Mise en place d'un système d'évaluation formative et questions pratiques

Patrice Ducrou a essayé de mettre en place le système décrit dans la page évaluation et travail personnalisé.

Voici toutes les questions qui se sont posées pour lui et les réponses que Florence lui a données.

 

Patrice : Classeur de brevets : - A quoi correspond la première feuille ? (liste brevets, cases et croix)

 

Florence : Il s’agit de la feuille qui permet aux enfants de s’organiser dans leurs apprentissages et le passage de leurs évaluations tout au long de l’année. S’ils ont raté un brevet, ils colorient la case correspondante à moitié, s’ils l’ont réussi, entièrement. Cette feuille est collée dans le cahier d’évaluation. Le brevet est considéré comme réussi à partir de 80% de réussite. Si l’on prend sous forme de note sur 20 cela donne à partir de 16/20. De 0 à 11 cela donne 1, compétence non acquise, de 12 à 15, 2, compétence en cours d’acquisition. On peut reporter le même système avec des notes sur 10 ou sur 15, ou encore un autre système de notation.
Patrice : Pourquoi "CM1 : compétences minimum ?
Florence : Les enfants m'ont demandé longtemps : "Qu'est-ce qu'il faut pour passer ? J'ai esquivé la question un certain temps, pendant lequel j'ai essayé de réfléchir à ce problème, puis après plusieurs années de suivi de gamins, j'ai commencé à entrevoir ce qu'il était important de savoir pour s'en sortir en sixième, et c'est à partir de là que j'ai commencé à fixer un seuil de connaissances minimum.
Patrice : - Avec un CM2, comment et quels brevets utiliser en tout début d'année pour des évaluations diagnostics ?
Florence : Leur demander de passer tous les niveaux 1, à part opérations, sauf cas exceptionnels ; il vaut mieux leur demander de choisir 2a ou 3A, 2B ou 3B, et réajuster en fonction des échecs éventuels.
Patrice : J'ai bien compris les diverses utilisations possibles de ces brevets (bulletin de l'AJUDA). Quant aux stratégies possibles si l'enfant échoue à un brevet : "A chaque item correspond des fiches, livrets, logiciels, travaux en ateliers.." veut dire que ces brevets sont construits en étroite liaison avec les supports que tu as en classe ? lesquels ? (fichiers PEMF, fichiers "maison" ...?)
Florence : J'ai un classeur de préparation des brevets. Il renvoie généralement à des fichiers PEMF, quelquefois à de l'EAO, et parfois à des fichiers maison. J'ai acheté les fichiers numération opérations D1, 2 et 3 ; le fichier formes verbales, les deux séries autour de la calculette... J'ai aussi les fichiers ortho B et C. J'ai un fichier grammaire, par exemple. Mais il n'est pas absolument génial. Quelques fiches sont intéressantes, mais peu. J'ai deux autres fichiers maison, mais qui ne sont pas de moi : topologie et dictionnaire, mais qui sont anciens. En dictionnaire, il y a des choses pas mal chez PEMF maintenant . Nous avons pris les fichiers et étudié les fiches qui pouvaient avoir des rapports avec les évaluations.
Patrice : Comment faire si je ne les ai pas ? Peut-on faire "sans" ?
