COMMENT « APPLIQUER » LA PÉDAGOGIE FREINET EN TANT QU'ÉDUCATEUR ?
André : bof ! Approfondissement encore que je ne vois pas bien à quoi peut servir cet article pour démarrer…mais s’il n’y a pas autre chose…..
Il n'y a pas de recettes simples et précises, sauf à lire les "invariants", présents sur le site de l'ICEM et à y réfléchir activement, si possible en groupe....
Possibilités d'interventions d'un éducateur dans la dynamique complexe
d'acquisition d'une technique de vie
-Cas de la
coopération
Nos pratiques, et l'observation de celles des autres, ont illustré diverses possibilités d'intervention des éducateurs sur l'acquisition de "techniques de vie".Nous appelons "technique de vie" (à la suite de C. Freinet, mais dans un sens plus limité) une façon de s'y prendre pour faire face à des problèmes de la vie de tous les jours (se documenter, élaborer un projet, le mettre en oeuvre, nouer et gérer des relations sociales, etc.). Cela inclut des compétences, des savoirs, et des conduites, dans une procédure construite, éprouvée, consciente, toujours disponible, mais modifiable et adaptable lorsque les circonstances, les compétences, les savoirs ou les conduites maîtrisées changent, en particulier à divers moments-clés de la vie (ce qui ne serait pas possible sans lucidité). En ce sens cela se distingue d'une habitude, d'un "habitus", d'un "scénario", encore plus d'une routine, bien que cela reste très lié au "vécu" de chacun, et à ses différentes étapes. Un ensemble de techniques de vie représente une éducation, et permet de la caractériser (éducation athénienne ou spartiate, par exemple).
La complexité exprime le fait que, dans le "concret", chaque processus est traversé, modifié par d'autres, cause et effet de plusieurs phases d'évolution d'une multitude de phénomènes, ce qui nécessite de le considérer dans son "contexte" et, surtout, dans l'évolution temporelle (ce qui relève spécifiquement du "sens"). Souvent confondue avec complication, elle s'en distingue nettement et permet de représenter la réalité simplement, à condition de bien repérer les "articulations" spatiales et temporelles de chaque évolution (toute cuisinière sait qu'on ne découpe pas un poulet comme un brochet!)
-Coopérer et
ses prétendus "synonymes"
Les
dictionnaires amènent des confusions avec la notion non analysée de synonyme.
Ainsi de coopération et collaboration, qu'on ne confond pourtant pas dans la
vie courante, et qui désignent deux situations différentes : on présente ses
"collaborateurs" dont on est le supérieur hiérarchique, ou les
coopérateurs dans une coopérative (le possessif n'est pas innocent). A
l'occasion de divers colloques nous avons constaté que la confusion
s'élargissait et que, souvent, le terme de coopération représentait l'entraide,
l'équipe, la vie de groupe, la cohabitation ou coexistence, la mise en
communauté, la civilité, ou un idéal d'harmonie sans conflit.
Plus simplement ce terme indique qu'il y a "opération" impliquant
plusieurs personnes; il se rattache directement à oeuvre (oeuvre d'art,
chef-d'oeuvre) et indirectement à autorité (auteur). L'analyse plus détaillée
du sens ira de pair avec l'analyse du processus d'acquisition.
-Opération
Si l'on prend le cas d'une opération chirurgicale on observe une équipe
exécutant les ordres de celui qui "opère", réalise une
"oeuvre", c'est à dire transforme une réalité, en créant une nouvelle
situation, sous sa responsabilité, sa direction, selon son projet, à son profit
(même si le malade en profite aussi !) ; s'il y a erreur ou effet pervers c'est
lui qui sera considéré comme l'auteur, face à la justice par exemple. Parler
d'opération implique toujours une oeuvre (création d'une nouvelle réalité) un
auteur, responsable du projet, de sa mise en oeuvre, de ses conséquences (bénéfiques
ou maléfiques : auteur de mes jours, d'un crime). Cet auteur peut être aidé
d'auxiliaires (comme les grands peintres), mais il reste seul auteur (celui qui
signe).
On parle de coopération lorsque se réalise une oeuvre, à plusieurs, chacun
restant auteur, à égalité avec les autres. Cela implique que chacun soit
capable d'opération, et, en plus, de coordonner son action d'auteur avec les
autres coopérateurs
Je dirai qu'en tant qu'éducateur, tu peux permettre aux enfants de choisir ce qu'ils souhaitent faire et plus tard de présenter aux autres enfants ce qu'ils ont fait. Suivant les structures de travail il me semble important de travailler en liaison avec les enseignants (s'il y en a) : que les ateliers éducatifs soient présentés de la même manière et que ce ne soit pas les adultes qui déterminent où vont les enfants. Pendant les ateliers, les enfants doivent pouvoir s'entraider, tâtonner par leurs propres moyens, s'exprimer réellement. Personnellement, l'éducatrice qui travaillait avec moi, était présente dans la classe toute la journée. Les activités étaient toutes au choix. Celles qui nécessitaient la présence de l'adulte se faisaient en sa présence ou sous la mienne. Ce qui était important, c'était que l'enfant puisse s'y exprimer, faire des erreurs, chercher une solution, changer d'activité quand il avait fini, aider un copain.
-Tâtonnement
expérimental et technique de vie
1- Donner plus de moyens de travail à l'élève à partir de ses élans personnels est très différent de lui faire assimiler des "savoirs". Il s'agit de "techniques de vie" que la part du maître aide chacun à construire (mais que chacun construit naturellement dans son auto éducation, plus ou moins approfondie).
2- Les Techniques de Vie conjuguent des savoirs structurés en connaissances (et transférables de ce fait d'une activité à l'autre), des compétences techniques (maîtrise d'outils "polytechniques") et des conduites sociales (coopératives entre autres). Elles sont durablement à la disposition de chacun pour, éventuellement combinées entre elles, lui permettre de gérer sa quotidienneté, construire sa vie et faire face aux imprévus.
3- Le schéma
d'acquisition des techniques de vie peut être présenté simplement :
- a) une pratique (fondée sur l'imitation ou des hypothèses)
- b) une réussite
renouvelée qui transforme une "trace" en règles de vie (pragmatisme,
automatisme)
- c) une construction, une mise en cohérence des règles de vie qui deviennent
une "technique de vie", maîtrisée, transférable, intégrable dans
divers ensembles pour réaliser des projets plus complexes.
- ou b') un échec analysé, traité, permettant de limiter les possibles et
d'élaborer de nouvelles hypothèses pour recevoir en a. C'est ce que Freinet
nomme le tâtonnement expérimental.
4- Le tâtonnement expérimental articule un projet, une pratique et un (travail" intellectuel (transformation des représentations). Il n'est pas l'assimilation d'un "savoir extérieur" à reproduire.
Cela rejoint les travaux actuels de la pédagogie constructiviste (GIORDAN, DE VECCHI etc) avec toujours cette nuance :
- a) que le
savoir est lié à un travail et à une oeuvre et pas seulement à une activité
intellectuelle
- b) qu'il répond à un besoin plaisir de l'enfant et non à une simple
potentialité de son intellect "travaillée" par l'enseignant.
Jean Roucaute