ÉVALUATION ET
TRAVAIL PERSONNALISÉ
Ce travail est le résultat d’une réflexion menée par l’Institut Varois de
l’Ecole Moderne sur l’évaluation pendant 5 ans sous la forme de cahiers de
roulement, rencontres, échanges de documents, lectures diverses.
Chacun a pu exprimer ses tâtonnements en matière d’évaluation différente du système du contrôle classique : notation de 0 à 20 après uns série de leçons. Peu à peu, la discussion s’est orientée vers les outils permettant de pratiquer à la fois une évaluation formative et formatrice.
Evaluation formative : car elle permet au pédagogue de rectifier et d’établir ses interventions en fonction du niveau de chaque enfant.
Evaluation formatrice.: car l’enfant prend conscience de ses lacunes par rapport au programme donné et travaille afin de les combler.
Au fil du temps, nous nous sommes rendus compte que ce type d’évaluation, bien que très ciblée, nous prenait énormément de temps et d’énergie. Nous avons décidé de la privilégier par rapport aux autres types d’évaluation. Nous avons aussi débattu de l’intérêt des évaluations quantitatives et qualitatives. Finalement, nous pensons que le plan de travail (avec contrat minimum) permet de répondre au premier besoin, et que la mise en place d’un corpus de brevets tests répond au second. C’est donc ce dernier qui est l’objet du présent dossier.
Il est utile de distinguer par ailleurs les outils d’apprentissage et les outils de certification des acquis (brevets, courbes...). Nous tenons à préciser par ailleurs que ce corpus d’épreuves n’est pas le seul outil d’évaluation utilisé dans nos classes. Notre réflexion nous a amenés à exposer de nombreux autres outils (courbes, échelles, sociogrammes,... ). Mais nous avons délibérément choisi de cerner très précisément l’objectif de ce dossier.
Les
brevets-tests
Nous nous sommes
efforcés de trouver des outils efficaces, utiles et lisibles par tout le public
concerné : parents, enfants, collègues. Nous avons recherché une évaluation
dynamique permettant:
- une démarche de progrès ;- de préciser clairement les objectifs à atteindre ;
- de mesurer en permanence l’écart entre le voulu et le vécu
- de mettre en oeuvre des stratégies visant à réduire cet écart.
Nous pensons que l’évaluation doit être banalisée et dédramatisée, car elle doit intervenir dans toute démarche intellectuelle. Elle est partie prenante de toute activité élaborée.
a/ Établir la liste des objectifs partiels, matière par matière.
b/ Les formuler en termes de capacités, avec des verbes d’action.
c/ Bâtir les épreuves à réaliser qui, pour être fiables, doivent comporter un minimum d’items.
d/ Rédiger les critères d’évaluation qui permettront à tout le monde (enfants, enseignants, parents) de dire si la notion est acquise ou non.
e/ Composer (calligraphie, traitement de texte), une maquette claire, lisible par n’importe quel enfant.
Il est important de suivre cet ordre chronologique ; en effet, nous avons essayé de partir des outils en notre possession pour bâtir les épreuves de manière à renvoyer les enfants vers ceux-ci. Nous nous sommes rendus compte qu’il est impossible d’établir une corrélation systématique entre évaluation et outils d’apprentissage, lorsqu’ils existent, car ils sont généralement incomplets au niveau des objectifs. Par exemple, nos brevets de conjugaison ont été inspirés par le fichier formes verbales (PEMF). Cependant, nous nous sommes aperçus que certaines zones du programme comme “je sais situer passé, présent, futur”, n’étaient absolument pas couvertes. Il nous a fallu créer l’épreuve d’évaluation, puis l’outil d’apprentissage adéquat.
Nous avons donc dû dégager un certain nombre de principes, quant à leur conception. Pour chacun d’entre eux, il nous a fallu :
- relire les instructions officielles.
- prendre des collections de manuels, fichiers, ...
C’est une question de crédibilité : si nous voulons que ce type de pédagogie progresse, nous ne pouvons pas nous permettre des documents où, volontairement, nous aurions sauté trop de lignes du programme “qui s’impose aux maîtres”. Nous avons donc bâti nos brevets en fonction des instructions officielles, sachant que nous apportions en plus :
- l’autonomie
- la responsabilité
- un certain plaisir à venir à l’école
- un citoyen lucide, actif
- une conscience claire de la démarche à accomplir, la possibilité pour l’apprenant de connaître la finalité de ses apprentissages.
Certains brevets ont pu être mis en place avec la collaboration des enfants, mais cette démarche très formatrice prend beaucoup de temps.
A l’heure où se mettent en place les cycles, l’ensemble de nos outils permet un travail multi-niveaux. On peut très bien concevoir qu’un enfant de CE2 n’aie pas “topologie 1” (structuration de l’espace) mais puisse atteindre numération ‘ (les grands nombres). Le nombre assez important d’épreuves permet à l’enfant de s’orienter au gré de ses besoins, désirs, progrès : il y a toujours un lieu où l’on peut progresser assez facilement. Nous avons essayé, par souci d’économie (temps, argent), de fabriquer des outils que les enfants doivent recopier. Dans quelques cas (géométrie), les enfants travaillent directement sur des photocopies.