Florence : C'est aussi photocopiable. tu peux également essayer de t’en fabriquer, ou en demander à des collègues du mouvement ou du groupe départemental. Mais il y a certaines évaluations qui ne renvoient à aucune fiche. Le travail est lié au travail collectif : par exemple, la mise au point de textes et la méthode naturelle d'apprentissage de la langue.
Patrice : Peux-tu me donner des exemples d'évaluations de ce type ?
Florence : Le travail autour de la ponctuation. As-tu lu l'article que j'ai écrit à ce sujet : voie didactique et voie heuristique ? Mais là, il y avait à la fois des fiches et du travail sur textes. Souvent, les textes donnent l'occasion de travailler la conjugaison, ou certains points de grammaire (forme passive - forme active pour éviter les répétitions par exemple).
Patrice : Dis-moi si je me trompe : les rails pour l'année seraient les brevets à passer (démarrage à des endroits différents suite à l'évaluation diagnostic) dont les enfants ont la liste. Puis, en fonction de leurs résultats, ils se dirigent vers un brevet. Soit ils estiment pouvoir le passer directement, soit ils désirent travailler dessus à l'aide des fiches correspondantes. Ils le font soit seuls, soit par deux ou plus en fonction de leurs affinités et de ce qui peut les lier à ce moment. Et donc certaines plages de l'emploi du temps (groupes lecture, math...) se remplissent en fonction de ces besoins précis.
Florence : Oui, mais il y a aussi le travail en méthode naturelle, avec la mise au point du texte, autour du classeur de français). J'essaie de faire que sur 15 jours on ait abordé l'ensemble des sous-matières de français et de math, afin qu'il existe un équilibre général, et que certaines choses ne soient pas totalement oubliées...
Patrice : En conclusion pour cette première série de questions, comment mettre en place progressivement en tout début d'année un tel fonctionnement ?
Florence : Les enfants ont beaucoup d'enthousiasme en début d'année pour s'évaluer, surtout quand ils savent qu'ils peuvent retravailler et repasser ce qui a été échoué. C'est une entrée facile. Les premiers jours, c'est aussi des moments où je travaille par moments en méthode naturelle de math pour déconditionner l'image habituelle de cette discipline, et à un moment où l'on n'est pas oppressé par la pression que représente l'entrée au collège. Au vu des évaluations, on voit apparaître des problèmes, et le reste s'enclenche assez naturellement.
Patrice : Pour l’évaluation, que me conseillerais-tu ? Y-a-t-il des pièges à éviter ?
Florence : Les enfants adorent s'évaluer, et parfois, ils ont plus de mal à accepter l'étape des apprentisssages. Je laisse 4 mois avant de rendre le bulletin d'évaluation pour la première fois. Il leur est parfois difficile de comprendre le système d'emblée (certains le font très rapidement, d'autres ont beaucoup plus de difficultés. De plus, L'étendue des lacunes est parfois assez désespérante. Je préfère leur laisser le temps d'évoluer, afin que cela soit plus gratifiant.

