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Même
pour des praticiens expérimentés, toutes les rentrées
sont nouvelles et demandent à être réfléchies,
surtout quand on travaille à deux sur une classe. François
Le Ménahèze et Cat Ouvrard ne sont pas des débutants,
mais ils reprennent chaque année les points fondamentaux
de leur pratique et définissent le cadre pédagogique
de leur classe : expression, communication, tâtonnement
expérimental, coopération.
Dès le
début de lannée scolaire, nous tentons de
tout faire tourner autour de ces quatre points fondamentaux.
Nous créons les conditions matérielles, organisationnelles
et humaines qui vont favoriser cet objectif. La qualité
des relations instaurées dès la rentrée
et les exigences de gestion de la classe sont déterminantes
pour la vie du groupe et les apprentissages.
Lexpression libre
Elle permet à
chacun, dès la rentrée, de découvrir ou
de redécouvrir son potentiel créatif ; pour
cela nous indiquons dans le premier planning collectif :
- des moments
d'expression orale (bonjour du matin, bilan du soir, échanges
sur la classe, l'école, la vie personnelle aussi, présentations...)
- des moments
d'expression écrite : premiers textes, lancement
du cahier d'écrivain,...
- des moments
de création : nous avons démarré cette
année par les projets arts plastiques, les premières
expressions corporelles... et puis la semaine suivante les créations
musicales, les maths, le théâtre libre ...
Organisation matérielle
Il faut du matériel à
disposition dès les premiers jours. La nécessité
de règles dutilisation apparaît ainsi immédiatement
et les règles sont proposées par les enfants dans
une volonté dorganisation de leur projet dexpression
ou pour résoudre les conflits (qui naissent forcément
quand on a du matériel à se partager). Lutilisation
de certains matériels va demander une formation (ordinateur,
appareil photo
) quil faudra organiser au sein de
la classe entre enfants par lentraide, la coopération,
les échanges de savoirs ou par lenseignant ou des
intervenants.
Les enfants disposent
donc :
-douvrages
variés et multiples rangés clairement dans la classe :
livres, recueils de textes, de poésies de la classe et
d'autres classes, journaux, revues, poésies, théâtre...
- de supports accessibles,
feuilles, crayons, pinceaux, colle
- de matériel
informatique, audio-visuel
Méthodologie
Le projet dexpression
ne peut aboutir que sil prend sens pour lenfant dans
le cadre général de la classe. Lorganisation
matérielle sinscrit alors dans la méthodologie
de travail de lenfant, de la classe.
La méthodologie
est co-construite entre les enfants et le maître :
- pour écrire :
quoi écrire ? comment ? quand ? seul ou
pas ?
- pour créer :
pourquoi ? quoi ? comment ? où et quand ?
seul ou avec qui ?
- pour parler...
Et déjà,
on voit apparaître en réponse aux questions :
la coopération, le plan de travail, la circulation libre
et responsable, les échanges de savoirs, les règles
de vie, les conseils
bien obligé !
La communication
Elle découle
évidemment tout de suite de l'expression libre et de lorganisation
matérielle.
Nous mettons
en place :
- les présentations
quotidiennes : cette année, démarrage par
des poésies... et voici donc les premières pierres
à la culture commune de la classe ;
- les moments
d'échanges sur les productions : premiers textes
présentés, premiers dessins, premières lectures
de poésies, livres lus et présentés
premières paroles devant le groupe et aussi premiers risques
à prendre ;
- les temps de
mise au point, de bilan ( au départ cest au bilan
de fin de journée que seront posés les problèmes,
que seront faites les propositions, puis, on limitera plutôt
ce temps au conseil)
Et on voit
déjà apparaître le journal, le livre de vie,
la correspondance, les recueils, la radio, le reportage photo,
lexpo...
La part du maître
Quand les enfants
ont déjà connu ces pratiques les années
précédentes, ils redémarrent souvent sur
des modes de communication connus, et cest la classe qui
gère les propositions et organise collectivement les projets
de travail. Mais si ce nest pas le cas, si on est débutant
ou isolé dans son école, cest alors le maître
qui doit proposer ces supports de communication. Mais seulement
après avoir posé les conditions de lexpression,
recueilli les productions et les avoir accumulées bien
visiblement pour susciter le besoin et lenvie de communiquer.
