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Messieurs les Ministres de
lEducation Nationale,
Sous limpulsion issue
de nos mouvements, votre prédécesseur avait créé le Conseil National de
lInnovation pour la Réussite Scolaire. Ce chantier devait promouvoir
linnovation au sein du système éducatif en facilitant, entre autres,
louverture détablissements et de structures différentes. Au final ce
chantier na accouché que de quelques réalisations marginales, rendues précaires
par leur caractère expérimental. Il sest détourné de plus en plus vers la prise
en charge délèves en très grande difficulté, renvoyant l'innovation à la
périphérie du système scolaire.
Nous
tenons à faire entendre une autre voix, celle qui redonne à lacte déduquer
sa place primordiale et à nos enfants l'image honorable qu'ils méritent. Une autre
école est possible : laïque, populaire, coopérative, émancipatrice, cette école
existe depuis des décennies. Des pédagogies telles les pédagogies coopératives (dont
la pédagogie Freinet
) la mettent en uvre au quotidien. Mais elles ont
toujours été réduites à la confidentialité.
Elles savent pourtant
allier avec succès éducation et appropriation des connaissances :
-
En reconnaissant les
enfants comme auteurs de leur devenir et capables de choisir, nous leur ouvrons les portes
de lautonomie et la responsabilité.
-
En développant une
éducation globale polytechnique, valorisant tous les langages et sappuyant sur la
culture première des enfants, nous pouvons les accompagner, pas à pas, dans leurs
tâtonnements, de leur propre culture vers dautres cultures, vers la Culture. Des
textes libres aux uvres littéraires, des expressions corporelles, théâtrales,
musicales
aux uvres des « grands maîtres », des créations
mathématiques à la mathématique de vos programmes, nous rendons les enfants disponibles
aux cultures que les sociétés nous ont léguées dans lhistoire. Au travers de ces
créations, expressions libres ou guidées, nous nous revendiquons « éducateurs passeurs
de cultures ».
-
En
associant les enfants à lélaboration des règles, en leur donnant les outils pour
dépasser de manière constructive les inévitables conflits, en créant une démocratie
participative, nous leur donnons toutes les chances de sapproprier ces règles
communes.
-
En
offrant aux enfants, dès lécole, dauthentiques situations de participation
aux décisions et aux projets, nous oeuvrons à la construction dindividus capables
et soucieux dagir pour le collectif.
-
En
travaillant au sein déquipes pédagogiques coopératives, ouvertes au dialogue avec
les partenaires éducatifs (parents, acteurs sociaux et culturels des quartiers, des
communes
), ces objectifs ont plus de chances de se réaliser.
Dans
nos classes vous pourrez constater quon travaille et quon apprend dans un
climat serein, même dans les quartiers dits difficiles. Nous vous invitons à y venir.
Pour autant, nous
constatons chaque jour les limites de notre action éducative dans une société ravagée
par les effets du libéralisme économique, dans une société gangrenée par
lesprit de compétition et son lot dexclusions et de violences sociales. Nous
ne voulons plus être les pompiers de service, les missionnaires dune pacification
sociale à laquelle on chercherait à nous assigner, et à bon compte. Nos pratiques
pédagogiques participent dun projet politique de type collectif et ouvert à tous.
Cette lettre est un cri dalarme
mais aussi un cri de révolte face aux régressions de notre système éducatif et de
notre société. Avec les récentes lois des ministres Sarkozy-Perben auxquelles vos
projets actuels emboîtent le pas, cest le tout-répressif qui est mis en avant,
ceci dans un contexte ultra-sécuritaire. Alors comment sétonner que, du haut de
leur chaire, des voix, fort écoutées au demeurant, prônent le retour à
linstruction pure et dure ? Quelles perspectives engageantes pour les enfants,
les jeunes, et notamment les plus défavorisés dentre eux dont le choix
nest plus alors quentre soumission ou rébellion
A vouloir éteindre
ainsi le feu que des hordes de « sauvageons » propageraient soi-disant dans la
société, cest tout bonnement la flamme de lambition quon éteint, le
désir de futur quon étouffe, avec le risque certain que les dernières étincelles
soient celles de la révolte.
Le 8 décembre prochain,
nous serons dans la rue pour défendre une école laïque respectueuse des enfants et de
leurs familles au sein dun service public déducation fort et ouvert au
dialogue avec ses usagers. Nous serons dans la rue pour refuser le retour des filières et de la
ségrégation sociale au collège. Nous serons dans la rue pour redire notre
engagement pour une école coopérative et émancipatrice pour tous les enfants.
Nous appelons tous les
éducateurs (enseignants, parents, travailleurs sociaux
), partageant cette vision de
lécole, à nous rejoindre ce jour-là.
ICEM-Pédagogie Freinet
Icem.pedagogie.freinet@wanadoo.fr
27 novembre 2002
Premiers
signataires : REVEIL, Pr Hubert Montagner, ECE, Réseau des Savoirs,