tableau récapitulatif des appréciations

Patrice : Des étapes préalables ?
Florence : Pas vraiment d'étapes préalables ; seulement profiter du début d'année pour les laisser s'exprimer par l'écrit, par la méthode naturelle : c'est aussi une autre approche pour les découvrir, une autre entrée pour leur permettre de percevoir plusieurs stratégies d'apprentissages.
Patrice : Ce classeur de brevets est vraiment très intéressant et la pédagogie développée autour me va bien. Mais, comme on le sait tous, ce ne sont pas les outils qui font tout, l'organisation et la mise en place d'espaces de communication et de motivation sont eux aussi très importants.
Patrice : J'ai cru te voir utiliser dans le film un tableau répertoriant les brevets ?
Comment se présente-t-il ?

 

tableau des brevets français cahier d’évaluation

Florence : Ce tableau est celui de mon cahier d'évaluation, avec une page français et une page mathématique. Je pointe le nom du brevet, et je vois en ligne tout ceux qui l'ont déjà présenté, réussi ou raté, avec une notation de 1,2,3. Je vois aussi ceux qui ne l'ont jamais tenté.
En fin d'année, quand il existe des manques, je programme certaines choses. Cela peut m'arriver parfois aussi à certains moments de l'année, si nous devons avancer sur certains sujets. En fait, il s'agit plutôt de sortir certaines demandes à des moments stratégiques, parce que les enfants sont généralement très en demande.
Patrice : Peux-tu préciser ?
Florence : Les enfants ont tellement de demandes que l'on ne peut répondre instantanément à toutes. Je peux choisir de répondre à certaines avant d'autres, et en ressortir quelques-unes à un moment jugé opportun. Par exemple : j'essaie de traiter numération 3 (nombres de 0 à 10000) avant numération 4 (grands nombres). J'essaie de répartir la numération sur les 3 trimestres. Je ne considère pas qu'il y ait un ordre à respecter entre les décimaux et les fractions par contre. Le choix des sujets est important : il ne faut pas toujours travailler pour le même groupe d'enfants, je pense. Il faut aider les enfants en difficulté, mais il faut aussi faire avancer la moyenne de la classe, et de temps à autre, donner du grain à moudre à ceux qui avancent plus vite (mais je suis loin de les privilégier, je reconnais).
Patrice : Quand les brevets sont-ils passés ? Pendant le travail personnel ?
Florence : En général, oui. Cependant, une semaine avant le moment où je vais rendre les livrets d'évaluation, j'arrête les groupes et travaux collectifs, afin qu'ils aient suffisament de temps pour aller le plus loin possible dans leurs évaluations. Ils réclament d'ailleurs ces moments. Il y a 4 périodes d'évaluation par an, à l'issue desquelles une évaluation sommative (qui permet d'avoir une photo de la classe et des avancées de chacun à un moment donné). C'est aussi important pour eux que pour moi. Cela me permet aussi de m'évaluer, de cerner le point où ils en sont pour réajuster. Bien entendu, c'est capital pour les parents et l'administration : cela sert de garde-fou.
Patrice : J'ai vu deux mallettes de brevets. Cela me rappelle ce que j'ai lu dans le dossier (article de Christian Montcriol). peux-tu me dire comment tu les utilises ?

La mallette de brevets

Florence : Les évaluations sont en libre service, tout le temps à disposition.
Patrice : D'autre part, Christian parle de deux classeurs de préparation et de "tests". Faites-vous une différence entre le passage de tests et de brevets ?
Florence : Non, en fait, c'est pour éviter une répétition. En réalité, pour nous, il s'agit de la même chose. Nous n'avons pas d'autre système d'évaluation, style test, en classe.
Patrice : Y-a-t-il des tests intermédiaires avant le passage des brevets ?
Florence : Non. Cependant, si les enfants le souhaitent, il y a les tests des fichiers PEMF. Mais ils n'en éprouvent apparemment pas le besoin.
Patrice : Comment avez-vous fonctionné et combien de temps avez-vous mis pour ces classeurs de préparation ? (Cela me donne le tournis si je dois prendre chaque brevet et confectionner les fiches de préparation..)
Florence : Pour l’élaboration des brevets, nous avons travaillé plusieurs années, essentiellement à deux, Christian et moi, mais aussi avec des collègues de l’IVEM, et des collègues de l’école Frédéric Mistral, à Solliès-Pont, et un collègue de l’école La Planquette. Nous avons modifié plusieurs fois les brevets, et nous considérons que c’est un travail qui peut être encore amélioré. Pour la préparation des brevets, nous avons étudié les fichiers à notre disposition. Chaque fois qu'une fiche paraît adaptée à la préparation d'un brevet, elle est mentionnée. Parfois, c’est l’inverse : il a fallu créer des fiches, car il n’y avait rien. Avec les logiciels d’EAO, c’est pareil, il a fallu étudier tous les exercices à la lumière des éaluations déjà en place. Par contre, certains brevets, comme conjugaison 3, ont été réalisés à partir des fiches formes verbales de PEMF.

Patrice : C'est là que j'ai quelques problèmes. J'ai réussi à faire coïncider pas mal de fiches d'entraînement en français (Fichier Ange Guépin dont je t'avais parlé) avec les brevets, mais j'ai plus de mal en maths. J'ai acheté le fichier PEMF numération - opérations D1, 2 et 3. J'ai pondu un tableau qui renvoie ces séries à des objectifs de fin de cycle 3. Ne crois-tu pas qu'en avançant dans les séries et en faisant les tests, cela peut aussi fonctionner ?


