VERS L’INDIVIDUALISATION DU TRAVAIL
Plans
de travail individualisés, contrats hebdomadaires, fichiers, grilles de suivi,
autocorrection, brevets…
Voilà quelques mots clés pour définir cette organisation du travail qui favorise l’autonomie des enfants, qui permet une réelle individualisation des apprentissages que d’autres ont aussi appelé différenciation et qui fascine tant aujourd’hui.
C’est aussi l’une des plus belles réponses à la gestion de l’hétérogénéité et à la gestion des cours multiples.
Ce sont également ces moments de travail qui suscitent le plus d’intérêt pour les stagiaires en observation et ceux que les débutants souhaitent rapidement mettre en place.
A cela une raison très simple : si les techniques d’expression et de communication peuvent parfois faire peur parce qu’elles éloignent d’une tradition scolaire toujours rassurante, au cours du travail individuel, les enfants sont de grands consommateurs d’exercices traditionnels.
Exercices de lecture, d’orthographe, de numération, de géométrie prennent l’avant de la scène et déballent un véritable marché ou personne ne fait la même chose, ou chacun, à coups de couleur verte, orange ou rouge gère son propre travail, avance à son propre rythme.
La classe prend alors des allures de ruche quasi silencieuse réglée par le ballet des déplacements autorisés et nécessaires. Seuls les chuchotements des enfants qui s’entraident ou du maître qui s’entretient avec un enfant en difficulté rompent l’apparent silence.
Le travail individualisé, c’est
de la modernité dans la tradition scolaire.
Modernité car effectivement, l’individualisation du travail, c’est exalter les vertus de l’autonomie, de la différenciation, du rythme de l’enfant, de la responsabilisation, de la confiance, de l’autoévaluation.
Tradition car l’une des dérives majeures, et souvent constatée, c’est de céder à la « fichite », de ne plus faire que cela. En effet, notamment les plus scolaires, finissent grands consommateurs d’exercices. Succomber est certes facile, c’est faire plaisir aux enfants, faire plaisir aux parents, et se rassurer en remplissant l’espace de travail par un empilement d’exercices, mais c’est transformer l’apparente différenciation en de « l’occupationnisme » organisé.
Les dérives utilitaristes des
outils disponibles sur les catalogues PEMF (Publications de l’Ecole Moderne
Française) en sont la preuve vivante. Le travail individuel ne prend son
sens que s’il s’articule aux activités d’expression de la classe et si les
exercices proposés aux enfants correspondent à des besoins individuels
constatés. Il n’est en aucun cas une fin en soi.
Dominique Tibéri - extrait
DESS université Nancy II « Démarrer en pédagogie Freinet :
pourquoi ? comment ? »