Evidemment, un
professeur débutant ou isolé naura pas, autant
que nous lavons dans une école Freinet, la classe
et les enfants comme points dappui. Il ne sagit donc
pas, alors, de multiplier les supports de communication mais
den choisir un ou deux et dexpérimenter dabord
avec ceux-là.
Le tâtonnement expérimental
Le
tâtonnement social
Dans un premier
temps il s'agit du tâtonnement social dans le groupe classe
mais aussi dans l'école :
- les premiers
gestes devant la classe, les premières prises de risque
(cf § précédents), certains enfants se montrent
immédiatement, d'autres observent ;...
-lAssemblée
Générale Enfants dès le premier matin situe
l'entité école : les règles de vie,
de circulation, que les aînés savent bien rappeler
- les
moments communs, les présentations à toute lécole,
aux parents ;
- et en classe,
les premiers éléments méthodologiques co-construits :
pour écrire, pour se corriger, pour mener un projet, les
premières règles élaborées à
partir des situations rencontrées (pour aller aux toilettes,
échanger pendant le travail, partager le matériel,
ranger
)
Les
évènements
Des évènements
arrivent dans la classe, imprévus le plus souvent, mais
pas toujours ; là aussi, et surtout en début
dannée, le maître peut sautoriser à
provoquer lévénement :
- le 2ème
jour décole, des cochons d'inde arrivent, apportés
par un élève : les discussions sont vives,
deux enfants se proposent pour mener une recherche autour des
questionnements du groupe.
- des affiches
de presse sont apportées par lenseignant (pour débattre
dun événement local) et font naître
un projet chez deux enfants pour une meilleure connaissance de
la fabrication d'un journal ...
Laccueil
des évènements et les premiers temps de travail
personnel à partir de lapport des enfants permettent
le repérage des envies de chacun, des difficultés,
des capacités et des hésitations de travail. Ils
permettent aussi léchange, le repérage des
aides possibles et des besoins, la mise en confiance par le tâtonnement
et la coopération.
Laménagement
de la classe
Larchitecture
et la disposition de la classe sont réfléchis par
les enseignants et les enfants qui y sont associés pour
faciliter la coopération. Laménagement de
lespace laisse la possibilité de circuler et de
se regrouper ponctuellement.
La proposition
que nous faisons aux élèves est une répartition
en U car la classe nous semble trop petite pour des regroupements
de tables. Le bureau des maîtres est dans un coin, non
gênant et facile daccès. Le matériel
est à disposition, étiqueté et classé.
Des listes délèves de la classe sous diverses
formes sont affichées pour susciter et faciliter les premiers
besoins dorganisation des groupes ou des moments de parole.
Un planning est au tableau, vide le premier jour, mais bien visible,
cest un appel. Nous disposons dun espace quelque
peu limité avec des possibilités de circulation
difficiles mais qui permet à chacun de se voir mutuellement
et de vivre dans le même lieu. Cette disposition changera
certainement par la suite et permettra de gagner en espace (car
nous avons un atelier contigu sur lequel nous pourrons largement
empiéter
puis les couloirs permettant de réels
espaces de travail, la BCD,
), mais pour l'instant il s'agit
de se connaître, de coopérer, de souder le groupe
avant de le « tester ».
La mise en place des pratiques
coopératives
Nous pratiquons
des jeux coopératifs tous les jours : on apprend
à se toucher, à se découvrir, à dépasser
ses relations proches et sécurisantes, à oser d'autres
types de relations. Ca se passe en classe ou dehors, ce sont
de courts moments ou des temps plus longs, des jeux de rôles
ou des jeux physiques pour que chacun y trouve du plaisir et
de lintérêt.
Dès le
premier bilan (1er jour), des aides sont formulées par
des enfants pour d'autres enfants (un nouveau - un petit CE2
) ; des aides s'installent au niveau de l'organisation,
du matériel et du comportement - le 2ème jour verra
déjà des aides de type apprentissage. Un tableau
dentraide avec des codes couleurs (Velléda) est
mobilisé toute lannée pour noter ces premières
propositions. Comme le planning, ce tableau reste visible pour
provoquer lutilisation régulière des aides
et des repères temps. On reprend toujours les demandes
de chacun au début de la journée et au bilan, mais
peu à peu, les temps de formalisation diminuent et la
classe coopérative sinstalle, propriété
collective des enfants et des enseignants.
Cat
Ouvrard et François le MénahèzeCycle 3 Ange
Guépin 44 NANTES
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