiger d’autant plus de l'individu qu'on l'estime davantage ».

Souci de l'organisation : réunions soigneusement préparées... Conscience de l'importance de la fonction de la collectivité : «C'est la collectivité qui est l'éducateur de l’individu », «La collectivité d'enfants ne le prépare pas à une vie future mais est déjà dans la vie ».

Rejet éclairé des punitions et sanctions : « En général. Il faut toujours tâcher de punir le plus rarement possible, n'avoir recours à la punition que si elle est indispensable, si elle correspond à un but et si elle est approuvée de tout ». Makarenko évite le plus possible de priver l’enfant d'un enrichissement quelconque (cinéma. promenade, etc.) et les privations matérielles (nourriture. etc.). Tout ceci caractérise la pédagogie de Makarenko qui allait dans le sens d'une «éducation globale».  Lien étroit entre politique et éducation, globalité de I'éducation, organisation coopérative, vigilance vis-à-vis des dérives bureaucratiques éventuelles ou de la mise en place de pouvoirs personnels, tous ces apports furent déterminants pour Freinet.

Il a écrit entre autres  Le Poème Pédagogique , Le Drapeau sur les tours,  Le livre des Parents.

Janusz Korczak (1878 1942): en 1912, il a ouvert la Maison des orphelins à Varsovie.
Ses principes éducatifs:

- Remplacer la contrainte par une adaptation consciente de l'individu aux formes de la vie collective.
- Conduire l'enfant graduellement à l’indépendance en créant des situations stimulant ses initiatives.
- Fonder l'organisation interne de l'établissement sur l'entente engageant les enfants et les adultes.
Korczak a aidé à la naissance de "Républiques d'enfants" où la réalisation de ses principes servait l'autogestion.

Neil (1883 1973): Libres Enfants de Summerhill

C'est en 1970 qu'a été publiée en France l'expérience d'une école fondée en 1921 par un psychologue. A.S.Neil voulant expérimenter les effets d'une atmosphère de totale liberté. L'enfant est libre, mais pas de faire n'importe quoi, la limite de la liberté individuelle étant le respect des droits des autres.
II y chez Neil une tentative qui est essentielle, la remise en cause de l'idéologie autoritaire, à partir des relations qui s'établissent dans l'établissement et à travers l'ensemble des manifestations de cette idéologie, la sexualité, la morale, la déviance, les influences psycho-affectives... L'action de Neil est anarchisante : le refus de l'autorité. En lisant Neil, il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit d'enfants peu nombreux, groupés dans un internat à raison d'un éducateur pour huit pensionnaires. Cela n'enlève rien à son mérite, mais rend dans l'immédiat les imitations difficiles.

Bruno Bettelheim :  Les Enfants du rêve (1964).

Il s'agit d’une expérience d'éducation communautaire dans un Kibboutz d'Israël. S'il n'est pas question d'appliquer ces méthodes à notre société, il reste qu'un enseignement peut et doit en être tiré. Il montre les possibilités de changer l’homme à partir de son éducation. Et pour notre système d’éducation, les implications sont intéressantes.

 

Des pédagogues de l’Éducation Nouvelle apportent à la coopération scolaire leurs idées sur l’enfant

Maria Montessori (1870 1952) : elle reste l'un des défenseurs les plus ardents, les plus vigoureux des Droits de l'enfant et des possibilités qui existent dans tout enfant, à condition que l'école lui offre des stimulants adaptés à ses moyens.

Decroly (1871 1932) : l’« Ecole pour la vie, par la vie» amène l'enfant à se discipliner lui-même, à collaborer aux activités (rangement, entretien ...), à l'organisation des charges et responsabilités relatives à la vie des classes et de l'école. Les parents participent à l'administration de l’Ecole par l’intermédiaire d’un Comité. La pédagogie est axée sur les centres d’intérêt.

Dewey{1863 1942) : iI disait: « l’école doit favoriser la coopération plutôt que la compétition et être organisée suivant cette perspective ».

Cousinet (1881 1973) : dans « l'Education Nouvelle » (1958), il écrit: « l'Éducation est l'oeuvre de l'enfant, il n'a ni à être éduqué, ni même à s'éduquer. Il n'a pas autre chose à faire que vivre. Pour apprendre et comprendre, il n'a besoin que de vivre. Pour lui, pour soi, la vie, seule est éducation. » Cousinet préconise le travail par groupes pour un apprentissage social affectif.

