Vers une nouvelle organisation de la classe…
Stéphanie Leschiera est une jeune professeur d’école de Strasbourg qui n’a pas hésité à organiser, puis à totalement réorganiser sa classe maternelle pour favoriser l’autonomie des petits. Ses objectifs clairement définis et son écoute des enfants ont contribué à lui faire oser des initiatives mieux adaptées à sa volonté de travailler en Pédagogie Freinet.
J’ai une classe de petits (7) moyens (21) soit 28 élèves. La classe n’est pas très spacieuse mais nous avons pas mal de matériel. Je travaille à mi-temps et partage la classe avec Cathie. Nous préparons tout ensemble et l’envie de changer est une envie commune à laquelle nous avons réfléchi à deux.
Premiers
essais d’organisation
La classe est partagée en quatre groupes de couleur. Nous prévoyons 4 ateliers par semaine de 9 h à 10 h 30 environ. Les groupes « tournent » donc sur les ateliers pendant la semaine selon un ordre défini par les instits. C’est une organisation plutôt courante en maternelle et jusqu’à présent je m’en satisfaisais tout en ayant le sentiment que c’était loin d’être parfait.
… et premiers déboires
Cette année, les enfants ont « fait de la résistance » (bien leur en a pris !). En janvier, la moitié de la classe ne savait toujours pas à quel groupe elle appartenait. A certains, lorsque je demandais, « tu es dans quel groupe ? » ils regardaient leur pull et me répondaient avec assurance, sûrs d’avoir raison « gris »… ben oui, leur pull était effectivement gris !!! Bref, ce système ne leur parlait absolument pas et du coup j’avais vraiment l’impression de les « manipuler » de leur imposer ma loi ! Nous en avons beaucoup parlé avec Cathie et on a fini par se dire qu’il fallait modifier notre organisation d’ateliers.
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Coins |
Nombre d’enfants |
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Cuisine |
3 |
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Chambre |
3 |
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Garage et légos |
4 |
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Construction (clipos…) (dans l’espace du coin rassemblement) |
4 |
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Bac de manipulation |
4 |
Deux petites tables pouvant accueillir au total 10 enfants restent disponibles à l’accueil. Elles sont utilisées pour le dessin libre, les puzzles ou encastrements, ou autres jeux laissés en libre accès selon le projet du moment.
Les ateliers
Les enfants ont pour contrat de passer dans les trois ateliers dans la semaine (ce qui leur laisse une marge de liberté : ils choisissent le moment dans la plage horaire où ils s’installent à l’atelier, ils choisissent aussi le jour…)
Nous avons mis au point un système permettant aux enfants de « signaler » l’atelier qu’ils ont fait, tableau « aide-mémoire » afin que chacun (adultes et enfants) puisse s’y retrouver.
Bilan (provisoire !)
Après trois semaines, on constate que les enfants ont très vite compris le système de colliers dans les coins et rares sont ceux qui oublient (ce sont ceux qui ne fréquentent pas souvent et qui n'ont pas encore eu le temps de s'y mettre, ils sont vite rappelés à l'ordre par les autres qui veillent au grain !)
La deuxième semaine voyant que le système de colliers tournait à peu près nous avons lancé les ateliers échelonnés à l’accueil avec le tableau d’inscription.
Points négatifs :
- A 28 enfants c'est très bruyant... Pourtant chacun est occupé et joue sans faire le bazar mais tous les « petits bruits » inévitables des coins (la colonne de lego qui s'écroule, le tracteur qui démarre et les bavardages raisonnables) accumulés cela fait beaucoup de décibels ! A 20 ou 23 enfants comme pendant l’épidémie de varicelle, c'est idéal...
- Les enfants ne viennent pas spontanément aux ateliers (je m'étais imaginé que les choses se feraient plus naturellement et qu'ils seraient plus attirés par les ateliers) :alors, je propose aux premiers arrivés de « 'aider » à finir de préparer et tout de suite après je leur demande de regarder sur le tableau ce qu'il leur reste à faire et en général ils s'installent tout de suite à l'atelier. Ainsi lorsque les suivants arrivent, les ateliers sont en route. Certains viennent jeter un coup d’œil et s'installent mais la plupart des enfants, après avoir accroché leur étiquette de présence vont directement dans les coins ou ils s’assoient pour dessiner, lire… C'est la règle du jeu, je la respecte. Mais la règle est aussi qu'ils passent dans tous les ateliers dans la semaine, donc je les rappelle lorsque je suis disponible ou que je sais qu'il y a de la place dans l'atelier.
- Le rangement des coins. Certains jouent un bon moment puis viennent à l'atelier. Comme ils ne sont pas seuls à jouer, ils ne rangent pas puisqu'ils y en a d'autres qui jouent. Bref à la fin des ateliers, le coin cuisine est sans dessus dessous... il faut alors retrouver qui est passé par là, pas très simple !
- Certains enfants « papillonnent ». 5 minutes au garage, 5 minutes dans la cuisine, un puzzle, retour au garage, un livre...
- Ce sont les enfants en grosses difficultés qui restent le plus loin possible du tableau et des ateliers. Il leur faudra je pense plus de temps pour les apprivoiser, changer leur rapport au savoir…
Points positifs :
- En général, les enfants ont très vite compris le système. Les erreurs dans le tableau sont rares et sont dues à un manque de vigilance de ma part, surtout pour les petits.
- Côté très pratique des tableaux qui permettent de voir très bien où chacun en est dans les ateliers.
- Les absences des uns ou des autres ne posent plus de problème d'organisation : il y a moins d'ateliers obligatoires » et une absence d'un jour ne se ressent pas.
- Les jeux dans les coins évoluent car les enfants ont du temps pour jouer, construire organiser... certains ont vraiment fait des petites merveilles en lego ou clipo, je n'avais pas connu ça avec l'autre organisation car ils n'avaient pas le temps.
- Idem pour les jeux sur table (puzzle, mosaïques etc.) qui étaient sous-employés auparavant. Les enfants peuvent enfin aller au bout de leur projet. Ainsi, un vendredi de Mars, Myriam qui est en MS et a eu 4 ans en décembre a dessiné sur une feuille des galettes de toutes les couleurs. Elle les a ensuite découpées, est venu chercher une feuille de couleur et les a collé sur cette feuille. Bref un chouette travail de graphisme et motricité fine réalisé entièrement à son idée et à son initiative. Elle a pu le faire car elle avait du temps pour elle. Elle a présenté fièrement son travail aux autres après les ateliers. Après la récréation j'ai proposé à ceux qui avaient envie de faire des galettes comme Myriam : 9 volontaires dont certains plutôt hermétiques d'habitude au graphisme.
- Je suis très sereine, motivée et ne me suis pas sentie « débordée » même lorsque j'étais toute seule. Au moment où les enfants s'installent aux ateliers, je leur demande s'ils savent ce qu'il faut faire. Ils me répondent en général oui et reformulent la consigne sans aucun problème.
- C’est parce qu’ils ont le temps d’observer les autres, qu’ils savent, en se mettant au travail, quelle va être leur tâche. Je n'ai pas encore fait d’évaluation précise mais j'ai l'impression qu'il y a plus de réussite dans la conduite du travail, moins d'erreurs.
- Il arrive qu'un enfant s'installe et me réponde « non » lorsque je lui demande s'il sait ce qu'il doit faire. Alors je lui explique l’atelier lui redonne la consigne. A ce moment je m'adresse à lui seul et ma parole semble alors beaucoup plus efficace.