Certains ont dégagé deux types d’évaluation :
- la restitution
- le réinvestissement.
Nos épreuves sont pour la plupart du deuxième type, mais certains collègues, pour encourager les enfants, fabriquent des épreuves du premier type. A chacun de voir en fonction de sa classe, de son temps ...
Au fur et à mesure, nous nous sommes aperçus que nous devions respecter un équilibre par rapport au nombre des brevets tests :
- trop peu, et l’enfant risque d’attendre trop longtemps une réussite
- trop, et le
risque est de noyer les enfants (angoisse devant l’immensité de la tâche à
accomplir).
Un brevet test doit donc ne pas être trop parcellaire pour éviter le risque de
bachotage, ni trop synthétique pour permettre à chaque enfant d’entrevoir une
réussite à sa portée.
…
Partant du constat que la pédagogie traditionnelle ne permet généralement pas de prendre en compte les différences individuelles et les rythmes de chacun, nous avons souhaité mettre au point un système de travail individualisé lié à un système d’évaluation qui permettrait de mettre “l’enfant au coeur de ses apprentissages”. Considérant également qu’il avait besoin d’établir pour lui une image positive, nous avons souhaité que notre évaluation certifie qu’il possède des acquis, quel que soit son niveau.
Après plusieurs années de pratique, nous sommes en mesure de confirmer les résultats de certaines recherches : “L’enfant devient capable de prendre du recul par rapport à son travail, d’anticiper, de visualiser ses étapes et de maîtriser sa démarche d’apprentissage”. Pour illustrer ces propos, il est nécessaire de citer une phrase de Martine Dupart, professeur de psycho-pédagogie à l’école normale de Draguignan : “La condition qui permet au mieux d’utiliser le temps alloué est de comprendre la finalité de la tâche. L’enfant est inefficace lorsqu’il est un simple exécutant”.
Comment
situer notre évaluation par rapport à l’évaluation nationale ?
L’évaluation
nationale, qui a le mérite d’exister et de faire prendre conscience de certains
problèmes réels, présente un grand inconvénient à mon avis : c’est une
évaluation diagnostique, et elle est angoissante pour la plupart des
enseignants, qui perçoivent de grandes lacunes sans qu’aucune possibilité de
remédiation ne leur apparaisse. Elle est également angoissante pour l’enfant,
pour une question de temps, mais aussi pour son caractère d’irréversibilité.
L’évaluation que nous pratiquons peut être considérée ou utilisée comme
diagnostic, établissant le constat de certains manques, mais également comme
certificative, car elle permet d’attester que l’enfant maîtrise certaines
notions. Mais sa principale originalité est que c’est une évaluation formative,
car elle organise un travail personnalisé, une pédagogie différenciée.
Lorsque l’enfant échoue sur un brevet ou un item, il est alors renvoyé à plusieurs stratégies possibles :
- 1/ le travail personnalisé
- 2/ le travail collectif
- 3/ le petit groupe d’aide
- 4/ l’entraide mutuelle
- 5/ le soutien
- 6/ les parents
A chaque item correspond des fiches, des livrets, des logiciels ou des travaux en ateliers permettant l’apprentissage des notions relatives à ces épreuves. Quand les outils d’apprentissage existants correspondent bien aux capacités demandées, les brevets sont construits à partir de ceux-ci. Lorsque les outils souhaités n’existent pas, il faut construire les brevets puis créer les fiches d’apprentissage corrélatives.
Le plus
surprenant pour la plupart des gens, et qui prouve que les enfants deviennent
réellement actifs dans leur démarche d’apprentissage est qu’ils constatent ces
manques et formulent leurs demandes .
A travers
l’éventail de questions posées par les enfants sont apparus d’autres types de
remédiations.
Deuxième solution, plus courante, mais applicable seulement dans le cas où
toute la classe est concernée par l’apprentissage : la leçon ou la recherche
collective. encore que, dans le cas où 2 ou 3 enfants possèdent déjà la notion,
il est possible de s’appuyer sur leurs acquis : c’est enrichissant pour eux en
leur donnant l’occasion de reformuler leurs savoirs et de l’établir ainsi de
manière profonde et stable.
Un petit groupe d’enfants est concerné par la notion : deux éventualités :
- les autres ont déjà réussi le brevet proposé
- un groupe
souhaite aborder des notions trop difficiles pour la majorité des enfants de la
classe.
Dans ce cas-là, on peut faire un petit groupe d’aide, de soutien pour un
maximum de 8 enfants, afin d’apporter vraiment une aide spécifique. Ce groupe
est alors pris en charge par l’enseignant pendant que les autres sont en
travail individualisé.
4/ L’entraide
Un nombre encore plus petits d’enfants est concerné ; alors il peut y avoir entraide mutuelle, c’est à dire qu’un ou plusieurs enfants peuvent en aider d’autres pour un prise en charge très individualisée. Comme dans le cas cité précédemment, l’enfant qui aide ne perd pas son temps, il fixe mieux ses connaissances en les verbalisant. Quelquefois, la relation d’apprentissage est meilleure encore lorsqu’elle est entre pairs.