Avec Claparede et Ferriere, tous ces éducateurs définissent entre eux et l'enfant un nouveau style de rapports qui permettent à l'enfant d'agir avec le moins de contraintes possibles.

Paul Robin (1837 1912) : le Pionnier de Campuis a réalisé la premiers expérience d'éducation libertaire dans une école publique de la III ème République, sous les auspices de l'instruction Publique (1880-1894). Il a accordé une confiance totale à l'enfant, à sa curiosité, à ses intérêts, à sa faculté de se gouverner lui- même.  « Laissez l'enfant faire lui-même ses découvertes, attendez ses questions. Gardez-vous, par-dessus tout, de lui imposer des idées toutes faites, banales, transmises par la routine irréfléchie et abrutissante ». Toutefois, les difficultés rencontrées notamment pour recruter des enseignants motivés, ont été un obstacle à une pratique libertaire de la vie en groupe ce qui a amené des règlements répressifs à Campuis. Une marge importante a séparé la réalité de l'objectif poursuivi.

Francisco Ferrer et Sébastien Faure se sont inspirés de Robin. L'École de Ferrer a démarré sous la bannière de l'Ecole Moderne à Barcelone en 1901 : Escuola Moderna. Sébastien Faure a créé un orphelinat, « La Ruche », à Rambouillet.

 

Le mouvement coopératif à l'école

L'introduction de l'idée coopérative à l'École Publique est beaucoup plus récente. En 1924, sont apparues les premières coopératives scolaires dans la circonscription de St Jean d'Angely, à l'instigation d'un inspecteur, Barthélémy Profit (1867-1 947). Quelles sont, à cet égard, les idées de B. Profit ?

Dans L'Education Mutuelle à l'Ecole, il affirme que l'écolier doit être l'agent de son éducation par le moyen d'un système d'éducation mutuelle : la coopérative scolaire l'école. D’une simple réunion  d’individus alignés que dressaient les uns contre les autres la contrainte et la sujétion excessive d'une part, et d'autre part, la compétition et la jalousie, elle est devenue une association d'enfants se disciplinant eux-mêmes pour prendre à charge l'amélioration de leurs conditions de vie et le progrès général de la classe, tant au point de vue matériel qu'au point de vue moral .

Ainsi la coopérative, c'est la démocratie à l'école et Profit écrit : « L'école, c'est un groupe social nouveau constitué entre la famille et la société où l'enfant entrera demain... C'est un milieu organisé où l'enfant prend naturellement par l'exemple et par la pratique, des habitudes précieuses au triple point de vue intellectuel, civique social et notamment celle du dévouement... L'école coopérative, c’est, au lieu de l'école assise, vivant dans le bourdonnement des vaines paroles et le grincement des plumes, l'école active demandant aux choses, aux faits, au travail manuel enfin organisé par elle, les joies de la découverte et de la création personnelles. L'école coopérative, c'est une Ecole transformée politiquement où les enfants qui n'étaient rien sont devenus quelque chose, c'est l'école passée de la monarchie absolue à la république...»

Faut-il rappeler que ces lignes d'une étonnante actualité ont été écrites voici près de quarante ans ? On retrouve ainsi dans l'œuvre de B.Profit quelques idées essentielles clairement affirmées : la valeur et les mérites de la coopérative comme institution : « Pour fonder et faire vivre la société, l'essentiel est de traiter les enfants avec le plus grand respect et comme s'ils étaient déjà des grandes personnes, de leur faire confiance et de les aimer... En créant à l'école le milieu social qui manquait, la coopérative dispose habituellement les esprits à la conception d'un monde où chacun aura sa place selon ses aptitudes et ses mérites... C'est une petite république que la coopérative... La coopérative, c'est l'école. Elle est l'école organisée socialement ».

Le rôle capital du travail dans l'éducation : « Il s'agit essentiellement non de réaliser des bénéfices personnels, mais de produire en commun des résultats dont chacun bénéficiera... généralement on n'estime pas à sa valeur l'imagination constructive de l'élève encouragé et dirigé discrètement ».