Florence : Cela peut fonctionner, mais tu verras à l'usage que, cela prend beaucoup de temps ; il faut aussi du temps pour les apprentissages, je pense... Enfin, si tu te sens ...
Patrice : J'ai beaucoup plus de mal à mettre en relation les brevets et ces fichiers.
Florence : Je n'ai pas eu spécialement beaucoup de mal avec ces fichiers. Par contre, je pense que pour correspondre à tous les niveaux, il faut aussi des fichiers plus faciles. Par ailleurs, il n'y a pas grand-chose en mesure , et encore moins en géométrie ; je travaille avec mes propres fichiers ...
Patrice : Orthographe : moment où les enfants semblent discuter sur leur "avancement" en orth. Est-ce une demande de soutien ? Comment le groupe est-il constitué ?
Florence : Je ne me souviens pas de ce moment précisément. Cependant, en général, il est formé à partir de mon cahier d'évaluation, en regardant la colonne correspondant au brevet à préparer. Page 25 : l’exemple de la constitution d’un groupe autour de “temps 2”.
Patrice : As-tu un emploi du temps auquel tu te réfères ? Comment répartis-tu ces moments de T.I ? As-tu des moments de "leçons" collectives ou uniquement en groupes de besoin ?

Patrice : Quand tu dis point de départ d'activités, tu entends collectives ?
Florence : Oui, il s'agit d'activités collectives, quand cela a un rapport avec la mise au point de texte. Par contre, nous avons aussi des activités de groupes, en relation avec les résultats des évaluations et les besoins et demandes des enfants. Dans ce système, les enfants sont demandeurs pour préparer un brevet qu'ils veulent réussir, soit parce qu'ils l'ont déjà ratés, soit parce qu'ils savent qu'il leur faut le préparer avant de le passer.
Patrice : Quelle est la part que tu laisses aux enfants dans le choix des activités et des fiches par rapport à ce que tu as pu programmer ?
Florence : Les enfants choisissent leurs activités de travail personnel, les groupes d'aide ou travaux correspondants à leur niveau sont obligatoires s'ils sont présents. Les groupes d'aides sont généralement demandés par les enfants au moment de la préparation du planning, le lundi matin. Les moments collectifs ou de groupes sont décidés ensemble. Quelquefois, je peux avoir des propositions (par exemple, pour les enfants que je n'ai qu'en CM2 et qui doivent avoir vu un certain nombre de choses avant la fin de l'année, mais la plupart du temps, les enfants font les demandes eux-mêmes, grâce aux besoins apparus dans l'évaluation formative.)
Patrice : Tu "regroupes" les besoins. N'arrive-t-il pas qu'ils soient nombreux et différents ?
Florence : Les besoins sont notés dans une case spéciale du planning. On traite ce que l'on peut dans la semaine, ce qui ne peut être fait tout de suite est en mémoire et repris ultérieuremennt.
Patrice : Comment faites-vous ces choix ?
Florence : Je reste maîtresse de la décision s'il y a trop de demandes. Je vois en fonction du nombre d'enfants concernés par la demande. j'essaie d'alterner demandes en grands groupes ou collectif et demandes en petits groupes, groupes d'enfants en retard et groupes d'enfants qui avancent
rapidement. Cependant, j'ai tendance à favoriser les enfants en retard à certains moments.
Patrice : Comment concrètement se mettent en place les moments de travail par groupe de soutien, les leçons collectives ?
Florence : Au moment du planning (le lundi matin). Il y a aussi un espace prévu pour les demandes sur le planning vélléda (une partie encre permanente - effaçable à l'alcool à brûler, une partie encre effaçable au chiffon.)
Patrice : Pourquoi ne vois-je pas dans ton emploi du temps de groupe "français" ? Que mets-tu dans ta plage "étude de la langue" ?
Florence : C'est justement du français ! ?
Patrice : Que mets-tu dans ta plage "étude de la langue"?
Florence : Souvent, j'utilise un texte pour travailler un temps, ou une notion grammaticale, et ce travail se fait sur le classeur de français...
Patrice : Texte libre ?
Florence : Oui. Quelquefois aussi, cela peut-être une lettre que nous devons rédiger (au maire, pour une visite, aux corres, etc ...). Il est arrivé d'avoir besoin de rédiger un faire part, ou une affiche, etc ...
Patrice : J'apprécie cette démarche, mais j'aimerais bien savoir comment concrètement elle se met en place.
Florence : J'ai une vidéo qui présente tout cela.
Patrice : Je pense que c'est ce côté visuel et plongé dans la réalité de la classe qui doit me manquer. Puis-je trouver cette vidéo quelque part ?
Florence : Chez moi ! Je m'en sers pour les stages que j'anime, mais je ne l'ai pas mise sur le marché ! Il aurait fallu y passer plus de temps (au niveau des moments filmés, du montage et des finitions) pour faire de la publicité à ce sujet.