5/ Le soutien
Dans nos classes, nous avons également mis en place une procédure de soutien pour les enfants en difficulté, en dehors des heures scolaires, ceci étant pris en charge comme heures supplémentaires par l’Education Nationale. Les enfants apprécient beaucoup ces moments pendant lesquels, alors que le groupe est très restreint, la relation enfant adulte est nettement plus détendue, dans de bonnes conditions matérielles, surtout pour ceux qui ont des troubles d’attention et qui se déconcentrent au moindre bruit. Un enfant agité pendant les heures scolaires peut être très différent dans ces moments : certains ont des problèmes affectifs et ont vraiment l’impression d’exister lorsqu’ils peuvent avoir leur enseignant presque pour eux : pour eux tout seuls.
6/ Les
parents
Les parents peuvent aussi intervenir dans la prise en charge d’un petit groupe ou d’un élève. Il peut arriver qu’ils aident leur enfant si leur niveau culturel le leur permet. Il nous arrive par exemple de leur demander de mettre leur enfant en situation de lire l’heure le plus souvent possible.
En multipliant les réseaux d’apprentissage, on permet à un maximum d’individus de trouver leur propre chemin pour l’acquisition d’une notion.
Cela permet aussi de travailler pour l’enfant visuel comme l’enfant auditif. Certains s’approprient bien les notions lors des séances collectives, d’autres par l’intermédiaire de fiches ou de logiciels. Il est capital de respecter les démarches de tous.
La condition d’une pédagogie différenciée est l’autonomie : l’enfant doit être maître dans l’initiative et dans la réalisation de son travail...
…
J’utilise le tableau récapitulatif des brevets dans le livret d’évaluation, avec le contrat à réussir pour passer au niveau de la classe supérieure marqués d’une croix, quel que soit le moment de l’année, à l’usage des enfants. Il est collé dans leur cahier d’évaluation. Ils le remplissent au fur et à mesure, en coloriant à moitié les cases des brevets passés, mais non réussis, et entièrement les cases des brevets réussis. Ce système fonctionne bien, j’en suis satisfaite, mais je rajoute chaque bimestre des conseils personnalisés de brevets à passer dans les cases d’appréciations du livret d’évaluation.
Florence Saint-Luc

A
la fin de l'année, si l'enfant n'a pas atteint le niveau d'entrée en CM1, il
entre en 2ème année de cycle 3. Il peut passer dans le niveau supérieur à
n'importe quel moment de l'année. Ces étapes visualisées permettent d'avoir un
estimation du chemin parcouru dans le cycle, de fixer des étapes
intermédiaires, et de signaler un rythme de travail trop lent.
Devant l’afflux de brevets à gérer dans ma classe, il m’a fallu trouver un outil :
- permettant de les retrouver facilement et de les ranger
- fiable sur le plan de la solidité
- d’un coût supportable.
Je me suis donc tourné vers la mallette métallique à dossiers suspendus à lecture horizontale. Les brevets sont rangés par séries et dans l’ordre. Chacun y a une place déterminée, son nom étant noté sur un petit onglet qui accompagne chaque dossier.
Les brevets se présentent sous deux formes :
- soit ils sont dans des pochettes plastiques transparentes perforées et peuvent donc resservir. Chaque enfant est donc chargé de leur rangement correct après service.
- soit ce sont
des photocopies sur lesquelles les enfants peuvent écrire. Il appartient à ceux
qui s’aperçoivent qu’ils prennent les derniers de le signaler afin d’en assurer
le réapprovisionnement.
Il m’est arrivé, lorsque tous les enfants avaient réussi un brevet, d’en
supprimer le dossier de manière à faire de la place pour d’autres.
Petit problème : l’onglet a parfois tendance à quitter le dossier d’où perte de temps pour le retrouver. Avantage : Les enfants sont complètement autonomes dans la gestion matérielle des brevets.
Pour permettre à chaque enfant de se situer par rapport aux brevets tests, deux classeurs de préparation de ceux-ci sont en service. Chaque classeur est composé de l’ensemble des brevets. En regard de chaque item figurent tous les renvois nécessaires à la préparation de celui-ci : fiches, livrets, ateliers, logiciels...
Lorsqu’un enfant a réussi un test, il consulte le classeur et peut voir s’il se sent capable d’attaquer le palier supérieur. Si oui, il va prendre le test suivant dans la mallette des brevets, sinon, il regarde les fiches ou exercices de préparation qu’il doit effectuer pour présenter le brevet avec les plus grandes chances de succès.
Deux classeurs sont à la disposition des enfants. J’en gère un troisième, car beaucoup, en particulier en début d’année, n’ont pas l’autonomie nécessaire pour se diriger dans le travail personnel. Sur leur demande ou la mienne, nous faisons le point sur leur avancement, et je reporte sur une fiche de bristol appelée fiche de travail personnel un certain nombre de travaux qu’ils peuvent effectuer en vue de remplir leur plan de travail. Ils doivent barrer au fur et à mesure les exercices terminés.
Christian Montcriol