L'importance attachée aux méthodes actives et techniques de travail : « Par la coopérative, l’enseignement concret et la véritable méthode active ont été rendus possibles ; l’observation directe et la réflexion ; la recherche et l'action sont à présents les moyens employés au lieu du livre ». Ainsi, pour B.Profit, les coopératives peuvent provoquer une véritable révolution morale. II y a dans le mouvement qu'il a créé un moralisme qui lui est essentiel et dont l'idéal s'identifie à celui de l'école laïque française, et B.Profit a cette phrase significative et toujours actuelle: « C'est à un 1789 scolaire que nous vous convions !  »

En 1928, Emile BUGNON crée l'Office Central des Coopératives qui deviendra ensuite l'Office Central de la Coopération à l'Ecole (l’OCCE).

 

L’apport décisif de Freinet

C’est dans le même temps que Célestin Freinet, instituteur à Bar-sur-Loup, bousculait la tradition pédagogique avec des techniques mises au point à même la vie de la classe et celle des classes des correspondants. A la dimension civique apportée par B. Profit, C. Freinet a ajouté une dimension sociale et pédagogique.

Dimension sociale : il voulait que l'école s'ouvre aux réalités du monde prenant en compte les faits économiques et sociaux même s'ils interrogent brutalement l'ordre établi : « Nous avons voulu humblement, honnêtement une pédagogie basée sur la vie même de nos élèves. Une école sur mesure à la mesure des fils d'ouvriers et de paysans de nos classes ».

Dimension pédagogique : la classe s'organise en coopérative. Les enfants prennent en charge avec l'aide du maître leur propre éducation. Ils s'expriment et communiquent (c'est le texte libre, la correspondance inter-scolaire). Ils élaborent leur plan de travail, leur programme d'activités, et exercent d'authentiques responsabilités avec le maître dont la tutelle se manifeste par des conseils, par une information, par un rôle de régulation. Freinet a toujours eu un sentiment de reconnaissance pour les pédagogues de l'éducation nouvelle, dont les idées étaient fort éloignées de la réalité de la pauvre école de Bar-sur-Loup
S'il s'intéressait à l'école d'Altona, à Hambourg, en 1923, il n’a pas retenu l'école anarchiste, sans autorité du maître, sans règles, sans sanctions. En URSS, au cours de visites d'écoles de Léningrad, Moscou, Sartov et Stalingrad il a vérifié les apports de Makarenko et les avancées de Krupska, la femme de Lénine : le système autogéré, l'abolition des examens, la suppression des manuels, l'exploitation des centres d'intérêt à partir de la vie quotidienne et des activités locales. Pistrak et Blonski avaient repris les idées d'auto-organisation en liaison avec la société socialiste : «...Théoriquement, si elle est comprise comme un moyen pratique pour des enfants de s'organiser librement et de gérer leurs propres intérêts, d'améliorer même leurs conditions de travail, la coopérative n'est-elle pas entièrement recommandable et ne peut-on vraiment saluer cette initiative comme un essai pratique de réaliser l'auto-organisation des écoliers ? »[1] .

A Bar-sur-Loup, l'engagement de Freinet aux côtés des ouvriers et des paysans est le témoignage politique et social de son action qui se manifeste au niveau de la classe par une idéologie nouvelle qui s'élabore à partir d'outils et de pratiques, supports de l'expression libre et de la coopération. Freinet relie le travail scolaire à un projet coopératif et à un projet politique. En 1932, il écrit:« Il est du devoir de 1' instituteur de remettre1'économie et l'activité de la classe entre les mains des enfants, d'orienter ceux-ci vers une collaboration communautaire selon les techniques nouvelles que nous préconisons, première étape vitale de la coopérative scolaire. qui s'épanouira un jour dans toutes les écoles libérées par la libération du prolétariat »[2] .

En 1939, à l'occasion du Congrès de la Ligue pour l'Éducation Nouvelle, il écrit, à propos de « l’École au service de l'idéal démocratique »: « L'idéologie totalitaire joue sur un complexe d’infériorité de la grande masse qui cherche un montre et un chef. Nous disons, nous : l'enfant et l'homme sont capables d'organiser eux-mêmes leur vie et leur travail pour l'avantage maximum de tous».

