POUR COMMENCER,

IL FAUT COMMENCER …

 

Comme un leitmotiv, depuis plusieurs années, la demande d’un atelier « Comment démarrer ? » resurgit dans des réunions des Groupes Départementaux. Cette question, qui émerge dans de nombreux départements, est aussi l’une des interrogations récurrentes des structures nationales de l’I.C.E.M. L’accompagnement de jeunes collègues dans un processus de professionnalisation aussi spécifique ne va pas de soi. La formation à la pédagogie Freinet comporte encore beaucoup de zones d’opacité que nous devons éclairer et repose souvent sur un empirisme de l’échange autour des pratiques. Cependant, elle ne peut se réduire à une somme de techniques et d’outils si on les dépouille de leur sens.

 

Un atelier « Comment démarrer en Pédagogie Freinet »

Voici quelques bribes de questionnements d’une réunion « Démarrer en Pédagogie Freinet » dans le groupe départemental de la Loire.

 

« Ce qui me pose le plus de problème, c’est de gérer les différences de niveau.  Quelles priorités on se donne ?

Il ne faut pas être trop pressé… J’ai dû laisser une demi-heure de travail personnel par jour, et maintenant, on est obligés de travailler avec un plan de travail.

Tous ces temps de travail personnel doivent être pris sur les temps de « leçons », et on pourrait aboutir à un emploi du temps qui ne comporte que des temps de travail individuel. Il m’a fallu me réserver des plages horaires pour faire passer certaines notions.

Petit à petit, ils passent du travail personnel ponctuel dans certaines matières à un plan de travail plus structuré sur toutes les matières. Le plan de travail est vraiment l’outil qui permet à chaque élève de savoir ce qu’il a réussi, ce qu’il a échoué, ce qui lui reste à faire et ce qu’il projette de faire…

 

Quel est le minimum d’outils nécessaires?

Il faut savoir avant quels sont les objectifs visés. Selon que l’on veut un apprentissage de l’autonomie ou de la coopération, on utilisera un fichier auto-correctif avec ou sans tuteur.

Les fichiers doivent être autocorrectifs, sériés par niveau de difficulté, et couvrir tout le programme. Des tests préalables permettent aux enfants de rentrer dans un fichier à un certain niveau et d’individualiser les apprentissages.

Un élève ne perd pas de temps à refaire ce qu’il sait déjà faire.

En débutant, on a forcément peu d’avance si on construit ses fichiers soi-même.

 

Comment articuler le travail individuel et les apprentissages collectifs ?

Pour une même compétence, tu es moins perdu si chaque enfant travaille à son niveau de possibilités. On n’apprend pas à écrire avec un fichier. Les situations de recherche, d’écriture libre, sont très riches.

 

Et les moments collectifs ?

Ce sont des moments de réflexion collective. La confrontation de leurs savoirs fera progresser chacun.

 

Quels moyens pour que les élèves s’expriment ? Et si les enfants ne proposent rien?

Avoir un tableau : « Ne jamais effacer » où l’on note au pied levé les questions qui se posent, les projets qui émergent à n’importe quel moment de la classe. Il va assurer une mémoire collective.

Pour que les projets ne restent pas lettre morte, relire en début de Conseil les décisions prises au conseil précédent, et demander où on en est.

Tout projet d’enfant va entraîner des modalités d’organisation du temps et des apprentissages.

 

La part du maître : comment ne pas trop donner de pouvoir aux enfants pour garder une certaine efficacité ?

Laisser le temps au groupe. Soigner particulièrement l’accueil des élèves. Ne pas leur faire subir une transition trop brutale dans le changement de pédagogie. Ce qui marchait bien l’an passé ne redémarre pas forcément cette année. Quand on va droit dans le mur, il faut tout revoir. »

Nicolas Servajean

 

Débuter oui... mais accompagné !

L'approche de la Pédagogie Freinet par les étudiants est surtout livresque : ils voient la finalité mais pas tout le cheminement nécessaire. Et quand ils démarrent, ils veulent tout mettre en oeuvre tout de suite.