Patrice : Tu analyses les besoins le week-end ? Tu proposes des thèmes le lundi ?
Florence : Je corrige les plans de travail et les évaluations certains week- ends , à ce moment-là, je peux avoir des propositions, mais généralement, je ne prépare pas chez moi.
Patrice : C'est à dire ...? Le contrat réalisé ou non ?
Florence : Je regarde leurs corrections, j'essaie de voir s'il y a des problèmes, si je dois voir l'enfant ou lui conseiller quelque chose de précis, je lui donne des conseils dans l'organisation du travail, et je donne le nombre de points total.
Patrice : Tu reprends les entraînements... Les groupes se forment par inscription ?... C'est ce planning de semaine qui reste bien compliqué à mes yeux..
Patrice : Comment concrètement se mettent en place les moments de travail par groupe de soutien, les leçons collectives ?
Florence : Au moment du planning ( le lundi matin). Il y a aussi un espace prévu pour les demandes sur le planning vélléda (une partie encre permanente effaçable à l'alcool à brûler, , une partie encre effaçable au chiffon.)
Patrice : J'ai vu ça dans le film. C'est justement là que ce n'est pas toujours clair pour moi: gérer les demandes (qui je pense , ne doivent pas être très nombreuses au début ou "bien ciblées", puis l'inverse ...) , équilibrer avec les moments collectifs...
Florence : Quand l'évaluation permet de détecter les lacunes, cela aide les enfants à cibler leurs besoins. en début d'année, s'il n'y pas de demande, je me sers des lacunes repérées et propose des contenus. En général, il y a un groupe de besoin et un travail collectif (ou presque collectif) par jour.
Patrice : D'ailleurs, au bout de ces années de pratique, as-tu des moments collectifs hors demandes d'enfants qui reviennent toujours ? Peut-on dire qu'il existe quand-même un "squelette" dans ta progression qui permet d'avancer dans le programme ou la progression se fait-elle "à vue" ? (angoisse persistante d'enseignant conditionné !) ?
Florence : Le système d'évaluation permet de visualiser l'avancée du groupe et ce qu'il reste à faire pour traiter le programme. En fin d'année, quand il existe des manques, je programme certaines choses. Cela peut m'arriver parfois aussi à certains moments de l'année, si nous devons avancer sur certains sujets. En fait, il s'agit plutôt de sortir certaines demandes à des moments stratégiques, parce que les enfants sont généralement très en demande. Il y a aussi le travail en méthode naturelle, avec la mise au point du texte, autour du classeur de français)
Patrice : Comment t'y prends-tu pour équilibrer le français et les maths, l’obligatoire et le facultatif? (pardonne mes questions peut-être quelquefois évidentes mais j'ai besoin d'y voir clair pour éviter ce flou artistique qui m'a causé pas mal de difficultés l'année passée )
Florence : Dans le plan de travail, j'ai mis en obligatoire : orthographe, grammaire, conjugaison, vocabulaire - dictionnaire, numération/opérations, géométrie/topologie, problèmes, mesures . Sur 15 jours, cela permet d'aborder ces domaines, éventuellement sous des formes diverses : fiches individuelles, travaux de groupes, recherches mathématiques, travaux collectifs, groupes d'aide ...
Patrice : Pourrais-tu, s'il te plaît, me faire un descriptif plus précis des différentes plages de la semaine ? (encore des demandes !)
Florence : J'essaie d'aborder français et math tous les jours, que cela soit sous forme de groupes de besoin , ou de travaux collectifs , de groupes, ou en ateliers. Sur les créneaux du matin, j'essaie d'alterner les formes et les matières, en sélectionnant certaines demandes en fonction de ces objectifs. Les ateliers : ils étaient décloisonnés une fois par semaine, et à l'intérieur de la classe le reste du temps.
En éducation physique : j'ai pas mal travaillé en décloisonné avec mes collègues de CM1-CM2 l'année dernière (nous étions 3 classes de niveau similaire)
Patrice : Comment concrètement se mettent en place les moments de travail par groupe de soutien, les leçons collectives ? Comment choisis-tu entre travaux collectifs, de groupe, soutien ... ?
Florence : Le choix de la forme de l'activité dépend du nombre de personnes concernées. Au départ, un enfant (ou plusieurs) demandent. Généralement, je connais approximativement le nombre d'enfants ayant un besoin identique. Je sais donc à peu près si cela correspondra à un groupe, ou à un travail collectif ou presque. Le jour de l'activité prévue, je regarde sur mon cahier d'évaluation (avec plusieurs pages comportants des tableaux à double entrée) qui n'a pas réussi le brevet correspondant, et j'appelle tous ceux qui correspondent à ce groupe d'aide.