1946 : c'était l'époque pleine d'espoir pour une école démocratique dont les bases ont été tracées par le Plan Langevin Wallon qui préconisait à l'école l'idée de coopération : «La coopération scolaire, telle surtout que l'a recommandée et réalisée Monsieur Profit, nous parait être la forme la plus pratique et la plus efficiente de l'organisation moderne du travail et de la vie scolaire» dit Freinet La coopération scolaire, sous tous ses aspects, fait partie intégrante de « L'Ecole Moderne ». Mais, dans une certaine mesure, sa pensée s'est développée en fonction d'une critique des conceptions de Profit. II a notamment écrit : « ... Ce n’est pas d'un bureau d'enfants hâtivement coincé ni de l'institution de conseils de classe que dépend tout d'abord le fonctionnement démocratique de la vie de la communauté. Tant qu'il n'y a pas de tâches à assumer, il est vain de faire nommer des fonctionnaires... Ce sont les nécessités matérielles qui amènent l'institutionnalisation de la réunion de coopérative : nécessité d'achat du matériel, de s'organiser pour alimenter une caisse de coopérative, etc. » En même temps Freinet et les militants de l'I.C.E.M. reprochaient à de trop nombreuses coopératives de n'être que des caisses à sous dont la gestion n'était pas démocratique. Néanmoins les contacts ont été constants entre les responsables de l'O.C.C.E. et Freinet.
Après 1945, le rapprochement s'est accentué d'année en année, jusqu'à la mort de Freinet, grâce aux contacts amicaux qui se sont établis entre Freinet, Jean de Saint Aubert, A.Descamps et R. Méric notamment. En décembre 1959, un protocole O.C.C.E/ I.C.E.M. a confirmé l'accord des deux mouvements sur des points essentiels : affirmation que les soucis éducatifs et le cadre d'action sont identiques, appel à une collaboration aussi étroite que possible dans tous les domaines et particulièrement à la base, dans les départements. Cette politique est poursuivie par les dirigeants actuels de l'O.C.C.E. et de l'I.C.E.M, conscients de leur solidarité profonde. Parmi les nombreux textes de Freinet relatifs à la coopération, et qu'il est délicat d'isoler de tout le contexte pédagogique dont ils font partie, nous citerons les passages suivants : « Attention aux déviations : ce sont les coopérateurs et non le règlement qui font la coopérative ; i1 ne faut pas se laisser dominer par I' organisation bureaucratique ; i1 est normal que les coopératives se fédèrent ; le champ d'action des coopératives est presque illimité. »

En 1946, il donnait dans La coopération à l'École Moderne les conseils suivants : « […] l'organisation autocratique ou même paternelle de l'école aujourd'hui a fait son temps. Qu’on le veuille ou non, la pédagogie s'oriente vers d'autres formes de lien et de travail. Des expériences diverses ont été faites ou sont encore en cours. Nous estimons comme particulièrement probantes celles qui, par l'action et la vie, préparent les enfants à s'intégrer naturellement dans les processus économiques et sociaux modernes, tous fondés sur la coopération et l’organisation démocratique  » ; « Une vie nouvelle à réorganiser sur d'autres bases, l'abandon de la discipline traditionnelle et l'appel le plus large possible à l'organisation par les enfants de lu vie de leur classe » ; « La coopération scolaire, forme moderne de l’organisation scolaire française, peut s'attaquer à tous les problèmes scolaires : organisation du travail, fabrication et achat de matériel, discipline, propreté, équipes de travail, promenades, sorties, excursions, cinéma, expériences, travaux de jardin, radio, pépinières, échanges interscolaires, voyage échange, cantine...» ; « Ne vous entravez pas de cette complexité. Elle est l'image de la vie et vous voulez retrouver et influencer la vie. La coopération vous y aidera » ; « Un travail nouveau qui n'est plus réglé souverainement et préalablement par des programmes ou par les manuels scolaires, un travail nouveau qui nécessite la coopération »

