RÔLE ET LIMITE DES OUTILS D'INDIVIDUALISATION
Ce que l'on
peut attendre de l'outil
Il participe aux
apprentissages mathématiques, en complément d'autres activités de la classe : l'enfant
peut s'exercer, s'entraîner, recommencer. Il permet que les enfants en soient à
des étapes différentes selon leur progression personnelle. Le travail avec les
outils apprend aux enfants à se déplacer dans la classe et à gérer un plan de
travail. En effet, en Pédagogie Freinet, les outils sont conçus pour que les
enfants réussissent à travailler de façon autonome.
Utiliser un fichier nécessite un apprentissage autour de la structuration du
temps et de l'espace dans la classe : apprendre à se servir d'un fichier,
apprendre à se déplacer dans la classe, apprendre à gérer son travail … C'est
aussi apprendre à comprendre une consigne, une démarche, et la réinvestir,
apprendre à reconnaître qu'on a besoin d'aide et à en demander…
Il sécurise l'enseignant car l'outil assure l'apport d'un contenu de référence
neutre et progressif (lorsqu'il s'agit d'un outil programmé) pour tous les
enfants.
Ce que l'on
ne peut pas attendre de l'outil
On ne peut pas
demander à un outil plus que ce qu'il peut donner : il ne faut pas lui demander
de tout faire, ni d'apporter le calme dans la classe… On ne peut pas demander à
un fichier (tel que le fichier numération - opérations) de faire toute la
mathématique du CP au CM2.
La construction des concepts en mathématiques ne se fera pas mécaniquement avec
un outil. L'outil n'apporte pas en lui-même l'appropriation et la connaissance
des savoirs. L'essentiel est dans les relations que tisse l'apprenant entre ses
questions, les questions des autres, son savoir, le savoir, les modèles, la
réalité, les outils… Les fichiers et livrets sont donc complémentaires d'autres
activités indispensables de la classe.
L'outil est donc à la fois important pour que les enfants travaillent en autonomie et aient quelque chose à faire qui corresponde à leur rythme personnel, mais est accessoire (en surplus) au niveau de l'élaboration des concepts.
Outil et
construction des savoirs
L'utilisation des outils d'individualisation pose un vrai problème : est-ce qu'on laisse l'enfant seul face à une notion qui n'aurait pas encore été abordée collectivement en classe? A quel moment considère-t-on qu'elle a été abordée ? Par exemple, un enfant de CE2 ou CM1 va-t-il se débrouiller avec la proportionnalité si ce n'est jamais apparu dans la vie de la classe ? Comment va-t-il faire ? Et c'est ce " comment " qui est important.
La place des
outils dans l'évolution du projet pédagogique de l'enseignant
Le fichier (ou
autre outil) est un objet de transformation de l'école. Savoir se servir d'un
outil, ce n'est pas une fin en soi. C'est un MOYEN qui va permettre à la classe
de s'organiser autrement.
Les outils bien installés, l'enseignant peut passer à autre chose, mettre un
groupe en autonomie, s'intéresser avec un autre groupe à des propositions
mathématiques propres à la classe…
Faire classe n'est pas un état terminé, figé. Si on est toujours en projet, les choses se relativisent en permanence. Les outils sont mis en place par l'enseignant pour une raison précise, et évidemment ils n'apportent pas tout. Mais ce n'est pas cela qui est visé ! Quand on avance vers d'autres étapes, comme par exemple la recherche mathématique, les outils prennent moins d'importance parce que les enfants sont plus habiles, il y a plus de temps, ils peuvent davantage se concentrer.
Une autre étape,
c'est une étape d'autonomie, les enfants sont en recherche, les outils
retournent dans "la caisse à outils", c'est à dire qu'on va les
chercher quand on en a besoin !
Par exemple, si un enfant fait une recherche sur la symétrie, et qu'il a besoin
de tracer des droites perpendiculaires, étant donné que ce n'est pas l'objet de
sa recherche, il va chercher dans l'outil fichier de géométrie pour apprendre à
tracer les droites perpendiculaires, puis il range la fiche et continue sa
recherche avec son nouveau savoir-faire.
Changer
l'école
Les outils d'individualisation permettent de créer une rupture avec la pédagogie traditionnelle. C'est grâce à eux que l'on peut amorcer une transformation de l'école. Ils vont être le premier moyen de remplacer les manuels scolaires, et de prendre en compte les progrès de tous les enfants.
Nathalie Chaumeron, Rémi Brault, Marcel Thorel
Synthèse réalisée à partir d’un débat chantier math / chantier outils, Journées d'études de l'ICEM.