On peut voir ci-dessous le groupe d’aide temps 2 organisé le 15 mai 97, en fonction des résultats : tous ceux qui n’ont pas 3 (compétences acquises, brevet réussi) doivent participer à ce travail. Je peux donc composer le groupe très rapidement.

Sauf cas exceptionnel (activité autre vraiment impérative), il est obligatoire de participer au groupe . En effet, le temps est toujours compté, surtout au CM2, et je ne peux me permettre d'attendre que l'enfant soit décidé, car je ne pourrais traiter avec eux la même chose plusieurs fois. Si le groupe est composé d'un maximum de 8 enfants, ils viennent à la table centrale (au centre d'un double U), et je suis avec eux. Mais cela, tu as dû le voir sur le film. Si une activité concerne un grand groupe, il n'y a pas de changement de place. Quand quelques enfants ont déjà réussi le brevet, ils ne participent pas à l'activité.
Le système d'évaluation permet de visualiser l'avancée du groupe et ce qu'il reste à faire pour traiter le programme.
Patrice : Je cherche à bien comprendre, dans ton organisation, comment, à partir de certaines plages institutionnalisées, on peut articuler les demandes du Lundi, l'avancée dans le travail personnel...
Florence : Je relève le plan de travail tous les 15 jours, et je pointe soigneusement le travail fait par chacun, avec le nombre de points correspondant à la quantité mais aussi à la qualité de l'organisation du travail. Pour les exposés : il y a un tableau (affiche), sur lequel les volontaires s'inscrivent. On essaie de faire une programmation, avec un exposé par semaine ; les enfants évaluent le temps nécessaire, pour les premiers, puis les autres sont sur une file d'attente. En début de semaine, il faut pointer l'exposé qui doit être présenté. Souvent, ils n'arrivent pas à tenir les délais prévus, et il faut modifier : soit placer un autre, soit parfois même, aucun exposé n'est présentable et on remplace par autre chose. Pour les intervenants : en général, ce n'est pas moi qui fixe les dates, et en particulier pour les créneaux de sport. Il faut adapter l'emploi du temps à ces nécessités de base et tout revoir à chaque bimestre. Pour la dictée : le jeudi matin, une fois par semaine, elle vient après la mise au point du texte qui se déroule le mardi matin.
Patrice : La plage "exposés éveil" est-elle fixe ?
Florence : Oui, mais cependant, il faut dire que parfois il n'y en a pas, car ils ne sont pas prêts à temps.
Patrice : Recherche de documents pour exposé en BCD. Cela se fait-il en récréation ? Sont-ils seuls ?
Florence : Ils vont en BCD lors d’un créneau prévu pour cela, il y a une aide-éducatrice.
Patrice : Les enfants semblent très à l'aise pour proposer des plages. Celles-ci ne bougent pas ?
Florence : Il y a une trame fixe, avec un contenu qui évolue chaque semaine. Quelquefois on est obligé de modifier ce qui avait été initialement prévu pour des raisons diverses.
Patrice : Pourrais-tu me faire une description linéaire résumée de la semaine (jour par jour) ? Le film montre des moments, mais je ne vois pas bien les connexions .
Florence : Lundi matin : quoi de neuf, suivi de la préparation du planning, puis, souvent, de la lecture (ou éventuellement une autre activité de français en fonction des besoins).Il peut s'agir de saynètes préparées par certains enfants, de textes ou extraits de livres. Je ne travaille jamais sur manuel de lecture par contre. Les enfants qui lisent à voix haute sont volontaires. Il y a aussi une séquence math. Il peut s'agir de groupes ou travaux collectifs, et à certains moments, il peut y avoir créations mathématiques. Le lundi après-midi, c'est généralement le jour de "l'éveil": exposé (1/2 h, vidéo) soit vidéo toutes faites à regarder, genre extraits de films, "Il était une fois l'homme", ou encore d'autres documentaires vidéo, ou travail sur la production de documentaires vidéo, à partir de films réalisés lors de sorties ou de voyages. puis travail autour de la correspondance : production d'albums, d'expositions, ou d'affiches documentaires pour les corres, lettres individuelles.