Dans notre groupe départemental, nous sommes conscients de cette responsabilité et nous proposons à chaque pré-rentrée un stage aux professeurs d’école sortants pour préparer leurs premiers jours de classe en les aidant à faire émerger un seul axe d'investissement pour cette première année. C'est un regard sur leurs valeurs qu'on leur demande, pour que ce projet de l'année puisse y répondre. Souvent cet axe permettra d'autres projets qui se réaliseront alors naturellement selon le groupe d'enfants, le genre d'école...

Ce travail sur le pourquoi est indispensable. Par exemple : pourquoi un « Quoi de Neuf ? » ?  Qu'est-ce que je veux apporter à l'enfant, au groupe avec cet outil ? Il n'est pas obligatoire. Il y a d'autres moments de parole qui répondent à d'autres demandes...

Ce travail sur les valeurs, les représentations du métier, devrait être fait pendant la formation.
Reste à produire des ouvrages parlant des cheminements, des choix, des parcours d'enseignants Freinet et une présentation des différents outils et techniques qui se fondent sur ces choix pédagogiques et  philosophiques.

Catherine Chabrun

 

Comment ne pas se faire « engueuler » ?

Quand je participais à des stages Freinet pour le Second Degré, nous avions une plage horaire de deux heures qui s'appelait "Comment ne pas se faire engueuler ?". Elle enseignait aux débutants la prudence, comme d'ailleurs le faisait Freinet de son vivant.

Pour bien débuter, d'abord vous ne touchez à rien mais vous passez en revue tout ce que vous faites et que vous voulez changer. Le faire par écrit. Ensuite vous touchez un élément apparemment secondaire pour voir comment il modifie l'ensemble de proche en proche. Ensuite vous construisez, vous étayez, vous allez plus loin. Mais toujours prudemment. Si vous devez revenir en arrière, vous le dites simplement aux élèves, vous en discutez avec eux et vous leur dites vos raisons, les vraies raisons. Ils vous en seront reconnaissants et votre autorité morale en sortira renforcée. 

Vous justifiez par écrit, pour vous-même, tout ce que vous faites. Ceci pour vous-même, les parents, les collègues, l'administration, les inspecteurs.  Utilisez les invariants pédagogiques. Il y a d'autres outils très simples et très efficaces pour vérifier si on est dans une communication authentique ou pas. Tenez un journal pédagogique daté. Je ne le faisais pas mais je rédigeais des fiches format A5 et A4. J'avais toujours avec moi une fiche de synthèse format A4 "Ce que je fais, pourquoi je le fais". Ne pas laisser l'inspecteur se faire une idée de votre travail à travers les dires de l'administration. Et lui laisser une trace écrite. Au besoin, après la visite, ajouter un supplément A4.  S'il a raison sur un point, le reconnaître et modifier. Avoir toujours des traces écrites. Vous pouvez en avoir besoin pour vous défendre efficacement.

Vis-à-vis de l'administration et de l'inspecteur, toujours profil bas, sauf si vous décidez de provoquer une affaire et d'être prêt à changer de métier. Ce peut être un choix, ce ne fut jamais le mien et ce n'est pas le vôtre dans votre grande majorité. Se méfier de la mythologie qui a fait beaucoup de mal : Freinet défendant son école l'arme à la main, le révolté qui démissionne de l'Education Nationale pour fonder son école etc., quelque chose entre Che Guévara , le Chiapas ou José Bové...

Nous sommes là pour durer et pour durer sereinement. Mieux vaut en faire moins que trop dans une situation qui devient rapidement ingérable car vous serez défendu, ça oui, mais par des gens qui vont chercher à vous instrumentaliser pour des raisons politiques.

 Excusez le ton un peu définitif que je prends dans ce propos. C'est l'expression d'une conviction personnelle plus que d'une méthode que je chercherai à imposer.  Elle s'est forgée lors des débats "comment lutter contre l'inspection ?" Je précise que lors de nos "Comment ne pas se faire engueuler ?" tous ces thèmes étaient abordés dans l'optique d'armer vraiment nos collègues. Il y avait ensuite le SAV (service après-vente) à la fois pédagogique et syndical.

Roger Favry

 

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