Pourquoi changer sa pédagogie ?
QUELS SONT LES APPORTS DE
Il y a des apprentissages des façons d'être, de se comporter, de réfléchir et de lire que les pédagogies dites "classiques" n'enseignent pas au primaire aux enfants. J'ai appris ceux-ci dans une école à Draguignan où les instituteurs appliquent la pédagogie Freinet. Il me semble devoir préciser et dire à quel point ces apprentissages sont utiles tout au long du cursus scolaire.
Je suis actuellement en DEUG de sociologie à la faculté de Lettres et Sciences humaines d'Aix. Je suis également élue représentante étudiante au conseil des études et de la vie universitaire. Pourquoi préciser ? Tout simplement parce que je suis atterrée de voir le comportement passif, voire le désintérêt d'une grande part d'étudiants face à l'enseignement et à la citoyenneté et leur non-engagement personnel au service de la collectivité,.A l'école primaire j'ai appris à m'intéresser et à participer à la vie collective ainsi qu'à me responsabiliser et ne pas attendre que les choses viennent d'elles-mêmes, mais apparemment ce n'est pas le cas de tous les étudiants. Lors des élections aux différents conseils de l'université, un certain pourcentage de votants et de personnes me disent : " Toi qui es élue,.tu pourrais pas demander..." ou "Toi qui es syndiquée, tu devrais savoir si...Tu pourrais pas me faire ça ?" etc. De même, on sait que la faculté est un lieu où l'individu doit se prendre en charge, planifier lui-même son temps de travail, s'autodiscipliner et s'évaluer lui-même, Or, je m'aperçois qu'un grand nombre d'étudiants ne savent pas faire cela !
Pourquoi ? La réponse est simple : ils n'ont jamais appris à le faire. L'une des causes d'échec en première année est la rupture qui s'opère entre le lycée où l'on est encadré, suivi, où on ne nous demande pas beaucoup de prendre des initiatives et de faire des recherches, et la Fac qui demande un travail personnel important et un sens de l'organisation.
C'est là que je me rends compte de ce que j'ai acquis au primaire. Au collège, je faisais partie des élèves moyens. Les profs me rabattaient les oreilles avec mon problème d'orthographe : "Ça ne passera pas au lycée." Au lycée, mon niveau s'est un peu amélioré, mais tant de fautes d'orthographe, "ça ne passera pas à l'université". N'empêche qu'à l'inverse de tous les autres élèves, bien meilleurs que moi à l'origine, je n'ai cessé de progresser à mon rythme, ayant appris à avoir conscience de mes difficultés pour les surpasser, et c'est passé ! ! et ça passe encore... Désolée pour les maniaques de l'orthographe, mais j'estime (même si je considère que c'est une chose importante) que ce n'est pas l'essentiel et mon parcours l'a prouvé.
Il se trouve également qu'en cours de travaux dirigés, je suis une des rares à prendre la parole avec quelques " théâtraux" ou redoublants. Cela vient-il du fait que dans l'école où j'étais, on accordait une place plus importante à l'expression orale que dans les autres écoles ? Je pense, car j'ai fait plusieurs exposés au primaire : du théâtre, du yoga et des échecs. Sans parler des réunions de coopérative, du Conseil… et j'estime que cela m'a été utile, et l'est encore aujourd'hui.
J’ai aussi effectué de nombreuses recherches personnelles dont il m'est resté le goût !
Je crois que je pourrais écrire longtemps ainsi et donner de multiples exemples où cette pédagogie m'a servi et me sert encore. Je finirai juste par dire ceci aux personnes qui pensent que l'apprentissage au primaire doit se limiter aux matières classiques (français, maths, histoire-géo et, avec un peu de chance, un peu de sport ou de chant) : il est souhaitable pour l'enfant de dépolariser l'enseignement et de l'élargir à des domaines très divers, lui permettant de développer son implication et son autonomie, de donner son avis, de participer vraiment à sa vie d'élève.
Merci aux instits " Freinet ".
Magali Ballatore