La définition de la coopérative, adoptée par l'OCCE, lors de son Congrès de Tours en 1948 est toujours actuelle : « Dans l'enseignement public, les coopératives scolaires sont des société d'élèves gérées par eux avec le concours des maîtres en vue d'activités communes. Inspirées par un idéal de progrès humain, elles ont pour but l'éducation morale, civique et intellectuelle des coopérateurs, par la gestion et le travail de ses membres. Les fruits du travail commun sont affectés à l'embellissement de l'école et à l'amélioration des conditions de travail, à l'organisation de la culture artistique et des loisirs des sociétaires, au développement des oeuvres scolaires et post-scolaires d'entraide et de solidarité ». Mais, de même que la pédagogie Freinet a été souvent récupérée, dénaturée, galvaudée, il en est de même de l'idée et des pratiques coopératives. Et pour Freinet, la coopération comme modèle coopératif est un projet politique. Au Congrès de I'ICEM à Brest, en 1965, il apparaît comme un précurseur de l'autogestion.
Sur le plan de l'organisation coopérative de la classe, des recherches se poursuivent en fonction des apports nouveaux de la psycho sociologie et de la psychanalyse institutionnelle. Le courant autogestionnaire que Jean Le Gal et Pierre Yvin ont créé en Loire Atlantique à partir de 1964, a mis particulièrement l'accent sur l'accès des enfants au pouvoir de décision dans l'ensemble complexe de la classe coopérative, sur leur formation à l'autogestion et sur les moyens permettant une véritable autogestion, par les enfants, de l'institution scolaire. Au sein de l'ICEM, des recherches ont fait évoluer la coopération vers l'autogestion, permettant aux coopérateurs de remettre en cause les outils, activités et institutions de la classe, dans l'esprit de Freinet.

Le courant institutionnel : la pédagogie élaborée par Fernand Oury se fonde résolument sur les techniques de travail. Reprenant à son compte les thèses de Freinet, il considérait que l'activité de l'enfant ne peut se développer que sur un support réel. C'est dans et par ce travail que se nouent à l'intérieur de la classe les relations inter-individuelles qui assurent la cohésion du groupe et l'évolution personnelle de chacun. Se défiant des adeptes de la non-directivité, Oury a élaboré une pédagogie sociale. Les structures de la classe, bien que souples et évolutives, sont précises et remplissent des fonctions définies. Le Conseil de coopérative, véritable institution centrale, constitue un des lieux privilégiés de l'expression individuelle et de l'organisation du groupe. De plus, recevant l'appui théorique de psychothérapeutes, Oury et Vasquez ont intégré la dimension de l'inconscient dans l'élaboration de leur pédagogie. L'application des concepts issus de la psychothérapie institutionnelle dans l'analyse de la réalité de la classe leur a permis de cerner les problèmes et les cas ; les rôles et les fonctions remplis par le maître ne peuvent être définis que par la prise en compte de sa personnalité. René Laffitte a constitué un groupe de recherche actif « Genèse de la coopération » qui produit et publie des monographies qui attestent de l'évolution positive dans une «classe coopérative institutionnalisée.»

Mais la coopérative n'est pas une structure rigide, figée, non évolutive. Ce qui est juste à un moment donné et en un lieu donné ne l'est pas obligatoirement à un autre moment et dans un autre lieu ; et cela est vrai pour les courants cités. La coopérative scolaire doit tenir compte de l’évolution de l'enfant et de son environnement, de l'évolution des techniques, des idées sur l'école, du rôle des parents...
De même, les travaux des chercheurs viennent enrichir la conception de la coopération.

 

Coopération et Convention Internationale des Droits de l'enfant

 « Article 13 : L'enfant a le droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen du choix de l'enfant.

L'exercice de ce droit ne peut faire l'objet que des seules restrictions qui sont prescrites par la loi et qui sont nécessaires » Cet article ouvre la porte à la démocratie pour les enfants : s'exprimer, communiquer, participer, par tous les moyens autorisés par la loi et sans restrictions arbitraires.

 « Article 15  :  Les Etats parties reconnaissent les droits de l'enfant à la liberté d'association et à la liberté de réunion pacifique. L'exercice de ces droits ne peut faire l'objet que des seules restrictions qui sont prescrites par la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique, dans l'intérêt de la sécurité nationale... » Jusqu'à présent, les enfants avaient besoin de notre tutelle juridique dans les coopératives scolaires. Désormais, ils n'auront plus recours qu'à notre assistance éducative, si la loi n’apporte pas trop de restriction à l'exercice de cette liberté dans le champ de l'école. Voilà donc une Convention qui, pour la première fois dans l’Histoire, affirme que l'enfant est bien titulaire des Droits et des Libertés fondamentales comme les adultes. La classe coopérative est le lieu privilégié d'apprentissage de la Démocratie par l'exercice des "Droits de l'Enfant".

 

À partir des écrits de Pierre Yvin

 

 

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[1] Freinet dans N.P.P. (E. Freinet) première  édition

[2] N.P.P Tome 1 p.201