Méthode
naturelle et tâtonnement expérimental dans l’enseignement d’une langue
étrangère
Je
travaille dans un CM1-CM2, dans une école de ville. La moitié de mes élèves
étaient avec moi l’année dernière, et ont donc eu une initiation à l’anglais.
La maman d’un élève, Dominique, d’origine allemande, et maîtrisant bien
l’anglais, s’est proposée de venir une heure par semaine dans ma classe. Je
garde la responsabilité pédagogique de l’activité, ainsi que la prise en charge
du groupe principal, mais il m’apparut intéressant de travailler avec un groupe
de faible effectif (4 à 5 enfants) en parallèle, afin de particulièrement
insister sur l’oral et la qualité de la prononciation. Nous avons une
correspondance avec une classe de Bulgarie.
Un exemple de
méthode naturelle : séance du 6 janvier
Un
chant a été choisi par les enfants : kangoroo’s pocket (Pop english,
Musique de Laurent Voulzy.)
Les paroles suivantes sont
écrites au tableau :
There is a broom in the kangaroo’s
pocket
There is a hole in the kangaroo’s pocket
Bird’s eye is blue with yellow stars
The hippopotamus’s toes are green and square
There are many flowers on the woman’s hat.
J’écris
les hypothèses des enfants et les mots identifiés, puis la traduction en
français correct. Je retiens chaque mot juste et l’écris dans les phrases
proposées.
Question qui surgit : Pourquoi c’est tout à l’envers ?
Dominique
: On met l’adjectif, et le nom ensuite.
Je
note en rouge la remarque de Dominique, et le félicite.
Je
demande ensuite aux enfants d’écrire des phrases, en s’inspirant s’ils le
souhaitent des modèles proposés.
Florian : Pourquoi il y a deux il y a ?
Dominique : il y en a un avec plusieurs, l’autre avec un.
Victor : «There is», c’est pour le singulier, «There are», c’est
pour le pluriel.
Nordine prépare une phrase : The hippotamus and the kangaroo’s are yellow.
Je lui demande : Pourquoi tu mets ‘s?
Nordine : Parce que c’est là.
Sébastien Mat : Ca veut dire est.
Sébastien L : Pas ici, ça veut dire du.
Nordine : Ah , mais ‘s appartient au mot d’avant.
Sébastien Mar : C’est un possessif.
Moi : Eh bien, vous êtes forts ! Cela s’appelle le cas possessif,
effectivement.
Mohamed
m’apporte une feuille. Je lis à voix haute : «There is a the bird blue.»
Moi : Qu’en pensez-vous ?
Hamza : Il faut que blue soit avant bird, parce que c’est l’adjectif , il doit être avant le nom.
Victor : On peut pas mettre «a» et «the» , parce que c’est deux déterminants.
Cela veut dire un et le.
Je lis la phrase : «The broom yellow has blue stars.»
Sébastien L: Il faut écrire yellow broom, pas broom yellow.
Autres phrases proposées
:
Arnaud : There is a girl in the school .
Sébastien Mar : The table is brown. I like
football. We like English.
Sébastien Mat : There’s a pilot in the car.
Jean-Claude : The hippopotamus are green.
Marie et Amandine : The cat is blue. The kangaroo
is green.
Steeven : there are many flowers in the toes of
hippopotamus.
Dominique : texte brut non corrigé : There are bombs in Paris. The police search the terrrorist.
I play football with my friends. I ride bike with my father. It’s a rainy
day. It’s a sunny day. We painted a poster. In France, we have snow. We (the
class) painted a poster. I like warplaines. In my quarter, there are teenagers.
I would like have a dog. I like PSG team. PSG is footbal team. I’m blond, and
my best friend is brown.
Le travail sur les textes est à prolonger. Les erreurs sont très formatrices, grâce à la discussion qui suit
Au
bout d’un an et quelques mois d’initiation, les enfants ne sont plus inhibés
dans la création de phrases. Lorsqu’ils ont des textes à traduire, on sent très
bien qu’ils mobilisent leurs acquis pour réduire l’inconnu, utilisant diverses
stratégies : comparaison avec le français, étude d’après le contexte, prises
d’indices dans des éléments extérieurs (images éventuellement, dictionnaire).
Ils ne sont absolument pas passifs.
Florence
Saint-Luc, 23 janvier 1997
école élémentaire la Planquette – 83130 LA GARDE