Mardi matin : conseil de coopérative, math, puis mise au point de texte. Après-midi : anglais (souvent correspondance, quelquefois autres activités... ), musique, puis après la récréation, BCD. Paralèllement, des enfants vont raconter des histoires qu'ils ont choisies et préparées dans des classes de CP ou de maternelle.Au même moment, certains présentent des compte-rendus de lecture.
Un enfant présente un livre. Un groupe dit ce qu'il en pense. Si le compte-rendu est bon, cela permet de réussir le brevet lecture orale 3. Mais il y a des enfants qui aiment lire et présentent des livres pour le plaisir, même lorsqu’ils ont eu le brevet correspondant.

Jeudi matin : quoi de neuf, orienté plutôt sur l'actualité (nous sommes abonnés à "Mon Quotidien" et aux "Clés de l'actualité junior", et il y a toujours des volontaires qui choisissent des articles pour les présenter à la classe. Dictée du texte mis au point. Math (généralement en groupe, mais pas toujours). Après-midi : ateliers au sein de la classe. Les enfants ayant des idées précises d'ateliers peuvent les réaliser. Je propose un éventail d'activités pour ceux qui ne savent pas quoi faire.
Cependant, il est obligatoire de se tenir à l'activité choisie, et il faut s'inscrire quelque part. L'activité théâtre ou danse fait parfois partie de ces ateliers (en groupes, bien sûr, et autonomes). La fin de l'après-midi est consacrée au bilan. Il y a généralement aussi un créneau pour le sport ce jour-là.

Vendredi matin : conseil ; dictée à refaire pour ceux qui l'ont ratée ; (ils doivent corriger leurs erreurs la veille et la retravailler à la maison : c'est un enfant qui la dicte. Il s'agit d'une responsabilité. Cependant, si le responsable a raté la dictée, c'est aux autres enfants volontaires de la dicter à sa place). En même temps, je fais passer les enfants pour les tables de multiplication. Il s'agit d'un brevet (tables en ordre, puis en désordre), mais les résultats figurent sur mon cahier d'évaluation. Ils recommencent la table s'ils l'ont ratée, et aussi souvent que nécessaire. La table ratée la première fois doit être recopiée 3 fois, 10 fois la deuxième fois, 30 fois la troisième fois. A ce stade -là, en général, ils finissent tous par la décrocher.Quand tout le monde a réussi, on passe à autre chose. Après la récréation, travail collectif en étude de la langue. L'après-midi :ateliers décloisonnés, d'abord en technologie et arts plastiques, puis en sport et théâtre.

Le samedi matin : quand il y a classe ... Une année, c'était le moment des ateliers de recherche math, car les parents pouvaient y participer, et ils étaient disponibles ce jour-là. Autrement, ce jour a souvent servi pour avancer ou terminer des projets en cours; la dernière heure a toujours été consacrée au sport.

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